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Le virus de la grippe espagnole de 1918 ressuscité par des scientifiques américains

Le Dr. Terrence Tumpey, microbiologiste pour le National Center for Infectious Disease, examine des spécimens du virus de la grippe de 1918 - un virus qui aurait été reconstruit dans l’espoir de combattre de nouvelles pandémies d’influenza.

Lorsque Terrence Tumpey pénétra dans le laboratoire et jeta un coup d’oeil aux souris mortes, il comprit soudainement la signification de ce que les scientifiques étaient en train d’accomplir.

Quelques jours auparavant, Trumpey avait infecté les souris avec des gènes du virus de la grippe de 1918. Le virus aurait tué entre 40 et 50 millions dans la pire épidémie jamais enregistrée dans l’histoire humaine, puis aurait disparu.

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Pendant des années, les scientifiques auraient tenté de déchiffrer le code génétique du virus provenant d’échantillons de poumons prélevés sur des victimes du virus.

En 2001, ils avaient déjà réussi à identifier deux des six segments génétiques du virus et désiraient en tester l’effet sur des souris. Il n’y avait aucune erreur sur le résultat.

"Ça m’a fait froid dans le dos de réaliser que j’avais la possession de ce virus mortel", déclare Tumpey. "Je n’avais pas le code génétique complet, mais j’en avais des fragments".

Le virus ressuscité

En octobre, Tumpey et son équipe de recherche, dirigée par le Dr. Jeffery Taubenberger de l’Armed Forces Institute of Pathology, auraient annoncé qu’ils avaient réussi un tour de force remarquable. Non seulement ils auraient découvert le code génétique complet du virus, mais ils l’auraient ressuscité dans un laboratoire à haute sécurité dans les bureaux du Centre for Disease Control à Atlanta.

Le virus qui avait balayé le globe, infectant plus du quart de la population mondiale, était de retour sur terre.

Les scientifiques espèrent utiliser le virus afin de découvrir comment prévenir de nouvelles pandémies, ou au moins réduire l’effet de la dévastation.

Dans le meilleur des cas, les découvertes scientifiques viendraient à temps afin de combattre l’épidémie de grippe aviaire qui se propage à travers l’Asie et des parties de l’Europe.

Les scientifiques sont préoccupés par la possibilité que le virus de la grippe aviaire mute et se mette à être facilement transmissible entre humains, ce qui pourrait aboutir à une pandémie similaire à celle observée en 1918.

Les chercheurs déclarent déjà avoir des indices des raisons expliquant la propagation rapide du virus de 1918 et ce qui le rendit si mortel, même si certains aspects ne sont pas encore clairs.

Préoccupations sur la sécurité

Même s’ils applaudissent les intentions des chercheurs, les opposants mettent en question l’idée de ramener le virus à la vie. Ils craignent qu’il puisse être libéré accidentellement ou intentionnellement dans la population.

"Cela pourrait arriver si un employé perturbé du laboratoire le disperse", déclare Richard Ebright, un professeur de chimie à l’Université Rutgers.

"Effectivement, ceci pourrait arriver si quelqu’un de malfaisant suivait les procédures de la littérature scientifique, reconstruisait le virus entièrement et le relâchait. Il est important de se rappeler que le virus a tué environ 1 % de la population mondiale."

Les scientifiques affirment avoir imposé des mesures de sécurité très strictes et déclarent que le sauvetage potentiel des vies vaut le risque encouru.

"Le virus de 1918 est apparu comme une épidémie naturelle, et nous avons besoin de comprendre pourquoi il s’est comporté de cette manière si nous désirons prévenir une autre pandémie", déclare Taubenberger.

Coût inimaginable

Il pourrait être difficile pour les citoyens des temps modernes, habitués aux grippes saisonnières, de comprendre la dévastation causée par le virus de 1918.

Tellement de gens sont morts, incluant 675 000 Américains, qu’il a baissé l’espérance de vie moyenne aux États-Unis de plus de 10 ans.

Contrairement à la grippe saisonnière qui frappe plus durement les personnes âgées et les jeunes enfants, le virus de 1918 fut particulièrement mortel pour les jeunes adultes, en bonne santé, âgés de 15 à 34 ans.

La pandémie a effectivement déchiré le tissu social des États-Unis, débordant les hôpitaux, morgues et services de santé.

Dans la baie Est, Concord aurait effectivement fermé les saloons et les commerces, empêchant les gens d’entrer s’ils ne portaient pas de masques.

Oakland aurait mis sur pied une force de police spéciale de 300 officiers visant à s’assurer que les résidents portent leurs masques. Les officiels de Livermore auraient fermé les écoles et découragé la tenue de services dans les églises afin de réduire la propagation du virus.

Origines uniques

Une des plus surprenantes découvertes dans le processus de ressuscitation du virus est que le virus de 1918 avait une origine différente des autres virus ayant récemment causé des pandémies.

Une pandémie - ou épidémie à l’échelle mondiale - survient lorsque naît une nouvelle souche de grippe tellement différente des précédentes que les gens n’ont pas d’immunité contre elle.

De plus petites pandémies auraient frappé en 1957, tuant deux millions de gens et en 1968, en tuant un million.

Dans les deux cas, une souche de grippe humaine aurait acquis quelques gènes d’un virus de grippe aviaire. La souche combinant les deux génomes aurait créé la pandémie, déclare M. Taubenberger.

Ceci n’aurait pas été le cas en 1918. "Nous croyons que ceci était un virus de type aviaire qui se serait transmis directement aux humains sans mélange avec des souches humaines", rajoute M. Taubenberger.

