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Accueil du site > Actualités > Technologies > La spéciation, et le flou du concept d’espèce

La spéciation, et le flou du concept d’espèce

Suite à un commentaire vraiment trop long dans l’article Préfixe "évoluer" de l’Enfoiré, voici un article sur l’un des facteurs qui a mis Lamarck dans le doute vis-à-vis du concept d’espèce fixe, puis a nourri Wallace et Darwin sur le sujet de l’Evolution des espèces. Avec, en exclusivité sur Agora Vox, des extraits du dialogue entre Dieu et Adam lui-même lors de la distribution de nom à toutes les espèces.

Mais avant tout, un scoop qui n’en est pas un :

Le concept d’espèce... n’est rien d’autre qu’une commodité pratique. Déjà Lamarck, qui occupait la chaire de zoologie des animaux inférieurs, en observant des séries de fossiles de mollusques présentant des changements graduels, se demandait s’il s’agissait vraiment d’espèces différentes, ou alors si des mollusques avaient pu être modifiés au fil des couches géologiques qu’il observait. Ce qui l’amena à énoncer « La nature n’a fourni ni classe, ordre, ni genre, ni espèces constantes [...] les espèces se fondent les unes dans les autres. »

Darwin, lui, en lieu et place des pinsons (qui ne sont là que pour amuser la galerie de l’évolution) s’est intéressé aux pigeons. Membre d’une société colombophile de Grande-Bretagne, il se rend compte que présenté comme des individus sauvage, un ornithologiste hésiterait certainement à les classer tous dans la même espèce. Il consacre d’ailleurs plusieurs pages à leur sujet dans l’origine des espèces. Pareil pour les botanistes : l’un de ses collègues dénombre cent quatre-vingt deux plantes anglaise, et un autre deux cent cinquante et une. L’un de ces messieurs serait-il distrait ou l’autre fumerait-il certains de ses sujets d’étude ? Même pas. Simplement, de nombreuses formes sont dites « douteuses » faisant qu’on a du mal à dire si ce sont vraiment des espèces ou juste des variations. (Dans le même ordre d’idée, on pense tous savoir ce qu’est un chien, mais comment prouver sans les croiser qu’un caniche nain et un molosse sont de la même espèce ?)

D’où cette affirmation du grand Charles :

« [le concept d’espèce] est arbitrairement donné par pure commodité. »

Mais pourquoi faire un article là-dessus me demanderez vous ? Si une bande d’autistes se met à baver parce qu’une piéride du choux ressemble comme deux brins d’herbe à la piéride du navet ou l’inverse, il n’y a pas de quoi le crier sur les toits. Me direz-vous. On paie vraiment les chercheurs à rien foutre ! Et bien, justement, si.
Les plus dévots d’entre vous et les hellénophilles auront néanmoins détecté une odeur de soufre : les espèces, dans les deux cas, sont supposées parfaites : pour les croyants fidèles car elles ont été crées par Dieu, qui fait forcément les choses à la perfection, et pour les Grecs qui concevaient l’espèce comme un concept abstrait plus ou moins bien incarné par tous ses représentants.

Lamarck, puis tous les transformistes après lui, tireront la même conclusion : S’il y a un flou c’est qu’il y a des variations parfois très importantes entre individus. Si elles sont si importantes que ça, pourquoi pas des transformations au fil du temps ?

Ça y est, le sujet est lancé, et ça va donner un sacré chaos, à défaut d’un chaos sacré comme nous allons le voir.

Reconnaissons au moins un point positif au concept d’espèce : de mon strict point de vue d’étudiante, il préserve la santé mentale des biologistes débutants, en particulier pour les spécialistes de la cladistique. Depuis Dobzhansky, on définit souvent une espèce comme « un ensemble génétiquement fermé », mais les choses se sont de temps à autre (en fait, souvent) révélées plus compliquées que ça.

Mais revenons à nos deux stars comme promis : Dieu et Adam. Dieu va rendre visite à son protégé, qui a beaucoup de boulot depuis qu’Il lui a confié la tache de trouver un nom à toutes les créatures qu’Il a créé. Aujourd’hui, Adam a juré comme un charretier en guise de convocation, ce qui ne place pas Dieu dans les meilleures dispositions de son esprit saint. En plus, la première chose qu’il aperçoit dans l’Eden, c’est Adam, s’épongeant le front, les yeux cernés par la fatigue, qui fait vite connaître au Seigneur son petit souci :

« - Voilà... J’ai d’abord établi deux espèces de platanes : l’une en Amérique du Nord, Platinus occidentalis et Platinus orientalis en Europe de l’Est.
Pas mal. C’est du bon travail, mais pourquoi m’appeler pour ça ? Tu sais que je n’aime pas qu’on invoque mon Nom à tort et à travers !

Oui, bien entendu, mais voilà heu... les deux ont l’air bien distinct comme ça : Séparés par un océan et des milliers de kilomètres. Mais mis accidentellement en contact... » Adam respire un grand coup « - Elles se croisent très bien. Et ce croisement donne des plantes fertiles avec des caractéristiques intermédiaires. »

S’ensuit un petit silence sur l’Eden, uniquement entrecoupé par le petit gazouillis des oiseaux qui ont tout l’air d’avoir été lobotomisés pour l’occasion.

« - Et alors, gros malin ? Mets-moi tout ça dans une même espèce, et ça ira aussi bien !

- Enfin... Séparées par un continent entier... Pas du tout la même allure » Adam marmonne dans le vide. Dieu est retourné à ses anges chantant ses quantiques. Adam se gratte la tête en se disant quelque part, que s’il est fait à l’image de Dieu, ça soulève des questions concernant leurs capacités intellectuelles réciproques.

Un peu plus tard, Lilith, sa première épouse, vient le trouver. Dans ses bras, elle porte quelques dizaines de tritons qu’elle dépose sur l’herbe. Ceux-ci, s’alignent devant le premier homme. (En ces temps là n’oubliez pas que tout est au service de l’Homme pour qu’il en ait le moins à faire possible à part donner un nom aux délires personnels du créateur. C’est pourquoi Lilith est venue le trouver plutôt que de l’appeler sur tout les tons pour qu’il vienne la voir.)

« - Je crois qu’on a un problème. » Fait-elle sans préambule.

« - Comment ça ? » Adam est encore chamboulé par la dernière intervention divine et n’a vraiment envie qu’elle lui rajoute des soucis. Mais trop tard, Lilith a déjà commencé.

« - J’ai examiné deux de tes espèces de tritons », explique-elle. « Triturus marmoratus et Triturus cristatus. Tu vois de quoi je parle ?

- Je dois déjà les nommer tous alors pour ce qui est de retenir les noms ensuite ... Mais vas-y. Qu’est ce qu’ils ont ?

