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Les maths, hantise des Français

J’ai regardé un jeu télévisé aujourd’hui. Je ne dirai pas lequel, mais de cette expérience comme d’un tas d’autres de la vie quotidienne, il m’est apparu une vérité première : le Français moyen est une véritable nullité en maths.

La mésaventure arrivée à Xavier Darcos sur le plateau du Grand Journal semble malheureusement un symptôme des temps. Le ministre de l’Education nationale, incapable de faire une règle de trois. La journaliste, obligée de lire son papier pour expliquer la solution. Et tous ces beaux esprits vertueux de s’exclamer dans un chœur : « bouuuhhh le mauvais, il ne sait pas faire la règle de trois ! »

Hé ben oui. C’est officiel, le ministre de l’Education nationale, à qui on ne peut pourtant pas reprocher d’être un abruti total ou de ne pas avoir poussé assez loin ses études, est une buse en maths. Et, finalement, quand on repense un peu à nos expériences quotidiennes, le jour se fait et ça n’a plus rien de surprenant. Alarmant, sûrement. Mais surprenant, non.

Allez, faites un effort et pensez un peu à ce qu’on voit tous les jours. Pour moi, c’est très simple, ça m’est encore arrivé hier, dans une agence immobilière : j’avais deux factures de 500 et 474,75 euros, et je n’ai fait qu’un seul chèque pour les deux. Mon interlocutrice, après avoir contemplé le montant d’un air dubitatif, a sorti sa calculatrice pour vérifier que je ne m’étais pas trompé dans mon addition. Quand on y réfléchit, même deux secondes, cela revient à demander à une machine si 5 et 4 font bien 9. Consternant.

Autre chose ? Les jeux télévisés, dont je parlais en introduction. Je reconnais qu’il est pour le moins présomptueux de juger du niveau d’une société dans son ensemble à l’aune de la télévision, mais pour l’exemple on va donner dans la facilité et passer outre. Parce que c’est une véritable manne : à chaque fois qu’on parle mathématiques, on a droit à la même rengaine, le présentateur qui sort son sourire pervers en annonçant le thème du questionnaire qui va suivre, puis le candidat qui glousse bêtement en annonçant (surprise !) qu’il est nul en maths. Et, pourtant, à voir le niveau des questions, pas de quoi paniquer : il ne s’agit toujours que de questions de culture générale ou des calculs dont l’idiotie n’a d’égale que celle des réponses fournies. Je pourrais en faire un florilège ici, mais on trouve ça sur n’importe quel site de perles digne de ce nom.

Pourquoi s’énerver sur ce thème en particulier, me direz-vous ? Des candidats aux jeux télévisés complètement nuls, il y en a partout et sur tous les thèmes. Certes. La différence notable avec les maths, c’est toujours cette indulgence du présentateur et du public dès lors que l’incompétence du candidat porte sur la question algébrique. Bah, il est nul en maths, comme nous tous, ce n’est pas bien grave. D’ailleurs, on rigole bien, avec la tête qu’il fait en voyant qu’il a un questionnaire de maths, on n’aimerait pas être à sa place… Oui, on reprochera toujours plus à quelqu’un de ne pas savoir qui était Lamartine que de ne pas savoir que la racine carrée de 49 est 7. Pourquoi ? C’est simple, on pardonne plus facilement une tare qui est répandue. Et quoi qu’on en dise, cette nullité autosatisfaite a quelque chose de choquant.

A qui la faute ? Au système d’enseignement, probablement. L’utilisation abusive des mathématiques théoriques comme tamis académique séparant le bon grain de l’ivraie a de quoi dégoûter n’importe qui. Ce à quoi on peut rétorquer que, d’un autre côté, la stérilité mathématique de certaines filières est parfaitement déprimante.

Alors quoi ? Trop de maths, pas assez ? Avant tout, c’est un changement de mentalité qui s’impose : les mathématiques de base (niveau collège), c’est utile pour tous les jours : savoir faire une addition simple de tête, calculer une surface ou un volume, connaître des rudiments de géométrie. Le reste (niveau lycée et supérieur), c’est un outil et une école de raisonnement et de méthode. Et, dans les deux cas, ce n’est pas un sujet devant lequel on glousse comme un idiot en déclarant candidement qu’on est nul, parce que pas plus qu’ailleurs ce n’est une gloire.

