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Le marteau et l’enclume

L’archéologie et l’étude du passé sont-elles encore compatibles avec une politique de recherche de plus en plus utilitariste, tournée vers l’avenir et le progrès technologique ? Alors qu’elles suscitent l’intérêt croissant du grand public et des médias, il n’est pas certain que ces disciplines survivent aux réformes en cours, au manque de moyens et aux tracasseries administratives.

Une majorité de Français se reconnaît volontiers dans le personnage de Cétautomatix, le célèbre forgeron des albums d’Astérix, qui ont popularisé une certaine image de « nos ancêtres » les Gaulois : rustiques et ombrageux, autant que braves et industrieux. Jules César aurait plutôt dit : une poignée d’irréductibles conservateurs, hostiles à toute ingérence étrangère, aux progrès technologiques et sociaux que constituent, par exemple, la construction en béton et l’esclavage... Inspiré par la figure tutélaire du Général de Gaulle, le combat d’Astérix incarne mieux que tout autre la résistance française au supposé impérialisme anglo-saxon, dont les moustaches de José Bové ont su capter l’héritage.
 

Plus de cinquante ans après la création du personnage par René Goscinny, cette caricature a le mérite de rester d’actualité. Elle imprègne, d’une certaine manière, l’actuel débat suscité par la réforme des universités, du CNRS et du statut des enseignants-chercheurs. Ses détracteurs y voient, à tort ou à raison, un véritable coup de massue porté aux sciences humaines et sociales, dont la sauvegarde ne recouvre pas moins qu’un enjeu de civilisation ; ses initiateurs, le symptôme d’un attachement sentimental à des structures onéreuses et passéistes, inaptes à résoudre les nouveaux défis affrontés par notre société.

En ce monde acquis à la dictature des chiffres et de la rentabilité immédiate, la « potion magique » du vieux Panoramix, qui dispense à tous sa science et sa sagesse, ne fait visiblement plus recette.

Dans Le Monde 2 en date du 14 février dernier paraissait un dossier consacré à la « véritable » histoire des Gaulois, telle qu’elle peut être restituée grâce aux progrès de l’archéologie. Plus rien dans leur apparence, leurs pratiques religieuses et leurs modes d’existence, ne correspond aux anciens clichés des manuels scolaires mis en couleur par Uderzo. Pour ne prendre qu’un exemple qui m’est proche, les recherches que je coordonne chaque été sur le site de Corent en Auvergne y ont révélé l’existence d’une véritable ville, cadre d’une civilisation urbaine aux modes de vie très raffinés. Elles nous plongent dans le quotidien d’un peuple de paysans, d’artisans et de commerçants, friands de marchandises et de technologies importées des bords de la Méditerranée, ouverts aux influences extérieures bien qu’attachés à une certaine forme d’indépendance politique et culturelle. Dans ces quelques pages, il est moins question de vieux os et de tessons de poterie, que d’Histoire avec un grand « H », dont on prétend parfois qu’elle a valeur d’édification pour les générations futures…
 
Cette nouvelle vision est le fruit d’un travail de longue haleine réalisé par des chercheurs appartenant à diverses institutions : université, CNRS, Institut National de la Recherche Archéologique préventive... Par Jupiter ! Ces mêmes archéologues qui sont régulièrement accusés de faire obstacle au progrès, pour de « vieilles histoires » qui n’intéresseraient personne ? Voire. Le fait qu’elles soient relayées par des médias à large audience, dans le cadre de journaux et documentaires télévisés diffusés en prime time, démontre précisément le contraire. Ces chercheurs ont « leur » public, passionné par leurs découvertes autant que d’autres peuvent l’être par les derniers rebondissements de la ligue 1 ou de la Star Ac’. Le profil des visiteurs qui fréquentent musées et sites archéologiques montre, au reste, qu’ils sont bien souvent les mêmes !

