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La somme de tous les mondes possibles

« La méditation sur le hasard qui a fait rencontrer mon père et ma mère est plus salutaire encore que celle de la mort. »

Simone Weil,

La pesanteur et la grâce.

Nous regardons nos existences individuelles comme nous considérons les objets les plus simples et l’univers dans son incommensurable complexité. Nous les voyons et les pensons comme les fruits du hasard. Les résultats de constructions et d’assemblages plus improbables les uns que les autres ; tous néanmoins plus précis les uns que les autres. Autant dire que vu sous cet angle, nos vies comme celle de l’univers, semblent toutes relever du miracle ontologique, cosmologique et métaphysique.

 

Changer de regard

 

C’est à mon sens toute l’erreur commise depuis des siècles par tous les chercheurs, physiciens, généticiens, chimistes, cosmologistes, mathématiciens ou philosophes. Or, il faut considérer les faits sous un autre angle : celui de l’unité. Il ne faut plus considérer les vies et les faits de manière générale comme des assemblages complexes obéissant à des lois physiques, chimiques ou mathématiques d’une précision et d’une rigueur infinies que seul un dieu ou une intelligence absolue pourrait mener jusqu’à leur terme. Il faut au contraire les considérer comme des unités parfaites, elles-mêmes intégrées à une Unité plus parfaitement achevée.

 

Ce n’est pas l’assemblage des atomes qui fait la pierre. C’et l’unité « pierre » qui sous-entend une structure atomique non pas fondatrice, mais résultante. Dans la plupart de nos analyses scientifiques autant que philosophiques, nous considérons la pierre comme « construite » sur le même modèle que nos cathédrales. Nous soutenons l’idée que c’est la juxtaposition précise des atomes qui fait la pierre, de même que la juxtaposition des pierres fait l’édifice. Or, c’est là superposer ou comparer deux mondes et deux modes de réalisation intrinsèquement différents. Si nous considérons la pierre du point de vue de ses atomes, il n’y a plus ni pierre, ni terre, ni air, ni quoi que ce soit d’autre. Il n’y a plus que des atomes et donc une vision liée à une pensée exclusivement atomique du monde. C’est ce que nous dit la mécanique quantique. Les deux logiques de la pierre et de l’atome sont différentes parce que les deux mondes sont différents. L’un n’est pas déductible de l’autre. Si nous considérons la pierre, nous ne considérons plus les atomes. En changeant de dimension, nous devons changer de vision et non pas transposer l’une à l’autre ou déduire l’une de l’autre. En changeant de vision, nous changeons de dimension et par là même, de logique. Notre problématique humaine est de vouloir continuellement et de façon maladive mélanger des visions et des dimensions qui ne sont naturellement pas compatibles parce qu’elles appartiennent à des mondes différents.

 

Nous pensons que la création du monde – qu’elle soit physique pour les uns, ou métaphysique pour les autres – suit ou a suivi le même processus que celui que nous appliquons nous-mêmes lorsque nous créons artistiquement, artisanalement ou industriellement. Or, la création s’est faite ou est en train de se faire en une seule fois et d’un seul bloc. Mais nous ne pouvons la voir comme telle puisque non seulement, pour nous humains, elle se fait toujours dans l’espace et dans le temps. Et pour la simple et bonne raison que, d’autre part, nous sommes parties intégrantes de cette création et que nous ne pouvons l’appréhender que de l’intérieur. Seules, la fin du monde eschatologique ou cosmologique et la mort individuelle peuvent nous libérer de cette vision erronée de la causalité.

 

Dans l’instant présent, il n’y a plus de causalité parce qu’il n’y a ni passé, ni futur. Il n’est qu’un monde présent ; éternellement présent et donné dans sa totalité. Mais cela ne veut pas pour autant dire que ce monde soit absolument achevé. C’est une version du monde qui nous est donnée. Si nous continuons de creuser à l’infini la « matière » du monde ; le « corps » du monde ; nous trouverons à l’infini des rapports de causalité entre des composants chaque fois plus complexes et improbables. Il faut oublier cette voie ; cette méthode d’investigation qui ne mène nulle part. Du moins pour ce qui est de la connaissance, même si cette méthode s’est toujours avérée fructueuse mais aussi souvent dangereuse d’un point de vue pratique.

