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Accueil du site > Actualités > Technologies > Pourquoi la recherche ne nous sauvera pas

Pourquoi la recherche ne nous sauvera pas

L'écrivain britannique Arthur C. Clarke a écrit autrefois qu'une technologie suffisamment avancée serait impossible à distinguer de la magie. Pour la plus grande part de notre population, ce point est largement dépassé. La recherche scientifique est devenue la réponse unique et quasi incantatoire à toutes les contraintes que nous impose l'univers, et le scientifique, affublé de sa blouse blanche et de sa cornue, a pris la place du magicien des mauvais romans de fantasy dans notre imaginaire collectif.

Bien sûr, il n'est pas toujours bienveillant et si cette position est encore minoritaire, il ne manque pas, sur les franges du monde vert de luddistes radicaux qui, inversant l'opinion commune, font de la science et de la technique la source de tous nos maux avant de nous enjoindre à mener une vie chasse et de cueillette qui, pour la plupart d'entre nous, signifierait une vie relativement courte de gibier.

Lord Voldemort au lieu d'Albus Dumbledore, mais avec toujours la même omnipotence.

La réalité est, bien entendu, différente et ceux qui espère que la recherche scientifique et le progrès technique vont nous résoudre les problèmes qui assaillent notre civilisation risquent d'être déçus.

La science est avant tout une méthode de recherche destinée à obtenir des informations sur le monde qui nous entoure, ces informations pouvant être ensuite utilisée pour le manipuler. Elle a été développée pour la première fois par le philosophe arabe Abū 'Alī al-Ḥasan ibn al-Ḥasan ibn al-Haytham au Xème siècle dans sa Critique de Ptolémée. (oui, je sais, ce n'est pas gentil pour Riposte Laïque, mais si Christine Tassin avait de la culture, nous l'aurions tous remarqué)

Nous recherchons la vérité pour elle-même. Et ceux qui recherchent une chose pour elle-même ne se laissent pas distraire par d'autre.

La méthodologie de al-Haytham fut ensuite reprise par divers intellectuels occidentaux, d'abord Roger Bacon, puis René Descartes qui lui donna sa première définition formelle. A la base il s'agit de se confronter à la réalité du monde pour formuler une hypothèse que l'on testera, via une expérience, pour vérifier sa validité. Cette expérience n'a d'ailleurs pas pour but de vérifier que l'hypothèse en question vraie, seulement qu'elle n'est pas fausse, et peut donc être utilisée comme un modèle approximatif de notre réalité.

Associée à l'exploitation des premières ressources fossiles au début du XVIIIème siècle, cette méthode nous a permis d'étendre considérablement le champs de nos connaissance et de développer une technologie extraordinairement complexe et puissante. De là est venue l'idée selon laquelle la science, et le génie humain dont elle procédait, pourrait vaincre toutes les difficulté. On retrouve ce thème dans la philosophie un peu naïve d'un Auguste Comte, mais aussi dans les romans Jules Vernes. On en trouve l'illustration dans sa seule œuvre apocalyptique : L'Eternel Adam

Oui, en vérité, la comparaison entre ce qu’était l’homme, arrivant nu et désarmé sur la terre, et ce qu’il était aujourd’hui, incitait à l’admiration. Pendant des siècles, malgré ses discordes et ses haines fratricides, pas un instant il n’avait interrompu la lutte contre la nature, augmentant sans cesse l’ampleur de sa victoire. Lente tout d’abord, sa marche triomphale s’était étonnamment accélérée depuis deux cents ans, la stabilité des institutions politiques et la paix universelle, qui en était résulté, ayant provoqué un merveilleux essor de la science. L’humanité avait vécu par le cerveau, et non plus seulement par les membres ; elle avait réfléchi, au lieu de s’épuiser en guerres insensées – et c’est pourquoi, au cours des deux derniers siècles, elle avait avancé d’un pas toujours plus rapide vers la connaissance et vers la domestication de la matière... […] Oui, l’homme était grand, plus grand que l’univers immense, auquel il commanderait en maître, un jour prochain...

Cette vision n'a, évidemment, qu'un rapport lointain avec la réalité. En plus d'être une méthode, la recherche scientifique est également une forme d'investissement : on dépense des ressources – humaines, énergétiques, matérielles – pour fabriquer du capital, en l’occurrence toute une série de connaissances et de techniques.

