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Accueil du site > Actualités > Technologies > La traduction automatique : intox et effets d’annonce (...)

La traduction automatique : intox et effets d’annonce !

 (Première partie de : « L’Humanité à l’assaut de la tour de Babel »)


Il ne se passe pas un mois sans que l’un ou l’autre des fabricants de logiciels de traduction n’annonce un nouveau matériel, le lancement d’un grand projet ou la sortie prochaine d’une nouvelle machine très performante. Quelle est la part de vérité dans ces promesses : info ou intox ? 

Bientôt la vraie traduction  ! Promis, juré, craché, sinon le fabricant se jette du haut de la tour de Babel... 
 
Dimitris Sabatakis, président de Systran, leader mondial dans la communication multilingue, annonce brutalement la couleur - nous sommes malades : « Emploi-management - La vie de bureau - Les Français malades des langues »
Le point en ligne, 31/01/09
 
On se doute qu’il va nous guérir. 
 
Malheureusement, il n’est pas le seul à posséder un remède miracle... La concurrence est vive sur ce marché porteur. Ils sont nombreux, les guérisseurs, aux marches de la tour de Babel :
 
« Rassurez-vous, le problème ne se pose plus ! Pourquoi, comment ? Grâce à votre iPhone, encore une fois. Avec l’application Wordreference.com, c’est un véritable dictionnaire anglais/français qui s’offre à vous... et gratuitement ! »
 
Vous reprendrez bien un peu de potion magique ? Voilà :
 
«  Luna remet Italien et Polonais dans la conversation avec les machines
Pour la première fois, ces deux langues sont comprises par un système de reconnaissance du langage en temps réel. Celui-ci identifie le sens des phrases prononcées dans un contexte normal.(…) Son pendant italien sera réservé à l’administration publique, pour mettre en place un service de hotline informatique. Le système est prévu pour être commercialisé d’ici la fin de l’année. Pour ses concepteurs, le but est aussi de faire du système un outil multilingue : il existe déjà en anglais et français. Les versions polonaise et italienne marquaient la possibilité de convertir le logiciel en d’autres langues sans diminuer sa qualité. D’autres déclinaisons sont donc à attendre. »
 
On aura remarqué l’effet d’annonce sur les progrès dans un futur proche. Mais ces aperçus des boniments courants n’étaient que des mises en bouche, car parfois on anticipe carrément de quelques années, on rêve tout haut :
 
« La barrière de la langue japonaise supprimée grâce au téléphone mobile ?
Imaginez un traducteur multilingue automatique commandé par la voix et intégré au téléphone portable... Possible ? Pas encore, mais cela sera peut-être le cas dans quelques années. En effet, NEC Corporation a annoncé le 5 janvier 2009 qu’il développait un logiciel de traitement vocal automatique pour téléphone, interprétant rapidement et avec précision les mots et les phrases couramment utilisées lors des voyages. L’utilisateur prononce une phrase en utilisant son téléphone et la traduction est ensuite affichée sur l’écran en seulement quelques secondes et sans avoir à se connecter à un réseau ou à un serveur. »
Sur ITR Manager 18/01/09
 
Jusque là, il faut pourtant reconnaître que nous étions dans le raisonnable, l’honnête boulot de commercial qui vend l’honnête boulot des ingénieurs. Mais souvent, à lire certaines annonces, on se croirait dans un film de science-fiction, car on nous annonce ni plus ni moins la fin de l’apprentissage des langues étrangères !
 
«  Il ne sera bientôt plus nécessaire de s’embêter à apprendre une langue étrangère si l’on dispose d’un iPhone. Softbank, qui distribue le téléphone intelligent au Japon, a conçu « peeek », une application de traduction à la volée. 
Le mode d’emploi est simple, il suffit de dicter à la voix le mot ou la phrase que l’on souhaite voir traduire, du japonais à l’anglais ou au chinois. Épatant, mais encore limité à 1 500 locutions nippones… »
 
« Le mot ou la phrase »… Gageons qu’il sera plus performant sur le mot que sur la phrase ! Mais on sent que le commercial piaffe d’impatience et se retient de nous annoncer pour bientôt l’antigravité et d’une croisière vers Mars avec le chat et le grand-père.
 
