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Le nouveau « Big Browser »

Chrome le joli petit butineur
Lundi 1er septembre, par l’intermédiaire d’une BD en anglais, grand buzz sur la planète internet pour la sortie imminente d’un nouveau produit Google : un navigateur internet (browser en anglais) nommé Chrome. Mardi 2 septembre au soir, la version beta (c’est-à-dire encore en développement) de Google Chrome pour Windows est disponible. En moins de quelques heures, les éloges pleuvent. Nous avons enfin :
  1. la simplicité : un design sobre, épuré « à la Google », des commandes accessibles et un grand espace d’affichage ;
  2. l’efficacité : pensé pour le « web 2.0 » et les applications en ligne, Chrome se veut rapide, stable et sécurisé ;
  3. l’innovation : retravaillées en profondeur, plusieurs technologies doivent apporter cette stabilité exceptionnelle (permettre la gestion des bugs sans faire planter tout le navigateur). Les points forts de ses concurrents sont repris et permettent, par exemple, un accès rapide aux pages les plus visitées et une recherche directement dans la barre d’adresse. Basé sur des produits open source (en gros dont le code source est public), Chrome fait partie du projet Chromium et utilise le moteur de rendu WebKit déjà utilisé par le navigateur Safari de Apple.
Bref un nouveau produit made in Google, généralement présenté par la presse spécialisée comme un participant de plus dans la guerre des navigateurs, futur concurrent de poids dans le combat qui oppose depuis quelques années maintenant l’Explorer de Microsoft et le Firefox de la fondation Mozilla (et dans une moindre mesure les autres fureteurs que sont Opera, Safari, Konqueror, etc.). Mais l’histoire de Google et de ses deux fondateurs Larry Page et Sergey Brin devrait nous rendre plus curieux quant aux objectifs de la compagnie de Mountain View.


Dix ans de coups de maî
tre après un coup de chance
Beaucoup concèdent que de pouvoir mettre en pratique rapidement une idée nouvelle (en l’occurrence un nouvel algorithme de recherche de pages sur internet) nécessite un peu de génie, beaucoup de travail et un vrai coup de chance. Mais une fois le produit lancé, l’intelligence des deux créateurs s’est manifestée. Ils sont parvenus dès le départ à développer leur vision globale d’un « monde en ligne » et ont su constamment investir dans la recherche, acquérir de nouvelles technologies et employer les meilleurs cerveaux (actuellement Google compte plus de 19 000 employés). L’objectif étant de pouvoir toujours :
  • proposer les meilleurs services de l’innovation et cela gratuitement ;

  • utiliser la technologie comme appât et non plus comme produit afin de pouvoir collecter et revendre indirectement les données des utilisateurs sous forme de publicités ciblées. A titre de comparaison, Microsoft essaie encore de vendre de la technologie, Google, en revanche, offre de la technologie, mais distille et vend de l’information.

La recette semble être donc de développer (ou d’acheter) des produits répondant aux trois critères suivants : innovation, efficacité et simplicité, accessibilité. L’idée étant alors de séduire immédiatement un maximum d’utilisateurs par des services addictifs. 


À monde nouveau, philosophie nouvelle : « Don’t be evil »
Lors de la création de l’entreprise, le slogan « Don’t be evil », qui signifie « ne soyez pas mauvais », a été trouvé. Ainsi Google s’est, dès le départ, voulu « éthique » en comparaison de ses concurrents du monde de l’informatique et a mis en place un code de conduite théoriquement basé sur ce slogan. C’est également cet engagement, a priori différent, qui a longtemps permis à Google de développer un réel capital sympathie auprès des utilisateurs. Bien que les intentions originelles puissent avoir été louables, il semble qu’actuellement, par certains aspects, l’entreprise s’est éloignée de sa devise de départ. Pire, cette éthique apparaît parfois comme une stratégie visant à ne pas effrayer l’utilisateur et permettant de faire entrer le loup dans la bergerie (Venez à nous car nous sommes gentils !).



Servitude volontaire

L’homo internetus désire avoir accès à ses données partout et en tout temps. C’est à ce besoin qu’une foultitude de services et de gadgets, souvent présomptueusement estampillés « web 2.0 », tentent de répondre. Mais que nous proposent ces services ? Héberger nos données sur leurs serveurs et nous les rendre accessibles en tout temps sous la forme la plus conviviale possible. Actuellement Google est largement leader dans le domaine et se prépare même à entrer dans le monde de la téléphonie mobile avec son projet Androïd. Mais quelle est la contrepartie à cette gratuité ? En fait, nous nous retrouvons souvent avec des données personnelles prisonnières d’un service, mais librement consultables et exploitables par le prestataire.
 