Le problèmes des investissements, c'est que contrairement à la magie, ils sont soumis à la loi des rendements décroissants. Comme on s'attaque en premier aux problèmes les plus faciles, plus le temps avance, plus il faut investir pour obtenir des résultats, jusqu'au moment ou le coût des investissements dépassent le gain qu'on peut logiquement en attendre.

A ce moment-là il est temps de passer à autre chose.

Il était encore possible au XIXème siècle de faire des découvertes majeures dans son garage. Pierre et Marie Curie ont découvert le polonium et le radium avec des moyens sans commune mesure avec ceux qui sont utilisés aujourd'hui pour synthétiser quelques atomes d'éléments ultra-lourds. Cette possibilité a aujourd'hui pratiquement disparu, même dans le domaine informatique. Des astronomes amateurs peuvent encore découvrir des comètes ou des planétoïdes, Heiko Bleher peut encore parcourir les jungles à la recherche de nouvelles espèces de poisson, mais pour l'essentiel, la recherche scientifique est le domaine des gros laboratoires très bien financés.

Ce que cela signifie, c'est que le rendement de la recherche scientifique baisse de manière tendancielle. Jonathan Huebner, un physicien travaillant au Navail Air Warfare Center, a ainsi démontré que si on la mesure en brevet par habitant, le rendement de la recherche scientifique baisse depuis 1873, et représentait en 1995 à peu prés les deux tiers de ce qu'elle était alors.

Si cela ne correspond pas à notre expérience quotidienne, c'est que nous compensons en investissant toujours plus de ressources dans la recherche. Ces investissement ne se limitent pas au financement direct de la recherche. Il inclut toutes les dépenses d'éducation, sans lesquels il ne peut y avoir de recherche, mais aussi une partie des dépenses culturelles – par exemple l'entretien des bibliothèques.

Si notre capacité à investir devait se réduire, la recherche scientifique risque fort de ne plus rien produire du tout. Et tous ceux qui ont lu le rapport Meadows savent que c'est précisément ce qui est sur le point d'arriver.

D'ailleurs, lorsqu'on examine l'état réel de la science, on s’aperçoit qu'elle ne progresse plus de manière significative que dans quelques secteurs – essentiellement l'informatique et les biotechnologies. Partout ailleurs les percées sont devenues une chose du passée. La physique moderne tourne autour de la théorie de la relativité et de la mécanique quantique, deux théories formulées au début du XXème siècle. Dans le domaine de l'énergie, la dernière percée – le nucléaire civil – date des années quarante, et les technologies miracles qu'on nous présente aujourd'hui sont souvent dans les tuyaux depuis des décennies et risquent fort d'y rester.

Même là où le progrès est encore rapide, comme dans l'informatique, il se traduit de moins en moins par des avantages concrets pour le commun des mortels. La mémoire vive et les capacités graphiques des ordinateurs continue de croître, mais cela ne se traduit plus par des gains de productivité, sauf dans des domaines très spécifiques – l'édition de Libre Office sur laquelle je travaille n'est que marginalement plus efficace que le Clarisworks de ma jeunesse.

Nous en arrivons même, pour préserver l'illusion d'un progrès rapide dans tous les domaines, nous recyclons des technologies qui faisaient fureur au début du XXème siècle. C'est par exemple le cas de la voiture électrique, qui dominait le marché américain entre 1897 et 1920, avec des performances sensiblement identiques à celles qu'on nous proposent aujourd'hui.

Nous avons même abandonné quelques technologies, même si nous refusons de l'admettre. Il n'y a plus de supersoniques civils dans no cieux, par exemple, et l'industrie spatiale est retournée aux fusées des années soixante.

Ce phénomène a toutes les chances de s'accélérer au fur et à mesure que nous nous heurterons aux limites de la croissances et que nos ressources commenceront à décliner.

En effet, les connaissances et les techniques que produit la recherche scientifique doivent être constamment entretenues, faute de quoi elles se dégradent et sont oubliées. Cela est arrivé relativement fréquemment dans l'histoire. Les grecs ont ainsi oublié l'écriture après la chute des cités mycéniennes. Cela peut nous arriver à nous aussi.