Pourtant, n’importe quel interprète-traducteur sait que les logiciels sont à des année-lumières de la vraie traduction. 
 
Pour l’instant, ils perfectionnent le mot à mot, ce qui est certes très utile mais notoirement insuffisant, au point d’être devenu un jeu. Soumettre à une machine un texte littéraire, humoristique, avec des idiotismes ou vaguement argotique, promet une franche rigolade au bureau…Car la vraie traduction ne se base pas sur les mots, mais sur le sens, et considère la phrase ou ses propositions dans leur ensemble.
 
La vraie traduction, c’est du travail d’artisan, un art disent certains, car si l’artisan refait plus ou moins le même ouvrage, le traducteur réalise une traduction unique de l’œuvre originale.
 
D’ailleurs, qu’en disent les professionnels ?
 
« Certains fournisseurs de logiciels de traduction automatique affirment pouvoir fournir des traductions instantanées de documents dans les principales langues parlées sur la base d’outils logiques informatiques plutôt qu’un travail de langagier. Est-ce réaliste ?
Difficile de dire s’ils y arriveront et quand, ni quelle en sera la qualité. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, et plus d’un l’ont appris à leurs dépens. En novembre 2007, par exemple, un groupe de journalistes israéliens, qui devaient assister à un colloque à Amsterdam, a créé un incident diplomatique. À la demande du consulat hollandais, ils ont soumis au ministère des Affaires étrangères hollandais cinq questions qu’ils avaient traduites à l’aide d’un des systèmes de traduction automatique les plus avancés. Les questions ainsi traduites étaient incompréhensibles : « Hello Bud, the mother your visit in Israel is a sleep to the favour or to the bed your mind on the conflict are Israeli Palestinian » (Salut, la mère de votre visite en Israël est un sommeil à la faveur ou au lit votre esprit sur le conflit israélo-palestinien). »
(FAQ du Bureau de la traduction du Canada)
 
Conclusion : sauf naissance inattendue d’une vraie intelligence artificielle, on ne disposera pas de sitôt de vraie traduction automatique, même de qualité moyenne. 
 
Bah ! Après tout, business is biznesse, et ce n’est que de la publicité : ma lessive est meilleure, et votre linge sera tellement blanc qu’on verra vos formes à travers. 
C’est de bonne guerre – une guerre commerciale qui se nourrit de la guerre des langues !
 
A la pointe de la recherche, la TAS (traduction automatique statistique)
 
« (...) il existe deux approches principales à la traduction automatique (TA) : une approche plus ancienne dans laquelle des experts produisent un ensemble de règles pour l’ordinateur selon leur connaissance dans la pratique de la traduction d’une langue à une autre, et une nouvelle approche qui consiste à permettre à l’ordinateur d’apprendre de lui-même de telles règles à partir d’un très grand ensemble de textes (corpus) bilingue. La technologie PORTAGE est basée sur la seconde approche plus nouvelle, aussi appelée « traduction automatique statistique ». »
 
Je ne sais pas si les ordinateurs vont réellement apprendre tout seuls, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a du blé dans ce domaine, en raison - comme souvent - des applications militaires potentielles...
 
« À partir d’octobre 2005, la visibilité internationale de la technologie PORTAGE a été accrue par notre participation au projet GALE, d’une valeur de plusieurs millions de dollars et subventionné par l’entremise de DARPA, l’agence de recherche de pointe du ministère de la défense des É.-U. Le but de GALE (Global Autonomous Language Exploitation) est de rendre accessible à des intervenants anglophones unilingues des enregistrements et des textes en langues étrangères (arabe et chinois), en particulier dans un contexte militaire. En tant que membre du consortium Nightingale, l’un des trois consortia impliqués dans le projet GALE, notre rôle est de fournir une technologie de TA pour la traduction de l’arabe et du chinois vers l’anglais. »
 
