Comment calculer la probabilité d'un accident nucléaire majeur ?
Je me suis frotté à cette question, des mathématiciens l'ont examinée avec leurs outils, mais une autre approche peut être tentée.
Dans tous les cas les résultats devraient nous inciter à réfléchir en profondeur sur les dangers que nous jugerions raisonnable - ou non - d'affronter.
Dans « Probabilité d'accident nucléaire majeur : du calcul à la réalité... », en me basant sur des faits constatés je ramenais la probabilité d'un accident nucléaire majeur (fusion du cœur d'un réacteur) de une fois tous les 20 000 ans (tel que les spécialistes du nucléaire l'affichaient) à une fois tous les 3 000 à 4 000 ans.
Depuis nous avons appris que les cœurs de trois réacteur ont fondu à Fukushima, ce qui fait passer cet intervalle statistique aux alentours de 2 500 ans.
Ces chiffres demeurent difficiles à interpréter et la leçon essentielle que nous pouvions en tirer était qu'un accident nucléaire de grande ampleur était infiniment plus probable que ce que l'on nous annonçait.
Quelques temps plus tard Bernard Laponche et Benjamin Dessus publiaient « Accident nucléaire : une certitude statistique » (sur Libération ) dans lequel ils avançaient que « la probabilité d’occurrence d’un accident majeur sur ces parcs serait donc de 50% pour la France et de plus de 100% pour l’Union européenne ».
Cet article n'est pas passé inaperçu et a été examiné Etienne Ghys (Directeur de recherche CNRS, École Normale Supérieure de Lyon) et par Claudine Schwartz, responsable du site http://www.statistix.fr/, des personnes probablement beaucoup plus qualifiées que je ne le suis pour évaluer le type de probabilité dont il est question.
Dans « A propos d’une probabilité supérieure à 1 d’avoir un accident nucléaire majeur. » Claudine Schwartz analyse la proposition de calcul faite par Etienne Ghys qui écrit « La probabilité qu’il y ait un accident majeur en Europe dans les 30 prochaines années est donc de 72%. … 72%, ce n’est pas une certitude. Mais c’est quand même une probabilité sérieuse. Sommes-nous prêts à prendre un tel risque ? ».
Claudine Schwartz effectue un calcul différent de celui d'Etienne Ghys et parvient à une probabilité de 0,45 d'accident majeur en Europe (143 réacteurs) sur 30 ans.
Elle conclut : « On peut se faire peur ou se rassurer avec des probabilités, mais penser le risque nucléaire ne relève quand même pas essentiellement d’un calcul de probabilités, car quel serait le seuil en dessous duquel la probabilité d’un accident majeur serait acceptable ? ».
Ces différentes approches nous montrent la difficulté d'effectuer un calcul de probabilités, on y voit que diverses solutions peuvent être proposées selon des raisonnements différents prenant ou non en compte certains paramètres.
Finalement leur conclusions demeurent extrêmement proches et contredisent de façon flagrante les prospectives des promoteurs du nucléaire (probabilité d'un accident nucléaire majeur si faible qu'elle en serait négligeable).
Examinons maintenant cela sous un angle différent.
Il y a aujourd'hui deux « zones interdites » importantes imputables à des accidents nucléaires civils : Tchernobyl et Fukushima (nous passerons sous silence l'accident de Maïak dans l'URSS de 1959, qui relève plutôt d'une activité militaire mais avait entraîné une pollution très grave par des radio-éléments).
Pour Tchernobyl un cercle de 60 km de diamètre, pour Fukushima une zone de 20 km de rayon (sans certitude que ce périmètre ne devrait pas être assez largement étendu) sont désormais des territoires interdits, ceci sans compter les extensions marines de la pollution pour ce qui concerne la centrale japonaise.
Les cœurs de trois réacteurs sont entrés en fusion à Fukushima et plusieurs piscines de refroidissement des combustibles ont été gravement endommagées.
Combien exactement de ces réacteurs et de ces piscines ont relâché, et relâchent encore probablement (« Fukushima : It's much worse than you think »), des radio-éléments dans l'atmosphère ?
Sommes-nous même certains que nous pourrons le savoir un jour ?
Nous pouvons envisager l'étendue des zones interdites selon ce que l'on mesure sur le terrain mais nous pouvons aussi, du fait que 3 ensembles réacteur / piscine sont concernés, attribuer à chacun de ces réacteurs une zone de dévastation équivalente à celle qui existe aujourd'hui.
Les zones de pollution de chacun de ces trois réacteurs se confondent mais s'ils avaient été éloignés les uns des autres de 30 km et identiquement affectés par le tsunami et le tremblement de terre (les deux semblent être en cause dans les dégâts infligés aux centrales et ces événements ont affecté une vaste portion de côte), ces zones se juxtaposeraient (on en revient ici au type de calcul effectué jusqu'à maintenant sur la probabilité de fusion d'un cœur tous les 20 000 ans, avec « individualisation » du risque).
On peut donc envisager deux calculs, l'un considérant une globalité, l'autre attribuant une zone de dévastation équivalente à chaque réacteur ce qui nous donne un total, en ajoutant Tchernobyl, de 2 ou de 4 zones interdites.
Il semble que le premier réacteur civil au monde ait été connecté au réseau en 1954, ce qui nous donnerait presque 60 années de de production électrique, mais avec pendant longtemps un parc extrêmement restreint, et l'on retient généralement aujourd'hui une durée de 31 ans pour un parc de 450 réacteurs cumulant une durée de fonctionnement d'environ 14 000 ans.
Premier calcul : une durée de 60 ans et 2 zones interdites nous donne une dévastation tous les 30 ans.

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