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Accueil du site > Actualités > Technologies > Le logiciel libre de la mode

Le logiciel libre de la mode

La liberté de copier et la profusion de contrefaçons dynamisent considérablement l’industrie de la mode.

Telle est la conclusion d’une remarquable étude intitulée «  The Piracy Paradox  » (1) publiée dans le Virginia Law Review, menée par les professeurs de droit Kal Raustiala et Chris Sprigman de l’université de Californie. Selon eux, l’industrie de la mode repose sur un savant équilibre entre propriété intellectuelle, créativité et copiage.

Des marques grand public, comme Prada, H&M, Zara et Forever 21 et autres, s’influencent mutuellement et reproduisent réciproquement leurs modèles vestimentaires, tous directement inspirés, voire carrément calqués, sur les collections récentes des grandes maisons de haute couture et de prêt-à-porter  : Chanel, Dior, Karan, Armani, Torrente, Lacroix, Lagerfeld, etc. Raison pour laquelle le secteur de la mode ne verse point dans un délire ultra-protectionniste très en vogue. Selon Raustiala et Sprigman, cette ouverture d’esprit et cette vivacité sont dues à deux facteurs majeurs : le démodage forcé et le point d’ancrage.

Modus et bouche décousue

Le style vestimentaire étant étroitement lié à l’apparence physique et à quelque forme de communication sociale, celui-ci devient obsolète lorsqu’il ne confère plus une certaine aura sociale à son porteur. Inversement, un style est d’autant plus valorisé et valorisant qu’il est adopté par le plus grand nombre. Dans leur étude, les universitaires californiens reprennent des propos de Mucci Prada : «  Nous laissons les autres nous copier, puis nous passons immédiatemment à autre chose ». En d’autres termes, le cycle saisonnier de la mode est animé par la diffusion rapide de copies qui après avoir porté un ou plusieurs styles aux nues, érode leur notoriété et donc leur valeur sociale dans l’esprit du consommateur.

Face à ce démodage forcé, les stylistes renouvelent aussitôt l’air du temps en innovant dans les matières, les textures, les couleurs et les formes, et s’offrent ainsi une indéfectible longueur d’avance sur les pirates du Far-East qui, paradoxalement, contribuent énormément à l’accélération de ce cycle vertueux. Grâce à leurs imitations, à leurs dérivations et, au final, à leurs innovations, le produit d’abord élitiste devient vite un produit de masse disponible en différentes versions beaucoup plus abordables.

D’une certaine façon, la contrefaçon fait penser à de la drogue premier prix : celle-ci incite le junkie à se payer un fixe plus onéreux, mais hautement plus planant (ou crashant !), et pousse « le chimiste » à constamment améliorer la teneur composite de sa came.

Moines copistes

Le point d’ancrage est le processus par lequel toute l’industrie de la mode converge vers des thèmes principaux durant une saison. C’est aussi le mécanisme par lequel cette industrie signale au consommateur que les tendances ont changé et qu’il est temps de renouveler la garde-robe.

A partir d’intrants mercatiques et visuels provenant de consultants et de la presse spécialisée, d’observations de la concurrence lors de défilés professionnels ou publics, et d’interactions avec des acheteurs-clés, des grossistes et des détaillants considérés comme stratégiques, des processus convergents de création stylique émergent. Le copiage, l’émulation, le suivisme et l’instinct grégaire conséquents ancrent progressivement la nouvelle saison à quelques thèmes forts librement exploitables par toute l’industrie ; thèmes qui muent ensuite en tendances lourdes.

Bien entendu, chaque créateur jurera par tous les cieux que sa dernière collection est le fruit d’une inspiration divine lors de sa quête solitaire d’absolu. Fashion TV et Paris Première diffuseront la bonne parole, Vogue et Elle jugeront capuches et sandales d’un monocle inquisiteur.