Leur travail produit une valeur ajoutée qui contribue, dans une certaine mesure, à la richesse des médias, des éditeurs et des professions touristiques, autant qu’au rayonnement culturel de notre pays à l’étranger. Au-delà de leur indéniable rentabilité financière et technologique, combien de sciences dites « dures » peuvent-elles se prévaloir d’une telle visibilité auprès des contribuables qui financent leurs recherches ?

À l’université comme au CNRS, les conditions dans lesquelles sont menés ces travaux en constituent, sans nul doute, l’aspect le plus archaïque et le plus pittoresque. Dirigées par les enseignants-chercheurs sur leurs périodes de congés, elles sont portées bénévolement par des étudiants qui s’investissent tout l’été sur le terrain, entre autres activités aussi insispensables, pour leur formation, que la confection de hamburgers ou la vente de caleçons. Le montant des subventions alloué à cette activité surprendrait plus d’un directeur de laboratoire. C’est cette forme de recherche « au rabais » qui parvient pourtant, bon an mal an, à faire parler d’elle dans les colloques et les médias, aussi bien nationaux qu’internationaux.
 
Ces stages dédiés à la formation de terrain sont la condition première d’une rapide insertion professionnelle des étudiants dont nous avons la charge. De leur utilité témoignent les centaines de recrutements effectués chaque année par l’INRAP, les services de collectivité et les opérateurs privés.

Des arbitrages budgétaires imposés par l’autonomie financière des universités, il est malheureusement à redouter que notre discipline fasse la première les frais. À l’aune des nouveaux critères retenus pour évaluer ses travaux, elle fait plutôt figure de mauvais élève, la plupart des revues de référence qui diffusent ses résultats ne figurant pas au fameux classement établi par l’AERES. D’ici à ce que les comités de lecture de Science ou de Nature s’intéressent à leurs gauloiseries, les archéologues risquent fort de connaître le sort des civilisations qu’ils étudient. Dieu sait pourtant, après un cursus de dix à quinze ans d’études jalonné de commissions de recrutement diverses, que le principe d’évaluation ne leur est pas étranger. Sait-on seulement que le résultat de nos fouilles est examiné, chaque année, sur la base de rapports qui totalisent plusieurs centaines de pages ?

Il se trouve, à ce propos, qu’une commission administrative vient de préconiser la suspension des fouilles du site de Corent, dont il a été question plus haut. On peut craindre que cette décision en signe l’arrêt définitif, tant il est difficile de remobiliser une équipe et des financeurs (publics et privés !) fidélisés, au fil des années, par des découvertes qui suscitent l’intérêt croissant du monde scientifique et du grand public. Une telle décision a au moins le mérite de démontrer que la « culture du résultat » n’est guère familière du Ministère de la Culture : au combat mené par les enseignants-chercheurs pour le maintien d’un statut déjà peu décent s’ajoutera, désormais, la revendication de travailler bénévolement (pétition en ligne sur le site www.luern.fr). 

Ce plaidoyer pro domo rejoint, sur un plan plus général, un sentiment partagé par toute une communauté de chercheurs qui se lèvent tôt et se couchent tard, faute de disposer du temps, du personnel et des moyens nécessaires pour mener à bien leurs recherches.

Il est à craindre, dans ces conditions, que les connaissances récemment acquises ne s’estompent à nouveau derrière l’image caricaturale d’un Cétautomatix. Entre la brutalité de réformes menées au marteau, d’une part, l’arbitraire d’évaluations menées par des commissions aussi souples qu’une enclume de forgeron, d’autre part, et l’espace de liberté et d’initiative qui nous est accordé s’amincit de jour en jour. Une recherche de qualité ne s’accommode pas davantage d’un culte aveugle de la compétitivité, que du manque de moyens combiné à un excès de rigueur institutionnelle, dont la situation actuelle cumule tous les travers.

