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Accueil du site > Actualités > Technologies > Möbius, le Web 2.0 et Darwin

Möbius, le Web 2.0 et Darwin

Le ruban de Möbius est une curiosité topologique : un ruban à une seule face et à un seul bord que les mathématiciens appellent une surface "non-orientable" (ce dernier vocable aura son importance, nous y reviendrons).

Le Web 2.0 est également (pour l’instant et pour certains) une curiosité technologique. Quant à Darwin, nous y viendrons plus tard. Le Web 2.0 marque le retour en force de l’utilisateur qui génère et s’approprie du (des) contenu(s), et ceci non plus dans un mouvement discontinu mais dans une dimension de synchronicité nouvelle. Adam Green sur son blog "Darwinian Web", pointe le fait suivant :

  • "L’explosion dont il est question concerne la bascule des contenus d’un site Web d’une internalité à une externalité. Au lieu qu’un site Web ne soit un "lieu" dans lequel les données "sont" et vers lequel d’autres sites "renvoient", un site Web sera une source de données qui seront elles-mêmes dans de nombreuses bases de données externes, dont celle de Google (GoogleBase). Pourquoi alors "aller" sur un site Web quand tout son contenu a déjà été absorbé et remixé dans un flux de données collectif (’collective datastream’)."

L’exemple type de cette explosion est - bien qu’il ne soit pas directement cité - le Web 2.0, avec ce parangon que constituent les pages d’accueil personnalisables du type de celle de Netvibes. Dans ces pages d’accueil, il n’est plus de contenu "interne" mais simplement une architecture informationnelle entièrement générée (et temporairement stabilisée, fixée numériquement) à partir de contenus informationnels tous externalisés (la météo de ma région piochée sur Yahoo, mon courrier électronique capté dans Gmail, les fils de presse extraits de mon aggrégateur, etc.). Le contenu s’efface derrière l’architecture. Le discours n’est plus ancré dans un dispositif (technologique) mais le dispositif ancre le discours. Il n’est plus "au service" mais "à l’origine" du discours. Il en devient la condition.

Ce changement de nature dans la forme, dans les modes d’aggrégation, dans l’intentionnalité et dans l’instanciation des contenus sur le Web, semble pouvoir être bien illustré par l’image du ruban à une seule face de Möbius.

Ce ruban illustre également une idée déjà très répandue dans la blogosphère anglo-saxonne ( ou encore ) et selon laquelle les développements du (Web 2.0 + Social software + RSS) nous emmèneraient vers un "troisième âge" de la navigation : après le browsing et le searching, voici venu le temps du subscribing. On ne navigue plus, on ne recherche plus, on s’abonne, on souscrit. Notons d’ailleurs que l’étymologie de ce dernier vocable est intéressante : souscrire, sub-scribere, littéralement écrire en dessous, à moins qu’il ne s’agisse d’écriture sous autorité : en agrégeant les discours écrits ou postés par d’autres, on est, de facto, placé sous une autorité qui n’est plus nôtre.

Car comment faire autrement que de souscrire à ces contenus qui ne sont plus inscrits  ? Möbius comme curiosité topologique. Le Web 2.0 et sa navigation comme curiosité discursive.

Pour autant, les activités de navigation et de recherche (browsing and searching) ne sont pas réduites à néant. Il est toujours certes possible de naviguer ou de rechercher dans des flux (RSS ou autres). Mais la navigation, vécue comme l’inscription subjectivée et orientée dans un corpus hyperlié, trouve ici un nouvel avatar. Browsing, searching, subscribing. Möbius 2.0. Reste Darwin. Il est "l’aboutissement" logique de cette "dérive", dérive des continents informationnels, dérive des contenus, dérive des inscriptions, des navigations et des générations documentaires. Car le ruban de Möbius est mathématiquement décrit comme surface non-orientable. Or l’orientation (quelle que soit sa modalité - naviguer, chercher, souscrire) est bien la clé de la transformation et de la tertiarisation des contenus documentaires et informationnels : ces cartes heuristiques (kartoo par exemple), ces cartes à l’échelle du territoire (Google Earth et d’autres), reconditionnent les logiques d’orientation individuelles et collectives prévalant jusqu’ici.