Certains répondent que, de toute manière, ils n’ont rien à cacher et que ces services valent bien quelques informations personnelles. Mais, en réalité, ce n’est pas ce que les gens ont à cacher qui intéresse ces entreprises, mais ce qu’ils font au quotidien, leurs habitudes. La vie en ligne des internautes est aujourd’hui devenue pour beaucoup le reflet numérique de leur vie sociale, de leurs comportements individuels et de consommation. Ainsi l’empreinte numérique que nous laissons tous sur la toile a une valeur commerciale réelle car, à partir de cette dernière, c’est un profil global de l’individu qui peut être créé et vendu.
 
Bien sûr Google, sous la pression, dit rendre anonymes ces informations après un délai de conservation de dix-huit mois actuellement. Mais que deviennent ces données entre-temps et qui dit qu’elles ne ressurgiront pas dans quelques années, quand des impératifs politico-économiques auront fait changer Google de politique.


Vers une nouvelle (chromo)dynamique du web
De plus en plus, l’utilisateur peut se contenter de son navigateur et des applications en ligne pour gérer l’ensemble de sa vie numérique et ainsi se passer complètement de l’installation de logiciel tiers. Google offre déjà une liste interminable de services « online » : recherche internet (google search), email en ligne (gmail), agenda en ligne (google calendar), presse et informations en ligne (google news et google reader), traitement de texte et tableur en ligne (google documents), photos et vidéos en ligne (picasaweb et youtube) et ainsi de suite. En fait, il se pourrait bien que Chrome ne soit pas qu’un simple navigateur de plus, mais bien le chaînon manquant à Google vers la grande unification, le pont qui reliera l’utilisateur au reste de leurs services. Chrome est donc un pari de ce que sera l’informatique domestique de demain. Idéalement pour Google, l’ordinateur devrait devenir un simple terminal, une plate-forme d’accès permettant de se connecter aux serveurs et services Google ; nul besoin de plus.


Chrome ou l’internet en boîte

Internet a permis à ses utilisateurs une gestion décentralisée de l’information en réseaux interconnectés, Google veut remanier cela en centralisant et concentrant la gestion des utilisateurs et de leurs données. Ainsi, si Google est né de l’internet, ses créateurs semblent vouloir mettre l’internet dans Google ou en tout cas faire passer l’internet par Google. Pour l’utilisateur final, Google et l’internet ne seront qu’un. Pour faire une recherche sur internet on dit déjà « googler » (« to google something » en anglais) peut-être qu’un jour nous dirons « aller sur Google » pour aller sur internet.

Chrome est donc une pièce essentielle du futur monde Google. Il a été pensé pour optimiser l’accès aux services en ligne et permettre la collecte d’informations des utilisateurs (historique complet de recherche et de navigation). Bien sûr, on peut toujours dire qu’il ne faut pas « être parano » et que quelques sacrifices au niveau de sa vie privée, qu’est-ce que c’est ? Mais la licence d’utilisation (vous savez, celle que l’on ne lit jamais) devrait être là pour nous rappeler que la paranoïa est réellement de mise.

Extrais choisis :
  • paragraphe 11.1 « En fournissant, publiant ou affichant le contenu, vous accordez à Google une licence permanente, irrévocable, mondiale, gratuite et non exclusive permettant de reproduire, adapter, modifier, traduire, publier, présenter en public et distribuer tout Contenu que vous avez fourni, publié ou affiché sur les Services ou par le biais de ces derniers. »
  • paragraphe 11.2 « Vous admettez que cette licence inclut le droit pour Google de rendre ce Contenu disponible pour d’autres sociétés, organisations ou individus partenaires de Google pour la mise à disposition de services syndiqués, ainsi que le droit d’utiliser ce Contenu en relation avec la mise à disposition de ces services. »
Nous voilà rassurés maintenant, n’est-ce pas ? Bien sûr le « Don’t be evil » est toujours présent et il est ainsi possible de désactiver les options les plus intrusives. Mais honnêtement, qui le fera ? Dans cette perspective, Chrome apparaît comme une innovation technique au service d’une évolution philosophique de l’internet dirigée par Google.