 

Ce n’est pas le point qui est l’essence du cercle. Pas davantage que la touche de couleur n’est l’essence du tableau. Il faut prendre du recul par rapport aux faits. Il faut s’en tenir au mouvement d’ensemble ; à la dynamique ; à l’ « intention » globale. Au même titre que l’embryogenèse opère par subdivisions quasi infinies d’un noyau ou d’une information primordiale ; de même, la cosmogénèse n’opère pas différemment. À la seule différence que l’enfant, le corps en devenir, prend forme par un apport continu de matière extérieure quand le cosmos contenait déjà toute la matière de son « corps » au premier instant.

 

Diviniser notre regard

 

Pour la plupart des physiciens, les constantes fondamentales de la nature et les conditions initiales qui ont permis l’apparition de la vie paraissent donc réglées avec une précision vertigineuse. Or, ces considérations sont toutes a posteriori. Ce ne sont pas les lois physiques qui font l’univers ; c’est l’univers qui se fait, et les lois viennent ensuite. Nous reconstituons une à une les parties d’un édifice qui s’est fait lui-même, d’un seul jet et naturellement. Comme le dit Bergson, nous prêtons à la nature les mêmes méthodes de constructions que celles que nous appliquons au sein de nos industries.

Il faut donc s’attacher à développer un regard global, unitaire. Ne pas détacher les choses, les êtres, les vies les unes des autres mais au contraire les intégrer comme le ferait un dieu digne de ce nom. Il faut diviniser notre regard en nous éloignant le plus possible du monde par l’imagination qui est ce que nous partageons avec les dieux.

 

Aucun grain de sable n’a conscience qu’il est une plage. Aucune feuille n’a conscience qu’elle est un arbre. Nous sommes davantage et plus encore que ce que nous pensons être. Parce que nous sommes parties intégrantes d’un processus, d’un mouvement d’ores et déjà achevé, mais dont nous ne pouvons appréhender la fin pas plus que le commencement à cause d’une simple différence d’échelle, de regard ou de vision. Parce que nous sommes parties prenantes, nous ne pouvons pas participer et regarder. Seul « Dieu » le peut parce qu’il est la synthèse de l’acteur et du spectateur. Parce que lui seul peut tour à tour ou simultanément passer de l’un à l’autre ; être l’un et l’autre. Plus justement, c’est parce qu’il est ce Principe qui peut être à la fois l’un et l’autre qu’il est ce que d’aucuns appellent Dieu.

 

Les implications de l’intrication

 

Or, l’idée d’un univers qui se comporterait comme un tout originel et indivisible fait petit à petit son chemin. Les expériences menées par Alain Aspect au début des années 80 dans le laboratoire d’optique de l’université d’Orsay vont dans ce sens. Ces expériences ont confirmé les calculs de la mécanique quantique. Lesquels postulaient que deux particules (photons ou électrons) ayant été en interaction conservaient un « lien » sous la forme d’une sorte de « communication » instantanée. Ce, quelle que soit la distance susceptible de les séparer. Ce phénomène porte le nom d’intrication quantique ou de non séparabilité. D’autres expériences menées par la suite par d’autres équipes ont confirmé les premiers résultats.

 

À partir de là, il n’est pas déraisonnable de supposer la présence d’une information rudimentaire de type binaire attachée à chaque particule de matière au moment du Big Bang (intrication originelle par définition). À partir de cet instant « t », chaque particule reste en lien pour toujours avec ses « sœurs siamoises » créant ainsi naturellement un premier Réseau Cosmologique d’Intrication Quantique. Nous avons donc, entre les forces en action (forces électromagnétiques, forces nucléaires fortes et faibles, gravitation…) et les quanta corrélés, une sorte d’univers composite fait d’une matrice (forces) et d’un renfort (le réseau d’informations quantique).

 

À l’instar d’une cellule embryonnaire durant la mitose (image forcément imparfaite), cet univers primordial va se subdiviser (sorte de mitose cosmologique), augmentant à chaque interaction son niveau de réification ; de condensation ; autrement dit de réalité. Il n’y a pas, bien sûr, d’observateur extérieur au processus. C’est l’interaction des particules entre elles qui valide et accrédite les processus enclenchés. Leur corrélation ou « mémoire commune » fera de l’univers son propre observateur. Par cette mitose de nature entropique, l’univers devient localement de plus en plus hétérogène. Il gagne en consistance ; en réalité, mais toujours par rapport à lui-même. Jamais par rapport à un hypothétique observateur extérieur. Dans sa structure quantique, il est inchangé ; toujours en potentialités. Ce sont les « choix » opérés par les interactions des particules qui vont créer des combinaisons. Lesquelles feront émerger des fluctuations quantiques un univers parmi tant d’autres possibles.