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14 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 3 avril 2009 14:42

    « ... nos ancêtres » les Gaulois : rustiques et ombrageux, autant que braves et industrieux. Jules César aurait plutôt dit : une poignée d’irréductibles conservateurs, hostiles à toute ingérence étrangère, aux progrès technologiques et sociaux que constituent, par exemple, la construction en béton et l’esclavage... "

    Bien joli plaidoyer contre la critique d’une peuplade vue de l’extérieur...c’est comme Coluche, je crois, disant du Forum de Rome, qu’il était en travaux depuis deux mille ans...

    " Ces mêmes archéologues qui sont régulièrement accusés de faire obstacle au progrès, pour de « vieilles histoires » qui n’intéresseraient personne ? "

    Le problème, c’est que si l’on a à rechercher les traces de peuplades évoluées, qui ont un jour périclité, c’est bien parce que nous mêmes nous sommes conduits comme des barbares envers elles, et que nous en sommes les directs descendants...

    C’est bien l’archéologie qui nous a instruit sur les invasions des Huns, des Visigoths, des Ostrogoth...les manques de moyens servant à la soutenir montrent bien comme aujourd’hui, l’on cherche plutôt à effacer les traces laissées par nos ancêtres pour mieux que s’impose la tendance au créationnisme. Tout comme on a voulu faire croire aux petits africains qu’ils descendaient des Gaulois, la tendance actuelle revient à nous faire croire que nous sommes issus d’un peuple né du Nouvel Ordre Mondial, et que celui-ci n’envahit personne...

    Bien à vous, Matthieu Poux. L.S.


    • Emile Mourey Emile Mourey 5 avril 2009 21:48

      @ Lisa Sion

      Il y a tout de même un problème. Lisez les derniers échanges de ce fil. M. Matthieu Poux est à l’image de ses collègues, Vincent Guichard et Christian Goudineau. Ces responsables de l’archéologie refusent le débat contradictoire que cela soit pour la localisation de Bibracte ou pour celle de Gergovie. Ils nous renvoient à leur bibliothèque et à des études toutes plus disparates les unes que les autres mais où, malheureusement, aucune ne présente des arguments justifiant une localisation de Bibracte au mont Beuvray et de Gergovie au puy de Corent.

      En ce qui me concerne, vous devriez constater que chaque fois que j’ai écrit un article sur ces sujets, j’ai toujours répondu aux commentaires qui ont suivi, car je pense qu’Agoravox doit être, avant tout, un lieu de débat et pas seulement une vitrine publicitaire pour promouvoir un livre à paraître.

      J’ai voté en faveur d’un article que vous avez proposé à la modération. Je suis étonné qu’il ne soit pas paru. Que se passe-t-il à Agoravox ?


    • finael finael 3 avril 2009 16:43

      - 1 ) Paradoxalement, quand on cherche les "nouvelles planètes" ou les objets célestes, on plonge dans le passé, et nombre de recherches astronomiques aujourd’hui, sont centrées sur l’horizon le plus lointain possible ... et plus c’est lointain, plus c’est ancien !!!!


      - 2) Nous sommes une société basée sur l’oubli : S’il fallait tenir compte des promesses électorales d’il y a 2 ans où irions nous ?


      - Alors l’archéologie, vous comprenez ... c’est archaïque !


      • Nautile 3 avril 2009 16:45

        Merci Matthieu Poux pour ce "coup de gueule" qui nous éclaire sur la politique culturelle actuelle ...
        merci aussi à tous ces chercheurs et bénévoles qui patiemment défrichent notre patrimoine historique.
        Bien évidemment j’ai signé votre pétition !