Nous disposons d'un système de formation extrêmement complexe et coûteux, dont le but principal est d'éviter que nos connaissances se perdent, en formant constamment de nouveaux spécialistes qui remplaceront ceux qui meurent ou partent à la retraite. Ce système se heurte, lui aussi, à la loi des rendements décroissants.

La réduction programmée de nos ressources affectera nécessairement sa capacité à remplir sa mission. C'est déjà le cas aux Etats-Unis, où la crise financière a poussé les université à fermer un certain nombre de département. En France, nous observerions plutôt une baisse de la qualité de l'enseignement. Dans les deux cas, le résultat final est le même : notre capacité à transmettre la connaissance à la suivante diminuera, à terme de manière drastique, et des technologies seront abandonnées. Cet abandon ne sera pas brutal et ressemblera plutôt au lent déclin du rêve spatial et l'acte final ne sera sans doute remarqué que par une poignée de nostalgique.

Le reste d'entre nous sera sans doute occupé à retrouver des manières de vivre et des technologies adaptées à un monde de ressources rares et d’opportunités limitées, loi, très loin des promesses vaines des techno-optimistes.

http://vudesruines.blogspot.com/


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70 réactions à cet article    


  • joelim joelim 23 janvier 2012 12:46

    Le vrai problème est que la recherche scientifique est souvent éloignée des principes élémentaires d’éthique. En effet toute recherche devrait avoir pour but d’améliorer la condition humaines, au sens large, connaissance incluse. Elle devrait d’attacher à améliorer les processus d’activités humaines, à produire - ou à laisser entrevoir - des améliorations fonctionnelles.

    Mais rien de tout cela ou presque. On fait de la recherche en armement - 1er poste de dépense mondial sans besoin de gros calcul -, en manipulation des cerveaux, en OGM, et le reste c’est une multitude de tours d’ivoire, basées sur des dogmes que les contemporains n’ont même pas créés, et dont la plupart de l’énergie passe à « travailler » sur le jargon afin de faire croire qu’il y a quelque chose d’intéressant derrière.... Bon ok j’exagère un peu. Mais ce n’est pas faux.

    • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 16:06

      Que ni la recherche, ni la technologie ne soient neutre éthiquement, c’est une évidence, mais il n’en reste pas moins que même la « bonne » recherche est soumises à des contraintes et à des limites.

      Par ailleurs, c’est bien de protester contre l’armement, mais si vous êtes le seul à le faire, vous allez avoir des problèmes. Je me souviens du temps où les pacifistes étaient à l’ouest et les missiles à l’est


    • lavabo 23 janvier 2012 13:04

      article ridicule du debut a la fin, le club de l’enclume en mode catastrophique.........


      • epapel epapel 23 janvier 2012 16:33

        Simplet vient de sortir de sa salle bain.


      • mrdawson 23 janvier 2012 13:28

        Mouais plutot n’importe quoi.
        La production scientifique aurait plutot tendance à augmenter avec le temps (ex : http://fr.wikipedia.org/wiki/Production_mondiale_d%27articles_scientifiques qui sont de plus en plus nombreux). D’ailleurs au sujet de la production scientifique, je ne sais pas pourquoi avoir pris les brevets et pourquoi avoir relativisé par la population. C’est la somme totale de la production scientifique qu’il est intéressant de surveiller pas son rendement par million d’habitant...

        Quand à vos exemples de domaines où la science ne progresse plus, c’est vraiment une question de point de vue. Les nanotechnologie, la robotique, l’intelligence artificielle, la neurobiologie, la biologie moléculaire sont quelques exemples de domaines dans lesquels des pas de géants sont faits chaque année.

        Je ne sais pas si la science nous sauvera ou pas, mais il semble que la production scientifique augmente exponentiellement plutot que ralentisse sur les dernière décennies.


        • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 15:55

          Huebner a pris la population global comme facteur car il estime que le nombre d’innovateur augmente avec la population, j’aurais plutôt pris le nombre de chercheur pour mesurer le degré d’investissement dans la recherche. Je suspecte que le déclin aurait été encore plus marqué.