 

La notion de corrélation quantique n’est pas contradictoire avec les lois de la mécanique classique et de la relativité générale. Il s’agit de niveaux de lecture différents du réel. Ces interprétations ; ces représentations sont complémentaires les unes des autres et non pas antinomiques. Elles seraient contradictoires si nous continuions à envisager le réel comme un assemblage improbable de parties infinitésimales susceptibles, au hasard de leurs rencontres, de créer un « objet univers » tel que celui que nous connaissons. Or, cet objet, je l’ai déjà dit en début d’article, n’est pas une construction. Il est une unité qui, comme l’embryon, gagne en consistance et en réalité au fur et à mesure des multiples interactions entre ses constituants.

 

L’univers apprenant

 

Résumons-nous ! Nous aurions donc à l’origine un univers unifié, de nature ondulatoire représentant une somme d’informations et de potentialités susceptibles d’être actualisées. Une singularité au sein de ce premier substrat cosmologique homogène va initier la cosmogénèse. Les fluctuations quantiques vont intrinsèquement rester inchangées. Pour autant, les interactions successives – les échanges intenses et continus d’informations – entre les particules, vont initier des complexités qui ne sont que des complexités de « surface » ou apparentes. C'est-à-dire des expressions ou représentations d’une Information globale qui, sur le fond, reste inchangée. Chaque interaction entre particule ; chaque création à un niveau supérieur ; chaque complexité intégrée sont autant de tentatives renouvelées de réalisation. Après 13,7 milliards d’années d’évolution cosmique, les organismes biologiques et les sociétés perpétuent ce mouvement ascendant vers l’expression parfaite d’une Information sous-jacente. Erwin Schrödinger d’ailleurs, n’a pas été sans essayer de démontrer l’influence quantique au sein même du vivant par le biais de fluctuations fortuites de l’énergie vibratoire au cœur de certains « atomes directeurs » comme il les nomme, de la cellule germinative [Le chromosome][1].

 

Matière, espace et temps ne sont que les modalités d’expression et de représentation de cette Information. Ces dimensions sont donc inhérentes à la formulation du « message » ; pas à sa nature. Matière, espace et temps sont à la représentation cosmologique ce que les pixels, la gamme chromatique et la qualité du support sont à la photographie. L’information qui en émane n’a rien à voir avec la manière dont elle est exprimée. Pour autant, là où la comparaison ne tient plus, c’est que chaque « photographie » cosmologique ; chaque tentative de réalisation conserve la mémoire des réalisations précédentes. D’une certaine manière, l’univers apprend.

 

Ne prenons qu’un seul exemple, celui de nos existences individuelles. D’après le principe de non séparabilité et de corrélation des particules corroboré par les expériences dites d’Aspect  ; les 1026 atomes constituant en moyenne chacun de nos corps seront susceptibles de rester en « contact » au-delà ou plutôt en deçà de l’espace et du temps. L’expérience que j’aurais incarnée à un instant « t » sera d’une certaine manière conservée au sein des « archives cosmologiques » ou quantiques. Une expérience – ici humaine et affective – viendra donc s’inscrire à la suite ou plutôt se superposer à l’ensemble de toutes les autres expériences déjà « vécues » et mémorisées en réseau par toutes les particules de mon corps avant qu’elles ne me donnent forme. Imaginons, si cela nous est possible, la quantité d’expériences susceptibles d’être stockées par les 1080 atomes constitutifs de l’univers. De même, si notre conscience est la résultante de la mise en réseau des cent milliards de neurones (1011 neurones) de notre cerveau, quelle pourrait être la nature d’une conscience consécutive à la mise en réseau de 1080 atomes ?

 

Tous les matins du monde

 

Comme une pièce de théâtre rejouée chaque soir différemment, l’univers lui-même ne semble pas opérer autrement. Chaque soir du monde, le rideau tombe sur la scène cosmologique. Les lumières s’éteignent une à une. Les bruits cessent, lentement étouffés par la nuit. Le silence et la froideur reprennent possession des lieux. Le théâtre se replie sur lui-même comme une fleur à la tombée du jour. Gardant pour toujours en son sein l’écho des rires, des pleurs, des émotions de toutes sortes partagées par un public jouant sa propre vie. Chaque matin du monde les trois coups retentissent. Le rideau se lève à nouveau. Les acteurs regagnent un à un leur place sur la scène, prêts à rejouer leur rôle mais d’une manière chaque fois différente. Riches aussi de toutes les représentations précédentes et de ce qu’elles ont fait naître de vie, de sensations et d’émotions.