Il existe une revue spécialisée sur les technologies langagières :
 
« L’Actualité langagière fête ses 40 ans cette année ! L’Actualité terminologique, comme on l’appelait à l’origine, publiait en effet son premier numéro en janvier 1968 : c’est presque un record de longévité pour un périodique de nature linguistique. »
 
Sur cette même page est annoncée pour octobre 2009 la réunion qui a lieu tous les deux ans et rassemble le gratin des technologies langagières (terme générique en usage)
 
Le site de cette conférence sur la traduction automatique - en anglais uniquement, car ils n’ont pas dû réussir à trouver un appareil de traduction en état de marche !
 
Les tentatives de vaincre la tour de Babel partent parfois dans tous les sens 
 
C’est le propre de la recherche, mais cela prend parfois des formes assez inattendues, comme ce projet de traduction et dialogue par l’intermédiaire de dessin animé 3D.
En cas de lien inactif, essayer celui-ci.
 
Un point commun cependant - on baigne toujours dans le plus grand optimisme :
 
« Dans quatre ans, n’importe quel récit composé à partir d’une base de mots prédéterminée pourrait prendre vie à l’écran. » 
 
Mais in fine, il s’avère qu’il est toujours question de vendre :
 
« En plus, les produits déjà développés sont de qualité ». En effet, un système d’apprentissage des langues, U’SLIC, a déjà été mis sur le marché par la compagnie de Pascal Audant, Unima. »
 
Surtout, ne pas se montrer modeste. Plus c’est fumeux, plus les capitaux affluent :
 
« « Le problème que je veux résoudre, c’est la diversité des langues. Comment retrouver l’universalité de la langue originelle », explique l’idéateur de l’entreprise et philosophe Lionel Audant (le père). Il croit que l’écriture statique est un pis-aller devant l’impossibilité de représenter par écrit le monde dans toute sa mouvance. Aussi, sa première motivation est philosophique, soit de recréer « une langue mère ». »
 
Le projet bénéficie pour le moment d’un budget de 1,5 million (!), provenant de l’organisme à but non lucratif Prompt Québec qui organise des partenariats de recherche industriels-universitaires, de la compagnie Unima elle-même et de fonds de recherche publics comme le Conseil de recherche en science et génie (CRSNG).
 
D’après le titre de l’article, on pense à un mandarin simplifié, une langue construite en idéogrammes qui s’inspirerait de l’espéranto (par exemple un millier de racines en idéogrammes, accompagnées de symboles pour les affixes et les temps), mais il semble que ce soit assez différent sur le principe, en outre incroyablement ambitieux et complexe : une interface qui traduirait la langue d’origine en dessin animé 3D, puis retranscrirait dans la langue du correspondant, alors même que les ingénieurs ne savent pas réellement traduire d’une langue à l’autre.
 
Devant ce défi technique et sémantique, il est évident que le calendrier proposé sur un ton affirmatif « Dans quatre ans, n’importe quel récit composé à partir d’une base de mots prédéterminée pourrait prendre vie à l’écran », est surréaliste. 
 
Au mieux, dans quatre ans, on demandera un supplément de subventions ! Et, comme pour l’intercompréhension passive, les colloques fleuriront...
 
Ne soyons pas toujours négatifs, certaines idées techniques semblent prometteuses.
 
Comme cette jeune pousse (start-up) qui va offrir aux entreprises une solution clé en main inspirée de l’interprétation simultanée des institutions internationales :
 
« première plateforme internet de communication multilingue avec interprétation simultanée. Une entreprise innovante permettant aux entreprises et institutions d’organiser des "call conférences"(conférences téléphoniques) dans tous les pays du monde et en 60 langues. »
 
L’amateur sceptique que nous sommes laissera la parole aux professionnels pour conclure.
D’autant plus qu’être espérantophone, c’est-à-dire croire davantage en la capacité des hommes à apprendre une langue de communication simple plutôt qu’en la venue sur Terre de l’intelligence artificielle, est pour certains une circonstance aggravante. 
 
