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Accueil du site > Actualités > Technologies > Pourquoi la génétique ne me fait pas peur

Pourquoi la génétique ne me fait pas peur

Décrypter le génome humain puis le breveter, rendre la vie aux mammouths, cloner sa femme, vivre mille ans sans maladie, voilà des sujets qui inquiètent. Bien sûr on ne fait que commencer à entrevoir les catastrophes que la connaissance génétique est susceptible d’engendrer, et le débat sur l’éthique ou le rentable ne fait que commencer.

Mais par delà ce débat, il en est un qui, à ma connaissance, n’a pas été encore clairement tranché : celui de l’inné et de l’acquis, un bien vieux débat qui mérite qu’on s’y intéresse avant tout.

Et oui, il est bien beau de parler de la génétique comme de la seule possibilité de conditionnement social. Aujourd’hui il est couramment accepté que nos comportements sont déterminés par notre capital génétique. Mais cela est-il exact ? Sans compter la valeur eugéniste d’un tel point de vue (si on considère que la violence ou l’homosexualité, la prédisposition à certaines maladies ou la capacité physique sont déterminables a priori, alors celui qui possède ces informations devient en capacité de les éliminer, purement et simplement) rien ne prouve qu’il soit plus facile de fabriquer un individu sans défaut que de l’éduquer, de le conditionner à ce qu’on en désire faire.
Afin de prouver la primauté de la génétique sur le social, il n’est pas rare de voir les scientifiques se servir de la théorie de l’évolution comme soutien. Pourtant, cette corrélation est à relativiser compte tenu de son incohérence : l’adaptation au milieu (le social donc) est une donnée fondamentale de cette théorie, et ne place la génétique qu’au second rang.

Cela est explicable si l’on veut bien se donner la peine de regarder une évidence : si les caractères génétiques se transmettent et sont capables de muter à la génération suivante, c’est bien que le milieu est le facteur déclenchant de la mutation. De plus, certaines dispositions comme celle à une maladie génétique ne sont pas une certitude, car certains individus ne développeront jamais cette maladie. Cela signifie qu’au cours d’une existence, les gènes sont en mesure de s’activer ou non, de muter ou pas. Sans compter le fait que, pour que deux génomes (ou deux individus) se rencontrent, le rapprochement est plus dicté par le climat social ( le génome est une hérédité sociale) que par sélection naturelle (comme les animaux qui s’accouplent avec l’individu dont le capital génétique -évidemment aux vues des qualités extérieures présentées- semble le plus à même de favoriser une descendance viable).

Mais ça n’est pas tout : l’épigénétique, c’est mon avis, est peu à peu en train de rendre compte de la prégnance du social sur la génétique. L’épigénétique, c’est en quelque sorte la capacité d’un gène à s’activer ou pas. Mais quels sont les facteurs déclenchant, ou pas, un gène ? ce que l’on mange, ce que l’on fait, le contexte extérieur, le milieu enfin. J’entendais l’autre jour un journaliste qui parlait du stress comme facteur de mutation. Il semblerait que ce soient les courants électriques générés par un stress qui en sont le moyen. Mais si des courants électriques sont capables d’être induits par un comportement, le capital génétique dont nous disposons à la naissance est un point de départ, pas un point d’arrivée. Ce que nous transmettons n’est pas seulement le mélange de deux génomes, c’est surtout le mélange de deux génomes modifiés par leur propre vie. Si les gènes se transmettaient tels qu’ils sont apparus, l’évolution n’existerait pas. Car s’ils n’étaient pas capables d’évoluer en l’espace d’une seule génération, alors nous serions en droit de « supprimer » ceux et celles qui possèdent les gènes considérés comme nuisibles pour éviter toute descendance.

Alors maintenant, envisageons que 100 clones d’un acteur en vogue soient créés. Peut-on croire un instant que ces 100 bébés, même élevés par la même mère, deviennent des êtres semblables en tous points, de caractère, de physique et d’intelligence ? peut-on croire également que les enfants, faits avec 100 clones d’une starlette à la mode, seront les mêmes ?

Non, personne n’y peut croire sérieusement. Heureusement l’être humain n’est pas qu’un corps et son âme est si complexe que notre pouvoir ne suffit pas à expliquer la somme des instants qui la forgent. Jamais nous ne serons en mesure de comprendre un être de façon complète et totale, car pour cela il faudrait revivre la vie, instant par instant, de chaque être humain.

Nous pouvons donc tous dormir tranquilles car la génétique ne contrôle pas le social, qui est en réalité beaucoup plus puissant. Deux clones ne développerons jamais ni les mêmes aptitudes, ni les mêmes sentiments, ni les mêmes caractères. Il suffit pour deux frères de ne faire que regarder dans une direction différente à un instant donné, et que l’un admire les étoiles pendant que l’autre assiste à un drame de l’autre côte de la rue pour que leurs êtres ne soient plus jamais identiques.

Breveter le génome, bien, mais pour quoi faire ? nous ne sommes pas responsables non plus de celui avec lequel on naît. Refaire les mammouths très bien mais les mettre au zoo ou les laisser en liberté pour manger récoltes et troupeaux ? non, on les chasserait avant. Cloner sa femme serait-il plus évident que la séparation pour une autre ? vivre mille ans nous ferait-il tout multiplier par mille ou diviser par mille (ressources, peines de prison..) ?