 

L’univers n’est pas autre chose. À chaque instant qui passe, il se succède à lui-même. Toujours plus complexe ; toujours plus réel ; toujours plus vivant. À la fin, le monde sera devenu pleinement conscient de lui-même. Un océan tranquillisé dont chaque goutte aura conscience de demeurer elle-même, selon l’expression de Pierre Teilhard de Chardin. Ce matin-là est encore à venir. À moins qu’il n’ait été le premier et le seul. Dans un cas comme dans l’autre, il est celui qui verra l’univers parfaitement achevé. Un univers ayant enfin atteint le summum de sa réalité. C'est-à-dire ayant réalisé la somme de tous les mondes possibles.

 

[1] Erwin Schrödinger, Qu’est-ce que la vie ? Christian Bourgois Éditeur, [1967] 1986, p 136.


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13 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 19 septembre 11:52

    Vous avez lu Leibniz, on dirait. Non ?

    Pour moi, nous devons quitter tout point de vue, tout perspectivisme, pour n’étudier que les dimensions comme étant finies, y compris celle du temps, terminée dans sa totalité, mais dont ne nous connaissons que partie déroulée selon notre point de vue très relatif.


    • JL JL 19 septembre 11:54

      Cet article devrait figurer dans une rubrique ’poésie’.

       
      Mais c’est intéressant.

      • alinea alinea 19 septembre 12:32

        Je ne vois pas les choses comme ça ; l’homme comme tout mammifère, a un besoin impérieux de sécurité, mais lui, a développé son cerveau et laisse de côté son côté animal. Sa manière de se sécuriser est de faire entrer le monde dans l’espace étroit de ses neurones.
        Sa science n’est pas vérité mais construction, il s’y accroche et jouit du « j’ai compris » !
        Il a même inventé Dieu, pour plus de sécurité, et entre les deux il se hisse ; mais même le regard mystique a besoin d’une croyance, le plus souvent.
        L’homme croit en lui et quand il décortique et nomme les choses, c’est lui qu’il satisfait. Son regard n’a d’utilité à personne et c’est sans doute pour cela qu’il est si nuisible.
        Mais tous ne le font pas. La sagesse orientale le fait s’ouvrir au monde, en s’y incluant, une adéquation active mais humble à la mesure de son infinie petitesse.


        • Neymare Neymare 19 septembre 16:22

          Je suis assez d’accord avec votre façon de voir le monde, en revanche certains points ne me semblent pas clairs : vous parlez d’un Dieu, puis vous parlez d’un univers apprenant

          A mon sens, effectivement, ce monde est un tout qui se déroule hors du temps : donc qui ne se déroule pas en fait : c’est un monde possible.

          Un chemin mathématique possible entre la matière pure et l’Esprit pur. L’Esprit explore ce chemin, mais il n’en est pas acteur, il ne peut être qu’observateur : en effet, la possibilité mathématique de ce monde est figée dès le début. À la fin effectivement comme vous le dites : l’univers atteint le summum de sa réalité, en fait il atteint la seule réalité qui existe : l’Esprit.


          • Sébastien Junca Sébastien Junca 21 septembre 22:57

            @Neymare

            Bonjour,

            En effet je parle de « Dieu », mais je le mets entre guillemets et pour reprendre un peu plus loin « […] ce que d’aucuns appellent dieu ». Le but était simplement d’illustrer la possibilité d’un principe susceptible d’être le fond commun à toute phénoménologie. Autrement dit la possibilité d’un « substrat » de nature quantique qui soit à la fois onde et particule. Un fond commun à tous les phénomènes (l’univers dans sa totalité manifestée passée et à venir) mais en même temps (ou plutôt hors du temps) inchangé c’est-à-dire indépendant des contraintes e l’espace, du temps et de la matière puisque ces contraintes ne sont que des phénomènes internes à ce substrat. « Pour autant, les interactions successives – les échanges intenses et continus d’informations – entre les particules, vont initier des complexités qui ne sont que des complexités de « surface » ou apparentes. C’est-à-dire des expressions ou représentations d’une Information globale qui, sur le fond, reste inchangée. »

            Quand je dis que l’univers apprend, je parle de la partie manifestée dans le temps et l’espace ; c’est-à-dire dans le monde des phénomènes. Le substrat cosmologique ou quantique lui n’a rien à « apprendre » puisqu’il est potentiellement et infiniment tous les phénomènes ; tous les mondes possibles. Dans La pesanteur et la grâce, Simone Weil nous dit que dieu aurait renoncé à une partie de lui-même pour faire acte de Création. Il aurait renoncé à être tout. Qu’on le nomme Dieu ou univers primordial, je dirais qu’il y a eu une conversion complète de ce principe fondateur (sans doute pas créateur) pour passer du non-manifesté au manifesté. Une fois engagé dans cette voie, il ne reste plus à l’information initiale qu’à « remonter » la pente de la matière par le biais d’une infinie complexification. C’est donc une fois engagé dans ce torrent que l’univers se doit de réapprendre le chemin du retour vers son état initial, c’est-à-dire potentiel et non manifesté qu’il était au temps de Planck. Mais cet aspect-là de l’univers n’est que la partie visible de l’ice-berg.



