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OpenOffice : l’administration française passe au logiciel libre !

Après la Gendarmerie nationale, après les réflexions de la mairie de Paris, c’est donc au tour de l’administration centrale française d’adopter la suite bureautique OpenOffice. Une adoption massive puisqu’elle concerne 400 000 postes, et ceci, dès l’an prochain.

Une migration qui fera date, aussi, puisque sur ces postes, Open Office remplacera la suite concurrente et payante Microsoft Office. En tout cas, cocorico, la migration, dans une telle proportion, des logiciels propriétaires de l’administration centrale d’un Etat vers le logiciel libre, est unique au monde.

Pour le ministère du Budget et de la Réforme de l’Etat, ce choix va permettre d’économiser des dizaines de millions d’euros. Déjà, la migration des postes de la gendarmerie nationale vers OpenOffice en lieu et place de Microsoft Office avait fait économiser 2 millions d’euros par an.

Une migration « entourée »

Concrètement, le déroulement de cette migration lourde et innovante est décrit avec plus de détails sur Adele (le site de coordination de la mission pour le développement de l’administration électronique). On apprend sur ce site que "le déploiement d’OpenOffice fait l’objet de nombreuses initiatives pour préparer au mieux les services et les agents à l’utilisation de cette nouvelle suite bureautique.« A cet effet des »valises pédagogiques" ainsi « qu’un pack de communication » ont été conçus. Côté formation, "des modules [...] utilisables sur n’importe quelle plate-forme de formation en ligne (compatible SCORM) seront à disposition des agents".

Cette stratégie d’assistance nous rappelle qu’on ne peut justifier la migration vers un logiciel libre en se contentant de l’argument économique. L’économie budgétaire immédiate ne doit pas être considérée comme nette et seule motivation d’un passage au libre. Pour que la migration soit possible et fructueuse, il est essentiel que les marges financières importantes qui sont dégagées par cette opération soient partiellement redéployées au profit des utilisateurs. En d’autres termes, le coût d’achat d’un logiciel commercial inclut également celui des « aides » et d’outils marketings précieux pour les utilisateurs et leurs encadrants : ces aides doivent être conservées lors du passage au libre. L’Etat français semble l’avoir bien compris.

De l’argent pour le code ?

Autre point essentiel, considérer la dimension open source d’un logiciel libre - le programme du logiciel est public et peut être amélioré ou modifié - et intégrer cette dimension dans une stratégie de migration : peu d’informations ont été fournies sur ce sujet, mais il me semble évident,en tant qu’utilisateur et observateur de l’usage qui est fait d’Open Office dans le milieu universitaire, que cette suite n’atteint pas encore le niveau de stabilité de Microsoft Office. Certes, il s’en rapproche chaque jour un peu plus, il est très fiable - Open Office ne détruit quasiment jamais de documents grâce à ses sauvegardes automatiques - mais il défaille encore, surtout sur les gros projets.

Après tout, pourquoi se voiler la face et passer cette réalité sous silence ? D’ailleurs, ces défauts de jeunesse n’entravent pas l’intérêt du logiciel et n’entameront pas la motivation des utilisateurs s’ils sont progressivement supprimés.

Il est donc essentiel que les Etats consacrent une partie des fonds qu’ils dégagent en adoptant le libre, à la constitution d’équipes de développeurs chargées de faire progresser le logiciel, pour le profit de toute la communauté des utilisateurs. C’est dans cette démarche que semblent s’engager les pays d’Asie avec Linux (qui font si peur à Microsoft ) ou Israël avec Open Office.

Ne plus dépendre de la stratégie commerciale des grands groupes

Dernier gain procuré par la migration vers le libre : la perspective d’un maintien du niveau de confidentialité des informations. On l’oublie souvent, mais Microsoft et Google sont engagés dans une bataille sans merci sur le marché des suites bureautiques. L’un des enjeux de cette guerre économique est de faire basculer les utilisateurs vers une solution « On line », c’est-à-dire accessible via Internet. Si cette solution technique s’imposait, tous les utilisateurs confieraient le stockage de leurs données aux disques durs distants de ces deux entreprises commerciales (comme c’est déjà le cas pour le mail avec Gmail ou Hotmail). Il y a fort à parier que Microsoft va rapidement chercher à inciter ses utilisateurs à passer au « Bureautique On Line » de « Live.com » (qui augmente la captivité du client).

Un Etat peut il admettre que tout ou partie de ses correspondances et de sa documentation soit stocké sur les ordinateurs d’un tiers dans ces conditions ? Probablement pas, et c’est un point technique qui - n’en doutons pas - va prendre une part de plus en plus importante dans le débat sur la généralisation du logiciel libre dans les administrations.

C’est donc une grande victoire pour le logiciel libre. Les grincheux ne vont pas manquer de rétorquer qu’il y a là une grave entorse au fonctionnement de l’économie de marché, et que l’adoption de cette suite « gratuite », si massivement, va détruire des emplois « marchands ». C’est partiellement faux, si l’on considère que des emplois de services (ou de développement) seront nécessairement créés pour supporter une telle base installée. On objectera aussi que ces emplois-là seront localisés en France plutôt qu’à Seattle... Vu sous cet angle, et contrairement à ce qu’affirmait Bill Gates il y a quelques mois, on peut considérer que le développement du libre est bien plus proche du mutualisme (qui marche si bien en France) que du communisme !


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