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Nobel 2006 de chimie, une cuvée ordinaire

 

Tout comme le lauréat du Nobel de médecine Craig Mello, Roger Kornberg avait reçu auparavant plusieurs distinctions dont le prix Charles Leopold Mayer en 2002, ainsi que le prix Gairdner qu’il obtient en 1995, dix ans avant Mello, couronnant ainsi une carrière fructueuse dans le domaine de la biologie moléculaire. Son domaine de prédilection est l’élucidation, à l’échelle la plus fine possible, des mécanismes génomiques impliqués dans la transmission de l’information depuis les gènes jusqu’aux ARN messagers.

Dans un précédent article j’avais évoqué le caractère singulier de la découverte récompensée par le Nobel de médecine. Dans le cas présent de la chimie, ce sont des résultats plus « ordinaires » qui ont été couronnés. En disant cela, je ne minimise pas la qualité de ces recherches ni l’exceptionnel talent de Kornberg. L’objectif est de dévoiler modestement quelques traits caractéristiques du fonctionnement de la recherche sur la base de deux types de travaux récompensés par la plus haute distinction.

Les travaux de Kornberg n’ont rien d’une découverte fondamentale en chimie (comme ce fut le cas pour les propriétés catalytiques de l’ARN effectuée par Thomas Cech et Sydney Altmann ou bien pour la synthèse de molécules « creuses » couronnant, entre autres, le Français Jean-Marie Lehn) ; ni d’ailleurs en biologie moléculaire. On n’apprend rien de plus sur le fonctionnement de l’information génique. C’est en fait une prouesse technique qu’il faut saluer. Kornberg a pu visualiser avec une très grande précision le mécanisme de transcription effectuée par l’ARN polymérase II. Cet enzyme, connue de longue date, se « colle » à l’ADN pour extraire l’information nucléaire et la copier sous forme d’ARN, qui ensuite servira de matrice permettant la synthèse des protéines.

Il faut savoir que pour connaître la structure et/ou le mécanisme d’une protéine, on ne peut pas se contenter de sa séquence en acides aminés. Pour un gène, c’est l’information linéaire qui fait son essence, autrement dit la séquence des bases. Pour une protéine, tout se passe dans le monde tridimensionnel, lorsque la molécule a « pris forme ». Pour explorer ce monde avec précision, il faut utiliser la cristallographie, technique physico-chimique utilisant la diffraction des rayons X, ce qui permet d’obtenir une résolution égale à la longueur d’onde du rayonnement utilisé (comme dans un microscope électronique). Mais pour qu’il y ait diffraction, il faut obtenir un cristal et Dieu sait si cette opération est délicate, reposant parfois sur un coup de chance. En vidant un frigo de labo, un chercheur aura parfois la surprise de voir une solution mise au frais des mois auparavant scintiller, ce qui indique la présence de cristaux. Et notre chercheur chanceux de se précipiter vers le responsable du cristallographe pour une analyse.

On connaissait déjà des images de la RNA pol II obtenue par diffraction. Le mérite de Kornberg est d’avoir pu réaliser ce type d’image dans une configuration spéciale. Ainsi peuvent être visualisées à l’échelle atomique les chaînes latérales de la protéine, ainsi que les domaines de la polymérase interagissant avec les acides nucléiques lors de l’élongation. Ces études permettent de préciser les rôles des sous unités de la pol II qui auparavant, restaient flous. Bref, c’est comme si on disposait d’une photo d’un caméléon au repos et que soudainement, on obtienne un cliché de l’animal capturant un insecte. Autrement dit, les travaux de Kornberg permettent de visualiser l’enzyme en action, notamment la manière dont l’ADN est saisi par l’enzyme doté de pinces, mâchoires et lobes. C’est donc ce perfectionnement scientifique dans un champ déjà labouré que le Nobel de chimie 2006 vient de couronner. Une bonne cuvée, mais ordinaire.

Le citoyen perspicace aura sans doute cligné de l’œil en apprenant que les Nobel de sciences dures ont été attribués à cinq Américains. Certes, ces attributions ne sont pas exemptes de critiques, notamment si l’on connaît les tractations souterraines s’y déroulant, comme pour les JO ; mais Londres avait un excellent dossier, et force est de constater que c’est l’excellence de la recherche américaine qui est couronnée. Et ceci doublement lorsqu’elle requiert des idées nouvelles, cas de Craig et Mello en médecine, ou bien quand elle est lourde et nécessite de gros moyens, ce qui est le cas de Kornberg, lequel à tenu à associer le prix à sa cinquantaine de collaborateurs. Les Nobel de chimie et de médecine semblent illustrer la spécificité de la recherche américaine, mettant d’énormes moyens financiers, technologiques et humains sur des champs très balisés, tout en se réservant la possibilité de produire une recherche faite avec des idées. Et parfois, les chercheurs trouvent, de Cech et Prusiner à Mello. La France, au lieu de vouloir miser sur de la recherche lourde, à force de concentration et de comités de pilotage, serait mieux inspirée de soutenir des jeunes chercheurs bourrés d’idées, sous réserve que les patrons jouent le jeu, recrutent des fortes têtes au lieu des serviles scientifiques qui leur resteront inféodés pendant quinze ans, voire plus.