Pendant que les ouvrières marocaines, tunisiennes, turques, sri-lankaises, chinoises et vietnamiennes se font brimer - des millions d’inactifs, de par le monde, en découdraient pour prendre leurs places ! - la presse, la télévision et la publicité suscitent la convoitise et orientent les consommateurs vers les styles dominants de la saison. Les fashion victims, véritables convoyeurs de l’air du temps, découvrent peu à peu que les chemisiers arabisés et les sacoches demi-circulaires en cuir blanc seront de mise... Quelques mois plus tard, près des cabines d’essayage éclairées 75 watts, les vendeuses United Colors taille 38 dégainent leur arme ultime : «  c’est très tendance  ».

Le point d’ancrage canalise et fusionne les changements de tendances auprès des stylistes, rédéfinit les productions des fournisseurs et des sous-traitants, indique leur prochaine direction aux grossistes et aux détaillants et révèle au grand public ce qu’il faut acheter pour surfer sur la vague.

On le voit, en plus de diligenter la création de nouveaux styles en démodant les précédents, le copiage sans restriction façonne les nouvelles tendances autour de thèmes aisément décelables par le consommateur. Toutefois, un sac Gucci conférant plus de statut qu’un sac « Gucchi », les créateurs européens protègent jalousement leurs marques déposées, mais laissent collègues et rivaux récupérer à loisir leurs derniers concepts, qui seront bientôt clonés et transformés par les tayloristes d’Orient... Contre lesquels rien n’est vraiment engagé, à part quelques punitions purement cosmétiques.

Des corsets dans les saloons

Au VIIIe siècle, les dames de la cour soudoyaient régulièrement les couturières et les servantes de Marie-Antoinette afin d’en savoir plus sur sa garde-robe. Dès les années 1930, la Chambre syndicale de la couture parisienne filtrait sévèrement les journalistes accédant aux défilés, signant des accords très stricts de confidentialité et bannissant définitivement les contrevenants. Malheureusement, elle n’avait aucun contrôle sur les faits et gestes des employés de confection qui redessinaient volontiers quelques patrons pour trois francs six sous. Le piratage de tendances et de styles ne date pas d’hier.

A l’âge numérique, les choses semblent se compliquer un peu plus. Les mannequins n’ont pas encore quitté les podiums parisiens, milanais ou new-yorkais que déjà les images haute définition des collections parviennent aux ateliers chinois, qui inondent très souvent les magasins mondiaux de leurs copies bien avant les originaux. Un scénario plus compromettant pour les jeunes talents que pour les créateurs établis, selon le Council of Fashion Designers qui bénéficie de l’appui des sénatrices démocrates Hilary Clinton et Diane Feinstein en faveur du Design Piracy Prohibition Act. Examiné par le Sénat en janvier 2008, ce projet de loi mettrait fin à une législation américaine sur la mode plutôt balbutiante et étendrait les copyrights «  à l’apparence globale, à la confection et à la silhouette [...] pour une durée de trois ans », et ce, pour les vêtements, les sacs, les lunettes solaires, les chaussures, etc.

De nombreux créateurs états-uniens dénoncent le caractère paranoïaque d’une telle loi qui ferait un remède bien pire que mal, même les partisans du DPPA doutent en sourdine du bien-fondé de son application. Car tous admettent ouvertement que le copiage et la contrefaçon sont leurs turbomoteurs de croissance et de créativité. En outre, à quoi bon protéger aussi longtemps et durement un vêtement ou une chaussure in en avril puis out en octobre ?

«  Les créateurs se croiseront-ils plus souvent dans les tribunaux que dans les ateliers pour avoir multi-récidivé dans leurs copiages réciproques ?  », s’interroge Ilse Metchek, directeur du California Design Association, «  Au jeune talent qui aperçoit des copies chinoises conformes de son merveilleux blouson devancer ses originaux dans les vitrines, je souhaite la bienvenue dans le monde réel et l’enjoins à en créer un autre sur-le-champ  ».

Il est probable que les nouveaux stylistes souhaitent disposer d’une épée de Damoclès comblant leurs éventuelles frustrations et leur permettant de régler leurs comptes avec des copistes au cas où. Plusieurs créateurs américains invitent à regarder les industries française et italienne de la mode, universellement copiées et recopiées y compris sur leurs propres terres, mais d’autant plus indétrônables à l’échelle internationale.

