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Nano-bio-technologies, méga-business et macro-irresponsabilité

Développé dans une absence totale de débat public, tant au niveau national que local, le complexe scientifique Minatech de Grenoble, premier centre européen dédié aux nanotechnologies, et troisième au monde, a inauguré en juin 2007, un pôle "biotechnologies", qui n’accueille à ce jour que des entreprises liées majoritairement au biomédical, avec un usage apparemment confiné des organismes génétiquement manipulés.

Présenté comme un pôle d’innovations et une pépinière d’entreprises, avec le soutien de la région Rhône-Alpes et des pouvoirs publics locaux, gérée par Floralis, filiale de droit privé de l’université Joseph Fournier en charge de sa valorisation industrielle, la description de Biopolis sur le site de Minatech, entretient cependant de la manière la plus flagrante qui soit la malhonnêteté qui a régi à la mise en place de la loi OGM française, il y a quelques semaines :

Pour comprendre et soigner les maladies génétiques et neurologiques, pour trouver une alternative aux carburants fossiles, pour améliorer à la fois les rendements agricoles et la qualité des aliments (...), il fallait inventer un lieu qui facilite l’émergence de solutions.

Les OGM y sont en effet promus sans distinction aucune comme innovations au niveau de la médecine, de l’environnement, de l’agriculture et de la nutrition. Alors que les autorités européennes se targuent d’avoir mis en place une législation la plus rigoureuse au monde sur les organismes génétiquement modifiés, basée sur le principe du "cas par cas", l’absence totale de discernement concernant l’utilisation des organismes issus de la transgénèse et de réflexions sur leur légitimité ou non en fonction de leurs secteurs d’application et de leur mode de production et de diffusion (ou non) dans l’environnement, est ce qui caractérise leur développement.

L’idéologie globaliste et scientiste, sous-jacente à cette présentation du pôle d’innovation et commune aux défenseurs des OGM, est la promotion et la diffusion de toutes les applications de transgénèse dans tous les secteurs d’applications potentielles, et l’acceptation et l’imposition du non-confinement de ces technologies comme norme première, au mépris de tout principe réel de précaution. Les personnes défendant globalement les OGM ne défendent pas en fait la recherche fondamentale, ne défendent pas la médecine, ne défendent pas l’environnement, ne défendent pas les consommateurs, mais défendent une technologie issue de la manipulation de l’ADN recombinant, et ses applications sans restriction aucune dans toutes les branches d’activités possibles, et qui impliquent l’imposition légaliste de leur non-confinement.

L’imposition légaliste du non-confinement des OGM permise par l’occultation du débat sur leurs applications et qui s’accompagne de mesures répressives et de contraintes complètement nouvelles pour l’ensemble de la population tant pour les consommateurs-citoyens que pour les professionnels, fait partie de la stratégie des lobbies industriels auprès des organismes décisionnels et des pouvoirs politiques, qui laissent ces questions fondamentales se régler en fonction de critères non pas scientifiques, mais principalement économiques, par le biais par exemple, en France, du Conseil économique et social ou de la Commission des Affaires économiques, de l’Environnement et des Territoires. Les questions scientifiques ou éthiques ne viennent qu’en aval, quand les décisions d’accréditation de ces technologies, quels qu’en soient les secteurs d’activités ont déjà été prises, et ne concernent plus que leur mode de normalisation en prévision d’une législation satisfaisant un maximum les industriels pour favoriser l’ouverture des marchés dans un contexte de concurrence et de compétition internationale, et un minimum les consommateurs, citoyens et associations citoyennes afin d’étouffer la contestation, et de réguler les risques éventuels en protégeant à la fois l’Etat et les entreprises se lançant dans leur commercialisation.

