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Accueil du site > Actualités > Technologies > La schizophrénie liée à des altérations épigénétiques

La schizophrénie liée à des altérations épigénétiques

Vous noterez que je n’ai pas titré sur la schizophrénie expliquée par les modifications épigénétiques. Tout simplement parce que la chaîne causale reste irrésolue (qui cause quoi ?). Mais ce qui devient intéressant, c’est la confirmation grandissante de l’impact du code épigénétique sur la genèse des phénotypes ainsi que dans l’apparition de certaines maladies. Et donc, nous pouvons dire adieu au siècle du gène. Non pas que le génome soit un point de détail, bien au contraire. Cependant, le génome n’explique pas tout et son rôle doit être revu. Entre le génotype et le phénotype, il y a l’épigénome qui vient interférer et moduler les processus vitaux.

Une étude récente menée sur 22 paires de jumeaux vient de confirmer un possible impact des méthylations de cytosines dans la genèse de deux pathologies mentales, la schizophrénie et les troubles bipolaires. Contrairement à ce qui pouvait être pensé, le devenir des jumeaux n’est aussi déterministe que ne le laisse supposer la thèse d’une détermination par les gènes. Malgré la présence de génomes identiques, les observations permettent de trouver des disparités notables dans le devenir de jumeaux. On connaît des situations où l’un souffre d’un trouble psychique alors que son frère ou sa sœur est indemne. C’était l’occasion pour une équipe de chercheurs de mener des investigations dont la conclusion est fort intéressante. La pathologie psychique est liée à la présence de zones génomiques modifiées. Ces travaux, dirigés par Jonathan Mill, sont en libre accès et ont été publiés par la revue Human Molecular Genetics. Les désordres psychotiques ont été corrélés à des zones hypométhylées. Cette différence épigénétique a été évaluée à 6 % en moyenne, mais elle peut atteindre 20 % dans quelques cas. La conclusion de ces chercheurs est claire et sans hésitation. Le niveau épigénétique rend compte en général des différences phénotypiques observées sur des jumeaux et s’avère, dans cette étude, associé à la schizophrénie et aux troubles bipolaires.

Ces travaux ne sont pas une découverte originale car les biologistes connaissaient déjà le rôle de l’épigénome, intensément étudié depuis une dizaine d’années. C’est juste une éclairante confirmation du nouveau paradigme qui se dessine sur les genèses phénotypiques modulées par l’épigénome. Il est même envisageable d’ouvrir des hypothèses assez audacieuses sur l’impact de l’expérience sur l’épigénome. Car c’est bien au cours de l’existence que se module le fonctionnement du génome. Cette perspective ouvre une compréhension nouvelle sur une relation bilatérale entre le phénotype et le génotype modulé, et modifié, voire interprété. Le génome serait alors altéré par l’expérience vivante et l’on peut même envisager que ce soit le psychisme qui, en réactivité dans une expérience biographique, émotionnelle et intellectuelle, altère le génome. La voie est ouverte vers une conception de l’esprit qui gouverne la matière. C’est passionnant. Le 21ème siècle risque d’être éclatant !

On peut cependant contourner ce genre de conjecture assez décalée pour un scientifique mécaniste. Mais on ne peut nier qu’un champ nouveau s’ouvre et que peut-être, les investigations convenues sur le rôle des gènes dans les pathologies vont représenter une impasse et même une erreur épistémologique. Affaire à suivre de près.


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9 réactions à cet article    


  • jack mandon jack mandon 24 septembre 2011 10:57

    Bonjour Bernard Dugué,

    Votre article est intéressant, en pratique, les malades psychiques sont bien malmenés.

    Les psychiatres sont assez démunis un peu comme les médecins de l’époque de Molière.

    Je trouve rassurant que la maniaco-dépression se nomme la maladie de l’amour.

    Le film de Mike Figgis 1993, « Mr Jones » nous permet d’entrer avec tendresse et poésie

    dans le monde clos de la maladie bi-polaire.

    Merci Bernard Duggué


    • Spip Spip 24 septembre 2011 12:51

      Serait-ce la fin de l’éternelle bataille entre les chapelles du tout acquis vs le tout inné ?

      Ce ne serait pas trop tôt, compte tenu des dégâts que les uns et les autres ont semés dans la prise en charge des maladies mentales...