Point de croix

L’industrie de la mode repose sur une logique comparable à celle des logiciels open source ou à celle des remixages-échantillonages de DJ, se situant complètement à l’opposé des présupposés habituels sur les copiages licites ou illicites et leurs effets désastreux sur la créativité. Quelle leçon tirer de cette étude pour les industries culturelles en mal de stratégies en ce début de siècle numérique ?

Notons quelques nuances significatives. Une version copiée ou téléchargée de Spider-Man ou de Radiohead offrent la même expérience que la version originale. Aux yeux de la fashion victim, un faux sac Hermès ne procure pas le même trip consumériste qu’un vrai sac Hermès. De plus, le marché de la mode concerne des biens physiques à renouvellement saisonnier, d’une certaine valeur sociale et à notoriété jettable ; son modèle de propriété intellectuelle spécifique n’est guère généralisable à d’autres secteurs.

Par ailleurs, les maisons de haute couture et/ou de prêt-à-porter focalisent sur leurs positionnements marketing, leurs images de marque et leurs « univers glamour » respectifs plutôt que sur la conception de produits ; la reconnaissance mondiale qu’est le piratage mettant la main à la pâte.

Néanmoins, The Piracy Paradox est un grand pas pour la création et pour la propriété intellectuelle tous azimuts. D’abord, Raustiala et Sprigman démontrent clairement que la lutte contre le piratage aboutit très rarement à ses fins, a fortiori à l’ère de la mondialisation et d’internet. Leur étude pourrait inciter les spécialistes du droit à élaborer des modèles de propriété intellectuelle adaptés aux différents secteurs d’activités. Les deux universitaires précisent également que les dynamiques de création et d’innovation doivent impérativement évoluer avec les mutations technologiques et économiques.

Enfin, de nombreux créateurs de mode avouent se repaître suffisamment de leurs juteux profits qu’ils ne réinvestiront certainement pas dans d’interminables poursuites judiciaires. Fermement inspirées par Caligula dans leurs politiques commerciales, les mirobolantes majors de la musique et du cinéma devront-elles prendre de la graine auprès de Ted Lapidus ?

(1) Kal Raustiala and Chris Sprigman, « The Piracy Paradox : Innovation and Intellectual Property in Fashion Design », Virginia Law Review, 94 p., 2007. Télécharger le document (disponible uniquement en anglais) : http://ssrn.com/abstract=878401


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21 réactions à cet article    


  • morice morice 19 décembre 2007 10:03

    Très bon éclairage sur un phénomène envahissant.. un prochain article sur la nouvelle tenue des cosmonautes, révélée il y quelque temps ? Question sacs, on ne saurait trop recommander ceux que préconise Carla... Nicolas serait une « fashion victim » de plus ?


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 19 décembre 2007 11:08

      Voilà un billet écrit avec du haut talent !

      Une question qui devrait intéresser de près Ségolène Royal

      Peut-on, avec ce logiciel, concevoir une charentaise avec des talons aiguilles ?


      • Halman Halman 19 décembre 2007 11:14

        Voilà un billet qui mélange tout et n’importe quoi.


        • Vilain petit canard Vilain petit canard 19 décembre 2007 12:11

          Excellente analyse. Pas mieux.

          On peut d’ailleurs décalquer cette stratégie du « toujours premier, toujours en avance d’une copie » à bien d’autres domaines que la mode vestimentaire. Je pense aux idées politiques (il n’y a qu’à voir comment les politiques se battent pour dire que telle idée est bien la leur, et qu’ils l’avaient proposée en premier), ou à un domaine ou la stratégie est complètement inversée : la recherche scientifique, où il est plus valorisé d’être le dernier (donc le plus avancé) à avoir publié sur un sujet.


          • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 12:23

            @ Bernard

            Ce qu’il faudrait à votre Ségolène Royale [au demeurant jugée fort charmante dans les pays anglo-saxons smiley] ce n’est plus un logiciel libre, mais carrément plusieurs intelligences artificielles si possible extraterrestres, afin de sortir le Parti Socialiste français de ses abysses idéologiques smiley smiley

            Amicalement


            • ripouette ripouette 19 décembre 2007 13:46

              Quel rapport entre « logiciel libre » et contre-façon ? Aucun. Vous écrivez : « L’industrie de la mode repose sur une logique comparable à celle des logiciels open source. » Bah non justement, les logiciels libres ont leur propre licence et ils sont comme n’importe quel produit manufacturés ou non dépedants des copyrights, seul leur diffusion et leur utilisation non commerciale est gratuite. Vous faîtes ici un contre-sens qui fait perdre toute valeur à votre article. Il n’y a aucun rapport entre copier quelque chose et le diffuser gratuitement. La preuve, les objets contrefaits ne sont pas gratuits smiley


              • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 14:45

                @ Ripouette et Halman !

                Le principe de libre copiage entre créateurs et la libre exploitation (récupération + transformation + dérivation) de styles, de confections et de coupes par toute l’industrie de la mode rappellent grandement celui de Linux et des ses multiples distributions (Knoppix, Mandrake, Mandriva, etc). Relisez attentivement le 7ème paragraphe.

                Quant à la contrefaçon, on voit bien qu’elle n’est pas vécue de façon traumatique par l’industrie de la mode...Au contraire, les créateurs le voient comme une forme de reconnaissance et comme une rampe de lancement vers plus de créativité. D’ailleurs, très souvent, ils s’inspirent également des contrefaiteurs pour repartir du bon pied.

                Le libre copiage entre créateurs d’un côté, la contrefaçon du Far-East de l’autre, deux phénomènes certes distincts mais qui au final s’imbriquent étroitement.

                C’est la raison pour laquelle j’ai utilisé le terme « comparable », et non pas « identique » ou « similaire ».

                Cordialement


                • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 14:53

                  Par ailleurs, le copyright féroce des confections, des silhouettes et des apparences globales n’aura probablement cours qu’aux US.

                  En Europe, ce n’est guère le cas, où seules les marques sont protégées. En plus clair, Nina Ricci ou Armani veille jalousement sur sa marque déposée, mais n’a point breveté ou copyrighté sa dernière robe ou chaussure.

                  La prochaine fois, je ferais non pas un texte mais une animation Flash avec des formes et des couleurs unies pour faciliter votre compréhension... smiley


                • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 15:23

                  Quand on se balade dans les magasins de fringues style H&M, Zara,Forever 21, ainsi que Célio et Jules pour les Français, on retrouve très souvent le même pull, la même chemise, le même pantalon, le même blouson, parfois mais pas toujours au même prix.

                  Si c’est pas de la copie, comment appelez-vous cela ?


                • ripouette ripouette 19 décembre 2007 18:47

                  Mais il n’est pas du tout question de copies à propos du logiciel libre. Les différentes distributions de Linux utilisent le même core (noyau) pour proposer différents logiciels autour. Cela n’a rien à voir avec la copie la contre façon ou des aspects semblables.

                  Linux est sous GPL (General public licence) dont voici les grandes lignes :

                  * la licence GPL permet la modification du programme original, et sa diffusion (sous licence GPL) ;

                  * la licence GPL autorise la vente du logiciel libre sous sa forme originelle ou modifiée, à condition que le vendeur autorise la diffusion (même gratuite) du logiciel ainsi modifié ;

                  * la licence GPL autorise l’utilisation du logiciel à des fins lucratives (permettant des bénéfices) ;

                  * les logiciels sous licence GPL restent la propriété de leurs auteurs, personne ne peut donc s’approprier tout ou partie des droits d’auteur ;

                  * la licence n’implique aucune forme de rémunération des auteurs. (source)

                  Ca n’a rien à voir avec la mode, la copie d’un style vestimentaire ou la contrefaçon puisque le LOGICIEL LIBRE N’EST PAS DE LA COPIE comme vous l’avez plusieurs fois affirmé.