          La hausse de la production (nonobstant le publish or perish qui tend à faire gonfler les stats) n’est pas incompatible avec une baisse de rendement. Il suffit que celle-ci soit plus que compensée par la hausse des investissements et, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, les ressources qui permettent ces investissements sont sérieusement entammées. Combiner la baisse du rendement avec l’épuisement des ressources, et le résultat est facile à deviner

          Quant aux sciences qui progressent vite... elles le font toutes quand elles sont jeunes, ce qui est le cas des biotechnologies et de l’informatique, aprés le niveau de progression est usé par la loi des rendements décroissants. L’intelligence artificielle a trés peu avancé depuis au moins une décennie, alors qu’Hal 9.000 était censé équipé nos vaisseaux spatiaux dés 2001


        • epapel epapel 23 janvier 2012 16:32

          Il y a d’autres critères :
          - la population alphabétisée et là il n’ y pas photo
          - les investissements réalisés, même chose

          Autre phénomène qu’on mesure bien dans le domaine des médicaments mais qui vaut dans tous les domaines : au fil du temps sur un sujet donné les innovations apportent un progrès d’autant moins important qu’elle concernent une population vaste, ce qui réduit le retour sur investissement ou augmente le coût unitaire . Les progrès techniques à effet de masse qui restent à faire concernent des populations insolvables donc ils ne se produisent pas.

          Autre phénomène qu’on observe dans le domaine de l’énergie : les gains sur les rendements sont d’autant plus petits et difficiles à obtenir qu’on s’approche du rendement théorique maximal. (par exemple les chaudières les plus récentes dépassent les 90%).


        • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 23 janvier 2012 13:52


          La science est merveilleuse, la technologie qui en découle, à la seule condition qu’un peu de conscience préside à son utilisation, est également merveilleuse. Elle libère. Elle élève, guérit, nourrit, habille, ouvre des perspectives, étend notre vision du monde et de nous-même.

          La scient et la technologie, sous-tendue par une philosophie de vie adéquate, est un pur bonheur.

          Et c’est n’est que le début !

          Cet article, qui fait de la peine à lire, a été écrit par un vieux. Condoléances.


          • Politeia 23 janvier 2012 14:44

            Et pourtant, toute cette science sans énergie risque de ne pas nous être très utile. Le défi qui attend notre génération c’est la fin des énergies fossiles. Et à l’heure actuel des choses on a rien trouvé pour les remplacer.


          • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 15:36

            Alexis,

            Que la recherche soit un pur bonheur c’est certain... de même que la capacité à s’envoler en battant des bras. Dans les deux cas, la coopération de l’univers risque de vous faire défaut.

            Si la recherche exige de plus en plus de ressources et que ces ressources ne sont pas renouvelables, tôt ou tard leur épuisement mettra un terme à la ballade des gens heureux


          • epapel epapel 23 janvier 2012 16:55

            D’autant que l’article n’est pas une critique de la science et de la technologie mais de l’illusion que la science et technologie viendront à bout de tous les problèmes.

            On oublie souvent que la quasi totalité des problèmes nouveaux sont provoqués par une utilisation massive des technologies, or comme le montre très bien l’auteur si on ne déploie pas le plus massivement possible les technologies alors on ne peut que plus difficilement les amortir, et surtout dès qu’une technologie plaît alors elle est condamnée à se déployer jusqu’à ce que plus aucun gain d’échelle ne soit plus possible ou que les ressources soient insuffisantes.

            Donc il y a deux issues possibles :
            - la science et la technologie butent sur leurs propres limites (thèse de l’auteur) et donc ne pourront pas résoudre les problèmes existants
            - il n’y a pas de limite pour l’une et l’autre, les « progrès » continueront de façon exponentielle et les inévitables problèmes crées avec.et donc nous finiront par être submergés par ces problèmes.


          • jacques lemiere 23 janvier 2012 17:41
             L’article est trop flou science recherche technologie ces termes demanderaient à être précisé...l’auteur prend trop de hauteur et énonce des quasi évidences...ceci dit il a le mérite de rappeler que « pour nous sortir de la merde yaka faire de la recherche » est une simple croyance....
            D’ailleurs il me semble que le moteur de la révolution industrielle est d’abord l’augmentation de productivité , il est clair qu’à technologie égale on peut imaginer encore de gros bouleversement technologique , vous croyez que tout le monde à l’eau courante ?
             Seule une minorité de la population du monde vit avec la technologie....justement celle qui peut s’ne plaindre...

          • jacques lemiere 23 janvier 2012 17:41

            désolé pour touts ces fautes...