La dialectique du risque énoncée par les pouvoirs publics est en effet celle du "risque avéré", ou du risque "en l’état actuel de nos connaissances" et de l’"action raisonnée et responsable", qui cache en fait l’idéologie d’une hiérarchie des valeurs, avec l’économique au sommet. En d’autres termes, dans une logique toute aquinienne, l’on ne "croit qu’à ce que l’on voit", et tout phénomène non observé n’existe pas et n’est donc pas pris en compte dans l’analyse du risque. Les scientifiques doutent, mais ne s’abstiennent pas. Comme le délai entre la mise au point d’une innovation et sa commercialisation s’effectue sur des échelles de temps très rapides pour des questions de rentabilité économique, aucun moyen n’est réellement mis en œuvre pour satisfaire les exigences d’études scientifiques rigoureuses et recoupées de l’impact des nouvelles technologies du nano ou du bio, sur l’environnement ou la santé. Dans ces conditions, moins l’on recherche d’effets négatifs, moins on en trouve. Et les conséquences à plus ou moins long terme de cette politique de laisser-aller en matière de diffusion de ces innovations en tant qu’objets de consommation courante sont volontairement écartées du débat public et des décisions relatives à leur commercialisation, pour faire perdurer le mythe du modèle économique basé sur la rapidité et le prêt-à-consommer, qui a déjà montré de sévères faiblesses en termes de sécurité environnementale et sanitaire par le passé.
par Anti-OGM.info (son site) mardi 24 juin 2008 - 62 réactions
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  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 24 juin 2008 15:06
    Voltaire

    La façon dont notre société diabolise ou accepte les nouvelles technologies est un sujet passionant.

    Il suffit par exemple de comparer la réaction face aux plantes OGM d’un côté, et au téléphone portable de l’autre.

    D’un point de vue strictement scientifique, ces thématiques sont largement comparables : issues de technologies développées dans les années 70-80, il existe dans les deux cas quelques rares études mises en avant qui suggèrent la possibilité d’un risque, sans que celui-ci soit quantifiable. Dans les deux cas, il n’existe aucun cas prouvé de personnes affectées par les OGM ou les téléphones portables, aucune étude épidémiologique indiquant un risque accru par leur utilisation, et même aucun fondement scientifique réel pouvant suggérer l’existance d’un risque, même chronique. Pour autant, l’impossibilité de conclure à une totale absence de risque, et l’existence d’études suggérant que, peut-être, dans certaiens conditions, il puisse y avoir un faible risque, suffit pour certains opposants à demander l’application d’un principe de précaution et leur interdiction.

    La réaction de la société vis à vis de cette demande est cependant diamétralement opposée : rejet pour les OGM, et acceptation pour le téléphone portable. Les raisons de cet impressionant décalage sont multiples :

    - la familiarité du produit tout d’abord : Pour le citoyen, le téléphone portable n’est que le prolongement du téléphone à fil, même si technologiquement il existe des différences immenses. En revanche, à part pour l’agriculteur averti ou le scientifique concerné, l’OGM est une chose plus abstraite, puisqu’il n’en a jamais vu et qu’il a en général une vision très idéalisée de l’agriculture telle que pratiquée dans nos pays. 

    - l’usage ensuite : le téléphone portable fait parti de la vie de tous les jours. S’en passer remettrait profondément en question le mode de vie de nombreux citoyens, même s’il ne s’agit pas là d’un objet essentiel. En revanche, l’OGM n’apporte au citoyen aucune valeur ajoutée évidente : les OGM existants sont conçus pour apporter une valeur ajoutée à l’agriculteur, pas au consommateur final.

    - le nationalisme économique : tandis que de nombreux téléphones portables sont conçus par des sociétés européennes, voire françaises, et que les opérateurs téléphoniques sont aussi franco-européens, les OGM sont actuellement produits en dehors de l’Europe, suite aux campagnes d’activistes dans nos pays. Lutter contre les OGM peut donc légitimement être inclus dans une perpective plus "politique" d’anti-américanisme.

    - le tabou du vivant : tandis que la technologie micro-électronique n’a jamais suscité au sein du grand public de réaction vives, tandis que toute technologie qui modifie en profondeur le vivant peut entrainer une réaction instinctive de méfiance. Il faut cependant moduler cette aspect : dès que l’objectif est de soigner l’être humain, le public est prêt à passer outre sa méfiance instinctive.