          • quartiersauvage 21 septembre 18:25

            Ce n’est pas parce que les expériences d’Aspect n’ont pas encore d’explication qu’on doit se réfugier dans la métaphysique.

            Au passage l’expérience d’Aspect n’implique pas d« ’information » au sens strict. Il s’agit du changement d’état symétrique du spin de deux photons et à distance. A ce niveau « l’information » n’est pas plus bavarde qu’un champ magnétique.
            La communication quantique utilise la propriété de ces particules de ne révéler leur état qu’à la lecture, elle-même perturbatrice de cet état. D’où des possibilités cryptographiques.
            Il faut rappeler que l« ’information » en question est définie par l’expérimentateur. 
            De là à extrapoler sur une Information provenant d’un pur Esprit il y a une marge qui découle de la notion ambiguë d’information justement, parce que naturellement on confond un état de la matière et sa transformation, une impulsion, un champ, ou un moment magnétique avec les nouvelles du matin.
            Rien ne démontre non plus que l’origine du monde commence au big bang, ou bien il faudrait que le néant engendre quelque matérialité.
            Il semble que ce soit la mode en ce moment de raconter n’importe quoi...

            • Sébastien Junca Sébastien Junca 21 septembre 23:03

              @quartiersauvage


              Bonjour,

              Primo, je ne me réfugie pas dans la métaphysique. De quoi devrais-je avoir peur ? Deuzio, je ne prétends en aucune manière apporter des explications à l’expérience d’Aspect. Ce ne sont ici que de simples propositions, hypothèses, expériences de pensées qui valent bien d’autres élucubrations mathématiques telles que les univers parallèles, la matière vue comme du chewing-gum, la théorie des super cordes et j’en passe… Bon nombre de découvertes scientifiques ont d’abord été initiées par des intuitions d’ordre purement métaphysiques. Le paradoxe EPR a d’ailleurs commencé comme cela.

              Vous dite que l’expérience d’Aspect n’implique pas d’information au sens strict. Je suis d’accord. Et je ne parlais pas au sens strict. Relisez le texte et vous verrez que je parlais d’une information de type binaire. La même que celle par exemple véhiculée par le spin d’une particule. Vous dites qu’à ce niveau l’information n’est pas plus bavarde qu’un champ magnétique. Je suis à nouveau d’accord avec vous. Bien loin de moi l’intention d’y voir un bavardage comme vous dite du style de ceux qu’on rencontre fréquemment sur AGORA VOX. Pour autant, même un champ magnétique peut être très loquace. Tout dépend de ce qu’on cherche ou de ce qu’on s’attend à trouver comme information. Une particule seule n’est pas très bavarde en effet. Mais plusieurs particules mises en relation le deviennent davantage. 1080 particules intriquées au moment du big bang le sont encore plus ; l’univers en est la preuve substantielle.

              C’est vous qui confondez l’information dont il était question dans mon article avec les nouvelles du matin. Je pensais que le niveau de certains articles sur ce site écartait d’office ce genre de méprises et de débats inutiles.

              Enfin, je n’ai jamais parlé de « pur Esprit ». C’est vous qui mettez l’Esprit sur le tapis.

              Enfin, je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque que vous dite que rien ne permet d’affirmer que l’origine du monde commence au Big Bang. Rien ne peut naître de rien en effet, et je suis pour ma part plutôt partisan d’un univers de type cyclique, non né et éternel sans créateur à son origine puisque sans origine.


            • quartiersauvage 22 septembre 15:09

              Je maintiens que vous versez dans la métaphysique en prêchant l’unicité du monde et en extrapolant.

               

              Je reprends quelques unes de vos affirmations : « Dans l’instant présent, il n’y a plus de causalité parce qu’il n’y a ni passé, ni futur. »

              C’est faux, l’instant présent est à la fois le passé du temps futur et le futur du temps passé. Donc la causalité existe aussi dans le temps présent.


              Vous dites que l’Univers est comme un « un tout originel et indivisible ». Ceci n’est pas confirmé par les expériences d’Aspect.