        Grand merci d’avoir porté à notre connaissance (et à la mienne en particulier !) l’existence de ces travaux que vous menez sur le plateau de Corent. Mais vos écrits ne sont pas véhiculés jusqu’à l’oppidum de Condates où je réside maintenant !
        J’ai en tout cas marqué le site du Luern où je vais pouvoir aller déguster beaucoup d’informations sur la vie de ces gaulois arvernes qui ont bati la cité de Corent.
        Ce si joli village bati à flan de coteau que j’aime beaucoup. Dont les lumières vacillantes agrémentaient les soirées que je passais en vacances à Vic le Comte.
        Corent et son adorable petit rosé qui enchantait mon palais ! Ne dites surtout pas qu’ils ne savent pas faire de rouge !
        Tant pis si l’image d’Epinal que j’ai en tête de ces gaulois batailleurs à moustaches et braies doit en sortir écornée par vos travaux. Après tout, apprendre que nos "ancètres" gaulois avaient une véritable civilisation est aussi une sorte de revanche sur ce cher Jules et ces versions qui ont marqué mes années de latin !
        Cesar nous a menti lui aussi ?
        Continuez à déchiffrer la vérité ! Et merci.


        • Illel Kieser ’l Baz 3 avril 2009 19:04

          Merci à l’auteur pour cet article.
          Néanmoins, une chose intrigue : depuis un temps proche, nombre de chercheurs et de penseurs se diligentent pour écrire sur Internet dans les médias classiques.
          Quelque chose m’aurait échapper. Il se passe quelque chose d’important pour que, soudain les "penseurs" français de mettent à écrire sur internet ?
          Je n’ai pas vu ça depuis plusieurs décades. Franchement il se passe quelque chose, l’humanité change, les ET ont envahi notre planète.
          Non, d’après ce que j’apprends, les chercheurs sont menacés !
          Wahouuu !
          Mais que faisaient-ils pendant que l’on instituait un ministère de l’identité nationale ?
          Mais que faisaient-ils pendant qu’un président annonçait que la pdocriminalité était fondée génétiquement. L’archéologie n’a-t-elle rienà voir avec la génétique ? Dites-nous tout ça :

          L’indentité , c’est un thème que l’archéologie intègre dans ces critères, non ? Ha, seuelment si l’on intègre une dimension historique et anthropologique... et vous n’êtes pas un spécialiste de la chose.
          Bon, l’achéologie, c’est une affaire de "bones" et, dans ce cas les tribulations politiques ne concernent pas le chercheur.
          Les "bones" tuaient-ils leur s enfants, se masacraient-ils entre-eux ?
          Ha ! Les systèmes de représentation, ça dit quelque chose à un archéologue, non ? Vous ne voyez pas le rapport ?
          Vous vous exprimez sur un média internet parce que, soudain, un pouvoir imbécile, inculte et matérialiste vous menace mais cela fait longtemps que ce pouvoir annonce ses intentions et maintenant vous intervenez dans les médias pour défendre votre position.
          Ha, dernière chose, vous écrivez, Agoravox vous publie et après ? Vous ne répondez pas : serait-ce indigne d’un chercheur ? Défendre le chercheur suffit-il à ce que l’on - le peuple ignare - se mobilise ?


          • Matthieu Poux Matthieu Poux 4 avril 2009 12:53

            Bonjour à tous et merci pour vos soutiens !
            Une réponse de l’auguste "penseur" à la Cyber-France d’en bas
            Il y a belle lurette que l’archéologie s’intéresse davantage aux modes de vie, aux formes d’organisation politique ou aux conceptions symboliques des civilisations passées qu’à "l’identité nationale", sujet que je laisse volontiers aux mains d’un pouvoir pour lequel, soit dit en passant, je n’ai pas voté.
            La connaissance de périodes révolues, qui voyaient des populations entière se massacrer entre elles et tuer leurs enfants impunément (je parle là d’une époque qui remonte au moins à trois ans en arrière !), ne donne pas vraiment envie d’y retourner. Le (modeste) travail de l’historien consiste surtout à mettre en garde une société qui serait tentée par ce voyage dans le temps. Le reste est affaire de lutte politique, laquelle, je le concède, ne se mène pas uniquement sur Internet...
            Dans mon intitulé, j’aurais dû remplacer l’enclume par la faucille : celle que j’utliserai lorsque j’aurai été envoyé dans les champs pour y moissonner les fruits de la terre, au leu de chercher dans cette dernière un dérivatif petit-bourgeois aux maux de ce monde...