- Ils se croisent entre eux et ça donne des hybrides ». Elle désigne du doigt deux couples de tritons, puis deux autres qui se placent devant eux. « ça, ce sont leurs descendants. Le mâle est stérile...

- Ouais, normal » Répond machinalement Adam. Réalisant soudain que si elle avait précisé le mâle, c’est qu’il y avait un problème quelque part. « - Et la femelle ?

- Elle est fertile. Si elle est croisée avec un membre d’une espèce, puis ses filles avec les membres d’une autre espèce et ainsi de suite, on aboutit au bout d’un moment à des mâles fertiles. Je crois que ça fait une troisième espèce faisant la moyenne des deux, ou quelque chose comme ça. Il y en a un sur deux milles tritons, à peu près. Je propose qu’on l’appelle Triturus blasii, ça sonne bien...

- Non, mais ça va pas la tête ? » Adam est horrifié. « -Tu sais que tu critiques Son travail ? Il est très susceptible ! Oh, et puis qu’est ce que tu as à me piquer mon boulot et à encourager les croisements contre nature entre tritons franchement, t’as que ça à foutre ? Casse-toi pauvre conne ! »

Sur quoi, Lilith lui colle une baffe retentissante, prend ses tritons sous le bras et va rejoindre les démons qui depuis déjà un moment lui promettaient une place en or dans leur start-up.

Cela dit, Adam commence à se demander si Dieu ne se foutait pas un peu de sa gueule. En plus, il lui reste encore les insectes à faire et d’après un travail préliminaire, il y en a un million d’espèces, au bas mot. Il n’est pas sûr d’avoir tout compté. Mais bon, c’est sa mission et il doit la mener jusqu’au bout : même s’il veut bien entendre qu’il y a des problèmes il n’a aucune intention de modifier les définitions en cours d’application.

Quelque temps plus tard, Dieu lui présente Eve, version un peu plus réussie selon lui : belle pour qu’il puisse l’aimer, et stupide pour qu’elle puisse l’aimer. Bon, par contre elle n’est pas aussi efficace que Lilith quand il faut s’occuper des animaux. Sa spécialité semble plutôt aller à la botanique, sans doute parce qu’elle-même est une belle plante alors que Lilith était une vraie tigresse. Adam par précaution, planqua derrière un séquoia géant l’histoire des platanes.

Alors qu’il règle laborieusement leur compte aux Argus (pour être classé, ces papillons des montagnes doivent généralement être tués, sinon il n’est pas possible de distinguer les différentes espèces qui se ressemblent très fortement), il sent une drôle de présence à côté de lui. Et devant lui se matérialisa un très bel ange mais aux ailes noires comme le ventre d’une Drosophila melanogaster. (Il en savait quelque chose, ça avait été un vrai chemin de croix pour distinguer les drosophiles, des mouches très proches les une des autres). Mauvais signe ça, il avait reconnu Lucifer. Le Porteur de Lumière avait chuté il y a déjà un moment et n’était donc pas en odeur de Sainteté auprès du patron.

Pire encore, il était suivit par une dizaine de souris du genre Peromyscus. Adam poussa un gros, gros soupir.

« - Ouais, c’est pour quoi ?

- ça fait plaisir de voir tellement de joie à me voir arriver. Bonjour également », répondit Satan. Il tiqua un peu en se rendant compte qu’Adam n’avait pas encore été confronté au concept d’ironie.

- Ton ex tenait absolument à te montrer quelque chose. Je me suis proposé pour faire la commission.

- La salope. Je suppose que je n’ai pas le choix ? Vas-y mais fait vite s’il te plait, j’ai encore les piérides à distinguer après.

- Alors laisse-moi te rafraîchir la mémoire : Peromyscus maniculatus a 4 sous-espèces : borealis, nebrascensis, artemisiae, sonoriensis. Cette souris vit en Amérique du Nord. Artemisiae et borealis ne se croise jamais, on est bien d’accord ? »

Adam sentait qu’il allait bientôt subir un revers monumental sans pouvoir l’éviter. Il acquiesça prudemment :

« - Oui, et alors ? C’est normal.

- hé hé, tous les autres croisements sont possibles par contre et vont donner une descendance fertile : nebrascencis avec artemisiae, sonoriensis avec borealis, borealis avec nebrascencis, nebrascencis avec...

- C’est bon merde j’ai compris : Artemisiae et borealis, si elles ne s’envoient pas en l’air, fricotent indirectement par leurs voisines qui déjà, ne devraient pas ! Bref c’est un vrai capharnaüm !

- Tu m’ôtes les mots de la bouche. Et dire que Lilith prétend que Dieu t’as rendu stupide afin de pouvoir faire ce travail de romain, quelle mauvaise langue... »

Sans lui laisser le temps de répliquer, Satan disparaît dans un nuage de soufre du plus bel effet mais qui ne sent pas la rose. Adam sent qu’il n’en peut plus.
Quelqu’un lui tapote l’épaule. Il se retourne en sursautant. Eve tient une brassée d’herbes aquatiques dégoulinantes, l’air un peu gênée.

« - Non » gémit-il. « - Tant pis : maintenant je m’en lave les mains !

- Ce n’est pas une très bonne idée mon cœur » Répond Eve qui elle non plus ne comprend pas très bien le second degré ou le sens figuré. « - Elles poussent dans l’eau de mer. Et je crois qu’on a de gros problèmes.

- Allons donc.

- Tu te souviens des Spartines : Spartina maritima a 60 chromosomes, et est européenne. Spartina alterniflora est Nord-Est américaine avec 62 chromosomes. Elles peuvent avoir un descendant : Spartina anglica, à 122 chromosomes, parfaitement viable et si fringant qu’il menace de combler tout les estrans vaseux où il s’installe et je me demande comment on va s’en débarrasser ! Il menace les autres plantes présentes !

- Je vois qu’on va devoir en appeler au Patron. Tant pis...

- Et ce n’est pas tout : nous utilisons du blé tendre qui est hexaploïde : six jeux de chromosomes au lieu de deux. Le blé dur a 4 jeux (et pas des petits chromosomes en plus, mais des très gros !). Comme si plusieurs graminées avaient réussi à se croiser et à donner un truc viable et fertile ! Tu y crois à ça ?

- Par pitié, lâche ce tas de plante, c’est tout ce que je demande... Tiens c’est quoi en dessous ?

- Une pomme. Oh, ne te fâche pas elle n’a pas grand chose d’extraordinaire. Mais elle a un bon goût et depuis j’ai le cerveau qui picote, alors je te conseille de goûter...