Et les OGM, peuvent-ils nous tuer ? s’ils le peuvent l’homme n’aura que ce qu’il mérite, mais s’il résiste il s’adaptera, et les autres habitants de la planète aussi. Nous reviendrons alors au point de départ en se disant qu’on a perdu beaucoup de temps, surtout que la sélection génétique se fait naturellement, d’elle même.

Alors comme dit un proverbe chinois : si le problème a une solution, alors ça ne sert à rien de s’inquiéter. et si le problème n’a pas de solution, à quoi sert-il de s’inquiéter ?


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7 réactions à cet article    


  • LeGus LeGus 2 juin 2009 12:35

    aaah vivre mille ans avec des clones de ma femme (oui pourquoi rien qu’une après tout ) à manger du steak de mammouth...Faudra songer au préalable à réduire sévèrement la population mondiale. Avec les africains c’est sans doute jouable mais les chinois ne se laisseront pas faire. Suis-je bête il suffit de tuer les pauvres me direz vous.


    • Hermes Hermes 2 juin 2009 16:45

      Dormez braves gens ?
      Ce n’est certes pas du génétique qu’il faut s’inquiéter, mais de l’interprétation abusive et de l’usage qui en sera fait ! Et attendu que l’humanité a besoin de faire des énormités pour apprendre (hiroshima etc....) , il y a tout à craindre, au contraire.
      Donc ne dormez pas mais restez aux aguets.


      • Internaute Internaute 2 juin 2009 16:53

        Le point de vue est intéressant mais je serais plus prudent sur le clonage. En effet, les frères jumeaux, c’est à dire les vrais clones humains naturels, ont des relations beaucoup plus profondes que des simples frères. Trés souvent les joies et les peines que ressent l’un, l’autre aussi les ressent.

        Ouvrir la porte au clonage est ouvrir la porte à toutes les dérives les plus abominables.


        • astus astus 2 juin 2009 23:32

          Excellent article qui tord le cou aux décennies d’imbécillités du tout génétique nous expliquant sans relâche pourquoi les gens sont ceci ou cela (intelligent, homosexuel, autiste, raciste, fidèle... sans oublier le mauvais caractère de ma belle-mère...) ainsi que les futurs progrès des thérapies géniques censées pouvoir bientôt soigner tout et n’importe quoi. Il faut bien reconnaître qu’en dehors de quelques rares avancées ces thérapies ne sont guère convaincantes et profitent plus aux lobbies qu’aux malades. Il ne s’agit pas de nier l’importance des gènes mais de les remettre à leur vraie place d’être un élément parmi d’autres dans le vivant qui est façonné tout autant par l’épigénétique, le social, le milieu, ou les communications. Il est d’ailleurs intéressant de constater que nous partageons quand même 60 % de notre patrimoine génétique ... avec la mouche ! Ce seul fait relativise un peu l’importance des gènes. Et même si les chimpanzés sont plus proches génétiquement (presque 99 %)...je trouve qu’il y a encore pas mal de différences entre nous (language, pensée abstraite, humour, croyances...)
           


          • Forest Ent Forest Ent 3 juin 2009 11:05

            Le débat inné/acquis ne peut être tranché car l’on ne peut observer l’un sans l’autre.

            Cette libre digression dit que les manipulations génétiques ne suffiraient pas à établir un contrôle social à la manière d’Huxley. Soit. Mais c’est la dernière question que je me posais à leur propos, et la moindre de mes craintes.


            • franc 3 juin 2009 15:57

              Il est raisonnable de penser que le gène et le social interviennent tous deux ,chacun à 50%

              je suis d’accord avec la teneur de l’article et surtout féliciter l’auteur d’avoir osé défier la bien-pensance et le politiquement correct en particulier sur le clonage humain --------------------je pense que le clonage humain est une avancée scientifique extraordinaire et qu’il est éthiquement concevable qu’on puisse le pratiquer non pas pour reproduire les humains à l’identique mais pour préserver éventuellement les types d’individus qui pourraient disparaitre ou qui ont disparu pour le maintien de la diversité et du patrimoine génétique humain-----------------------------------si par exemple une guerre nucléaire a décimé des ethnies humaines entières ,on pourrait grâce au clonage les recréer -------------------d’autre part pourquoi pas ressuciter des enfants ou des personnes jeunes qui n’ont pas pu exercé leur talent ou génie propre et accomplir leur vocation sur terre -----------imaginer si Mozart ou Einstein ou Pasteur,ou autres génies étaient morts enfants ,on aurait pas pu avoir leurs oeuvres si bénéfiques pour l’humanité ,mais avec le clonage ces oeuvres pourraient exister 


              • Klums 9 juin 2009 12:10

                Bon article.
                Peut t’on donc comparer l’éducation et son influence sur notre vie avec l’éducation de nos gènes, qui serai rendu possible grâce a la génomique ?
                Ou est donc la part de libre arbitre qui fait que l’on peut refuser d’accepter une idée ou un concept ?
                Ou sera cette part de libre arbitre lorsque l’on décidera de faire des enfants avec des aptitudes ou des préférences prédéterminés ?

                Juste une précision sur la conclusion :
                le proverbe cité n’est pas chinois mais tibétain
                http://lencephale.free.fr/difficulte_probleme.php
                http://citations.ca/index.cfm?fuseaction=citations.searchResults&paysValue=131

                Je citerai plutot cette petite phrase des Inconnus :
                il faut cultiver la différence et non l’indifférence, la force de l’espece humaine à toujours été dans le diversité et non dans le copier coller

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