            MP

            PS - A l’attention de MM. Mourey, Antenor & Gasty : même si je ne partage pas vos hypothèses concernant Gergovie ou Alésia, je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à nos travaux. Les collectivités locales nous soutiennent pleinement, de même qu’une majorité de fonctionnaires du Ministère de la Culture qui ne partagent pas forcément l’avis (consultatif) de la commission.


          • molloy molloy 3 avril 2009 22:59

            Cela fait déjà bien longtemps que l’archéologie en France a été démantelée et sacrifiée sur l’autel du Dieu argent.
            Balladur, en son temps, a donné le signal de départ. Plusieurs centaines de personnes sont restées sur le carreau. Puis Raffarin a enfoncé le clou, contraignant même les archéologues à se jeter dans la Seine en signe de protestation.
            Le gouvernement actuel tire seulement sur une ambulance.
            L’archéologie est sur le point de devenir une science morte. Dans quelques années, on amusera la galerie avec quelques joyaux de notre patrimoine tels Lascaux ou Bibracte et on cachera derrière un rideau de baratin la misère de cette discipline.

            Un ancien de l’AFAN.


            • chmoll chmoll 4 avril 2009 08:57

              l’archéologie c passionant,j’pratique à tire perso

              j’allais oublié scusez moi j’dois aller ach’ter des piles pour mon detecteur de métaux , à bétot


              • Emile Mourey Emile Mourey 4 avril 2009 10:53

                @ Matthieu Poux @ Gasty @ Antenor

                Je viens de découvrir votre article et comme vous pouvez le constater, j’ai voté "article intéressant". Bienvenue sur Agoravox où vous pourrez consulter, outre les 80 articles dont je suis l’auteur, ceux de Gasty sur le site de Gergovie qu’il place, comme moi, sur l’éperon du Crest alors que vous ne voyez qu’une agglomération dans la plaine, et en plus, comme l’affirme Vincent Guichard, uniquement construite en bois, l’usage du mortier de chaux n’ayant été introduit que par les Romains selon ses interprétations.

                Nous nous connaissons, inutile de le rappeler ! N’est pas nécessaire, non plus, de rappeler vos doutes quant à certaines interprétations de vos collègues qui vont à l’encontre du texte de César. Je n’ignore pas la pression qu’exerce sur la recherche archéologique le Collège de France et qu’il vous a fallu faire avec. Vous ne devez pas ignorer non plus avec quelle habileté vos collègues du mont Beuvray ont réussi à me mettre dans le même sac que les contestataires d’Alésia alors que je ne conteste nullement le site d’Alise-Sainte-Reine mais celui de Bibracte que je situe à Mont-Saint-Vincent et non au mont Beuvray.

                L’arrêt envisagé des fouilles sur le plateau de Corent serait-il la conséquence de nos dissensions dont profiterait la ministre pour couper dans ses crédits ? Je ne sais mais je le regrette car vos résultats de fouilles prouvent à l’évidence, en ce qui me concerne, que le plateau de Corent était le site sacré dévolu aux cérémonies religieuses. Le fait qu’il soit au pied du Crest s’accorde en outre avec le texte de César qui voyait Gergovie sur cette hauteur et non sur un plateau de Merdogne aux qualités défensives très discutables (faites confiance au militaire que je suis et certainement meilleur latiniste que M. Christian Goudineau).

                Sauvez l’archéologie française ; mais bien sûr ; l’affaire est d’importance. Continuer les fouilles sur le plateau de Corent, également ! Mais comment persuader ceux qui nous gouvernent ? Je ne vois qu’une seule solution : reconnaître vos erreurs qui n’ont consisté jusqu’à ce jour à ne voir en Gaule que paysans et société agricole et d’ignorer la noblesse guerrière dont parle pourtant César... cette noblesse guerrière avec ses oppidum fortifiés, déjà châteaux-forts en bonnes pierres cimentées" et non oppidum de grande étendue, style mont Beuvray, alias Gorgobina, site plus stratégique que site de capitale.

