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Accueil du site > Actualités > Technologies > Navettes spatiales : la fin d’une épopée

Navettes spatiales : la fin d’une épopée

La navette Discovery s’est envolée jeudi pour son dernier voyage et est actuellement arrimée à la station spatiale. C’est en même temps le dernier vol d’une navette. La Nasa les remise définitivement. Pincement au coeur, et retour sur cette épopée de trente ans digne d’une aventure de science-fiction.

Le concept de navette est né d’une idée : aller dans l’espace à basse altitude (en moyenne 400 km), déposer ou réparer des satellites, alimenter la station spatiale internationale, convoyer les astronautes, et revenir. Bref, comme son nom l’indique, il s’agissait d’aller et de venir, de faire la navette entre le ciel et la Terre à plusieurs reprises avec le même appareil dans le but de diminuer le coût des missions.

Les américains ont été les premiers à réaliser un appareil et l’ont fait voler dès 1981. Les russe ont également construit leur navette, Bourane, qui a volé sans équipage en 1988. le projet a été abandonné après la fin de l’Union Soviétique. Quant aux européens, ils ont élaboré un projet, Hermès, mais ont renoncé à le réaliser.

Le projet de navette spatiale américaine date de la fin des années 60. Douze ans d’études et de tests réalisés entre autres sur le célèbre avion-fusée X-15 ont permis d’accumuler des connaissances techniques et un savoir-faire concernant le comportement des avions hors de l’atmosphère et l’aérodynamique particulière de ce type d’engins.

La dissipation de la chaleur lors du retour sur Terre était un autre point très délicat. Le constructeur choisi par la Nasa, Rockwell, a mis au point des tuiles en céramique capables de supporter une température de 1650° sur le nez et les bord d’attaque des ailes.

De plus la structure d’ensemble subissait d’énormes contraintes tant au décollage que lors du ralentissement et de l’échauffement au retour. Elle devait à la fois présenter une grande solidité et une relative souplesse. A ces contraintes s’ajoutait l’aspect pratique : transporter plusieurs astronautes et des satellites. Sept personnes peuvent prendre place à bord, et sa soute de 18m sur 4,5m transporte près de 30 tonnes de charge utile.
navette1.jpg
Les navettes ont été construite en cinq exemplaires, plus un de test. 134 vols, y compris celui actuellement en cours, ont eu lieu en trente ans grâce à Columbia, Challenger, Discovery, Atlantis et Endeavour. Le 28 janvier 1986 Challenger explose lors du lancement. L’accident dramatique a obligé l’ensemble de la flotte à un arrêt technique de deux ans. Un autre accident, en phase de retour celui-ci et dû à un incident de décollage sur les tuiles en céramiques (un choc d’un bloc de mousse avait fait une brèche dans une aile), détruit Columbia et le 1er février 2003. Les astronautes décèdent dans l’accident.

En trente ans les navettes auront été de presque tous les progrès dans l’utilisation de l’environnement terrestre. Dès 1990 elles font le lien entre la station MIR, puis l’ISS, et la Terre. Leurs missions : remplacer les astronautes, amener des réserves d’eau, d’air et de nourriture, enlever des déchets. Les deux stations spatiales ont joué et jouent un rôle important dans la connaissance médicale, la recherche médicamenteuse, la biologie, l’étude du comportement, la physique et de nombreuses autres expériences scientifiques favorisées par l’apesanteur.

Navette3-Challenger_explosion.jpg

Les navettes ont également mis des satellites en orbite grâce à leur bras articulé. En particulier elles ont satellisé un instrument culte, le télescope spatial Hubble. Elles ont permis d’assurer à plusieurs reprise sa maintenance et l’amélioration de ses capacités à voir l’univers. C’est en particulier grâce à Hubble que les plus anciennes galaxies ont pu être photographiées en 2010. Par images extraordinaires que la Nasa a popularisées ce télescope fait aujourd’hui partie de l‘imaginaire collectif des humains.

C’est à Discovery que revient de clore ce chapitre passionnant de la découverte de l’univers. Partie jeudi 24 février la dernière navette sera de retour le 7 mars. Un gros pincement au coeur ce jour-là. Pour tous ceux, techniciens, ingénieurs, constructeurs, astronautes qui sont dans l’aventure ou y ont participé depuis le début en 1969. Pour tous les rêveurs, aussi, passionnés amateurs, capteurs d’étoiles, voyageurs de l’esprit, découvreurs d’espaces nouveaux.

Trente ans de vol : des bonheurs, des drames, un rêve époustouflant - qui aurait imaginé les vols en navette il y a seulement un siècle ?