On s’oriente différemment sur la carte et sur le territoire. Or qu’advient-il lorsque la carte passe à l’échelle du territoire ? Ne sommes-nous pas, là encore, devant une nouvellle illustration de la figure de Möbius ? Révolution copernicienne en marche dans laquelle le Web, ses cartes, la représentation que nous en avons et les représentations qu’il offre de lui-même deviennent paradoxalement comme autant de surfaces non-orientables sur lesquelles les derniers points de repères sont issus d’un nouvel avatar du darwinisme documentaire, qui après avoir décrit des documents (primaires) dans d’autres (secondaires), transcende cette dichotomie et la subsume dans les nouvelles frontières de la tertiarisation documentaire aujourd’hui à l’oeuvre, une tertiarisation certes souscrite, mais qui demeure la seule qui permette encore d’orienter des contenus repérés (ou l’inverse). Möbius d’abord. Web 2.0 ensuite. Darwin enfin. A moins qu’il ne s’agisse de la même chose.

(Réflexion initialement inspirée par le lecture d’un billet de Lorcan Dempsey au titre programmatique : "Where is the Web ?")


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14 réactions à cet article    


  • (---.---.123.107) 13 avril 2006 10:16

    Faut-il être bac + 10 pour y comprendre quelque chose ?


    • Marsupilami (---.---.56.91) 13 avril 2006 10:57

      Ouaf !

      Pire que ça : attendons que Demian West réagisse à ce truc imbitable...

      Houba houba !


    • Olivier Ertzscheid 13 avril 2006 11:29

      Bjr Demian, Concernant Borges, il s’agit bien d’une économie et non d’une ignorance. Mais ce n’était pas l’objet de ce billet. En revanche une requête « carte et territoire » sur mon blog (www.affordance.info) vous convaincra (j’espère) que je m’efforce de prendre en compte l’oeuvre borgesienne dans cette perspective. Enfin, au risque de vous étonner, c’est en sciences « molles » et non « dures » que je bâti de bien modestes cathédrales smiley Cordialement


    • nantor (---.---.131.113) 13 avril 2006 16:48

      Putain, j’ai fait des maths, de la topologie, je lis des bouquins d’astro-physique, mais je pense pas avoir tout compris (mais j’ai compris un peu quand même ... quoique je suis pas complètement sûr).

      En tous cas, j’ai trouvé ça + compréhensible que ce qu’écrit le dément de l’ouest ... (keskisoule !!!)

      Ce Moebius là il est plus compréhensible et tellement plus beau.


      • (---.---.192.187) 13 avril 2006 19:46

        Hum, le fond de l’article est extrèmement intéressant et la réflexion sur la réelle topologie de l’internet (présent et futur) mérite d’être débattue...

        Mais bon dieu à quoi ça sert de noyer le poisson dans un language circonvolutionné à outrance avec des redites inutiles et des explications manquantes ??? Pour essayer de toucher une « élite » ? J’ai compris l’ensemble de votre écrit et j’y sousrcirai même plutôt sans cette débauche linguistique qui rend le message et la réflexion sous-jascente imbitables !

        Dommage une autre fois peut-être...


        • Jojo (---.---.149.211) 14 avril 2006 00:14

          Circonlocutionné ?


        • D.A. (---.---.118.33) 17 avril 2006 14:13

          Ben, si vous avez compris et que vous « souscrivez », essayez de nous le réecrire en clair au lieu de critiquer.


        • (---.---.162.15) 13 avril 2006 23:59

          Hé bien moi, je ne souscris même pas au peu que j’ai compris. Pourtant j’ai fait un gros effort en réussissant à lire toutes les phrases...

          Tout ce qui touche au « web 2.0 » m’apparaît fumeux.

          Am.


          • José (---.---.25.142) 14 avril 2006 09:19

            Article intéressant sur le fond, mais sur la forme, on peut dire que l’auteur a quelques soucis avec la « science » littéraire, et nous y reviendrons plus tard...


