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Les droits d’auteur sont cuits

Hadopi ou licence globale, il se pourrait bien que rien ne puisse sauver les droits d’auteur. D’abord parce que leur légitimité est douteuse, ensuite parce que les données monétaires sont moins rapides que les données numériques.

La loi Création et Internet, dite loi Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet ou « Hadopi ») présente des défauts majeurs, à commencer par son inapplicabilité. Mais j’observe que les droits de l’auteur sont moins contestés que ceux des éditeurs et distributeurs.

Que les distributeurs soient balayés, c’est effectivement d’une stricte logique de marché qui ne peut que réunir les libéraux et les autres, ils ne servent à rien dans l’univers numérique. Il faut être un peu fou pour défendre une industrie obsolète sans utilité sociale, même si l’on voit pourtant de puissants lobbies convaincre les représentants de la nation que la culture est une industrie avant d’être une richesse immatérielle. Et l’on a compris l’astuce depuis quelque temps : se réfugier derrière la légitimité de la rémunération des auteurs.

La légitimité de rémunérer l’auteur est admise notamment par les défenseurs de la licence globale. En réalité, nous n’avons pas de réels moyens d’administration publique de protéger les droits d’auteur. Protéger et graduer la rémunération posent de multiples problèmes qui nous ramènent peu ou prou au bureau de censure de l’Ancien Régime . Ce qui est en question, c’est le moyen de subsistance du créateur et tout le monde semble à peu près d’accord sur la nécessité de préserver cet héritage des Lumières qui accorde des droits aux auteurs. Mais pas moi.

Je doute que nous ayons un intérêt public quelconque à défendre des droits au bénéfice des auteurs pour protéger la création. Pour une raison simple, la création littéraire, scientifique ou intellectuelle en général est constatée, mais on ne sait à peu près rien définir sur les conditions de la création. Les droits d’auteur sont une rente, ce qui tout à fait différent de la protection des travailleurs qui consacrent un temps mesurable et une compétence identifiée à leur oeuvre.

L’homme à grande barbe, le penseur républicain, tel Victor Hugo qui raconte le siècle et fabrique l’Histoire dans une oeuvre personnelle, individuelle et universelle, c’est l’image mythique des grands auteurs : en fait, le triomphe de l’individualisme, version culturelle. La notion même d’auteur pose maintenant problème, elle repose sur une anthropologie humaniste dépassée. D’une part, depuis le XVIème siècle, l’Occident a libéré les individus des autorités tutélaires, en commençant par celles des interprètes de la Bible. Aujourd’hui, d’autre part, la création est souvent dans l’insertion d’oeuvres ou d’ouvrages collectifs, que ce soit dans le domaine de la recherche scientifique, pour la rédaction des encyclopédies en ligne du XXIème siècle, et dans bien d’autres domaines encore... Il faut tourner la page du mythe.

Avec le blog et le wiki, nous sommes en train de contester radicalement le caractère individuel de la création intellectuelle. Le grand changement qui fait lentement son chemin, c’est la reconnaissance du caractère collectif de la culture. Au moment où le discours libéral triomphe, le mouvement d’individuation continu depuis plusieurs siècles est peut être en train de se tarir ou même de se renverser : avec un brin d’humour et de provocation, je propose de constater la fin de l’Histoire avec la victoire du collectivisme 20 ans après la chute du mur de Berlin. L’imaginaire de chacun devient, dans un cadre collaboratif qui s’étend, un produit social individualisé. Le grand auteur, défini comme cause principale et suffisante de la chose pensée, on en rêvé mais c’est de la rigolade. Le développement de la collaboration place la culture dans un cadre social et la création individuelle devient une interprétation qui donne le sens individuel à une matière collective. Cela ne veut pas dire que toutes les interprétations se valent.

L’écrit en particulier devient plus collectif et plus mobile, il n’est plus « inscrit dans le marbre » pour l’éternité. Facile à manier et à partager, les signes écrits sont moins fixes, donc plus négociables. Autrefois la fabrication était privée avant la diffusion publique, cette séparation n’existe plus, Internet est un espace public. En conséquence, l’écrit ne peut plus porter l’autorité, il appartient désormais aux interprètes producteurs de texte.

J’invite donc à douter de la légitimité des droits d’auteur. Mais les droits d’auteur, et plus largement la propriété intellectuelle, me paraissent dans une impasse pour une raison objective tout à fait différente et incontournable, je veux parler de la vitesse de transmission. En dehors des diseuses de bonne aventure, il a toujours été impossible de vendre de la parole. L’écrit, l’image ou le son sont commercialisés sous réserve d’être matérialisés par un objet, le livre, le disque ou le DVD. La monnaie est un médiateur plus universel, plus rapide et plus échangeable que n’importe quelle marchandise, la liquidité est sa vertu essentielle. Or, avec les techniques numériques de l’information, la monnaie est soit réduite aux signes informationnels monétaires, mais cela pose un problème de confiance et la crise interbancaire mondiale actuelle n’est pas sans rapport avec cette question, soit elle est plus lente et donc moins liquide que l’information. En clair, avec les outils numériques, on perd beaucoup de temps à monétariser des informations plus fluides que le fric. Une marchandise plus rapide que l’argent, ce n’est plus une marchandise, cela ne fonctionne plus. Alors les droits d’auteur prennent l’allure d’octrois médiévaux.