- J’en ai marre des végétaux et du reste. Fais-moi fermenter tout ça, ce soir ce sera cuite pour Bibi. »

Sur cet intervalle, vous aurez sans doute saisi le principe : si chacun a une idée de ce qu’est une espèce (les chiens n’accouchent pas de chat paraît-il) au niveau des espèces très proches, les choses se compliquent grandement, car un début de spéciation a déjà pu se produire sans se terminer ! Mais comment en arriver à des situations pareilles ? Et pourquoi est-ce possible ?

Alors déjà voyons ce qui empêche l’hybridation :

Il y a deux grandes catégories : l’isolement avant le zygote (l’embryon quoi) et après le zygote. Pour fabriquer un hybride, il faut passer déjà toutes ces barrières :

Isolement pré-zygotique

  • _isolement géographique : les deux espèces ne sont pas au même endroit (votre contact sur internet vit en Nouvelle-Zélande, vous en Islande)
  • isolement écologique : sur un même milieu, les deux espèces vont occuper deux microenvironnements différents : Un gammare (petit crustacé) vivra dans l’estran vaseux dans la zone de marée, et un autre en dessous de celle-ci. Vous adorez les cafés les soirs de foot, votre amour inconnu et impossible ne jure que par les musées.
  • isolement temporel : elles ne sont pas au même endroit au même moment (vous fréquentez le café les soirs de foot, lui lors des soirs de rugby). Variante : vous êtes du soir, il est du matin = ceinture pour les deux.
  • _isolement mécanique : chez les espèces ayant besoin d’un accouplement seulement : quelque chose rend l’accouplement impossible : C’est assez rare. J’aimerais bien qu’un spécialiste canin me dise si le croisement chihuahua /saint-bernard est encore possible. Pour le reste, inutile, je pense, de vous faire un dessin.
  • _isolement éthologique : quelque chose ne correspond pas dans le signalement pour l’accouplement : l’odeur, la parade sexuelle, le chant. (Vous savez maintenant pourquoi le militant de l’UMP que vous aviez réussi à rencontrer depuis Meetic n’a pas l’air emballé devant votre sérénade reprenant magnifiquement l’Internationale : les signaux ne correspondent pas...)
  • _Isolement gamétique : au niveau de Mr spermatozoïde et Mme ovule, ça manque d’atomes, de molécules pardon, crochues : elles ne « collent pas » et la fusion est impossible. Cas chez des oursins par exemple. Heureusement pour eux, en un sens, car en lâchant leurs gamètes à tout vent dans l’eau de mer, il n’y a pas beaucoup d’autres isolements possibles.
  • Isolement post-copulatoire pré-zygotique : il y a accouplement, mais le sperme est toxique pour les voies génitales de la femelle, voir provoque des réactions allergiques.
Bon, supposons maintenant que comme dans tout film hollywoodien qui se respecte, le premier volume de cette histoire connaisse une happy-end : la fusion des gamètes a réussi, la division cellulaire va pouvoir commencer. En réalité, c’est le début du second volet :

L’isolement post-zygotique :

  • Premier problème : le nombre de chromosomes ne correspond pas : ce n’est pas trop gênant chez les plantes qui là-dessus, sont beaucoup plus souples que les animaux (voir Eve et les spartines). Ça ne veut pas dire que ça va tout le temps marcher, mais on a la preuve sous le nez (les allergiques aux graminées me comprendront, merci le blé) que cette technique a réussi accidentellement plusieurs fois.
  • Ce qui crée des ennuis, c’est que les chromosomes doivent s’apparier deux à deux lors des phases de division cellulaire et tout cela demande une bonne coordination. Si elle rate, l’embryon ne parviendra vraisemblablement pas à terme.
  • Dans le même son de cloche : lors de la fusion des noyaux gamétiques, le noyau femelle peut être trop rapide ou à l’inverse, en retard sur le noyau mâle. La synchronisation n’aura pas lieu.
  • Maintenant, si malgré tout l’embryon se développe : peut-être n’arrivera-t-il pas à terme de son développement (mort au stade fœtus, larve, têtard)
  • Ou alors il sera stérile, pour la même raison que la division cellulaire : les chromosomes doivent pouvoir correspondre parfaitement pour un bon résultat.
Et, finalement, il y a des cas où ça marche : avec deux bonnes espèces, on peut fabriquer un hybride fertile ! Ça peut vouloir dire que la différenciation entre les deux était très récente, qu’on a affaire à « deux races géographiques » réunie par les caprices du climat ou du terrain (corneille à collier ou non, pour un exemple en Europe). Ce qui peut poser des problèmes pour distinguer un chat sauvage d’un matou abandonné, les deux se croisant très bien : ça en devient difficile de définir la population de chats sauvages française par exemple.
Ou alors parfois, il y a une « dépression hybride » ; au bout de quatre ou cinq génération, les croisements ne sont plus possible et les descendants sont stériles.
Pour ceux qui se posent la question du croisement chimpanzé/homme et qui ont un peu trop lu l’animal dénaturé de Vercors, je répondrais que je ne sais pas si c’est possible et qu’a priori ça n’a pas été tenté. Mais comme nous avons un chromosome de moins que les chimpanzés (notre chromosome n°5 est issu d’une fusion de l’ancêtre de deux des leurs) c’est sans doute impossible.

Bon, maintenant que nous avons vu qu’Adam n’a sans doute pas existé (sinon le pauvre aurait certainement prôné la destruction du monde et refusé de faire des enfants à Eve), voyons le cœur du problème ou « comment arrive-t-on à un tel merdier ? »

Messieurs Mesdames, voici donc enfin la spéciation

Petit rappel ; il existe quatre forces majeures en génétique des populations :

La migration (si vous êtes fan d’Hervé Morin, c’est à peu près ça sauf que ça concerne tout déplacement avec échange de gamètes, si vous partez souvent en voyage diplomatique en Argentine et que vous rencontrer un bel argentin que vous ramenez dans vos valises, ça marche aussi).

Bref, elle homogénéise les populations par l’apport de nouveaux allèles.

La mutation : apparition spontanée de nouveaux allèles par des accidents dans le système de réplication cellulaire.

Sélection naturelle : les allèles améliorant la survie et/ou la reproduction augmentent avec le temps en proportion dans la population. A noter qu’il peut y avoir un équilibre mutation/sélection dans la population faisant persister des maladies génétiques, avec autant d’apparitions d’allèle que de disparitions : Ainsi, il y a plus d’une centaine d’allèles connus pour donner la mucoviscidose.