              L’atome signifiait insécable pour les grecs. Il s’est avéré que non. Le photon est-il insécable ? En tous cas le spin peut avoir deux valeurs et non une seule et ceci en fonction des conditions de l’expérience réalisée.

              Lorsque vous dites « Il faut diviniser notre regard en nous éloignant le plus possible du monde par l’imagination qui est ce que nous partageons avec les dieux. »

              S’éloigner du monde par l’imagination ne divinise pas le regard, il l’aveugle. Le regard se « divinise » lorsque l’abstraction rend compte à la fois de la matière visible et non visible. Mais il s’agit toujours de la matière et plus réelle encore qu’avant.

              Vous dites que la création s’est faite en 

              une seule fois. D’où vient cette notion de création ? Elle est en contradiction avec votre réponse où vous parlez d’ « univers de type cyclique non né et éternel sans créateur à son origine puisque sans origine ».


              Egalement :

              « Parce que nous sommes parties prenantes, nous ne pouvons pas participer et regarder. Seul « Dieu » le peut parce qu’il est la synthèse de l’acteur et du spectateur. Parce que lui seul peut tour à tour ou simultanément passer de l’un à l’autre ; être l’un et l’autre. Plus justement, c’est parce qu’il est ce Principe qui peut être à la fois l’un et l’autre qu’il est ce que d’aucuns appellent Dieu. »

              L’expérimentation scientifique consiste précisément à transformer et interpréter le monde, pour le transformer à nouveau. « Dieu » n’a jamais rien transformé et peut-être pour cela ne s’est-il jamais trompé, Alexandre et ses bienheureux…


              « Matière, espace et temps ne sont que les modalités d’expression et de représentation de cette Information. Ces dimensions sont donc inhérentes à la formulation du « message » ; pas à sa nature. ». Vous réduisez tout ceci à « l’Information » mais on peut tout autant affirmer l’inverse et dire qu’un photon est une « modalité d’expression de l’énergie ». Quant au « message »…


              « D’après le principe de non séparabilité et de corrélation des particules corroboré par les expériences dites d’Aspect  ; les 1026 atomes constituant en moyenne chacun de nos corps seront susceptibles de rester en « contact » au-delà ou plutôt en deçà de l’espace et du temps. » 

              Voilà la métempsychose maintenant. Vous nous ressortez toutes ces vieilleries aussi vite qu’un curé peut en bénir. Je vous rappelle que l’expérience d’Aspect concerne des particules et non des atomes, lesquels se transforment, s’associent, perdent ou gagnent des électrons, etc. A la sortie les « contacts » du carnet d’adresses risquent d’avoir pris la tangente ou il faudra que les asticots rendent gorge.


              • Sébastien Junca Sébastien Junca 23 septembre 18:07

                @quartiersauvage

                1. Je maintiens que vous avez raison et que je verse effectivement dans la métaphysique. Je n’ai jamais dit le contraire.

                2. Je ne prêche pas l’unicité du monde ; je la suppose.

                3. Et oui, j’extrapole parce qu’il faut bien de temps en temps essayer d’échapper aux consensus, aux théories vite consacrées par le sens commun et aux idées toutes faites.

                4. Quand vous dites que « l’instant présent est à la fois le passé du temps futur et le futur du temps passé », c’est vous qui, pour le coup, extrapolez et ergotez.

                5. Les expériences d’Aspect confirment implicitement l’unité originelle et indivisible de l’univers. Si les particules des expériences sont systématiquement intriquées ou corrélées, alors elles le sont toutes. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures.

                6. Quand je dis « il faut diviniser notre regard en nous éloignant le plus possible du monde par l’imagination » ; en effet, l’expression n’est pas correcte. J’aurais dû écrire : « en nous plaçant comme extérieurs au monde ». Ce qui pour le coup rend compte, comme vous le dites justement, à la fois de la matière visible et invisible ; mais aussi des états ondulatoires et corpusculaires de la matière. Bref, de tous ses « aspects », si j’ose dire.

                7. Sur la notion de « création faite en une seule fois », je n’entendais pas le terme au sens religieux. Je voulais simplement dire que dès les premiers instants de la cosmogénèse tout nous était donné et que la complexification a fait le reste. Par création, je voulais dire la manifestation des phénomènes dans l’espace et le temps. « Création » est à prendre ici dans le sens d’expression, de représentation ou de déploiement. Elle est à considérer sous l’aspect d’une dynamique ; d’un mouvement.