On parle de one to one et b to b dans l’internet. En fait, le vieux modèle du livre et des médias c’était one to every, ça c’était la Voix de son maître, l’ORTF, de Gaulle et Peyrefitte. Avec Bouygues, Sarkozy et quelques autres on est dans le one to any. Le problème, c’est qu’internet pousse vers le any to any qui est aussi un many to many si l’on veut être plus optimiste. Le peer to peer montre tous les jours qu’il est bien le système de diffusion le plus efficace et le moins contrôlable. Objectivement, les droits d’auteur sont cuits. Où est le problème ? Je ne crois pas une seconde que cela diminuera la créativité, c’est en revanche notre perception de la création qui doit faire l’objet d’une révolution. Ah si, le vrai problème c’est que derrière les droits d’auteur il y a de vraies questions financières sur la propriété intellectuelle qui portent sur les brevets, la contrefaçon et tout un arsenal juridique beaucoup moins ouvert à la propagande publique. La révolution est souvent portée par des intérêts et les asiatiques savent que cet arsenal juridique se fait contre eux, ils seront sans pitié.

Ce texte est une interprétation de Céline Ertalif, issue d’échanges avec notamment Forest Ent, Florentin Piffard, Philippe Aigrain et Marc Bruxman. Il a été produit gratuitement. Il y a au moins 3 pseudos sur 5. L’identification des auteurs restera peut être comme un loisir sur quelques forums de philologues avertis.

par Céline Ertalif mercredi 18 mars 2009 - 70 réactions
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  • Par Mougeon (xxx.xxx.xxx.140) 18 mars 2009 11:23
    Mougeon

    Les droits d’auteurs devraient durer maximum 10 ans après la création de l’oeuvre, et ensuite tomber dans le domaine publique.
    10 ans laissent largement de temps au créateur d’être rémunéré pour le fruit de son travail, et largement le temps pour créer d’autres oeuvres.

    Dans la situation actuelle, on asssiste à des situations comme celle de Patrick Hernadez qui n’a plus besoin de créer d’autres "oeuvres", une chansonnette lui suffit pour en vivre très correctement sa vie durant, et ses enfants en profiteront encore pendant 70 ans à près sa mort.

    Dans ce monde il est préférable d’être chanteur que chercheur. !

  • Par survol (xxx.xxx.xxx.46) 18 mars 2009 14:26

    Mon loisir étant la photographie, ça me déplait déjà fortement de devoir payer ma dime à la sacem parce que je mets mes photos sur mon disque dur, que j’utilise des cartes mémoires, que je les sauvegarde sur CDs, que j’en donne une copie. Alors les taxes (sur les supports) pour engraisser des particuliers qui ne font rien pour moi, ça va bien.
    Autant je suis ravi de payer des impôts pour améliorer l’école, la santé, les infrastructure, autant payer des impôts pour nourrir une industrie particulière telle que celle-ci me révolte.

    Pour info, je ne copie pas de musique des ayant droits Sacem sur CD vue les bouses qui sont produites aujourd’hui. Je trouve aussi particulièrement indécents les artistes qui sont content de toucher leurs revenus SACEM mais préfèrent aller les dépenser en Suisse.

  • Par Céline Ertalif (xxx.xxx.xxx.238) 18 mars 2009 12:06
    Céline Ertalif

    @ Sisyphe

    Vos commentaires sont violents, et je ne vois pas ce qui justifie cette violence si ce n’est, peut être, que je propose des éléments de réflexion un peu iconoclastes.

    Je ne prétends pas que la suppression des droits d’auteur soit une bonne chose. Il y a une différence entre ce que l’on croit être l’analyse juste ou pertinente et ce que l’on pense être le bien pour la société. Je voudrais que vous fassiez l’effort de prendre ce petit recul avant de parler "amalgame foireux de contre-vérités, de niaiseries, et de propositions imbéciles, contre-productives, et malhonnêtes". Excusez du peu.

    Aurais-je illustré aujourd’hui l’article d’hier de Philippe Bilger sur la place de la provocation dans notre société ?

  • Par Rage (xxx.xxx.xxx.129) 18 mars 2009 17:52
    Rage

    Pour l’idée des 10 ans : tiens, enfin une autre personne qui évoque l’idée...

    Pour la taxe comme sur les cassettes, les VHS etc... cela existe déjà sur les CD et DVD.
    Cela existe aussi pour tous les lecteurs MP3 (cf TVA) etc...

    La solution n’est pas toujours la taxe, mais aussi parfois le cadrage des ressources.
    Les "artistes" et tout ce monde là gagnent beaucoup trop : cela n’a pas de sens.

    Autrefois on devait raquer 130F pour se payer 1 à 2 zics qui plaisaient.
    Maintenant on DL ce qui nous intéresse, voir on achète si on le souhaite : c’est une liberté correctrice d’excès du passe dirons-nous.... Au majors de s’adapter et de proposer autre chose.

    Le coup de la larme à l’oeil pour ces pauvres artistes qu’il faut payer : c’est surtout un prétexte pour arroser tout le monde qui gravite autour... ce qui n’empêche pas de mal payer les intermittents du spectable par exemple...

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