Dérive génétique : elle agit surtout dans les petites populations : l’histoire du « une chance sur deux » de transmission d’un allèle à vos enfants, ça ne marche pas à tous les coups car ce n’est qu’une statistique : le hasard fait que vous pouvez transmettre plusieurs fois le même allèle (et avoir plusieurs gamins handicapés par la même occasion, il faudrait en faire quelques dizaines pour vraiment observer la statistique prévue : une mal-chance sur quatre prévue pour la mucoviscidose par exemple). Si vous n’êtes pas convaincu, vous pouvez faire des jets de dés ou lancer des pièces en l’air un petit nombre de fois pour vous faire votre propre idée. La dérive implique qu’un allèle neutre, faiblement favorable ou défavorable peut se perdre/se fixer (avoir le monopole) dans une population de petite taille et ça par le seul hasard des croisements.

Ne vous inquiétez pas, j’arrive au cœur du sujet (ce n’est sans doute pas trop tôt)

1) population initiale : on part d’une seule espèce, bien définie en un lieu donné.

2) Séparation : elle peut être allopatrique (deux populations de taille équivalente) ou péripatrique (une grande population et une petite isolée).

Elles peuvent être séparées par le changement de climat qui va séparer des populations (à la dernière glaciation, l’Italie, l’Espagne et les Balkans étaient des refuges pour les espèces tempérés qui de là ont recolonisé l’Europe), ou la dérive des continents (séparation de l’Afrique et de l’Amérique du Sud). C’est d’ailleurs si important qu’on a consacré une discipline entière à ce propos, la biogéographie, qui fait le lien entre les espèces et leur distribution spatiale (je dis les espèces mais on s’intéresse de fait plutôt aux niveaux au dessus : genre, classe, famille, etc)

Si vous avez bien compris les forces expliquées plus haut, à partir du 2) rayez la migration : les populations sont séparées, celle-ci n’agit plus. Et donc la mutation, la dérive (surtout dans le cas de la spéciation péripatrique) vont agir et modifier la composition allélique de manière aléatoirement différente sans contrepoids. La sélection naturelle, selon la nature de l’environnement, pourra éventuellement s’exercer dans des sens différents.

3) Au bout d’un certain temps, on peut obtenir deux espèces proches : si celles-ci se rencontrent à nouveau, ça peut donner :

_Une « zone de tension » : les deux espèces exploitent toujours les mêmes ressources et le même terrain mais sont génétiquement incompatible : elles ne peuvent cohabiter au même endroit : soit la ligne de démarcation ne bouge pas, soit l’une plus compétitive va supplanter l’autre.

_la fusion des deux populations (cas des corneilles qui en Italie ont un collier blanc et sont noires unies en France : il semblerait qu’elles vont finir par se fondre l’une dans l’autre).

_deux espèces qui exploitent des milieux un peu différent : un oiseau va préférer les arbres à écorce lisse, son cousin celles à écorce rugueuse.

_la spéciation peut ne pas être terminée et donner des hybrides. Si ceux-ci sont désavantagés, la sélection naturelle favorise les parents sachant discerner leur propre population. (observé chez des grenouilles australiennes : les grenouilles femelles du sud différencient très bien les mâles de leur population et ceux du Nord, avec qui les têtards n’arrivent pas à la fin de leur développement, tandis que les femelles du Nord faisaient la confusion plus facilement mais dont les hybrides parvenaient tout de même à finir leur développement).

A ce stade là, on emploie les termes de « complexes d’espèces », « semi-espèces », « races géographiques », « sous-espèces » pour parler de ces situations un peu compliquée où il est difficile de dire qui est quoi. Ce sont des cas qui n’ont rien de marginaux tant qu’on parle de groupes vraiment riche, malheureusement ceux-ci ne font pas partie de notre quotidien aussi sont-ils peu remarqués : le geai des chênes a 28 sous-espèces en 8 groupes, il y a 7 perdrix du genre Alectoris.

Je terminerai par un mot pour les racistes plus ou moins avoués d’Agoravox qui ne manqueront pas de rappliquer avec la subtilité et le tact qui les caractérisent « mais alors l’Arabe qui habite près de chez moi, il est d’une sous-espèce différente ? ».

Si vous avez suivi ce que j’ai indiqué dessus, et que les mots Poitiers, Le Cid, Caravanes marchandes, Reconquista et Colonisation vous parlent (au moins le dernier, ça doit quand même vous parler, ou alors je ne peux plus rien pour vous) vous disent quelque chose, ça veut dire qu’il n’y a jamais eu de démarcation nette suffisamment longue entre les différents peuples pour que l’on puisse parler de sous-espèce ou de début de spéciation. Après, le fait qu’il y ait des différences entre les humains ne veut pas dire qu’il y en a venant d’un groupe supérieur à un autre (ces groupes étant très flous : si vous pouvez remonter jusqu’aux celtes, j’ai le regret de vous apprendre que ce sont de sales envahisseurs venus faucher le terrain à d’anonymes habitants ayant laissé les dolmens).

Sur ce, j’espère avoir apporté ma contribution aux amateurs de biologie sur la façon dont se créent de nouvelles espèces.

Sources : Cours de biodiversité de Patrick de Laguerie, maître de conférence à Lille 1
Conrad J. Hoskin1, Megan Higgie1, Keith R. McDonald2 & Craig Moritz3 ; Reinforcement drives rapid allopatric speciation ; Nature Vol 437|27 October 2005
Blondel : Biogéographie. Approche écologique et évolutive, 1995.


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39 réactions à cet article    


  • del Toro del Toro 17 février 2009 15:48

    Félicitations pour votre premier article smiley

    Je poursuis la lecture. Mais on risque aussi de se recroiser sur le fil d’à côté.


    • srobyl srobyl 17 février 2009 16:33

      Quand la maîtrise d’un sujet s’allie à la pédagogie et à l’humour, ça donne ce brillant résultat ! Merci !


      • del Toro del Toro 17 février 2009 17:58

         Epeire,

         Ne vous privez pas de "visuel", ça met toujours les articles en valeur. Les formes et les couleurs, quoi de plus "naturel" comme technique smiley


      • Epeire 17 février 2009 18:16

        Oui, et bien ça va me demander de réviser mes bases de HTML... Je me suis dit la même chose au moment de le proposer, mais j’ai du rater ça quelque part. Il y a des soucis connus avec firefox et agora ?


      • del Toro del Toro 17 février 2009 18:25

        Il y a des soucis connus avec firefox et agora ?

        Ça peut arriver (y a des bugs divers ces temps-ci) mais pour ce qui est de la photo, en général ça marche très bien.
        Je crois même que vous pouvez le faire avec l’aide de la modé.

        Je vous renouvelle le plaisir que j’ai eu à vous lire. Ça nous change des "digressions" du bon Bernard.

        Petite question : Canguilhem est-il toujours si peu lu dans le cursus ? (même en lecture perso).