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10 réactions à cet article    


  • abdou (---.---.176.73) 5 octobre 2006 13:30

    pour ne pas reprendre ce qui a deja été dit dans l’article, je pense que mis a part la question de moyens financiers dont les chercheurs français disposent, c’est aussi une question de mentalité qu’il faut changer, beacoup de scientifiques venant du pays du tiers monde( et j’en suis un) pensent que la recherche en france souffre d’un grand protectionisme ou il devient tres difficile de percer.


    • (---.---.185.253) 6 octobre 2006 11:14

      J’ai discuter avec un chercher francais il n’y a pas longtemps. Quand je lui ai dit sur ce quoi je travaillais, il m’a repondu que c’est completement idiot et que ca ne pourra jamais marcher. Ce qu’il ignorait c’est que ca fait 3 ans que ca marche et que l’approche a ete validee.

      En France, c’est quelques vieux qui controlent toute la recherche et qui ne laissent leur chances qu’a des thesards qui rentrent dans le moule. Qui me croirait, moi, jeune, qui n’a meme pas de DEA ? Allez a l’etranger.


    • Gnole (---.---.192.187) 5 octobre 2006 21:18

      Vivant aux Etats Unis et travaillant dans un laboratoire de recherche (et oui la fuite des cerveaux ça existe)... il ne faut pas non plus croire que tout est rose au pays de l’Oncle Sam.

      Effectivement il y a plus d’argent dans les labos (encore que les crédits tendent à fondre comme neige au soleil depuis près de 3 ans et ça risque d’empirer). Mais il existe un problème majeur et catastrophique aux USA, c’est le manque dramatique de chercheurs américains efficaces !!!

      Les générations de chercheurs nobelisés n’ont pas de successeurs, en fait, il suffit de visiter un labo de recherche américain pour se rendre compte que c’est le reste de la planète qui le fait tourné... il y à plus d’asiatiques (pas d’américains d’origine asiatique) ou d’européens que d’américains... et vous avez beaucoup plus de chance de tomber sur quelqu’un dont la langue maternelle n’est pas l’anglais que inversement.

      Un seul chiffre (qui se sussure ici, mais qui fait froid dans le dos de tous les chercheurs américains) en 2003, 60% des thèses (diplôme de fin d’étude en recherche pour faire simple)... donc 60% des doctorats en science délivrés par les universités américaines l’ont éte à des chercheurs non-américains (principalement asiatiques et d’amérique du sud, mais aussi européens et africains). Et ça ne fait qu’empirer depuis.

      L’enseignement primaire et secondaire aux States est une catastrophe... pour avoir cotoyer de jeunes doctorants, les américains ont un niveau scientifique de licence en france (pour pas dire DEUG) quand il rentrent en thèse. Ca fait peur quand on s’attend pas à ça !

      Alors la recherche américaine à encore de beaux jours devant elle (surtout si elle évite de mettre ses fonds dans des guerres au moyen orient), mais d’ici quelques années, ce sera surtout de la recherche internationale sur le sol américain (en fait s’est déjà pratiquement le cas)...

      Gnole


      • yalesapiens (---.---.27.227) 8 octobre 2006 03:58

        Mr. Gnole, Si, c’est cela ton nom. J’habite et travaille aux USA. Et je suis africain. Mais, je crois que tout ce que vous venez de raconter sonne faux. Ecoutez, dire que les doctorants americains auraient un niveau de la licence en France est totalement mal fondé. Alors ceux d’HArvard devront aller, apres leurs dortorat, completer leur niveau en France... Je ne sais pas dans quelle Amerique tu vis. Cessez de perdre du temps de tous les lecteurs ici en rancontant des truques dans le seul but d’accommoder les autres( Les Francais). Et enfin, etant membre d’un labo, vous feriez mieux de serieusement revoir votre méthode et strategie de recherche, autrement, c’est vottre diplome qui serait comparable a la licence française. Heuresement, des gens comme vous, ne sont pas tous Francais. Yale Sapiens, Professeur de Francais, Eastern University Chicago


      • (---.---.242.11) 8 octobre 2006 22:21

        Mr Sapiens, si c’est bien votre nom, en tant que prof de français, quelle est votre expérience des laboratoires de recherche scientifiques ???