                8. Vous dites : « L’expérimentation scientifique consiste précisément à transformer et interpréter le monde pour le transformer à nouveau » Où avez-vous vu que l’expérimentation scientifique consistait à transformer et interpréter le monde ? Tout au plus s’efforce-t-elle de le mieux comprendre. Pour ce qui est de la transformation, laissons cela aux technologies et aux industries. La science, par définition, ne prend pas parti. Et si elle est parfois amenée à interpréter les résultats qu’elle obtient dans le cadre de ses expérimentations, elle n’interprète pas pour cela le monde.

                9. Appelez cela métempsychose si vous le voulez. Pour ma part, je ne parlais que de corrélation entre particules, qui est aussi une autre manière de dire « contact », que je mettais d’ailleurs entre guillemets. Mais tout est une question de vocabulaire n’est-ce pas ?

                10. Oui, l’expérience d’Aspect concerne des particules et non des atomes. Quand je parlais de 1026 atomes constituants nos corps, il était sous-entendu que nos corps étaient a fortiori constitués d’un plus grand nombre de particules susceptibles d’être corrélées. Et si les atomes se transforment, comme vous le dites, sachez que les particules aussi : protons, neutrons, électrons, photons, neutrinos…

                Je crois surtout que vous vous êtes attaché à faire une lecture volontairement religieuse du texte, ce qu’il n’était pas. À votre décharge, j’ai eu l’imprudence d’utiliser deux termes à haut risque : création et Dieu. L’absence de majuscule pour le premier et la présence de guillemets pour le second auraient pu vous mettre sur la voie.

                Au plaisir.

                 



              • Sébastien Junca Sébastien Junca 24 septembre 11:44

                @Sébastien Junca
                Quand il est écrit « 1026 atomes constituant notre corps » ou « 1080 particules intriquées au moment du Big bang » il faut comprendre 10 à la puissance 26 et 10 à la puissance 80.  


              • quartiersauvage 24 septembre 23:59

                Soit, extrapolez tant que vous voulez, mais ne faites pas comme les Bogdanov en tirant de la science des conclusions qu’elle ne s’autorise pas. Et permettez-moi de rappeler que la métaphysique fait aussi partie des consensus, depuis au moins Platon et durant des siècles, puis avec la consécration des Eglises et des royautés, imposée au sens commun et opposée à tout progrès scientifique et simultanément à tout progrès social.

                (4) Je dis que « l’instant présent est à la fois le passé du temps futur et le futur du temps passé. Donc la causalité existe aussi dans le temps présent. »

                C’est une évidence et non une extrapolation qu’aujourd’hui est un futur par rapport à hier et un passé par rapport à demain. Passé, présent et futur sont à la fois différents et liés par la chronologie, de sorte qu’un événement passé a des conséquences dans le présent et le futur. La différence entre passé présent et futur ne permet donc pas de nier la causalité, contrairement à votre affirmation.

                (5). Vous dites « Les expériences d’Aspect confirment implicitement l’unité originelle et indivisible de l’univers. Si les particules des expériences sont systématiquement intriquées ou corrélées, alors elles le sont toutes. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures. »

                Les particules sont « intriquées » ou « corrélées » dans le cadre de l’expérience d’A. Aspect, par polarisation des photons à l’aide d’un appareillage ad hoc assez complexe (exemple :http://deacpm20042005.free.fr/prethese/Rapport_1.pdf).

                Elles ne le sont pas toutes naturellement comme vous le dites sinon les physiciens pourraient utiliser n’importe quelle source lumineuse ; et parler des particules « intriquées au moment du big bang » relève de la science-fiction jusqu’à plus ample informé.

                Dans les conditions de cette « intrication », ou de « superposition d’états » expérimentale et uniquement dans ces conditions, les statistiques de la mécanique quantique disent que les deux photons produits par cet appareillage particulier ne sont pas dans un mais dans deux états opposés et indéterminables. Leur potentialité à se retrouver simultanément et à distance dans un état identique a été constatée et non encore expliquée.

                Cette polarité identique, supposons-la positive, s’applique à une paire de photons. Mais puisque ces paires sont une « superposition » ou une potentialité d’états indéterminables positif et négatif, pour une autre paire la polarité identique aux deux photons sera aléatoirement négative.

                Donc il n’y a pas unité mais de nouveau dualité, pas plus d’ « unité originelle et indivisible de l’univers » que de beurre en branche, et pardonnez-moi mais votre démonstration ne pèse pas plus lourd qu’un photon.