« Pourquoi le Bureau de la traduction est-il d’avis que la traduction automatique n’est pas de qualité suffisante pour communiquer correctement un message dans une autre langue ?
Malgré tous les progrès de la technologie depuis l’apparition du premier système de traduction automatique vers le début des années 1950, la machine ne peut remplacer le traducteur humain. La traduction est un processus mental complexe. On ne traduit pas des mots, mais des notions, des concepts, des idées, bref des valeurs culturelles, sociales, intellectuelles, scientifiques, techniques et autre. D’ailleurs, les concepteurs de logiciels de traduction automatique le reconnaissent eux-mêmes :
  * Google Translate – « Même les logiciels actuels les plus perfectionnés ne peuvent maîtriser une langue aussi bien qu’une personne de langue maternelle ou posséder les compétences d’un traducteur professionnel. La traduction automatique est un domaine extrêmement complexe, car la signification des mots dépend du contexte dans lequel ils sont utilisés. La mise en place d’un service de traduction automatique rapide et efficace risque de prendre encore un certain temps. »
  * Windows LiveTranslator – « Attention : la traduction automatique permet uniquement d’avoir une idée générale du contenu. Elle ne remplace pas une traduction humaine de qualité professionnelle si vous recherchez un résultat précis et naturel. » »
(Foire aux questions du site Le Bureau de la traduction du Canada.)
 
« Le Bureau de la traduction déconseille l’utilisation de systèmes de traduction automatique autrement que pour des fins de simple information personnelle. »
 
« À quoi peuvent servir les systèmes de traduction automatique existants ?
Ils peuvent être utiles pour permettre à un lecteur, qui ne connaît pas la langue dans laquelle un document est rédigé, de se faire une idée générale de ce sur quoi porte le document »
 
A méditer. Il va donc falloir trouver une autre façon de vaincre la barrière des langues.
Pourquoi pas en faisant davantage confiance aux neurones qu’au silicium ?
 
(La superbe illustration vient du site CETIC, Centre d’excellence en technologies de l’information et de la communication, j’espère qu’ils ne m’enverront pas en prison, encouragés par la loi Hadopi... La page concernée traite justement d’un domaine où la traduction automatique rendrait bien des services, l’interopérabilité des données médicales, l’échange d’information - sémantiques, biologiques exprimées dans des unités différentes, etc.)

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64 réactions à cet article    


  • jako jako 22 avril 2009 10:38

    Merci d’aborder le sujet, justement ma société est équipée de Systran, il est vite devenu indispensable pour.... rire un bon coup. Juste lui transmettre un courriel en anglais ( même simple) et attendre le résultat ! à se tordre de rire et en plus je crois que c’est assez couteux.


    • Annie 22 avril 2009 11:16

      L’Union Européenne a contourné dans une certaine mesure le problème. Elle utilise un système de traduction qui est assez remarquable je dois dire, dans son genre, et elle emploie des traducteurs pour corriger les traductions automatiques. Les traducteurs professionnels sont tout à fait opposés à ce qu’ils considérent être une dévalorisation de leur profession ; mais tout en reconnaissant la qualité de ces systèmes de traduction, il est impossible de les imaginer avec la créativité et la sensibilité nécessaire pour traduire Proust, Joyce etc. et même des textes moins littéraires mais tout aussi personnels.


      • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 13:23

        Annie, avez-vous des précisions sur le matériel utilisé par l’UE pour la traduction automatique ?


      • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 12:02

        Merci de vos deux témoignages. En somme, l’UE fait dégrossir le travail par les machines, et fignoler ensuite par les pros, voire corriger... mais, sachant que l’essentiel du temps que consacre un traducteur à un texte est concentré sur les difficultés principales, la traduction prpéaratoire automatique ne doit guère économiser beaucoup de temps.