      • Epeire 17 février 2009 18:28

        Complètement (je ne crois pas avoir entendu ce nom d’ailleurs, je regarderais ça plus en détail). Parmi les non-biologistes qu’on nous cite en histoire des sciences ou ailleurs, j’ai entendu parler de Goethe et de ce qui touchait au romantisme allemand, mais ça doit être à peu près tout.


      • del Toro del Toro 17 février 2009 18:53

        Eh ben mon cochon !

        C’est ce que je me disais. C’est pas véritablement une surprise mais votre confirmation est très utile. (Le cas est d’ailleurs similaire pour les sciences en général).

        Et si y a pas Canguilhem, y a pas Bachelard non plus.

        Puis-je vivement vous recommander ces deux auteurs ? Vous ne risquez pas de le regretter !

        Bien cordialement.


      • Vilain petit canard Vilain petit canard 18 février 2009 10:36

        Je confirme le conseil de Del Toro, Canguilhem est absolument indispensable en épistomologie, surtout en biologie et en médecine.


      • Epeire 17 février 2009 18:14

        Tiens, je ne connaissais pas du tout ce concept. C’est une sorte de combat du droit animal étendu ? Je ne perçois pas vraiment le lien avec l’article, en fait.


      • ZEN ZEN 17 février 2009 18:55

        Trés intéressant , stimulant et drôle...
        Les remarques finales sous les prétendues sous-espèces humaines n’ont évidemment pas de sens...Le terme de "race" au sens strict n’y a même pas sa place
        Le problème de la classification spécifique est un casse-tête , insoluble en dehors d’une interprétation évolutionniste du vivant

        antoine.michelot.free.fr/spip.php


        • slashbin 17 février 2009 22:07

          Merci pour cet article brillant, qui nous change de bien d’autres (en particulier ceux d’un auteur bien connu de AV, prolifique sur la quantité, mais qui peine à enterre notre cher Darwin) tant par le fond que la forme.

          J’espère pouvoir encore vous lire !


          • Grasyop 18 février 2009 09:32

            Je me joins aux autres pour vous féliciter pour cette excellente vulgarisation (à part pour l’orthographe) et pour regretter qu’Agoravox soit inondée d’articles débiles de pisseurs de copie tels que Dugué, Villach, Morice, Cabanel et j’en oublie, articles idiots qui ont malheureusement tendance à occulter de bons articles comme celui-ci.
            Bonne continuation.


            • Vilain petit canard Vilain petit canard 18 février 2009 11:08

              Bravo pour votre article clair et agréable. Et merci pourc cette cure de science lisible et simple.

              Le problème avec le concept d’espèce et la théorie de l’évolution, c’est que ce sont deux approches techniquement opposées. Je m’explique. La notion d’espèce est une constatation a posteriori  : je constate des différences entre les êtres, et j’essaie de les décrire, et même de les classer. Je vais surtout les classer d’après des critères apparents, évidemment, puisque je ne vois pas les autres : d’où l’importance des couleurs, formes, et autres critères visuels, et la possibilité d’obtenir des hybrides, puisqu’on peut observer la reproduction. Aujourd’hui, on ajoute l’observation des gènes à cette activité, mais le principe est le même : je reste dans le présent, et j’observe de façon horizontale tout ce qu’il y a observer, puis je range dans des cases.

              Avec la théorie de l’évolution, on part dans une autre direction : cette théorie essaie de répondre à la question "comment ça se fait qu’il y ait autant de différences observées entre les êtres vivants ?" Pour ce faire, je vais me projeter dans le temps (verticalement, si on veut), en définissant tout ce qui peut changer dans l’état actuel des espèces (laborieusement définies comme plus haut). Or je ne suis pas sûr que ces critères de définition des espèces (ces différences relevées chez les êtres) soient essentielles pour expliquer leur variabilité. Il va me falloir d’autres outils, et c’est là que la génétique apparaît. Je suis passé alors dans une approche a priori, soit : étant donné ce que je sais maintenant, et vu un génome donné, comment peut-il changer ? C’est ici que l’idée de mutation prend tout son sens.

              Naturellement, pour être complet, il va falloir boucler le processus intellectuel : une fois éclairci (disons, formalisé) le mécanisme supposé de changement, on va reprendre les espèces du début, et vérifier que l’hypothèse de départ fonctionne, en expliquant grâce à elle les variations observées.

              Du coup, ça remet en question nos classifications d’espèces, vu que des variations génomiques importantes n’entravent pas forcément la reproduction, et inversement, des variations géniques minimes bloquent tout passage entre deux variétés qui apparaissaient comme très proches. Vos exemples sont très parlants. Ils n’informent pas la théorie de l’évolution, mais la classification antérieure des espèces, comme vous le faites remarquer très justement.

              Autre problème : manque de bol, dans l’explication par la théorie de l’évolution, les ratés du système, on ne les verra pas (puisqu’ils sont censés disparaître), il ne nous reste que les modifications "traçables", c’est-à-dire en fait les modifications qui ont pu se reproduire suffisamment pour laisser des traces.

              Alors tout ça donne une impression bizarre, celle que l’évolution ne produit que des réussites. Et au plus haut de ces réussites apparentes, évidemment, l’Homme, sa Femme et son Gros Cerveau, le Roi du Monde, même que c’est pas un animal, faut pas mélanger.

              D’où cette illusion d’optique qu’une mystérieuse volonté guide vers le succès des gènes malicieux (et humains). C’est comme si on étudiait les statistiques du loto en concluant : puisque tous les gagnants ont joué, tous les joueurs sont donc mystérieusement destinés à gagner, il doit y avoir une force organisatrice derrière le système du loto, qui doit immanquablement produire des gagnants. De là à y voir ce qu’on nous a raconté au catéchisme avec les Six Jours et le Gentil Barbu, en version plus techno, on va parfois un peu vite.

              Voilà, je n’ai pu résister à ajouter mon petit développement. Mais la confusion actuelle entre le pourquoi (évolution), la description (diversité), et la théologie m’énervent prodigieusement.


              • Epeire 18 février 2009 14:42

                Merci pour cette précision en effet, capitale en pratique. Se départir de la notion d’espèce tel qu’on la conçoit habituellement c’est assez difficile et je ne me rends absolument pas compte du temps que j’ai pu mettre moi-même pour y arriver...