                Courage ! il vous faut revoir la question et convaincre. Notre patrimoine enterré ou toujours debout est d’une richesse exceptionnelle et d’un potentiel touristique encore insoupçonné. Voyez l’Egypte qui réussit, avec ses pyramides, à en faire une de ses principales ressources. Et nous, qui avons cent plus de richesses à mettre en valeur, que fait notre ministre, que font les DRAC de Bourgogne ou d’Auvergne qui ne peuvent ignorer le contenu de mes ouvrages ? Rien ! Tous ces gens-là ne semblent vouloir penser qu’à leur avancement, à leur carrière ou à leur réputation.

                Professeur au Collège de France, M. Christian Goudineau a prévu de venir en Saöne-et-Loire dans quelques jours. Fera-t-il un détour juqu’au mont Beuvray qu’il prétend toujours être le site de Bibracte ?

                Cordialement

                E. Mourey


                • Antenor -ANTENOR- 4 avril 2009 11:50

                  Ils sont fous ces Gaulois !  smiley

                  Puisqu’il est question de site religieux, j’en profite pour attirer l’attention sur un ouvrage fantastique : La Géographie Sacrée du Monde Grec de Jean Richer. Grâce à l’analyse des pièces de monnaies, de l’emplacement et de l’orientation des temples, il reconstitue une véritable trame "astro-mystique" de l’Egée avec trois omphalos (Delphes, Délos et Sardes) autour desquels les Egéens "voyaient" tourner une roue astrologique. Au vu de certains symboles qu’on trouve dans nos églises romanes et du nom de certains peuples gaulois, j’ai l’assez nette impression que les Celtes avaient placé un omphalos du même type au centre du pays carnute, là où se réunissaient des prêtres venus de toute la Gaule d’après César. Par rapport à la région de Chartres, la Bourgogne se trouve dans la zone du Lion, or les églises romanes de cette région sont truffées de représentations de ces félins. Un peu plus loin, toujours dans la même direction, on trouve l’Ours helvète qui passe généralement pour un équivalent du lion chez les peuples européens. Au sud, l’Auvergne se trouve dans la zone du Cancer et on trouve justement plein d’aimaux rampants sur les chapiteaux auvergnats : crabe à Chatel-Montagne, écrevisse à Issoire, salamandres à Blesle et Lavaudieu, jusqu’au fameux crocodile des monnaies nîmoises. La cité des Turonnes (Tours) se touve dans la zone du... taureau. Je n’ai pas fait le tour de la Gaule mais il me semble que cette piste mérite le détour.

                  Pour en revenir au sujet central de l’article, n’y a-t-il pas moyen d’impliquer d’avantage les collectivités locales ? Après tout, elles sont les principale bénéficiaires en terme de retombées touristiques et d’amélioration de leur image de marque. La commission qui préconise l’arrêt des fouilles dépend de quel ministère ?


                  • Emile Mourey Emile Mourey 4 avril 2009 15:35

                    @ Mourey, @ Antenor, @ Gasty

                    Le marteau et l’enclume

                    														par Matthieu Poux 							 														 (IP:xxx.x2.148.106) le 4 avril 2009 à 12H53 							 							
                    							

                    															
                    							
                    								

                    PS - A l’attention de MM. Mourey, Antenor & Gasty : même si je ne partage pas vos hypothèses concernant Gergovie ou Alésia, je vous remercie pour l’intérêt que vous portez à nos travaux. Les collectivités locales nous soutiennent pleinement, de même qu’une majorité de fonctionnaires du Ministère de la Culture qui ne partagent pas forcément l’avis (consultatif) de la commission.
                    							