        L’actualité fournit un exemple de l’importance de la vraie traduction dans la diplomatie (signalé par Inttranews) :


        • Hermes Hermes 22 avril 2009 12:16

          Kroko, là dessus pas entièrement d’accord. Il est vrai comme le disait CP que c’est les 10% de traduction compliqué qui demande 90% du temps, bon c’est un peu exagéré mais c’est pas faux. Non l’avantage de la traduction automatique c’est justement par exemple réduire le temps de frappe sur le clavier . En se concentrer plus sur le texte que le taper à l’ordi. Et c’est vrai c’est un gain non négligable.


        • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 13:03

          Hermès, peut-être qu’un traducteur nous dira justement si un premier jet par l’automatique lui apporte plus qu’un dictionnaire en ligne, surtout s’il doit d’abord vérifier que la machine ne s’est pas trompée sur le sens approprié d’un mot. 


        • Caturix 22 avril 2009 12:29

          Bonjour,
          J ai pu tester certains logiciels en tant que linguiste justement. En fait, quelques uns sont efficaces dans certaines conditions bien précises :
          - spécialisation du texte (ex : article sur technique chirurgicale), en fait plus le texte est spécialisé, mieux c’est.
          - connaitre les structures syntaxiques à éviter,
          - éviter les mots polysémiques, les figures de style,

          Pour ce qui est de la traduction « totale », je pense que l’on devra attendre encore longtemps car certains problèmes linguistiques sont pour l’instant insurmontables, par exemple, nous ne savons pas exactement quelle sont les portées (sémantiques et parfois syntaxiques) des mots. Pire que cela, nous n’avons pas conscience de notre capacité créative qui nous permet de changer le sens d’un mot selon notre intention, voire même de créer un mot s’il en est besoin.
          Autre exemple, nous partageons une connaissance globale d’un nom, verbe, mais parfois, nous n’avons pas le même vécu du mot/concept. Cela implique qu’une même phrase peut avoir plusieurs sens (sous entendus) selon les personnes. Là encore, le traducteur ne peut pas le deviner.

          En gros, la matière première du traducteur (le langage) n’est pas figée, et là, ca bloque.


          • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 13:07

            Oui, et il n’y a rien de tel pour comprendre la difficulté et les méandres des langues que de s’essayer à la traduction ; je l’ai fait à titre de loisir pour un texte humoristique inédit en français, à partir de l’espéranto. J’ai lu aussi deux bouquins sur la traduction, c’est très intéressant, et ça fait bien percevoir la complexité des langues, les niveaux de langue, les nombreux idiotismes qu’on utilise sans même en avoir conscience.


          • Caturix 22 avril 2009 14:12

            En fait, tout a commencé dans les années 60 où l’on a vu se développer, d’une part les ordinateurs, de l’autre une théorie linguistique formelle (travaux surtout américains : linguistique générative) qui prétend que la langue est structurée (même si l’on n’est pas conscient de ces structures). En trouvant ces structures (le travail de certains linguistes), on peut les programmer donc faire « parler » un ordinateur. Bien sûr, on avait peu ou pas conscience de certaines difficultés :
            - le langage est souvent contextuel,
            - certains concepts n’ont pas d’équivalents d’une langue à une autre,
            - le problème sémantique qui est peut être l’un des plus complexes (il existe de nombreuses théories, mais le domaine est tellement complexe et vaste que l’on avance à pas de fourmis.
            - la non compréhension de ce que sont réellement les rapports mot / concept, concept / perception du concept,
            - la non compréhension de nos techniques mémorielles,
            et j’en passe ...

            Bref, dans les années 60-70, on a progressé à pas de géants et souvent sous-estimé les difficultés à venir. Aujourd’hui, nous explorons de nouveaux domaines (neuro-linguistique, linguistique cognitive, psycho-linguistique et socio-linguistique par exemples). Mais il faut l’avouer, notre compréhension est bloquée par nos possibilités matérielles (étude physique plus efficace du cerveau et des réactions neuronales, performance des ordinateurs).