                Je me demande si l’un des gros problèmes n’est pas en réalité grammatical : La langue française a quand même du mal à se passer de sujet (bon, bien sûr c’est le sort de la plupart des langages humains, mais passons)

                Par exemple si "le crabe s’est doté d’une carapace" ou "la Nature a doté le crabe d’une carapace" dans les deux cas c’est impréci pour ne pas dire faux : Le crabe n’a pas choisit d’avoir une carapace, pas plus en tout cas que d’être apprécié par les humains avec de la mayonnaise et des "Dame Nature" avec ou sans grappes de raisin sur la tête et une gerbe de blé sous le bras, je n’en ai pas vu beaucoup non plus,
                dans le contexte c’est exactement au même niveau que le Bon Dieu avec son auréole, sa barbe de grand-père et les anges tout nu jouant de la harpe. Rien que d’y penser je comprends très bien pourquoi Lucifer n’a pas supporté l’ambiance : jouer de la harpe déguisé en gamin jouflu tout nu devant un vieillard, ça fait un brin pervers.

                Bref, pour expliquer correctement dans un documentaire ou une vulgarisation "Au fil du temps le crabe s’est doté d’une carapace" sans lui attribuer implicitement une action volontaire extérieure ou venant du crabe, c’est très, très difficile.


              • Vilain petit canard Vilain petit canard 18 février 2009 15:04

                D’autant que si on suit bien la théorie, il ne s’est pas non plus doté d’une carapace... il s’est retrouvé un beau matin avec des enfants caparaçonnés (et du coup il s’est retrouvé un peu con, mais c’est une autre histoire). Oui, la langue nous joue des tours... pendables ! C’est sympa de vous compter parmi nous. 


              • Jojo 19 février 2009 07:12

                Bonjour Epeire
                Je le savais, tous les ingrédients étaient là. Bravo et chapeau bas.
                J’espère que vous récidiverez et souvent. Je parie (intra-muros), la moitié de ma fortune, qu’au troisième article, vous serez déclarée d’utilité publique.

                Cela dit, …, euh, …, "Bon, maintenant que nous avons vu qu’Adam n’a sans doute pas existé."
                Ma foi et en vérité je vous le dis, je crois qu’il vaut mieux se garder de conclure si vite. Vu qu’entre le Patron et ce qu’on nous en a dit, …, il y a de la marge, Amen !

                PS : Je vous cite toujours D’où cette affirmation du grand Charles :
                « [le concept d’espèce] est arbitrairement donné par pure commodité. »

                Ah Il a dit ça De Gaulle ? smiley smiley


                • Epeire 19 février 2009 09:05

                  Bonne question. Y a une chance pour qu’il ait dit "Vive les espèces libres" ou quelque chose dans ce goût là ? smiley

                  Sinon il y a une autre citation que j’aime bien mais que je n’ai pas réussi à caser : "Dieu a créé, Linné a classé"

                  C’est de Buffon, qui, à l’époque où les premiers transformismes n’étaient pas encore apparu, ne voyait pas du tout l’intérêt de classer les espèces car ça reposait sur du vent. Lors de ses descriptions à lui il me semble d’ailleurs qu’il mettait les animaux domestiques les un à côté des autres (chat, chien, cheval, etc)

                  Quand à Adam, je pourrais vous déballer la version d’In Nomine Satanis (un jeu de rôle) à ce sujet, mais des fois qu’un hypothétique joueur débutant passerait par ici je m’en voudrais de faire du spoil ! :-> En plus dès qu’on commence à parler de religion, j’ai tendance à penser kiwi et dinosaure crucifié alors... (oui, ce jeu est un concept à lui tout seul)


                • L'enfoiré L’enfoiré 19 février 2009 12:03

                  Bonjour Epeire,

                   Je me devais de faire un petit coucou et un merci pour la reference.
                   Pas d autre mot. Bravo pour l article.
                   Je me le reserve pour plus tard dans une lecture plus profonde.


                  • docdory docdory 19 février 2009 14:24

                     @ Epeire

                    Merci de votre article qui mêle un authentique esprit scientifique , une grande érudition et l’humour !

                    Vous êtes vous parfois posé la question de savoir que diraient d’hypothétiques paléontologues dans 3 millions d’années , en voyant des fossiles de spécimens adultes de pékinois et de Saint-Bernard ? Ne concluraient-ils pas abusivement à l’existence de deux espèces là ou il n’y en a qu’une : différence notable d’aspect des os de la face , différence impressionnante de taille adulte ? 
                    Ne pensez-vous pas , à la lumière de cette " expérience de pensée " , il puisse arriver que nos paléontologues se fourvoient parfois en décrivant deux espèces fossiles là où il n’y en à qu’une seule ?
                    Une autre expérience de pensée : supposons que tous les chiens de taille intermédiaire entre le pinscher nain et le saint-Bernard disparaissent brusquement , et qu’on s’interdise toute insémination artificielle entre les deux variétés de chien restantes : elles deviendraient de facto deux espèces distinctes , quand bien m^me qu’en théorie elles n’en feraient qu’une , non ?


                    • Epeire 19 février 2009 16:05

                      En effet, ce genre d’erreur est tout simplement inévitable, les paléontologues en sont tout à fait conscients. La famille Homo en fait d’ailleurs les frais... Dans le cas des Homo erectus qui ont voyagé à travers une bonne partie de l’Europe et de l’Asie, la période de temps _très longue_ sur laquelle on retrouve des squelettes laisse certains chercheurs penser qu’il s’agissait d’un complexe d’espèces plutôt que d’une seule espèce.

                      Pareil pour l’homme de florens, dont le statut fait toujours débat (vraie sous-espèce ou homo sapiens atteint de micro-encéphalie ?

                      Sans parler des fossiles très anciens de cinq ou six millons d’années : ils sont si proche de la séparation chimpanzé/homme qu’il est très délicat de dire de qui ils pourraient être les ancêtres !

                      Quand à savoir si on peut considérer le chihuha et le saint-bernard comme des espèces distinctes en supprimant les intermédiaires... J’ignore totalement si les deux races peuvent encore se reproduire entre elles. Pour un peu, j’enverrais bien un mail à un éleveur... Mais si effectivement ça leur est impossible, oui, de facto ce serait deux espèces distinctes.


                    • Vilain petit canard Vilain petit canard 19 février 2009 16:14

                      Non je confirme, ils sont interféconds, mais pour des raisons pratiques qu’on imagine sans peine, il vaut mieux tenter le coup avec une femelle saint-benard et un mâle chihuahua (taille du foetus)... et utiliser l’insémination artificielle (taille du pénis) !! Maintenant, je crois que personne n’a encore essayé. Mais si on laisse évoluer les deux races chacune dans leur coin, ma foi, une dérive génétique peut s’installer au bout d’un certain temps. En théorie, naturellement.

                      J’en profite pour vous signaler que le chien, le loup, le coyote et le chacal sont interféconds. 