      • Kalki Kalki 24 septembre 2011 14:09

        M dugué ... Vous avez des solutions pour les malades qui nous dirigent, leurs larbins de tous les secteurs ?

        Le capitalisme est une maladie mentale, c’est à n’en plus douter

        La gestion techno politique, des fonctionnaires, domestiqués et enchainés à l’économique , d’eux meme en plus, et pret à taper comme des cons, sur toute la population croyant faire de la croissance, ou croyant que c’est une solution, est une autre maladie mentale

        l’illusion des larbins, croyant avoir une chance en est une

        l’aveuglement des peuple encore une autre

        l’une ne va pas sans l’autre


        • Patrick Samba Patrick Samba 24 septembre 2011 19:12

          Bonjour,

          l’épigénétisme est une théorie génétique effectivement tout à fait intéressante puisqu’elle donne au gène une dimension plastique qu’il n’a pas classiquement. Elle contrarie ainsi la conception d’antériorité à l’histoire d’un individu des diverses théories génétiques des troubles psychiques, pour apporter un argument supplémentaire à la conception psychanalytique freudienne et environnementale de ceux-ci.
          Alors pourquoi ce titre plus qu’ambigu qu’il est nécessaire de tempérer par la première phrase de l’article ? Les « passants » qui ne se seront pas arrêtés n’auront vu que le titre....


          • Kalki Kalki 24 septembre 2011 21:29

            « Certains prétendent que l’altruisme n’existe pas car si en faire preuve apporte du bonheur à son auteur, alors cela lui profite, et donc son acte est, en dernier ressort, égoïste et hypocrite.
            Les neurosciences modernes ne soutiennent absolument pas cette vision pessimiste. »
            Waal Frans de (éthologue et psychologue à l’Emory University d’Atlanta, primatologue et directeur du centre de recherches Living Links spécialisé dans le comportement des primates), L’âge de l’empathie, Les liens qui libèrent, Paris, 2010.


          • Kalki Kalki 24 septembre 2011 21:31

            Il y a t’il des alterations ou corruptions du gène social qui sont dangereuses, en vue du plus grand foutage de gueule de l’histoire, réseau sociaux ?

            Oui ...


          • Slipen’Feu 25 septembre 2011 19:07

            @Kalki
            un bonjour de l’espace de tes amis.
            te déplace tu déjà dans le temps ?
            futur et passé ?


              • Valerianne Valerianne 4 octobre 2011 12:14

                Bonjour,


                En fait je n’ai pas tout compris de l’article smiley (moi et les sciences, ça fait deux... smiley).

                Je relève quand même cette phrase qui me parle : « Le génome serait alors altéré par l’expérience vivante et l’on peut même envisager que ce soit le psychisme qui, en réactivité dans une expérience biographique, émotionnelle et intellectuelle, altère le génome. »

                J’ai toujours entendu évoquer la part génétique dans la schizophrénie (et je suis moi-même concernée, étant schizophrène, avec, dans ma famille, un père et un frère eux-mêmes psychotiques) - ce qui m’a souvent donner envie d’ailleurs de « baffer » les psychiatres... - comme un terreau (bon, le terme est mal choisi...) qui ne se développera que dans un certain environnement ! En bref, je pouvais être porteuse du « gène » de cette maladie, sans pour autant développer celle-ci si l’environnement était « sain » (je n’aime pas ce terme, mais bon...).

                Ce qui m’intéresse, a priori, dans votre article, c’est l’idée que mon « expérience vivante » pourrait faire évoluer, peut-être, en mieux le génome ? Le rêve de tout psychotique étant, bien évidemment, de pouvoir arrêter un jour le traitement (souvent lourd...) - que les médecins préconisent a priori « à vie » - si mon vécu est de plus en plus « équilibré », le génome pourrait-il alors ne plus être altéré ?

                Je m’intéresse aussi à la plasticité du cerveau, et aux capacités qu’ont les neurones de se réorganiser... aux USA, ils ont créé des outils qui permettent ainsi à certains schizos lourds de récupérer des facultés cognitives !

                Bon, votre article date, et il y a de grandes chances que vous ne lisiez pas mon commentaire, mais merci en tout cas de ce texte que j’ai découvert aujourd’hui par hasard, et que j’ai trouvé intéressant !



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