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Accueil du site > Actualités > Technologies > Le bateau volant de Jean-Marie Le Bris

Le bateau volant de Jean-Marie Le Bris

Il y a eu le Bateau ivre de Rimbaud. Il y a eu aussi le bateau volant de Jean-Marie Le Bris, le premier homme à voler dans les airs à bord d’un appareil plus lourd que l’air. C’est ce breton, marin de son état, qui, un beau matin de décembre 1856, fit décoller sa barque qu’il avait dotée d’une charrette en guise d’ailes et qu’il fit tracter par un cheval. Ne souriez pas, c’est du sérieux ! Plus que la réalisation du rêve d’Icare : une avancée technologique mémorable en fait. Mais la vérité historique a-t-elle été respectée ?

 
1944. Yves Peslin, historien spécialiste de l’aviation raconte comment Jean-Marie Le Bris, marin de son état, fit décoller sa barque, ailée d’une charrette et tractée par un cheval.La scène se déroule sur la plage de Tréfeuntec, en Plonévez-Porzay (Finistère). Le premier homme volant à bord d’un engin plus lourd que l’air serait donc breton. Récemment, des personnes ont mis en doute la date : ce ne serait pas en 1856 mais quelques années plus tard que l’évènement se serait produit et Yves Peslin aurait romancé les faits. Il est vrai que l’historien avait l’art de raconter avec talent et de passionner ses lecteurs : jugez-en vous-même avec ces extraits captivants. L’histoire fut si bien racontée et avec force détails que jusqu’à aujourd’hui, peu de gens ont douté de sa véracité. L’association "La barque ailée" s’enthousiasme pour l’exploit de Jean-Marie Le Bris et pour sa maîtrise technique remarquable. On trouve sur le site de l’association un extrait du J.T de TF1 qui relate ce fait historique en forme de cocorico. La presse locale n’est pas en reste. On trouve sur la toile de splendides images et croquis de l’invention du breton volant et de la reconstitution de 2006 sur la plage de Sainte-Anne-La-Palud.

 

Seulement voilà, d’autres nous disent désormais que des éléments nouveaux auraient surgi qui viendraient contredire la thèse officielle : la date donnée, 1856, serait erronée. C’est pour en discuter que de doctes spécialistes se réuniront à Quimper au Musée départemental breton le samedi 18 avril, à 15h. Il y aura Noël Le Henaff, président de l’association "la Barque ailée" et Michel Mazeas, historien et ancien maire de Douarnenez. Une conférence sur Jean-Marie Le Bris verra se disputer les deux camps (entrée libre).

Tout ce qu’on espère, c’est qu’un anglais ou un américain, voire un allemand, ne viendra pas déclasser notre français lequel n’a vraiment pas démérité. En effet, le capitaine Le Bris a su déployer en son temps beaucoup d’ingéniosité. Son bateau ailé, construit de bois et de toile, était inspiré de l’albatros, dont le vol prestigieux avait inspiré aussi le poète Charles Baudelaire. Sauf que le breton décida, lui, de mettre en pratique son rêve plutôt que de rêvasser et d’écrire des vers. Il réalisa ainsi le premier vol contrôlé d’un homme à bord d’un appareil plus lourd que l’air.

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Brevet Le Bris


Jean-Marie Le Bris inspira aussi un autre grand rêveur : Jules Verne ("Robur le conquérant", 1886).

La question se pose aujourd’hui de savoir si l’historien Yves Peslin, auteur de l’ouvrage "Jean-Marie Le Bris - marin breton, précurseur de l’aviation" (éditions Les Ailes, Paris, 1944), n’a pas embelli la réalité et en particulier indiqué une date antérieure à la date réelle de l’évènement.

Wikipedia met en doute l’envol si joliment raconté par Peslin. L’expérience n’aurait selon l’encyclopédie en ligne "certainement pas" eu lieu en décembre 1856 comme malheureusement cela est très souvent écrit" mais quelque part entre 1858 et 1861. Wikipedia enfonce le clou, sans toutefois étayer sa thèse du "complot" (pardon, en Bretagne, on dit "légende" !) : "L’anecdote, trop souvent rapportée, d’un coché soulevé par la corde de traction du planeur, est une pure fiction extraite d’un roman publié après la mort du pionnier ("Les Grandes amours" par La Landelle en 1878) et devenue légende."

L’auteur de l’article sur paru sur Wikipedia poursuit sur sa lancée en mettant en cause de façon bien imprudente l’inspiration même de l’albatros : "En réalité, cet engin ne rappelle en rien l’oiseau de mer aux ailes bien plus allongées." Manifestement, Wikipedia a un parti pris dans cette histoire et c’est dommage. Pour se faire une idée plus exacte et surtout plus argumentée, il faut se rendre sur le site bretagne-aviation.fr et bien entendu suivre la conférence des éminents spécialistes samedi 18 avril à Quimper ou à défaut lire leurs écrits.