                  « L’industrie de la mode repose sur une logique comparable à celle des logiciels open source ou à celle des remixages-échantillonages de DJ » : ce simple extrait illustre bien que vous n’avez strictement rien compris à ce que sont les logiciels libres qui sont des programmes originaux et non pas de la copie d’autres logiciels. Ce qui les difinit, c’est la licence sous laquelle ils sont diffusés. Vous pouvez écrire un livre sous GPL si vous le désirez ou même refiler gratuitement des chaises. Et il n’y a bien entendu aucun rapport entre le mixage de morceaux de musique et les logiciels libres !

                  Il est dommage que vous contribuiez à diffuser l’idée que les logiciels libres ont quelque chose à voir avec le piratage ou la copie d’autres programmes. J’espère que vous vous amenderez dans vos futurs articles au demeurant bien écrits.


                • GRL GRL 19 décembre 2007 16:17

                  Les comparaisons avec le monde du logiciel sont à mon sens pertinentes , mais de toute évidence, la pulsion qui provoque tout cela est à placer dans un domaine beaucoup plus large et témoigne du même état d’esprit quelque soit le domaine de la création , du simple tube de l’été jusqu’aux technologies de l’armement, c’est dire.

                  Il s’agit ici de remarquer , que depuis qu’il nous est nouvellement donné de voir à grande échelle les pléthores d’idées nouvelles dans tous les domaines de la création, on se rend bien compte des limites naturelles du principe de propriété intellectuelle. Il est quasiment impossible de nos jours, d’isoler les produits du regard des autres, fussent ils des vêtements, des programmes ou des titres musicaux. Et force est de reconnaitre que dès qu’il en a l’occasion , l’être humain ... pompe l’idée de son voisin et la reprend à son propre compte.

                  Et puis allez , point d’hypocrisie car d’un coté , tous les « créateurs » ont des maitres à penser à la base , ou du moins des références d’inspiration qui ont fait d’eux ce qu’ils sont . Et à l’autre extrême , on ne peut pas déposer un brevet pour tout , imaginez , dans une misérable clope , il y a déjà toute l’histoire du tabac , du papier , de la chimie , etc ... Toutes ces idées et ce travail concentrés dans une misérable clope. Ça en fait des brevets à honorer tout de même , non ?

                  Alors oui , à mon sens, la contrefaçon, la copie, et toute dérive du brevet ou des droits d’auteurs est signe de l’approche des limites d’un modèle économique. La preuve en est avec l’apparition des domaines de consommation libres , notamment , autour de l’informatique et de la culture , bref , des biens immatériels. Ces nouvelles tendances ont vu s’y engouffrer des millions de particuliers comme de professionnels qui ne se sentent pas coupables de vols , pas le moins du monde. Et les supposées pertes ? Qu’y peuvent ils réellement, les industriels ? Rien , ils n’y peuvent rien , même à grands renforts juridiques. Parce qu’ils sont eux même la première unité de copie du produit original de l’auteur, tout simplement. Et leur bénéfice , le bénéfice de tout producteur , industriel ou culturel , existe donc sur la base des idées d’un auteur , et ce quelque soit le contrat.

                  La nature humaine reprend le dessus dès qu’il y a brèche dans le secret, et entre nous, depuis l’ultra diffusion que propose le net entre autres , je vois mal comment un modèle de robe ou de chaussures peut être gardé secret si dès lors que sa promotion passe par un défilé de mode ou toute représentation publique , même en triant les invités sur le volet.

                  De plus , la nature même d’une création vendue à l’industrie est donc vouée à être reproduite en masse. C’est pour cela que la distinction restera , nous ramènera encore une fois au niveau de la création individuelle. Si vous ne voulez pas être copié, faites vos fringues vous même, habillez vous avec et ne les vendez pas à l’industrie. C’est aussi con que çà et de plus , je connais des gens qui font leurs habits et que personne ne copie , c’est assez fun dans le sens même ou je suis sur qu’ils ne seraient pas facilement produits par un industriel , car certains osent carrément.