          • epapel epapel 23 janvier 2012 19:20

            Déjà, essayer d’arrêter d’en faire en le disant.


          • Croa Croa 23 janvier 2012 23:50

            « mais de l’illusion que la science et technologie viendront à bout de tous les problèmes. »

            Là on serait d’accord mais grossièrement ce que nous dit l’auteur dans le corps du texte c’est que la science atteint des limites et là, pas d’accord !


          • Karash 25 janvier 2012 00:54

            L’auteur ne dit pas que le progrès technique est borné.

            Il dit que le cout marginal est croissant à chaque découverte, et que par conséquent le rythme du progrès scientifique est forcément décroissant.

            Exemple : la suite des 1/n.
            Si je fais 1 + 1/2 + 1/3 + .... + 1/k Je peux obtenir n’importe quel nombre en choisissant un k assez grand. Mais la valeur du k, croit exponentiellement. Si vous essayer de faire un petit algorithme avec une calculette, vous allez avoir l’impression que la suite est bornée parce qu’au bout d’un moment la valeur du 1/k qu’on rajoute est tellement petite que ça revient à zéro pour la calculette.

            Ce raisonnement du cout marginal croissant est juste. Mais il manque la prise en compte de qu’on pourrait appeler l’apport économique marginal de la recherche. Il est indéniable que le cout du progrès est exponentiel, mais la contribution économique de l’information obtenue pourrit aussi être exponentiel, et compenser le cout exponentiel par une augmentation exponentielle des moyens.

            Intuitivement, en tant qu’étudiant en école d’ingé, je dirais que ça ne compense pas, mais je ne vois pas de justification immédiate pour cela. En effet notre vision du progrès a été complètement pervertie par 150 ans d’exploitation des énergies fossiles.

            J’ai entendu parler des thèses de Nicoles Georgesu Roegen, basées sur la thermodynamique en faveur de la décroissance. Il faudra que je m’y plonge un jour car il apporte peut-être des réponses sur cet aspect.

          • Damien Perrotin Damien Perrotin 25 janvier 2012 09:33

            Karash, vous avez en effet compris la nature du problème côté science, et il est indéniable que l’augmentation de nos ressources a fait plus que compenser, sauf que cette augmentation est aussi bornée.

            La production est le produit de trois facteurs : les ressourcse naturelles, le travail humain et le capital (y compris scientifique et technique), or les ressources s’épuisent et pour les ressources énergétiques leur production est condamnée à décroitre à court terme. On peut compenser en travaillant plus ou en investissant dans le capital (productivité), mais les gains de productivité sont aussi soumis à la loi des rendements décroissants et par ailleurs l’ensemble du capital n’est pas productif.

            Comme la formation de capital implique des frais de maintenance, on a :

            - une augmentation (disons linéaire pour simplifier) des coûts de maintenance
            - une baisse des ressources naturelles
            - une baisse du rendement des investissement

            D’où un bel effet de ciseau qui diminiue tendanciellement nos resources disponibles. Là où ça devient amusant, c’est que ça risque d’obérer notre capacité à entretenir notre capital et provoquer un beau cercle vicieux.

            Pour les références, vous pouvez regarder Greer (un peu hors norme, je l’admets, mais extrêmement carré dans ses analyses)


          • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 15:27

            Politeia,

            Il est certain que la haute technologie ne sert à rien sans énergie, mais il ne faut pas oublier que la recherche et la transmission du savoir requiert également de l’énergie. Que se passera-t-il lorsqu’elle viendra à manquer. Il n’est que trop aisé de le deviner.


            • epapel epapel 23 janvier 2012 17:29

              Le démantèlement progressif de l’Etat dans tous les pays occidentaux sous couvert d’efficacité et et réduction de la dette et dans tous les domaines (santé, recherche, éducation...) démontre très bien que nous avons déjà dépassé les limites dont parle l’auteur

              En effet, dans une perspective de progrès, les gains d’efficacité réalisés devraient se traduire par une amélioration globale des services rendus, or c’est le contraire qui se produit sous yeux au point que nous n’arrivons même plus à en maintenir le niveau.