    La situation peut-elle s’inverser ? Probablement, sous certaines conditions. En ce qui concerne le téléphone portable, il faudrait des éléments scientifiques et médicaux indiscutables (ce qui est improbable) pour avoir un impact réel, tellement cet objet à d’importance socio-économique. En ce qui concerne les OGM, ceux-ci ont pâti d’une erreur de stratégie manifeste : si les producteurs avaient ciblé le consommateur final plutôt que le producteur intermédiaire, il y a fort à parier que la situation serait différente. Dans l’avenir, il est possible que la mise sur le marché de nouveaux OGM à visée thérapeutique, ou permettant de limiter plus nettemment la pollution des sols, voir de présenter un bénéfice pour des populations deshéritées, pourra entrainer un revirement de l’opinion public.

    Pour conclure, il faut bien souligner la difficulté pour l’immense majorité de la population d’apréhender la notion de risque : une probabilité d’un pour cent ou d’un pour cent mille n’est pas un concept naturellement clair. C’est la raison pour laquelle il est si difficile de transmettre une information objective sur le rapport coût/bénéfice. Mais de façon générale, le public est d’autant plus tolérant au risque que le bénéfice potentiel est important : il acceptera donc facilement la mise sur le marché d’un médicament tuant un patient sur dix si ce médicament permet de sauver un patient sur deux d’une maladie mortelle. Pour le moment, bien qu’aucun de ces deux produits, plantes OGM et téléphone portable, ne soient indispensables, le public perçoit un intérêt bien plus évident du côté du téléphone que de l’OGM. A risque (quasi nul) égal, il est donc prêt à conserver son portable et à refuser l’OGM...

     

  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 24 juin 2008 12:07
    Deneb

    Les nanotechnologies ou plus généralement NBIC (nano-bio-info-cognitique) sont la dernière bouée de sauvetage pour l’humanité. On y entrevoit des solutions pour l’environnement, médicine, logement ... Il serait idiot de laisser tobmber cette chance. Il y a un siècle, avec la démocratisation de l’energie eléctrique l’humanité s’est montré courageuse. Nous savions que l’eléctricité pouvait tuer ou faire de gros dégats. Néanmoins, tout le monde profite aujourd’hui de cette technologie toutefois très dangereuse - les accidents sont encore nombreux. Pourtant presque personne n’a envie de revenir en arrière.

    Les NBIC c’est pareil. C’est une technologie qu’il faut, certes, manier avec précaution, mais les bénéfices valent largement les risques. Si l’on peut douter de l’efficacité des manipulations genétiques dans la nutrition, elles sont indispensables dans un spectre de plus en plus larges d’activités humaines. Connaitre et savoir interpreter un code genetique est un progrés indéniable.

    Le risque le plus grand dans le cas des NBIC est que cette technologie soit utilisée à des fins mercantiles et guerriers. Mais ce problème est bien plus vaste et doit faire parti d’une lutte quotidiènne où chacun de nous doit s’engager, et pas seulement en ce qui concerne les NBIC.

    Les opposants à ces tecnologies, souvent croyants, ont surtout peur que l’on ne demantèle l’idée d’un dieu. En effet, la science commence à penétrer dans les secrets de la création, elle commence à comprendre l’essence de la vie, qui fut jadis le monopole divin. L’opposition aux NBIC est souvent instiguée par une eglise ou secte quelconque, qui voient disparaître les secrets dont ils ont fait leur fond de commerce.

  • Par Mil (xxx.xxx.xxx.159) 24 juin 2008 13:53

    @ l’auteur :

    Les MGM (microorganismes génétiquement modifiés) que vous dénoncez sont utilisés industriellement depuis au moins 20 ans... J’espère que vous n’êtes pas diabètique car l’insuline utilisée par ces patients provient de ce type d’organismes (l’insuline n’est qu’un exemple, de nombreuses autres molécules sont produites de la sorte : EPO, vitamines, hormones...)

     

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