La redéfinition de la perception des mathématiques par les élèves : que voilà un bon sujet à mettre en place, M. Darcos… En espérant que ça, au moins, vous saurez le faire.

par La Courgette mardi 13 mai 2008 - 79 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 13 mai 2008 11:27
    Forest Ent

    L’enseignement "trop abstrait" des maths remonte à il y a 30 ans et n’existe presque plus. Mais les maths ont une une mauvaise image de marque, y compris chez les instits. Et la science a une image négative dans tout l’occident. A preuve le faible nombre de vocations dans le domaine.

    C’est sans doute lié à l’échec du scientisme et du positivisme, et du matérialisme en général, qui ont prétendu à partir du 19ème siècle que le progrès améliorerait l’homme. Nous en payons le contre-coup. La société écoute désormais plus volontiers les échecs que les succès.

    Ce mouvement est à son tour excessif et nous y avons perdu. Les maths restent une école irremplaçable de rigueur intellectuelle. A la place des technocrates qui savaient au moins compter, nous avons des histrions dont le seul talent est réthorique. Celle-ci a des limites bien plus courtes.

    Je prêche sans doute pour ma paroisse, mais elle est si désertée que ça ne devrait gêner personne...

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 13 mai 2008 11:09
    Voltaire

    IL n’existe pas d’éléments objectifs pour suggérer que les français sont plus "nuls" en maths que les autres. Les tests PISA (effectués sur des jeunes de 15 ans) montrent que la France se situe à un niveau légèrement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE sur ce sujet. En revanche, les Français (et surtout les françaises) souffrent d’un fort déficit de confiance par rapport à leurs compétences en mathématiques, qui a tendance à les inhiber. Dans un jeu télévisé, ce déficit de confiance fera perdre ses moyens à la plupart des français, tandis que sur un examen, au calme et avec un peu de temps, le français réussira au moins aussi bien que les autres.

    Reste que l’auteur a raison sur le problème plus général de l’objectif des mathématiques au primaire-collège (où l’on introduit souvent des notions trop abstraites, comme outil de sélection), et bien sûr où il faut aussi souligner la "paresse" qu’engendre l’utilisation précoce de la machine à calculer.

    En revanche, à haut niveau, l’école de mathématique française demeure l’une des meilleures au monde (voire la meilleure si l’on rapporte au nombre d’habitants), peut-être justement en raison d’un enseignement fondé sur des notions abstraites et logiques de façon précoce, et bien sûr de l’utilisation intensive comme outil de sélection des mathématique en classes préparatoires.

  • Par SciFi (xxx.xxx.xxx.34) 13 mai 2008 13:39
    SciFi

    Tirer une "vérité première" concernant la nation du comportement de quelques personnes vues lors d’un jeu télévisé, il faut le faire ! Ce type de conclusion a peu à voir avec la rigueur d’un raisonnement mathématique.

    C’était pourtant l’objet de votre article, non ?

    L’exemple des factures que vous présentez a pourtant de quoi faire bondir. Ce serait mieux de pouvoir se passer d’une calculatrice pour faire une opération aussi simple. C’est vrai que ce "savoir" se perd.

    Mais, à mon avis, l’enjeu des maths n’est pas là : l’acquisition du raisonnement mathématique est bien plus important que l’aptitude à effectuer des calculs mentaux. A la limite, ceux qui y verront une lacune plus tard, pourront toujours s’entraîner à cette discipline. Pour le raisonnement, la logique et la rigueur, mieux vaut qu’ils soient acquis au plus tôt : ce sont les outils qui permettent de mieux affronter les examens et la vie et pas seulement dans le domaine mathématique.

    D’accord avec le commentaire de Forest : aujourd’hui, on privilégie plus la forme que le fond, la rhétorique et le marketing, plutôt qu’un raisonnement correctement étayé.

     

  • Par Anto (xxx.xxx.xxx.10) 13 mai 2008 13:26

    J’ai fais prépa, et j’ai donc suivi un enseignement mathématique plutot poussé. Je peux vous dire que l’on peut manipuler des objets mathématiques très abstrait tout en étant plutot moyen en calcul mental.

    Les mathématiques sont avant tout un langage qui se veut le plus basique possible. L’arithmétique (élémentaire, cad l’étude des nombres) n’en est qu’une application .

    La maitrise de la regle de trois, et plus généralement, de toutes les opérations mathématiques simples, doit etre entretenue par une pratique régulière car si la logique peut etre innée, le calcul mental fait aussi intervenir la mémoire. Or entre les calculatrices, et surtout les ordinateurs, l’homme a créé des outils qui lui évite ce travail et qui minimise ses erreurs. C’est donc tout naturellement que le niveau global de hommes et pas seulement des francais régresse. C’est pareil dans plein d’autre domaines.

     

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