              Les exemples le plus frappants :
              - les progrès médicaux qui se traduisent par des coûts de plus en plus élevés pour un budget global qui augmente plus vite que les ressources disponibles  :>4% de croissance annuelle des dépenses contre <2%du PIB donc il est impossible que ça dure
              - le coût réel des armements fait plus que doubler à chaque génération de matériel, et il faut deux fois plus de temps pour les mettre au point ce qui est logique, mais pas leur efficacité, rappelons que les technologies militaires sont à la pointe du progrès
              - même chose pour le nucléaire, l’EPR coûtera 2 à 3 fois plus cher que la technologie précédente pour une même production finale d’électricité, technologie de pointe là aussi.


            • Abou Antoun Abou Antoun 24 janvier 2012 01:19

              Le démantèlement progressif de l’Etat dans tous les pays occidentaux sous couvert d’efficacité et et réduction de la dette et dans tous les domaines (santé, recherche, éducation...) démontre très bien que nous avons déjà dépassé les limites dont parle l’auteur
              Évidemment d’accord avec votre constat concernant le démantèlement progressif de l’État, mais s’agit-il vraiment d’un seul problème de moyens ?
              On voit l’état abandonner ses prérogatives même quand il n’y a aucun coût associé. N’est-ce pas plutôt une volonté politique liée au fait que les États tels qu’ils sont sont un frein au Nouvel Ordre Mondial.


            • Damien Perrotin Damien Perrotin 25 janvier 2012 09:36

              Le NWO est une blague pour extrèmistes - une blague confortable, je l’admets. Si presue tous les états développés voient leur capacité à agir diminuer, c’est évidemment un problème de moyen, ou plutôt de ressources disponibles. C’est ce qui rend le problème quasiment imopssible à résoudre. On peut inverser des politiques, on ne peut pas inventer des ressources.


            • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 16:45

              Epapel,

              Ce que vous décrivez est la loi des rendements décroissants, et elle est effectivement quasi-universelle


              • epapel epapel 23 janvier 2012 16:56

                Je voulais l’illustrer avec des exemples concrets et incontestables.


              • sleeping-zombie 23 janvier 2012 16:56

                Hello,

                Que la science ralentisse n’est (a mes yeux) pas une catastrophe. Qu’elle s’arrête même totalement n’est pas un problème pour peu qu’elle se maintienne.

                Car, en fin de compte, à quoi sert-elle, la science ?
                -nous nourrir
                -nous chauffer
                -nous soigner
                ... et accessoirement nous distraire.

                Le niveau actuel de la science nous permet déjà de faire tout cela.
                Le titre dit « Pourquoi la recherche ne nous sauvera pas », mais nous sauver de quoi ?
                On produit déjà assez de nourriture pour tout le monde, s’il y a des famines, c’est pas par manque de technologies.
                On sait déjà soigner presque toutes les pathologies connues, si les maladies font encore autant de morts, c’est pas par manque de technologies.
                On s’est affranchi du travail, mais ça n’a servit qu’a créer du chômage, et là encore, ce n’est pas une question de technologie.
                On a la science du 21eme siècle, mais la société du 19eme. (Et on recule lentement...)

                Mais de quoi la recherche est-elle censée nous sauver ? de nous-même ?


                • epapel epapel 23 janvier 2012 20:02

                  Les scientistes prétendent que la science va résoudre tous les problèmes qui se posent à l’humanité :
                  - pollutions de toute nature
                  - épuisement des ressources, notamment énergétiques
                  - réchauffement climatique
                  - explosion démographique
                  - ...

                  Ci ira comme ça, Hibernatus ?


                • perlseb 23 janvier 2012 21:35

                  Je crois que sleeping-zombie est dans le vrai. L’auteur nous fait croire que la science-technique est toute puissante dans cette société. Ce n’est pas ce que vous comprenez, quand vous êtes ingénieur sur le terrain : on vous dit toujours « La technique, on sait faire, ce qu’il faut d’abord, c’est vendre ». Autrement dit, ce n’est pas un problème de faisabilité ou de manque de moyens humains (nombres de scientifiques et de docteurs dans tous les domaines largement suffisants, mais ils sont complètement sous-utilisés : travail dans un autre domaine, ou compétences nettement supérieures au besoin de leur poste, quand ce n’est pas le chômage qui les empêche de créer quoi que ce soit...) C’est bien un problème purement économique profondément lié à l’argent, la façon dont il est créé et utilisé.