      • Gnole (---.---.192.187) 8 octobre 2006 22:59

        Heu Gnole c’est un pseudo... mais c’est pas grave hein, je t’en veux pas :-P

        Sinon je ne vois pas vraiment ce qui te permet de m’attaquer comme tu le fais ... j’ai suivit mon cursus en France et je peux te dire que le niveau de connaissance et de réflexion des étudiants de première année de thèse dans mon université sont l’équivalent de ceux que j’avais en Licence (et je ne pense pas avoir été un étudiant surdoué à ce point !)... et le niveau en science n’est certainement pas comparable à celui de lettre (c’est vrai que l’enseignement des langues étrangères en France n’est pas glorieux). Comme dit dans le post précédent, qu’est ce qui te permet d’avoir la moindre idée de ce qui se passe dans les labos de recherche américains ou français ???

        Ca n’a rien d’exceptionnellement nouveau de dire que le système d’enseignement primaire et secondaire américain est une faillite prèsque totale... ça n’a rien non plus d’un scoop que de dire que de très nombreux étudiants étrangers (principalement asiatiques et africains) viennent passer leur thèse aux States et que les étudiants américains en thèse de science ne sont plus une majorité (40% en 2003, chiffres des universités américaines elle mêmes !)... c’est assez simple de voir que les étudiants asiatiques de même niveau scolaire ont des connaissances scientifiques et techniques largement au dessus de la moyenne des américains... C’est également facile de vérifier que les membres labos de recherche des universités américaines sont majoritairement non américains !

        Je vois vraiment pas ce qu’il y a d’exceptionnel dans tout ça... j’ai peut être été un peu « catastrophiste » sur les financements (mais bon comme partout quand il y a une administration en face, pour avoir 100$ faut en demander 200 et hurler à la face du monde que c’est une honte de pas en avoir 500... tout ça quand tu en as besoin de 50 smiley )... ça reste largement au dessus de tout ce qui peut être fait en france ou même ailleurs en europe !

        Pour finir et puisque vous avez cru bon de me tancer vertement, je me risquerai à vous faire remarquer que si vous enseignez le français aux petits américains de la manière dont vous l’écrivez, alors leur niveau ne sera pas celui du bac en france (pourtant déjà nul)... les fautes de frappes sont excusables (j’en fait certainement beaucoup) des phrases du style « Cessez de perdre du temps de tous les lecteurs ici en rancontant des truques dans le seul but d’accommoder les autres » ne le sont pas pour un soit disant prof de français smiley.

        Sur ce je ne vous salue pas.

        Gnole


      • Voltaire Voltaire 6 octobre 2006 08:54

        Effectivement, comparé au prix Nobel attribué à Fire et Mello, celui-ci est un peu moins enthousiasmant. L’identification de la structure de l’ARN polymerase est une jolie prouesse technique, mais on attend un peu plus d’un prix Nobel, donc décevant pour moi (ou alors il eut fallu l’associer à d’autres pionniers de la découverte du fonctionnement du système polymérase).

        La conclusion est assez juste. C’est bien en favorisant la prise de risque et l’inventivité que l’on découvre, et cela nécessite de l’autonomie pour les jeunes chercheurs. Le défaut principal de nombre de gouvernements en France est de penser que l’on peut imaginer à l’avance quelles vont être les domaines « payants » en terme notamment économique, et de lancer des programmes lourds sur ces axes. La recherche est pleine de surprise, et la qualité de la recherche devrait servir de critère principal de financement, même si l’on peut bien sûr dédier des fonds spécifiques pour des domaines de recherche utiles à la société (environnement, énergie, santé etc...), tant que cela reste suffisamment ouvert.

        A noter pour notre collègue travaillant aux US qu’après une courte pause (en 2003-2004), le gouvernement américain a de nouveau décidé une forte augmentation des crédits pour la recherche, que ce soit pour la NSF (National Science Foundation), le département de l’énergie (DoE) etc... (au rythme de 7% annuel), dans le cadre de l’« American Competitiveness Initiative ». La pause dans le financement de la recherche sur la santé (NIH) est venue après un doublement des crédits en 5 ans... Je pense que si en France on avait un doublement des crédits en quelques années, on accepterait volontiers une petite pause ensuite...


        • Zenobe (---.---.195.231) 6 octobre 2006 11:10

          on est tout de même heureux d’apprendre que Basile Audoly et Sébastien Neukirch ont gagné un prix Ig Nobel pour leur études sur le fait que les spaghettis secs se cassent souvent en plus que deux morceaux lorsqu’on les plie...


          • Jojo2 (---.---.158.64) 6 octobre 2006 11:55

            Enfin quelque chose que l’on peut vérifier dans sa cuisine...

            C’est pas comme la transcription...


          • www.jean-brice.fr (---.---.155.204) 8 octobre 2006 17:05

            A propos de NOBEL, on pourrait peut-être s’appesantir sur le NOBEL d’Economie, créé en 1969 pour contrer la conférence de presse du Général DE GAULLE et les articles concomitants de Jacques RUEFF dans « Le Monde » le 4 Février 1965, alors que TOUS LES AUTRES PRIX NOBEL ONT ETE CREE EN 1901 !!!

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