                 

                 (8) J’ai écrit que « L’expérimentation scientifique consiste précisément à transformer et interpréter le monde pour le transformer à nouveau »  J’entends le monde au sens physique, dont il s’agit bien d’interpréter les manifestations. D’autre part l’expérimentation scientifique n’est pas indépendante de l’économie, ni de la politique, ni de la technologie. Elle dépend des unes et des autres et ses conclusions ont des répercussions dans tous les domaines.

                L’expérimentation consiste précisément à transformer le réel pour pouvoir l’observer. Pour connaître le goût d’une pomme il faut la goûter disait Mao. Dans ses premières expériences Aspect bombardait des atomes de calcium, avec un laser à krypton. C’est ce que j’appelle transformer. Mais si on se tient à l’écart « comme extérieur au monde », il n’y a ni visible ni invisible, encore moins d’état corpusculaire ou ondulatoire, et aucun moyen de vérifier le moindre postulat.

                 

                (9) Je parle de métempsychose parce que vous signalez « les 10 26 atomes constituant en moyenne chacun de nos corps … susceptibles de rester en « contact » au-delà ou plutôt en deçà de l’espace et du temps ». Vous devez bien admettre que les corrélations entre particules soient quelque peu affectées par la mort et donc par leur transformation en d’autres particules. Déjà si l’eau du corps se transforme en vapeur il n’y a plus de corrélation avec ce qui reste de notre carcasse. Dommage pour les Houris…

                 (à suivre : mon texte est trop long)


                • quartiersauvage 25 septembre 00:11

                  (suite)

                  (10) « lecture religieuse » …effectivement vous m’avez un peu tendu le goupillon pour vous asperger, mais c’est juste pour taquiner, et vous insistez d’ailleurs avec la « cosmogénèse ».

                  (7) Dynamique et mouvement tant que vous voudrez mais les « premiers instants de la cosmogénèse » ne sont pas anodins.

                  Cette invention de Teilhard de Chardin servait à raccrocher le wagon de la religion au train de l’évolutionnisme de Darwin. « Si le Monde est convergent, et si le Christ en occupe le centre, alors la Christogénèse de saint Paul et de saint Jean n’est rien autre chose, ni rien moins, que le prolongement à la fois attendu et inespéré de la Noogénèse en laquelle, pour notre expérience, culmine la Cosmogénèse ». Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain, 1955, p. 331.

                  La Genèse de l’ancien Testament est contredite par les faits, accrochez vous au pinceau voilà la cosmogénèse !

                  Plus sérieusement, c’est l’interprétation des sciences et non la religion qui est en cause. Vous voulez que la science « change de regard » mais quel « regard » avez-vous à proposer ? Vous nous ramenez des siècles en arrière en prétendant que la structure des atomes de la pierre résulte de l’unité « pierre ». C’est faux, la pierre résulte de l’organisation de certains atomes dans des configurations particulières de température, de pression, etc. et sur une longue durée (et ceci n’a rien à voir avec l’architecture ou la maçonnerie), mais son idée, son concept ou son « unité » n’ont jamais préexisté à ce résultat. Quant à la notion d’unité « pierre » elle n’apporte strictement rien à la nomenclature des matériaux.

                   

                  Quelle est la conséquence de votre conception ? Elle s’oppose à la compréhension du monde, à toute forme d’analyse et de progrès, parce que votre interprétation ne correspond pas aux faits. Au lieu de nous apprendre le monde elle nous le désapprendrait.

                  Quelle pourrait être l’unité du monde sinon ses transformations perpétuelles, ses phases de stabilité préparant de nouveaux bouleversements, à toutes les échelles du temps et de l’espace, sous l’effet de forces contraires aboutissant tantôt à l’unité tantôt à la division de ses éléments ? L’intérêt de la recherche scientifique, à travers ses avancées et ses hésitations, ne devrait pas viser autre chose qu’utiliser à bon escient les lois qui régissent ces transformations, dans l’intérêt de l’humanité.

                  Ou plus exactement du plus grand nombre dans l’humanité, parce que là aussi, les forces contraires …portent l’espoir ou la désolation.

                  Souhaitons qu’une classe qui n’en a pas d’autre à exploiter prenne enfin le dessus.

                  Bien à vous


                  • quartiersauvage 25 septembre 00:23

                    Une précision parce que ma formulation laisse un doute : 

                    « les statistiques de la mécanique quantique disent que les deux photons produits par cet appareillage particulier ne sont pas dans un mais dans deux états opposés et indéterminables ».
                    Il faut comprendre que ces deux photons sont initialement (après « intrication ») chacun dans un état « superposé » + et -, sans qu’on puisse déterminer à ce moment là.
                    Et non pas l’un + et l’autre -. 

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