En attendant, il est encore permis de rêver en regardant voler l’Albatros, le second appareil de Jean-Marie Le Bris, reconstitué à l’occasion du 150ème anniversaire supposé de l’exploit. En 2006 donc. Cet engin fut construit en 1867 dans le port de Brest, avec l’aide de la Marine (mais la légende entretenait le mythe d’un constructeur solitaire...).

L’Histoire retiendra les engins volants qui prendront leur envol quelques années plus tard, oubliant l’Albatros. Mais l’honneur du capitaine Le Bris fut sauf grâce à Gabriel de la Landelle qui le sortit de l’oubli. C’est en faisant la première synthèse des travaux sur le vol de Le Bris de 1856 que ce théoricien de l’aéronautique put inventer en 1863 le mot "aviation".

 
Un an après l’envol de Le Bris, Charles Baudelaire publiait "Les Fleurs du Mal" qui comprend le poème L’Albatros :

 

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

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Albatros
 
Le Poète est donc aussi parfois marin comme Le Bris ou pilote comme Saint-Exupéry. Ou encore astronaute comme Jean-Loup Chrétien, premier français dans l’espace. Cet autre rêveur vient d’écrire un livre avec l’actrice Catherine Alric, sa compagne : "Rêves d’étoiles" (Éditions Alphée).
 
 

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7 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 17 avril 2009 11:33

    Seulement voilà, d’autres nous disent désormais que des éléments nouveaux auraient surgi qui viendraient contredire la thèse officielle : la date donnée, 1956, serait erronée.

    1956 ?


    • La Taverne des Poètes 17 avril 2009 11:45

      1856 évidemment mais je ne peux plus modifier l’article. C’est comme ça.


    • brieli67 19 avril 2009 00:12

       Ah non Le Bretonnant

      le 31 mai 1811
      le Schneider vo Ulm - le tailleur d’Ulm s« élança sur les berges du Danube
      http://de.wikipedia.org/wiki/Albrecht_Ludwig_Berblinger

      en plus short sur ce pionnier http://en.wikipedia.org/wiki/Albrecht_Berblinger

      Ce bricoleur s’est inspiré du vol des chouettes et du hibou.

      En 1986, festivités du 175e anniversaire, des élèves-ingénieurs ont traversé le fleuve bleu sans encombre avec des copies de ce modèle d’Ulm de 1811, du moins certains....

      Des raisons de cet échec :
      fin mai encore trop de turbulences du cours d’eau gonflé par la fonte des neiges de la Forêt-Noire
      pas d’ascendants.... c’était une journée couverte et non radieuse
      et de guerre lasse, dans le brouhaha moqueur de la foule notre tailleur tout tremblotant a été poussé dans le vide par un gendarme.

      Comme quoi : deux mois plus tard et sans gendarme, l’Histoire des pionniers de l’Aviation aurait une toute autre allure.
      sSelon des témoins oculaires et un secret de famille bien gardé, il s’entrainait 15 km en amont avec succès néanmoins en »s’envolant" d’une falaise plus haute au-dessus d’un Danube moins large- sans son affluent die Blau et loin de la foule.

      Protestant, donc pas de confesses.... et pourtant une épistole digne de foi dans les Caves du Vatican et... une dizaine de rapports militaires français dont les derniers en date paraphés/biffés/ griffés par la patte de l’ Empereur.







    • La Taverne des Poètes 17 avril 2009 16:39

      Vous avez tout faux ! Ce n’est pas ainsi que je procède. Je désapprouve le maximum d’articles absolument mauvais pour en retirer le plus possible ôter de ma liste et voir plus clair dans ce qui reste. Exemples ? Les articles de 5 ou 6 lignes, les coups de gueule du genre de votre message, des papiers très médiocres et autres cas tellement flagrants que la modération ne les publie jamais. En revanche, je m’abstiens très souvent de voter positivement, ne m’estimant pas capable de départager les rédacteurs . D’où ces statistiques qui décidément sans interprétation ne veulent rien dire et vous font crier à tort à la censure.


    • La Taverne des Poètes 17 avril 2009 19:57

      Votez comme vous voulez. Moi je vote comme je veux.


    • Halman Halman 17 avril 2009 16:03

      Très bel article.

      Attendons le 18 avril.


      • Bibi 1er mai 2009 15:19

        Juste un truc !

        Pourquoi le webmestre de Bretagne-aviation.fr, connaisseur de la question Le Bris (auteur de plusieurs articles sur le sujet) et visiblement à l’origine de la nouvelle approche des travaux de Le Bris, n’a-t-il pas été invité à participer à ce débat ? Etait-ce un « débat » convenu ?

        C’est tout de même bizarre !

        Bibi

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