L’internet avec conscience

Malgré tout, Google n’est certainement pas le mal incarné cherchant à dominer le monde, c’est une société parmi d’autres qui, avec une philosophie nouvelle, a trouvé un moyen de relier le virtuel et l’immatériel de l’internet avec notre monde de consommation. Au travers de l’innovation technologique et de la vente d’informations, elle s’est imposée en leader de la publicité en ligne. Il ne s’agit bien sûr pas de diaboliser les entreprises qui réussissent, mais d’être conscient des risques et des dangers présents quand ces dernières obtiennent un pouvoir démesuré. Économiquement parlant, Google reste une société dont le but est de satisfaire ses actionnaires en faisant un maximum de profits. Rien de philanthropique derrière tout cela. Ce qu’il faut éviter, c’est qu’une entreprise, quelle qu’elle soit, devienne peu à peu l’unique accès des utilisateurs vers leurs données personnelles et l’ensemble de l’internet.
 
Finalement, c’est à nous, utilisateurs de nouvelles technologies devenus cyber-citoyens, qu’il incombe de ne pas laisser le contrôle de l’internet à une poignée d’acteurs. Il s’agit d’être conscient de la situation et, comme Lary et Page l’ont fait, de changer de philosophie. Nous devons réapprendre que « tout a un prix » et que l’on ne devrait pas se ruer sur un produit simplement parce qu’il est gratuit, que toute donnée et information a une valeur et que l’on ne doit pas les brader. Chaque citoyen, entreprise et gouvernement devrait prendre conscience de l’importance de la protection des données et en assumer la responsabilité, même si cela a un coût.
 
Des solutions techniques et des alternatives existent actuellement, à nous d’en profiter. Il est déjà possible de chiffrer ses données, tant pour le transfert que pour le stockage (emails chiffrés et certifiés, connexions systématiquement sécurisées, disques durs chiffrés, même si l’on n’a rien à cacher), de choisir parmi la variété des systèmes et des solutions disponibles et de ne pas laisser les leaders du marché choisir pour nous et prendre ainsi un contrôle global. Dans tous les domaines, des alternatives accessibles à tous doivent continuer non seulement d’exister, mais également d’être développées.
 
Comme l’Ipod d’Apple ne doit pas être le seul lecteur musical, Windows de Microsoft le seul système d’exploitation, les services de Google ne doivent pas avoir le monopole de l’exploitation de nos données.
 
Un internet sans éthique de la part de ses protagonistes et sans conscience de la part de ses utilisateurs nous fera perdre une partie de notre liberté. Et ce n’est que quand l’air vient à manquer que l’on constate à quel point il est vital.

 

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12 réactions à cet article    


  • Valou 11 septembre 2008 14:16

    Je suis satisfait de firefox, je ne vois pas de raison de changer.


    • RilaX RilaX 11 septembre 2008 14:26

      chrome est visuellement completement different de firefox. Je pense qu’il y a la place sur ce marché pour chrome, qui est un navigateur ultra simple. 3 boutons, la barre super géniale (barre d’adresse, de recherche et des favoris) et un espace d’affichage des pages web sans commune mesure.
      Si je dois conseiller un navigateur a un debutant, je pense que je parlerais de chrome. Si je dois recommander un navigateur a quelqu’un qui cherche a maitriser ce qu’il utilise, je parlerais de firefox. Si je dois recommander un navigateur peu sur, et peu evolutif, je parlerai d’Internet explorer ...


      • Kalki Kalki 11 septembre 2008 14:33

        Point de vue technologique, encore des idées innovante et dans le bon sens.

        L’innovation technologique est bonne.

        Google en est le chef d’oeuvre, mais google est une entreprise.

        Et quand ce qui est affiché ne seras plus, quand les choses chez google aura changé, il auront beaucoup de carte en main.

        Don’t Be Evil ?
        « Le coup le plus rusé que le diable ait réussi, c’est de convaincre tout le monde qu’il n’existe pas... Et d’un coup... Il s’envole ! »

        "La confiance, d’accord, mais c’est quand même ce qui fait les cocus. "

        "A qui peut-on faire confiance dès qu’il s’agit d’argent ?"

        "
        				 Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu’on lui fasse confiance."


        • Adolph Morice 11 septembre 2008 14:36

          Personne n’oblige à passer à chrome, ni à utiliser les services de google.

          Ou est donc le probleme ?


          • Kalki Kalki 11 septembre 2008 14:42

            Personne n’oblige personne dans notre monde.

            C’est bien connu

            ... ... ...