La station spatiale internationale continuera ses activités pendant encore 5 à 10 ans. Elle sera ravitaillée par des vaisseaux russes. Dans 5 ans, le télescope spatial James Webb Space Telescope remplacera Hubble. Et la flotte de télescopes spatiaux continue inlassablement à scruter l’univers proche et lointain, à la recherche d’exoplanètes ou étudiant la formation des première étoiles et la nature du fond cosmologique.

Le grand rêve, la quête humaine de comprendre l’univers, de dépasser ses limites, continue. La prochaine étape est le Big Bang.

Et peut-être avant, selon certains astrophysiciens !


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9 réactions à cet article    


  • epapel epapel 28 février 2011 17:31

    Elle rejoint le Concorde au musée.


    • Asp Explorer Asp Explorer 28 février 2011 20:49

      C’est à juste titre que vous faites l’analogie entre ces deux machines, qui auraient dû être le début d’une splendide aventure technique. Elles n’auront été au final que le signe trop flagrant d’un effondrement de la civilisation occidentale, minée par la mentalité comptable, le court-termisme politique et l’absence d’ambition.


    • perlseb 28 février 2011 19:29

      il s’agissait d’aller et de venir, de faire la navette entre le ciel et la Terre à plusieurs reprises avec le même appareil dans le but de diminuer le coût des missions.

      Le problème, c’est que réutiliser un engin qui a déjà beaucoup souffert suppose une maintenance (réparation des fameuses tuiles sans parler d’un check up complet) qui est finalement beaucoup plus chère que de lancer des fusées jetables. Les russes de ne s’y sont pas trompés. Si les américains se sont entêtés dans cette voie sans intérêt, c’est pour faire réver les gens et surtout ceux qui font la comparaison avec les films de sicence-fiction : la dernière mission envoie un robot « humanoïde », c’est vraiment trop drôle mais pour les non scientifiques, ça doit paraître sûrement merveilleux...


      • sonearlia sonearlia 28 février 2011 21:30

        Pourquoi la fin d’une époque ?

        Pourquoi tant de défaitisme ?
        Au contraire, on n’est qu’a la préhistoire de la conquête spatiale.

        • hommelibre hommelibre 28 février 2011 21:49

          Non, pas de défaitisme ! Un pincement au coeur au moment de dire au revoir à ces machines qui ont été un peu comme les diligences de l’époque.


        • Asp Explorer Asp Explorer 28 février 2011 23:36

          Il faut savoir que ce qui va remplacer la navette, c’est... rien du tout. Les Américains vont désormais aller dans l’espace en Soyouz, en attendant de développer la nouvelle capsule construite par le privé. Sachant qu’en matière spatiale, « construite par le privé ». Programme qui sera sûrement bientôt annulé, et donc les Américains abandonneront de fait les vols habités. Les Européens n’étant qu’une sous-marque des USA dans ce domaine, nous laisserons donc les cosmonautes Russes et Chinois s’égayer au-dessus de nos têtes, en attendant les Indiens, les Brésiliens, les Thaïlandais...

          Et nous pendant ce temps là, avec notre ariane V vieille de vingt ans, on continuera à dire « oui, mais on pourrait le faire si on voulait ».

          Oui, on pourrait...


        • titi 1er mars 2011 08:05

          « On pourrai le faire si on voulait »

          La France et l’Europe ont choisi : faire du social.

          Faut pas s’étonner d’être des nains politiques, militaires et spaciaux.


        • jymb 28 février 2011 22:00

          Un rêve qui s’achève, celui des vols quasi hebdomadaires de navettes construisants des stations géantes en orbite basse, ceci pour être la base de départ vers les étoiles ou au moins le système solaire.....

          Finalement les vols auront été beaucoup plus rares et dangereux que prévus, l’ISS est surtout un beau film en 3D montré dans les cinémas Imax, les grands projets sont reportés à beaucoup plus tard...

          Il nous reste pour rêver les DVD de « Cosmos 1999 » qui évoquait un an 2000 ou l’homme tutoyait l’espace, un livre froissé de Carl Sagan, une vieille cassette vidéo des Bogdanoff, époque Temps X ... 


          • morice morice 1er mars 2011 00:48

            Une belle histoire, mais au compte-rendu bien trop succint. Ça méritait autre chose !


            vous dites :
            « Douze ans d’études et de tests réalisés entre autres sur le célèbre avion-fusée X-15 ont permis d’accumuler des connaissances techniques et un savoir-faire concernant le comportement des avions hors de l’atmosphère et l’aérodynamique particulière de ce type d’engins. »
            Le X-15 n’a servi en rien à mettre au point la navette, ce sont les Lifting Bodies qui l’ont fait.

            Quant à votre conclusion « Le grand rêve, la quête humaine de comprendre l’univers, de dépasser ses limites, continue. La prochaine étape est le Big Bang. » Ce n’est pas cela la prochaine étape, et on ne risque pas d’y être avant quelques centaines d’années encore... bref, c’est très insuffisant.
            .

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