                  Mais il est vrai que l’auteur attend beaucoup trop de la science et technique. La technique n’est pas là pour faire ressembler le monde aux fausses prédictions des films de sciences-fiction. Les navettes spatiales étaient par exemple un non-sens dans lequel il ne fallait pas se lancer, du moins, à l’heure actuelle où la résistance des matériaux que l’on sait fabriquer de façon « économique » (résistance aux fortes chaleurs et pressions) est encore largement insuffisante pour pouvoir réutiliser des « vaisseaux spatiaux ». De plus, est-ce qu’une « guerre des étoiles » avec des vaisseaux spatiaux est un réel progrès, un projet de civilisation ? La réponse est clairement non. Des chasseurs-cueilleurs en paix sont plus civilisés à mon avis. Ce n’est pas le matériel qui fait la civilisation mais la finalité de ce que l’on fait, avec ou sans matériel.

                  En fait ce qui domine ce monde, c’est l’argent. C’est aussi l’argent qui le limite complètement. Le pneu inusable, pourtant réel gain de productivité, n’a pas d’avenir dans une société d’obsolescence programmée.

                  La destruction de l’environnement, le réchauffement climatique qui en découle, l’épuisement des ressources, tout cela est lié à l’obsolescence programmée, à l’impossibilité d’atteindre l’abondance sans effort à cause du système économique qui rendrait l’argent obsolète. Comment faire payer l’eau si elle n’est pas polluée, comment faire payer des pneus s’ils durent plusieurs générations, comment faire payer l’énergie si chacun est équipé de panneaux solaires et si toutes les maissons sont parfaitement isolées ...

                  La science-technique ne répondra pas au problème du pouvoir oligarchique. Seule une nouvelle constitution, rédigée par un peuple informé, peut changer le système. La concentration du pouvoir (par élection ou par l’argent) ne répondra jamais à l’intérêt du plus grand nombre, et la science (et ses promesses) sera toujours largement sous-utilisée. Toutes les connaissances actuelles sont largement suffisantes à répondre à tous nos problèmes, mais pas avec le système économique actuel. Nous n’avons par réellement besoin de nouvelles découvertes scientifiques pour vivre mille fois mieux, juste d’un nouveau système. Voyager en vaisseau spatial est un rêve de gamin, la décence d’un adulte serait de s’attaquer à ce rêve quand les besoins plus élémentaires de tous seraient satisfaits.


                • sleeping-zombie 23 janvier 2012 21:51

                  @perlseb : merci du complément, on est a peu près sur la même longueur d’onde

                  @epapel : on doit pas fréquenter les mêmes personnes, car aucune des personnes avec une vague formation scientifique que j’ai croisée dans ma vie (7 ans en fac de sciences + 10 ans de boulot dans l’informatique) n’attend ça de la science.
                  L’énumération que tu as faite sont tous des problèmes politique (sous-catégorie « économie ») mais pas scientifique. On sait déjà comment les résoudre. On ne veut pas le faire.


                • epapel epapel 23 janvier 2012 23:38

                  Malheureusement, il y a peu de personnes rapportées à la masse de la population qui ont reçues une formation scientifique ad hoc, et c’est cette masse qui vote pour les politiques qui la dirigent qui attend beaucoup de la science.

                  Lisez les commentaires sur Agoravox vous apprendrez par exemple que l’énergie libre est en pagaille et qu’il suffit de se baisser pour la ramasser.

                  Écoutez aussi les les Allègres et les Charpak, ils vous diront que tout a une solution technique :
                  - problème d’énergie : nucléaire
                  - alimentation : OGM
                  - maladies : thérapie génique
                  - ...


                • lulupipistrelle 23 janvier 2012 23:55

                  Agoravox ne représente pas la société.
                  Ensuite le citoyen ordinaire n’a peut-être pas de culture scientifique très poussée, mais il commence à se méfier des solutions faciles que lui propose l’exécutif...
                  Il suffit d’une poignée de contestataires bien documentés, sachant argumenter, pour le faire réfléchir, et l’aider à se forger une conviction . Le flop de la vaccination anti-H1N1 devrait vous convaincre de sa perspicacité.


                • Abou Antoun Abou Antoun 24 janvier 2012 01:02

                  Agoravox ne représente pas la société.
                  On se demande parfois où sont passés les 53% d’électeurs de Sarkozy ???