            • l1dit (---.---.54.30) 14 avril 2006 10:11

              La « science littéraire » la forme est jolie mais ce n’est qu’une chimère ; çà ne veut rien dire ou seulement avec moins d’agressivité : je n’ai pas tout compris à la première lecture et je vais prendre le temps de relire cet article ! Je ne commenterai pas le style de d.w ; c’est un « style » non pas de stulos : colonne (hé non ! mon cher d.w) mais de stilus : instrument composé d’une tige pointue. Cela fait une sacrée différence ! Lacan, qui lui aussi a emprunté cette figure de Moebuis, aurait pu vous en dire long là-dessus. Merci O.E., ce « raccourci » que constitue votre article est une orientation trés intéressante, parce qu’évidemment tout évolue et on voit là le mouvement important qui s’amorce. Le hasard de la présentation des articles a fait se cotoyer deux articles sur le NET ; il est intéressant de les relier car l’un parle des interdits et de leur contournement (transgression) par les Masters (Maîtres) et l’autre parle d’un modus auquel il faudrait « souscrire » ce qui laisse entendre que là aussi il y a quelque part, cachés, des MaÎtres.


              • Pasgran chose (---.---.218.193) 14 avril 2006 12:03

                Intéressant sur le plan théorique, cet article omet toutefois, AMHA, le coté technique (pratique ?) de la chose.

                Le nombre de pages web se compte en dizaines de milliards. Combien d’internautes peuvent se targuer de l’exploit de toutes les visiter ?

                L’utilisation commune de la toile est plus de type « quelques sites dans les favoris et moteur de recherche pour le ponctuel » que « je cours dans tous les sens et j’engrange »

                Les mentalités et métiers ont évolués dans le monde de l’informatique. Le concept principal d’un développement ne se fait plus autour des algorythmes, mais autour de l’utilisateur. Netvibes en est une conséquence. L’utilisateur veut avoir toutes ses informations sous la main quand il le souhaite sans être obligé de jongler entre différents sites ni être figé dans ses choix. Il veut aussi être informé rapidement (en temps réel) de toute nouvelle sur les sujets qu’il à choisi et c’est bien le but affiché des flux RSS.

                N’oubliez pas que la majeure partie des bases du Web 2.0 est issue du monde du logiciel libre et que celui-ci ne répond pas à une logique commerciale mais à des besoins non satisfait.

                La structure de base du web ne s’en trouvera pas changée, seul le confort d’utilisation en est amélioré.


                • pingouin perplexe (---.---.60.21) 15 avril 2006 17:44

                  Je comprends votre propos, et vois ici que la « topie » d’une topologie peut bien être teintée d’utopie. Pourquoi pas. Le ruban de Möbius a certainement ouvert à des analyses fort intéressantes. Le G.E.B de Hosfstadter constitue à ce propos un très beau cas d’école. J’ai trouvé, en consultant vos liens, un troublant « générateur de textes scientifiques ». Spontanément, je lui ai demandé de me « pondre » un texte, et il l’a fait ! On ne peut manquer de s’interroger à propos de l’impact sociologique de telles avancées techniques. Aussi, vous avez intégré Darwin à votre réflexion. Son apport à la compréhension de l’évolution est incontestable, mais la lecture de ses travaux a parfois connu des interprétations dont on se serait volontiers dispensé...

                  En définitive, quelle évolution ?

                  De mon point de vue, optimisme réfléchi et mesuré, et doute méthodique sont peut être à développer de manière solidaire.

                  Cordialement.


                  • pingouin perplexe (---.---.251.97) 16 avril 2006 11:22

                    Optimisme mesuré, car Darwin explique tout de meme assez bien que les petits pas de l’Homme ont tout de meme croisé quelques singeries.

                    Comme l’explique bien Gotlib, le fruit, tombant de l’arbre, et qui, en plus, était une pomme, allait à la rencontre d’un certain Newton.

                    Depuis ce temps, la science n’a cessé de nous éclairer.


                    • pingouin perplexe (---.---.254.203) 25 avril 2006 15:14

                      Chose curieuse, la bande de Möbius a beaucoup à voir avec la « jointure » entre signifiant et signifié. Ce « passe temps » était par exemple celui du « magicien d’OZ », que l’on peut bien trouver, en définitive, assez peu féérique. S’il y a du vrai dans cette topologie là, cela tient peut être au fait que l’on ne cesse de pondre du « n’oeuf ».

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