                  Alors cela a déjà fait et fera encore réfléchir les industriels , beaucoup et souvent , et reconnaissons le , cette préoccupation est vaine. Tout ce qui ne passe pas par la dépossession de quelqu’un au profit de quelqu’un d’autre , ne peut être vécue comme un vol en réalité. Ou si vous préférez , le manque à gagner et la perte apparaissent être deux choses très différentes malgré le forcing de l’industrie et du droit ... eh ...


                  • adeline 19 décembre 2007 18:20

                    Comme d’habitude excellent article très bien écrit, les souliers sont bien jolis les liens sont vrais ??? je n’ai pas essayé merci à vous


                    • Ancalimon Ancalimon 19 décembre 2007 18:22

                      « En Europe, ce n’est guère le cas, où seules les marques sont protégées. En plus clair, Nina Ricci ou Armani veille jalousement sur sa marque déposée, mais n’a point breveté ou copyrighté sa dernière robe ou chaussure »

                      Houlà ! Je me permet de vous rappeler qu’en France ce sont les « droits d’auteur » qui s’appliquent aux créations et que cette protection est déjà plus grande que celle du simple copyright anglo-saxon. De plus les créateurs ont la possibilité de déposer leurs « dessins ou modèles » auprès de l’INPI pour s’en voir attribuer la propriété et obtenir un outil plus puissant pour se défendre.

                      Vous mélangé un peu les différentes possibilités de protection qui s’offrent aux entreprises. Le fait que des pulls soient identiques dans plusieurs enseignes n’est pas surprenant si ces modèles ne bénéficient pas de protections particulières.

                      Si laisser faire l’imitation peut être en effet une bonne manière de diffuser un style sur un marché, cette tolérance ne doit jamais aller plus loin et une entreprise aura toujours intérêt à défendre ses créations les plus originales.


                      • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 19:27

                        @ Ancalimon

                        Comme vous dites « les créateurs ont la possibilité de déposer leurs dessins ou modèles auprès de l’INPI pour s’en voir attribuer la propriété et obtenir un outil plus puissant pour se défendre ».

                        Je confirme votre affirmation et signale que les créateurs de mode usent de ces droits d’auteurs uniquement pour quelques modèles de haute couture - en général les plus spectaculaires mais aussi les moins mettables dans la vie quotidienne ou même en soirée smileyLes robes de mariées par exemple, sont effectivement et jalousement protégées.

                        Pour le reste, et à fortiori dans les collections de prêt-à-porter, il y a une règle tacite de libre multi-copiage réciproque entre créateurs. Disons qu’ils font preuve d’une très grande tolérance les uns envers les autres, et c’est heureusement cela qui fait la mode et les tendances.

                        Tenant à ce que mon article ne soit pas trop exhaustif ou lassant, je choisis le plus souvent de ne pas m’attarder sur autant de détails, en espérant que le lecteur plus intéréssé lira l’étude de Raustiala et Spirngman. J’espère que vous me comprenez... smiley

                        Cordialement


                        • Charles Bwele Charles Bwele 19 décembre 2007 19:29

                          @ Adeline

                          Hello ! Comment va ? Oui, les liens sont absolument vrais... smiley Amicalement.


                        • Charles Bwele Charles Bwele 20 décembre 2007 11:38

                          @ Ripouette

                          Comment va ?

                          Ripouette, on peut se chiffonner comme ça pendant des lignes et des lignes, mais au final aucun de nous n’aura raison. Effectivement, vous semblez connaitre la propriété intellectuelle des logiciels libres mieux que moi (que j’utilise très souvent dans mon job), et donc dans mon article j’ai peut-être froissé de petits détails très techniques - voire trop techniques pour un article portant sur la mode - sur lesquels vous êtes probablement plus à cheval que moi, du fait de votre éventuelle passion et/ou métier.