          • Forest Ent Forest Ent 22 avril 2009 13:02

            Un des plus vieux serpents de mer des IT.

            J’ai un bouquin de prospective écrit à la fin des années 1960, écrit à l’occasion de l’installation en France du millième ordinateur. Il s’interrogeait sur les usages futurs de la technologie. Certains trucs était bien vus : l’ordi allait remplacer la compta additionnée à la main dans les entreprises. Certains trucs n’étaient pas imaginés : le traitement de texte, les jeux vidéo. Il semblait évident au rédacteur qu’il y aurait à court terme deux grands domaines d’application : l’enseignement et la traduction. Sous 20 ans, il n’y aurait plus de profs ni de traducteurs professionnels.

            Comme autres vieux serpents de mer, il y a aussi la visiophonie qui n’a jamais trouvé de clients depuis 20 ans, et le livre électronique, qui arrive incessamment depuis 20 ans.
             
            Ont l’air bien placés aussi dans les grands flops futurs la télévision sur téléphone portable, le blue-ray et la haute définition en général, en particulier les DRM, la VoD à l’unité, etc ...


            • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 13:21

              Dans ma branche, Attali avait prédit que les médecins généralistes n’existeraient plus ! Ce serait en effet possible, sous réserve que les spécialistes fassent aussi le travail des généralistes, ce qui perturberait fort leur propre activité.

              Le futur est décidément bien difficile à prévoir, même pour les grosses têtes ! En outre, les grandes ruptures, les grands changements sont par définition presque imprévisibles.

              • Τυφῶν בעל Perkele winkiesman 22 avril 2009 18:24

                Je dirais plutôt qu’on a pas tendance à écouter les gens qui font les bonnes prédiction. Par exemple Sam Huntington vs Fukuyama.

                Mais bon, la futurologie est un domaine très complexe.

                Typhon


              • Zalka Zalka 22 avril 2009 13:37

                A mort l’anglais ! Vive l’esperanto !


                • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 13:49

                  Patientez un peu, j’en parlerai dans la deuxième partie !


                • Hermes Hermes 22 avril 2009 13:51

                  Chouette, chouette vivement la suite


                • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 15:14

                  Hermès, en réponse à ton message de la précédente discussion, en fait je n’ai pas lu de roman en anglais depuis plus de quinze ans, je trouve que sans immersion, les progrès sont vraiment lents, et je préfère lire une bonne traduction en français que perdre une bonne part du sens ! 


                • Wlad Wlad 22 avril 2009 19:29

                  Tu préfères quelque chose à autre chose, Krokoguano.


                • Τυφῶν בעל Perkele winkiesman 23 avril 2009 17:45

                  « je préfère lire une bonne traduction en français que perdre une bonne part du sens »

                  Si lire un roman en version originale te fait « perdre une bonne part du sens », c’est que tu n’es pas apte à lire le roman en VO.

                  Typhon


                • Cobalt-59 22 avril 2009 14:03

                  Pas une seule allusion au Noir-Parler de Zamenhof...

                  Je vous félicite Krokodilo.


                  • Wlad Wlad 22 avril 2009 14:09

                    Alors c’est que tu as mal lu l’article. De mémoire je l’y ai vu cité deux fois.


                  • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 14:40

                    Je n’aurais jamais cru que ce jour arriverait, mais oui : Wlad a raison !


                  • Cobalt-59 22 avril 2009 14:44

                    Ah alors au temps pour moi, j’ai dû piquer du nez au milieu de l’article.


                  • Wlad Wlad 22 avril 2009 14:56

                    Et pan.

                    Allez, retourne pelleter le nolo, Krokolidio.


                  • Annie 22 avril 2009 14:23

                    Consultez ce lien :
                    http://www.euromatrix.net/

                    J’avais aussi plusieurs articles en français et anglais, mais je n’ai pas pu mettre la main dessus.


                    • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 15:12

                      Annie, merci du lien, je ne connaissais pas. Et je peux lire en anglais quand c’est pour la bonne cause !