                    • Epeire 19 février 2009 17:38

                      Un grand merci pour tout ces encouragements, du coup j’ai commencé à préparer deux ou trois sujets en approfondissant les mécanismes évolutifs (il y a énormément de choses à dire sur la co-évolution notamment)

                      Ce qui m’inquiète par contre, c’est que je n’arrive plus à retrouver mon article à partir de la page science et techno (j’ai l’impression qu’il occupait l’espace aujourd’hui prit par un carré blanc, je comprends pas trop ce qu’il s’est passé)

                      C’est normal ?


                    • ZEN ZEN 19 février 2009 19:13

                      Normal ? Non, mais vous pouvez le retrouver par ici

                      Comme l’évolution, il faut faire des détours...


                    • ZEN ZEN 19 février 2009 19:23

                      Oubli du lien ..Par ICI


                    • L'enfoiré L’enfoiré 19 février 2009 18:43

                      Normal ?
                      Absolument, l evolution a de ses secrets. L informatique ne fait elle pas partie de cell ci ?..  smiley


                      • ZEN ZEN 19 février 2009 19:21

                        Bonsoir Epeire

                        Bien le bonsoir du Pas de Calais !
                         Je me suis autorisé à partir de votre article pour une petite mise en perspective sur mon blog concernant le sujet de la biodiversité . Sujet passionnant !
                        Ai-je bien fait ?
                        Cordialement


                        • Epeire 19 février 2009 20:05

                          Aucun souci. Par contre, j’ai moi-même un blog et je ne maîtrise pas du tout les flux rss. Je n’y ai pas mis cet article avant de le proposer, cela dit j’aimerais bien savoir comment on doit s’y prendre pour une prochaine fois...


                        • Jojo 19 février 2009 20:25

                          Bonsoir Epeire,
                          Excusez moi. Frère de Sang ?


                          • Epeire 19 février 2009 20:26

                            pardon ?


                          • Jojo 19 février 2009 20:45

                            Désolé je m’étais absenté un moment,
                            Ce que vous écrivez dans votre Blog, est-ce autobiographique ?


                          • Epeire 19 février 2009 20:54

                            Pas du tout... Cette nouvelle-là est partie d’un TD sur les mécanismes de base du cancer, c’est tout.


                          • Jojo 19 février 2009 20:59

                             smiley Bonne soirée.


                          • Jojo 19 février 2009 21:18

                            Une dernière chose pour me racheter. Vous aviez demandé ça sur le fil de Fergus :

                             

                            Google est votre ami, wiki aussi.

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                            http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_femmes_scientifiques


                          • Epeire 19 février 2009 21:54

                            En voilà une belle liste ! ça va illuminer ma soirée ça...


                          • Gül 19 février 2009 21:31

                            Bravo, vraiment !

                            C’est bourré d’humour, j’adore !

                            Et si j’avais eu des profs de sciences aussi doués que vous l’êtes pour expliquer simlement les choses, peut-être serais-je devenue scientifique moi-même (loin d’être une mince affaire ! smiley ).

                            Vous avez toute ma reconnaissance pour ce superbe article, et je m’incline devant tant de talent !

                            Cordialement.


                            • L'enfoiré L’enfoiré 2 mars 2009 19:20

                              Chère Epeire,

                              J’avais dit que je reviendrai. Bien m’y fit avec plus de temps. Je me suis vraiment amusé avec cet article.

                              Tout y est expliqué avec les zygomatiques et les pré-zygotiques.

                              Une question pourquoi la création des espèces a-t-elle choisi en général deux sexes pour générer sa succession ? Je viens de (re)voir la banane qui a les deux sexes sur la même plante. La banane, plus grande herbe sur terre m’était-il rappelé. N’aurait-il pas été plus facile de généraliser ce procédé « hermaphrodite » pour assurer ? Cette rencontre reste tout de même trop fortuite dans la nature.

                              Y avoir associer un « plaisir » est encore plus étrange.

                              Alors, la spéciation, maitre atout de l’article :

                              • migrer, bien sûr, mais il faut savoir. C’est un fameux risque pour les plantes qui doivent espérer un autre domino dans les insectes pour espérer le faire.

                              • Muter. Jamais contente l’évolution. J’avais préfixer mon article du mot « évoluer ». Pourquoi cette fuite en avant avec tellement de possibilités d’erreurs ? Allèles accidentés en plus. Quel va découvrir l’erreur ? Jeu de piste sans fin.

                              • Sélection naturelle. La génétique la rend même « surnaturelle ». Les OGM qu’on le veuille ou non apportent une nouvelle voie dans la résistance et la vision anthropomorphique de ce qui est bénéfique ou non.

                              • Dérive génétique. Pourquoi dérive ? Encore une vision trop humaine. Pourquoi n’avoir pas améliorer toujours plus pour arriver à un être parfait ? Notre vision qui ne voit que dans la lumière visible et à courte distance. Notre odorat qui ne parvient que de sentir ce qui est très proche. Notre ouïe qui ne perçoit qu’une gamme très faible de sons. Nous avons, nous les hommes perdus beaucoup de points positifs dans la bataille.

                                Evidemment, nous avons la parole, un peu d’intelligence, mais alors si peu de protections contre l’environnement.

                              Les espèces, encore une vue de l’esprit très scientifique qui veut sérier tout ce qui se voit et y donner des noms. Heureusement que l’on n’est pas resté aux mots latins pour les définir. Pour parler de sous-espèces il faudrait être parfait et avoir récolté tous les points positifs et rejeté les négatifs. En fait, un inventaire en deux colonnes serait très intéressant. Beaucoup d’espèces qui se créent et d’autres qui disparaissent. N’est-ce pas notre rôle de prédateur qui est programmé pour accélérer la "machine" ? Il y a peu d’être vivants qui se trouvent partout sur la surface de la terre et de la mer.

                              Quand on pense aux quelques minutes depuis la présence de l’homo sapiens sur l’échelle du temps de la terre réduite à un an. Cela fait vraiment très peu de choses. Une logique toute personnelle, bien entendu.

                              A Bruxelles, nous venons d’ouvrir une nouvelle galerie sur l’évolution au Musée d’Histoire Naturelle. Je vais bientôt y aller et si je peux j’en ferai une foule de photos. Je préviendrai où elles seront.  smiley

                               


                              • Epeire 2 mars 2009 21:24

                                Merci, je n’attendais plus de commentaire sur cet article depuis le temps et ça me fait plaisir de vous y voir :)

                                Une question pourquoi la création des espèces a-t-elle choisi en général deux sexes pour générer sa succession ? Je viens de (re)voir la banane qui a les deux sexes sur la même plante. La banane, plus grande herbe sur terre m’était-il rappelé. N’aurait-il pas été plus facile de généraliser ce procédé « hermaphrodite » pour assurer ? Cette rencontre reste tout de même trop fortuite dans la nature.