                  • Emile Mourey Emile Mourey 4 avril 2009 16:07

                    @ Matthieu Poux, copie @ Antenor @ Gasty

                    Il ne s’agit pas de dire que vous ne partagez pas nos hypothèses mais de débattre, autrement dit de répondre à nos arguments et contre-arguments que nous avons exposés dans nos articles. Ces articles ont été soumis aux commentateurs lors de leur parution. Vous ne les avez pas commentés mais je ne doute pas que vous allez le faire. Nous attendons donc vos prochains articles dans lesquels vous nous exposerez vos arguments qui vous permettent de justifier votre hypothèse d’une agglomération à trois oppidum dans la plaine (Corent, Gondole) et sur la hauteur de Merdogne (thèse Napoléon III). Il est bien entendu que les Commentaires de César sur la guerre des Gaules sont une référence, à moins que vous ayez des arguments qui iraient à l’encontre de ce texte.

                    Enfin, je vous demande, comme je l’ai dit dans mon précédent commentaire, d’arrêter de me mettre dans le même sac que les contestataires d’Alésia. Je n’ai jamais mis en doute le site d’Alise-Sainte-Reine, étant un des rares historiens à être intervenu en sa faveur sur le site même, le 30/10/81 (cf. article du Monde du 11.11.81) alors que, peut-être, vous n’étiez encore qu’à la mamelle.


                  • Matthieu Poux Matthieu Poux 4 avril 2009 16:53

                    Cher M. Mourey,
                    J’ai bien pris note de votre position quant au dossier d’Alésia, qui vous honore en ces temps de remise en cause de faits largement établis par l’archéologie. 
                    L’article posté relève d’un autre débat, qu’il n’y a pas lieu d’entreprendre ici. Ma propre "vision" de la Gergovie césarienne s’appuie sur un argumentaire de plus de 300 pages développé dans mon mémoire d’HDR soutenu en 2005 à l’université de Provence, qu’il m’est difficile de résumer en quelques lignes. Une version grand public sera bientôt disponible, dans un ouvrage à paraître avant l’été aux éditions Infolio : http://livre.fnac.com/a2502030/Matthieu-Poux-Les-Arvernes-face-a-Rome?Mn=-1&Origin=FnacAff&Ra=-1&To=0&Nu=1&Fr=3.
                    Mon intervention sur AgoraVox ne visait qu’à éclairer ses lecteurs sur les conditions dans lesquelles se bâtit le discours historique. Je ne souhaite pas en faire le lieu d’inutiles polémiques et ne répondrai donc plus aux interventions sans rapport avec le sujet.
                    Cette précision s’adresse également aux amateurs de détection illégale et autres provocateurs, dont nous subissons régulièrement les assauts sur les chantiers comme sur les forums Internet, dès qu’il y est question d’archéologie ou de sauvegarde du patrimoine...


                  • Matthieu Poux Matthieu Poux 8 avril 2009 02:57

                    Monsieur Mourey,

                    Un peu de sérieux : j’ai moi-même pris la peine de vous répondre à deux reprises, et c’est bien volontiers que je continuerai à le faire, mais sur un terrain moins polémique. Faut-il vraiment répéter que cet article n’a strictement rien à voir avec la question de Gergovie, certes passionnante, mais très technique pour le lectorat interpellé au sujet des conditions dans lesquelles travaillent les enseignants-chercheurs en archéologie ?

                    Le recours à la bibliographie constitue la première règle du débat scientifique et je précise, à toutes fins utiles, que je ne touche aucun droit d’auteur sur mes productions livresques. Quarante billets de synthèse sur Internet ne remplaceront jamais une monographie de plusieurs centaines de pages, un article publié dans une revue à comité de lecture, un argumentaire structuré et un appareil de notes bien fourni. L’étape dite "de vulgarisation", qui vise à diffuser le résultat de ces recherches auprès du grand public, ne peut se faire qu’en aval du travail de démonstration scientifique, dans un cadre reconnu par l’ensemble de la communauté des chercheurs...

                    Pour la dernière fois : merci de reporter ce débat en d’autres pages, plus en rapport avec le sujet...

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