                          Cela dit, mon article vise à décrire en qq paragraphes le contenu du Piracy Paradox dans son ensemble, à émettre quelques observations personnelles et comparaisons globales avec d’autres univers (logiciels libres et DJ)...et non à décrire les justes détails de la mécanique open source.

                          Peut-être que si j’avais écrit « évoquant vaguement » plutôt que « comparable » (qui ne signifie point « identique », j’y tiens), vous auriez été satisfait...ou auriez persisté à chercher la toute petite bête... smiley Vous le faites si bien.

                          De là à verser dans le « Grand Pardon » dans mes futurs articles pour ces minuscules détails qui ne changent en rien la teneur profonde du billet, faut pas pousser non plus. smiley Y a pas à matière à fatwa que je sache. Pour peu qu’il y ait faute grave, cela troublera-t-il le sommeil des développeurs open source ou le votre ? smiley  :-P J’espère sincèrement que non.

                          Faites donc un article sur la mode pour voir...

                          Amicalement, Ripouette.


                          • Le péripate Le péripate 22 décembre 2007 22:30

                            Vive le plagiat !

                            Les prétendus créateurs originaux et soi-disant révolutionnaires sont des menteurs.

                            La propriété, surtout intellectuelle, c’est bien le vol. Captation indue du collectif au profit de quelques uns.


                            • la vilaine 23 décembre 2007 22:03

                              Faux... Et il n’y a pas que brevets, copyrights et marques dans le petit monde de la Propriété Intellectuelle, la plupart des designers et stylistes déposent bel et bien une protection sur leurs créations sous forme de dépôt de modèles ou d’enveloppes Soleau... Et je serai ravie de savoir où vous avez pêché qu’ils se moquent totalement d’être copiés, à voir le nombre de dossiers de litige traités dans les cabinets de Propriété Intellectuelle, c’est à se demander en vous lisant, s’ils n’attaquent pas juste pour occuper leur temps libre.


                              • Charles Bwele Charles Bwele 23 décembre 2007 22:25

                                @ Vilaine

                                On se demande d’où viennent tous ces modèles aussi similaires de différentes marques... smiley Téléchargez l’étude, en lecture rapide je pense que vous vous en sortirez assez vite et bien smiley...Bien entendu, j’ai pris mon temps pour la lire bien avant de rédiger et je me suis basé sur diverses autres sources...

                                Cordialement

                                PS : Sympa votre blog.


                              • la vilaine (---.---.192.230) 4 janvier 2008 22:21

                                (merci pour le compliment)

                                Il faut tout de même savoir qu’une procédure de contrefaçon, surtout entre « grandes marques » est extrèmement longue et que le temps que soit reconnu ou non l’acte de contrefaçon, la mode est passée, les produits vendus et nous, petits consommateurs lambdas n’avons donc pas d’écho de cette procédure. Pour les procédures engagées par les grandes marques contre de toutes petites, nous n’en sommes souvent pas plus avertis, car là, en revanche c’est très rapide, la simple réception de la lettre d’injonction suffisant bien souvent à faire peur aux petits, qui retirent immédiatement les produits litigieux. Je me doute bien que vous avez bossé votre sujet, mais mon expérience professionnelle m’impose la contradiction car votre article s’il est basé sur une étude que je ne remets pas en cause, pas plus que votre travail en amont, semble généraliser cette tendance qui à ce que je vois depuis des années reste assez marginale et ne concerne sans doute que les petits créateurs ne bénéficiant que de très peu de moyens.

                                Amicalement


                                • Charles Bwele Charles Bwele 4 janvier 2008 22:38

                                  @ La Vilaine

                                  (Pseudo totalement inadapté) smiley

                                  Merci pour votre contradiction hautement constructive, d’autant plus que vous êtes directement impliquée dans cette industrie. En outre, je reconnais que mon analyse a certainement du subir « le prisme de mon cadre anglo-saxon », (Ouch ! j’espère que vous me suivez) smiley où la réglementation est, j’en suis sûr, moins vissée qu’en France, phare de la mode.

                                  Amicalement.

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