                    • Surya Surya 22 avril 2009 14:40

                      Bonjour,

                      Les traducteurs gratuits qu’on trouve sur internet n’ont sûrement rien à voir avec ceux vendus dans le commerce et sont certainement beaucoup plus perfectionnés, mais j’ai essayé sur l’un deux, pour voir ce que ça donne, avec une phrase de votre texte : « ma lessive est meilleure, et votre linge sera tellement blanc qu’on verra vos formes à travers. » j’ai choisi cette phrase parce que je l’ai trouvée amusante, et de ce fait je me suis demandé ce que ça pouvait bien donner.

                      Une fois traduite en anglais (=my laundry is better and your clothes will be white so we will see through your forms.)puis de nouveau en français, c’est devenu :

                      « mon linge est mieux et vos vêtements de couleur blanche, ils verront à travers vos formulaires »

                      J’ai recommencé une deuxième fois. La traduction ci dessus passée en anglais (

                      « my machine is better and your clothes are white, they will see through your forms »)
                      , puis de nouveau en français donne finalement :
                      « ma machine est mieux et vos vêtements sont blancs, ils vont voir à travers vos formulaires »

                      Evidemment ce que j’ai fait n’est pas très objectif et ça n’est pas sérieux, c’était juste pour plaisanter, mais c’est pour dire que personnellement je doute qu’on arrivera un jour à faire de la vraie traduction automatique, sauf en effet avec une véritable intelligence artificielle si c’était possible. Les phrases une fois traduites sont grammaticalement correctes, pas de faute de syntaxe ou d’orthographe, mais c’est sûr qu’un traducteur automatique ne peut pas comme un humain donner du sens à une phrase.

                      Le métier de traducteur a donc encore un bel avenir devant lui et c’est tant mieux. Mais la traduction automatique peut rendre des sacrés services, c’est pourquoi ça vaut le coup d’améliorer encore plus les logiciels.

                      L’apprentissage des langues étrangères à donc encore lui aussi un bel avenir devant lui, d’autant que quand on apprend une langue, c’est aussi une autre culture qu’on apprend, on découvre un autre état d’esprit. Par exemple, en japonais, on compte différemment en fonction de la forme de l’objet, s’il est plat comme une feuille, ou s’il est rond (un ballon par exemple), le mot utilisé pour dénombrer n’est pas le même. En russe, on n’utilise pas le même verbe aller selon qu’on marche à pieds, ou qu’on y va en moyen de transport. En apprenant une langue étrangère, on entre donc aussi dans un autre mode de pensée, et c’est ça qui est enrichissant, on apprend à comprendre l’autre non pas seulement au niveau de ce qu’il dit, mais au niveau de ce que l’on découvre derrière son langage.


                      • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 14:51

                         Tout à fait d’accord sur les questions culturelles, mais j’abordais essentiellement les efforts pour parvenir à la communication entre locuteurs de langues différentes ; après, chacun en usera selon ses goûts et la nécessité. 

                        A noter que le moteur de ces efforts est très largement plus professionnel que culturel - hormis professionnels de la culture. 

                      • skirlet 23 avril 2009 10:02

                        Il m’est arrivé d’essayer des logiciels « de commerce », notamment Promt et Systran. Bof. Avant la création d’intelligence artificielle, se ne sera jamais ce qu’il faut...


                      • Surya Surya 22 avril 2009 14:45

                        Dans ma première phrase, il faut bien sûr lire « et sont certainement beaucoup moins perfectionnés ».