                                La sexualité permet d’augmenter la diversité "intra-spécifique" en multipliant les combinaisons de gènes possibles : ce brassage augmente le nombre de gènes hétérozygotes et les associations entre gènes différents.
                                Si l’on se reproduisait uniquement par autogamie (autofécondation, le pollen et l’ovule provenant du même individu), les calculs (purement mathématique) montrent qu’on aboutirait à une population presque exclusivement autozygote, et donc une plus grande probabilité d’avoir des maladies génétiques récessives ou plus simple une moins bonne résistance aux pathogènes (qui continue de s’adapter eux aussi en testant de nouvelles combinaisons ! Les bactéries s’échangeant du matériel génétique hors fécondation, et à l’intérieur d’une cellule les virus peuvent parfois intercepter d’autres gènes)
                                Cela dit la reproduction sans sexualité/autogamie/inceste très proche est une stratégie parfois adoptée, mais c’est plutôt des exceptions.

                                Le plaisir ? Il faut bien que quelque chose pousse les bestioles à se rapprocher les unes les autres. C’est un peu la "carotte". Mais très peu d’espèces ont une sexualité hors période de fécondité. Les seules exceptions qui me viennent à l’esprit sont l’être Humain et le Bonobo, où le plaisir sexuel a clairement une fonction sociale (ne serait-ce que souder les couples pour qu’ils restent s’occuper des bébés ensemble). On pourrait même dire que ce n’est pas coucher hors pour faire des enfants qui rapproche l’humain de l’animal, c’est plutôt l’inverse !

                                migrer : En effet, c’est un pari, mais prit différement selon les espèces : il y a deux stratégies pour les êtres vivants, dites "r" et "k" : la "r" fabrique beaucoup de petits/de pollen/de gamètes (pour les espèces marines) en y investissant peu de ressources. Beaucoup meurent mais il y en a toujours quelques uns qui survivent, même si ce pourcentage nous semble minuscule.
                                la "k" est la situation inverse : très peu de petit mais dont les parents vont s’occuper très longtemps.

                                Mine de rien, la stratégie "r" permet de gâcher de nombreuses graines qui vont se disséminer au vent sans que la pérennité de l’espèce soit mise en danger. Si ça ne marche pas, eh bien la sélection naturelle s’applique : les graines moins nombreuses avec plus de ressources sont avantagées et vont souvent moins loin.

                                Muter : pourquoi muter ? j’ai envie de répondre : "parce que". Ce ne sont pourtant pas les systèmes de correction dans les cellules qui manquent.

                                Sélection naturelle : C’est finalement un principe très simple mais on lui fait porter un mysticisme un peu superflu. Ce qui va se passer avec les OGM est très intéressant. Des bouts de réponse sont déjà connu (par exemple, le pollen des mais et blé se passent d’insecte et se propage sur de longues distances...ça on le savait bien avant les études sur les OGMs)

                                Dérive génétique : il ne faut pas la comprendre au sens "degenerescence", seulement perte d’allèles, qu’ils soit bon ou mauvais (enfin, s’ils sont vraiment bon ou vraiment mauvais, la sélection naturelle s’exerce, mais dans les toutes petites populations la dérive est parfois la plus forte). Elle est le reflet d’une population de petite taille.

                                Pourquoi n’avoir pas améliorer toujours plus pour arriver à un être parfait ? Parce que la nature est aveugle aux concepts de bien et de mal, parce que la planète évolue en permanence et qu’il faudrait une stase éternelle pour parler de perfection. (à ce propos, faites l’expérience de mettre un requin blanc dans la jungle du Cambodge et un tigre du bengale dans l’océan, et observez la perfection de leurs techniques de chasse...) De plus, les mutations étant aléatoires, on ne peut tout simplement pas tirer toutes les bonnes cartes.
                                L’humain n’est pas si mal doté que ça : saviez vous que nous étions parmi les seuls mammifères avec les autres primates à avoir une vision trichromatique ? Nous avons gagné un pigment rétinien que les autres n’ont pas, ce n’est déjà pas si mal.
                                Quand à notre manque de protection, hum, si nous sommes là à papoter, c’est que finalement on a très bien su s’en tirer, non ?

                                On a commencé à donné des noms latins grâce à Linné parce qu’on voulait tout connaître. C’était l’époque des lumières et des encyclopédies après tout. Avant, le nom avait un but utilitaire et en cela il était insuffisant. Une anecdote : un chercheur en expédition en papouasie début XXeme a comparé les espèces d’oiseau qu’il avait nommé aux mots utilisés par les indigènes : ils y en avait autant de chaque côté. Pourquoi ? Chaque oiseau avait besoin d’être défini pour parler de sa saison de chasse, de ses moeurs... Et on parle d’une centaine d’espèces. Par contre, ils n’avaient qu’un seul mot pour les papillons, forcément, ça ne "servait" à rien...

                                Notre rôle sur Terre ? Bonne question... Je crois qu’on devrait éviter le finalisme en écologie comme en évolution : nous ne voyons que les situations stables, les autres ayant disparu car non viable. Notre rôle est donc ce que nous en faisons. J’ai un article en préparation portant entre autre là-dessus (je le soigne car il m’a l’air un peu polémique et moins comique, donc j’essaie de limiter la casse)


                                A bientôt smiley


                              • L'enfoiré L’enfoiré 3 mars 2009 20:00

                                 Chère Epeire,

                                 Je savais que j’allais apprendre encore beaucoup de choses en posant des questions toutes bêtes mais pas innocentes. On pourrait en parler pendant longtemps d’ailleurs.
                                 Quand j’irai au Musée dont je parlais dans mon commentaire précédent, je communiquerai à qui de droit cet article plein d’humour et de raisonnements bien ficelés. Je suis sûr qu’il vaut le déplacement. Une salle entière sur l’évolution. Il parrait qu’en France, qu’à Plymouth, là où est parti Beagle, je crois, il y a le créationnisme qui est bien présent. Un musée y est même présent.
                                 Impatient de lire votre suite. smiley


                                • Epeire 3 mars 2009 20:13

                                  La suite est en préparation (on peut même dire des suites d’ailleurs) et je pense soumettre un, voir deux articles dans la semaine, mais pas en lien direct avec la théorie de l’évolution. Cela dit, je ne pourrais pas faire preuve d’humour à chaque fois _ ça perdrait de son intérêt en plus.

                                  Quand à l’article dont vous donnez le lien, j’en ai entendu parlé, ma fac a organisé l’an dernier une conférence sur le sujet, très intéressante par ailleurs. Mais paradoxalement, étant à la fac dans un milieu entièrement acquis à l’évolution (bon, il y a des variantes et des subtilités), je me rends compte très mal de l’ampleur du phénomène. On me dit que ça prends de l’ampleur, mais je n’en suis absolument pas le témoin direct...

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