          • Kalki Kalki 11 septembre 2008 15:31

            http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/internet/d/en-bref-google-va-connecter-trois-milliards-de-personnes-a-internet_16644/

            En bref : Google va connecter trois milliards de personnes à Internet
            Avec 16 satellites, déjà commandés à Thales Alenia Space, un programme en partie financé par Google devrait en 2010 assurer la connexion des trois « autres » milliards de personnes vivant dans l’hémisphère sud.


          • Reflex Reflex 11 septembre 2008 18:25

            Merci, Bartux, pour l’excellente compilation de tout ce que l’on avait pu lire tant sur le net que dans la presse sur "Chrome" et les visées de Google. Il est d’ailleurs peu courant qu’une marque "Google" donne naissance aussi rapidement à un verbe et d’autres mots français, surtout lorsqu’elle provient des States.
            Ton analyse est particulièrement pertinente lorsque tu rappelles à chacun que les données ont une valeur. Certains, c’est le modèle Wikipedia, les partagent sans contreparties, d’autres, via Knol, entendent les faire rémunérer selon le modèle Google.
            En résumé, le monde de l’internet est très loin encore de nous avoir dévoilé l’ensemble de son potentiel. Autant le savoir avant de verser dans l’angélisme ou la paranoïa.


            • Scaevola 12 septembre 2008 08:54

              y aura-t-il des add-ons ? En particulier je pense à l’indispensable adblockplus dont le but est d’éviter la plupart des panneaux publiciaires qui voudraient faire ressembler certains sites à l’entrée de nos villes.


              • Diogene 12 septembre 2008 10:20

                Vous connaissez tous l’histoire de ce grand homme d’état qui a tant fait pour son peuple, il a installé une sécurité sociale, il a pratiquement resolu le probleme du chomage, il a sorti son pays d’une crise effroyable, il a arrété une inflation apocalyptique, il a relancé l’industrie, il a dévellopé un reseau d’autoroutes unique au monde, etc.......

                Vous l’avez reconnu.

                La conclusion est : Qu’est-ce qu’on peut dire comme conneries en ne disant que des vérités !!!

                C’est le cas de notre auteur.

                Comme beaucoup il n’a rien compris a Google, il essaie d’analyser le phénomene comme un universitaire, c’est a dire a l’aide d’un background de savoir transmis par une institution.

                Or Google est hors du champ de la connaissance officielle, c’est une idée nouvelle non encore analysée, doctrinisée, enseignée. Et vouloir la mesurer avec le petit mètre qu’il a dans la poche est tout simplement impossible. (Vous ne pouvez pas vous payer un ingenieur Google comme vous n’avez qu’a prendre sur l’etagere un ingenieur Oracle. Il n’y a pas(encore)(et pour au moins 10 ans) d’Unité de Valeur Google)

                Mais supposons que j’accepte toutes les vérités qu’il a accumulées, vais je m’écarter de Google ???

                Certainement pas.

                Parce que toutes les solutions alternatives sont pires !!

                Reprenez tous ses arguments et appliquez les, -au hasard- à Microsoft qui met des mouchards dans tous ses logiciels (et vous n’avez encore rien vu, attendez la SP3 d’XP)

                Ben, a choisir mon exclavageur, je prefere celui dont le code est **public**

                Depuis qu’il existe, Google a amené la révolution dans tous les domaines qu’il a abordé, et cette revolution m’a été toujours favorable.

                Donc Vive Google.. et laissons les jaloux a leurs fantasmes.




                • Kalki Kalki 12 septembre 2008 10:31

                  Libre a vous de croire qu’une enttreprise innovante, avec une communication institutionnelle novatrice, et apparemment fondé sur l’humanité
                  et une entreprise pas comme les autre.

                  Libre a vous de croire en ce que vous voulez, d’avoir vos propre illusion et peut etre en avant tous.

                  Le fait est que le concentration de pouvoir et dépendance, pose et posera des questions de subordinnation.

                  tout le monde est il bien intentionné, toujours question de point de vue .

                  Une entité ne peut etre amené a agir de certaine maniere pour survivre ?

                  Si google avait aussi pour politique que google serait pret a disparaitre au lieu de "Mal agir" alors peut etre nous pourrions le faire plus confiance.

                  Mais tout ceci reste des mots, images, logos.


                • tropsnozbart tropsnozbart 12 septembre 2008 10:54

                  Vous racontez n’importe quoi :)


                • tropsnozbart tropsnozbart 12 septembre 2008 10:56

                  Heu je parle à Diogene évidemment, pas à l’auteur de l’article.

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