"Les pandémies peuvent donc se produire de plus d’une manière, et ceci est très important lorsque vient le temps de se préparer".

En étudiant ce qui a rendu le virus de 1918 si mortel, les scientifiques suspectent maintenant deux gènes - les gènes haemagglutinin et polymérase.

Ils ont également noté que le virus de 1918 semblait attaquer des régions plus profondes du tissu pulmonaire que le virus qui est répandu maintenant.

Comportement inhabituel

Une des raisons pour laquelle le virus de 1918 fut si mortel est qu’il créait une réponse immunitaire excessivement agressive. Les composés relâchés par les globules blancs en réponse à l’infection pourraient être à la base d’une bonne proportion du dommage subi par les tissus pulmonaires, déclare Taubenberger. Il y a des indices que la souche de grippe aviaire actuelle agisse de manière similaire.

"Ceci pourrait nous donner un nouvel indice sur la raison expliquant pourquoi certains virus de la grippe sont très virulents, et pourrait mener à la conception de médicaments adaptés, par lesquels nous pourrions réduire la réponse immunitaire", déclare Taubenberger.

Dès que le virus fut ressuscité par les scientifiques, les officiels américains l’ajoutèrent à la liste d’agents toxiques du département de la santé, qui inclut la variole et l’ébola.

Contrôles stricts

Quiconque désire travailler sur de tels agents biologiques doit s’enregistrer auprès du gouvernement américain et passer une étude de dossier.

Tumpey est à l’heure actuelle la seule personne au monde qui travaille avec des spécimens complètement reconstitués de virus de la grippe de 1918.

Afin de pénétrer dans le laboratoire de haute sécurité, il doit utiliser une clé magnétique et utiliser un lecteur biométrique qui lit les empreintes digitales.

Une fois dans le laboratoire, il doit placer un oeil devant un scanner d’iris. Uniquement à ce moment il peut déverrouiller le congélateur dans lequel le virus est conservé.

Afin de se protéger lorsqu’il travaille avec le virus, Tumpey prend le médicament antiviral Tamiflu et surveille sa température corporelle.

Des opposants tels que Ebright croient que les officiels devraient imposer des mesures de sécurité encore plus strictes.

Ebright affirme que les scientifiques ne devraient travailler avec le virus que dans une sécurité maximale, connue sous le nom de biosafety level 4. À l’heure actuelle, les scientifiques peuvent travailler avec le virus en utilisant le deuxième niveau de sécurité ou biosafety level 3-plus.

Le virus devrait être mis sur une liste restreinte à l’intérieur de la liste d’agents pathogènes, maintient Ebright. Ceci requerrait des approbations supplémentaires avant que quiconque ne l’utilise dans des expériences.

M. Ebright note que 15 000 chercheurs aux États-Unis seraient actuellement autorisés à travailler des agents sur la liste de pathogènes sérieux. Il mentionne également que le code génétique du virus est maintenant dans la littérature scientifique.

Tumpey et Taubenberger soulignent qu’avant de ressusciter le virus, ils ont obtenu l’approbation de nombreux comités, des directeurs du Centre for Disease Control et du National Institute of Allergy and Infectious Diseases.

Le virus se qualifie pour le niveau de sécurité biologique trois-plus, étant donné que des expériences ont montré que les médicaments antiviraux actuels réduisaient la sévérité des symptômes auprès des rats de laboratoire.

Génome affaibli

Les recherches auraient également démontré que les vaccins actuels contre la grippe fournissaient une protection contre le virus. Ils croient que les virus de la grippe qui circulent de nos jours sont des formes hautement mutées du virus de 1918.

Même les opposants croient que s’il était relâché dans la population aujourd’hui, le virus de 1918 ne causerait probablement pas la dévastation qu’il a causée il y a de nombreuses décennies. Cependant, il serait quand même beaucoup plus mortel que la grippe saisonnière, et personne ne désire être présent si une telle pandémie survenait.

Tumpey affirme qu’il état nécessaire de recréer le virus plutôt que de simplement déterminer son code génétique, à cause du fait que la séquence génétique seule ne révèle pas ce qui l’a rendu si mortel.

De nombreux experts de la grippe espèrent que le virus recréé jettera un éclairage différent sur la maladie et conduira à de nouvelles stratégies et médicaments pouvant prévenir des épidémies.

"Sans le virus de 1918 comme guide, nous n’aurions aucune idée des mutations qui sont importantes dans la transmission entre les espèces animales et l’humain, ou des mutations qui pourraient être responsables de la maladie", déclare Taubenberger.

"Nous avions réellement besoin de la séquence du virus avant de pouvoir entreprendre toute recherche avancée sur le virus de la grippe".

Inspiré de l’article suivant : kansascity.com - 28 Mar. 2006 (Lien)
Source de l’image : kansascity.com

- = Note =-

Devrions-nous être préoccupés par le fait que les recherches soient faites en collaboration avec l’armée ?


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2 réactions à cet article    


  • Jojo (---.---.158.64) 4 avril 2006 12:30

    On travaille bien actuellement sur le virus variolique, qui est encore plus dangereux d’autant que moins en moins de personnes sont vaccinées. Et je ne suis pas sur que les mesures de sécurité soient aussi grandes, car le virus est présent dans des labos de 40 pays à travers le monde.


    • gem (---.---.117.249) 24 avril 2006 12:43

      C’est marrant, le texte contient des formes typiquement anglophones. Mais ça reste une bonne traduction, et l’auteur a pris la peine de mentioner la source, ce qui mérite les félicitations du jury.

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