                        • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 15:30
                          On disait aussi que la machine ne parviendrait pas à battre les meilleurs joueurs d’échec, pourant les ingénieurs y sont parvenus... Mais à ma connaissance, c’est grâce à la puissance de calcul, pas en imitant le raisonnement humain qui mélande connaissance approfondie des ouvertures, des principales parties, etc., et choix intuitif de tactique et stratégie, alors que l’ordi analyse toutes les conséquences de tous les coups, autant que sa puissance l’y autorise - corrigez-moi si je dis des bêtises, je connais mal ce sujet.
                          Pour la traduction, l’augmentation de la puissance de traitement ne permet pas de surmonter l’impossibilité d’analyser les tronçons de la phrase, les différences sémantiques de l’argot, des différents sens possibles dans lesquels on choisit intuitivement, etc.
                          Une voie d’avenir est peut-être dans la recherche fondamentale, le projet de créer des ordis imitant l’organisation des neurones, plus souple et aux nombreuses connexions :


                          • Τυφῶν בעל Perkele winkiesman 22 avril 2009 18:12

                            corrigez-moi si je dis des bêtises, je connais mal ce sujet.

                            Pas du tout, c’est beaucoup plus intelligent et vrai que ce que vous pouvez dire habituellement, même si je me doute bien que vous n’avez pas trouvé ça tout seul.

                            Typhon


                          • Surya Surya 22 avril 2009 18:49

                            Je crois que l’ordinateur d’échecs calcule pour chaque coup que vous avez fait toutes les réponses possibles qu’il peut faire, et pour chacune de ses réponses possibles vos réponses possibles, et puis finalement il « remonte » et choisit la meilleure. Plus l’ordi est puissant, plus il peut calculer loin et vite.
                            Je m’en souviens plus trop mais j’ai vu ça à la Cité des Sciences à Paris, il y a un « stand » (je sais pas comment appeler ça autrement) avec une séquence vidéo qui explique très bien contrairement à moi  smiley comment calculent les ordinateurs d’échecs, avec un diagramme. Si vous voulez savoir plus mais que vous n’êtes pas sur Paris ou proche, et n’avez pas la possibilité de venir voir, dites le moi et la prochaine fois que j’y vais je noterai les explications et je vous les dirai.
                            C’est Gary Kasparov qui s’est fait battre je crois.


                          • Surya Surya 22 avril 2009 18:51

                            Bon, j’ai répété exactement ce que vous avez dit parce que j’avais pas correctement lu votre commentaire...


                          • Annie 22 avril 2009 15:59

                            @Surya,
                            Très bon exemple, très amusant. Je voulais aussi répondre à Hermes lorsqu’il parlait du temps gagné lorsqu’on utilise des traductions automatisées. La plupart des traducteurs possèdent des outils de traduction automatique, les plus connus étant Trados ou Wordfast (celui-ci mis au point par un inventeur répondant au doux nom de Champollion, un Français petit-fils de... qui a au départ mis son invention à la disposition de chacun, gratuitement avant de la monnayer parce que d’autres ne se gênaient pas pour le faire, mais à prix réduit pour les pays en développement). Avec ces outils personnalisés, il est possible de se constituer des glossaires spécialisés, mais aussi de mettre en mémoire des phrases complètes qui reviennent souvent dans un texte. Cela n’a rien à voir avec les traductions automatisées, mais la technologie n’est pas l’ennemi des traducteurs.


                            • Krokodilo Krokodilo 22 avril 2009 16:46

                              Je crois que personne ici n’a émis l’idée que la technologie était l’ennemie des traducteurs, mais comme vous avez dit que l’UE employait parfois les traducteurs à corriger le texte sorti par la machine, je me demandais si cette façon de faire était réellement un gain de temps, si ça apportait plus qu’un bon dictionnaire en ligne. Je n’avais pas pensé à cette méthode de conserver des tronçons de phrase tout faits, des propositions qui reviennent souvent.


                            • sophie 22 avril 2009 18:16

                              La vous avez raison Kroko et mettez le doigt sur un probléme fondamental en informatique j’ai nommé ’l’iA’. depuis 20 ans j’entends parler de cela.
                              Le problème basique est que l’intelligence humaine ne peut être reproduite c’est virtuellement impossible, il y a sur terre 7 ma de programmes !!!! alors pour la traduc impo ssible comme pour tout d’ailleurs, décidement le cerveau humain.
                              Même reproduire le cerveau d’une « simple » fourmi ou araignée est déja impossible alors celui d’un Gandy !

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