                • Abou Antoun Abou Antoun 24 janvier 2012 01:09

                  Malheureusement, il y a peu de personnes rapportées à la masse de la population qui ont reçues une formation scientifique ad hoc, et c’est cette masse qui vote pour les politiques qui la dirigent qui attend beaucoup de la science.
                  Il y a également très peu de scientifiques dans les instances dirigeantes. Les politiciens qui font carrière ont fait des études de droit ou d’administration, ils ont appris à parler mais sont en général totalement dépassés par les problèmes concerts de la société et de la planète. Le ’vrai’ scientifique n’a pas le profil du mâle dominant qui réussit en politique.


                • Abou Antoun Abou Antoun 24 janvier 2012 01:14

                  On a la science du 21eme siècle, mais la société du 19eme. (Et on recule lentement...)
                  Cela est tout à fait perceptible. Le retour en force des religions et de l’obscurantisme, du capitalisme le plus rétrograde sont des signes qui ne trompent pas. Aux Etats-Unis les ’créationnistes’ font un retour en force. Il se passe des choses inimaginables. La régression dans le domaine des idées est totale.
                  En fait on recule très vite.


                • Karash 25 janvier 2012 01:55

                  @perlesb


                  « En fait ce qui domine ce monde, c’est l’argent. C’est aussi l’argent qui le limite complètement. Le pneu inusable, pourtant réel gain de productivité, n’a pas d’avenir dans une société d’obsolescence programmée.  »

                  Attention avec la notion d’obsolescence programmée. Un objet ne peut pas être inusable. Il peut eventuellement, s’il est bien concu, être réparable facilement, mais rien n’est increvable.
                  Et le problème ne vient pas que des méchants industriels. Il vient aussi et surtout des clients/consommateurs incapables de s’organiser pour évaluer les performances des produits qu’on leur vend, condition sine qua non pour une consommation raisonnable.

                  Quand on sait que le magasine 60 millions de consommateurs peine à être rentable, il y a des baffes qui se perdent.


                • lulupipistrelle 23 janvier 2012 18:11

                  La Recherche fondamentale, c’est une chose la Recherche appliquée une autre.

                  la Recherche fondamentale est en principe une affaire publique, ou du moins l’était avant que l’Etat capitule, et impose le partenariat public-privé dans la plupart des organismes de recherche... Qui privé, dit investissement, dit résultat à court terme... et la Recherche fondamentale c’est pas tout de suite rentable.

                  Un des problèmes de la Recherche appliquée est le dépôt de brevet, en France et puis dans le monde... il est des pays, par exemple au hasard les USA, érigés en citadelle ... non seulement il est très difficile d’avoir des referee impartiaux , mais souvent on se fait copier via un brevet déjà déposé ailleurs, par des grosses boîtes (on se demande qui les a mises au courant...) pendant le temps de certification...

                  Ensuite, on peut pas dire que le patriotisme soit le principal souci de nos politiques, qui sur la seule foi d’une commission européenne ont anéanti le travail d’une génération en Chimie...

                  Bien des domaines non rentables , à première vue, sont écarté par les grosses boîtes, et ne seront jamais explorés...

                  En matière d’innovation, ce sont les Chercheurs universitaires, ou indépendants (les mêmes avec quelques années de plus) qui sont les plus susceptibles de progresser.
                  Mais malheureusement, les conflits d’intérêt tuent souvent dans l’oeuf les découvertes qui remettraient en question des investissements et des stratégies déjà engagés.


                  • epapel epapel 23 janvier 2012 19:55

                    En revanche là, Cassino aurait eu son mot à dire mais il ne l’ a pas fait.


                  • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 20:39

                    Epapel,

                    Vous avez saisi la nature du problème. J’ajouterais que la conservation des acquis scientifiques et techniques exige des ressources que nous n’aurons peut-être pas ou que nous devrons consacrer à d’autres urgences. Nous pouvons réellement perdre des technologies à terme.

                    lulupipistrelle,

                    Vous avez raison, mais cela n’empêche pas la recherche appliquée d’être soumise aux mêmes contraintes physiques que la recherche fondamentale. Comparez le coût de construction et de recherche de la Jamais Contente et ceux d’une voiture électrique moderne ... qui ne va ni beaucoup plus vite ni beaucoup plus loin (la batterie est plus performante mais comme le véhicule est plus lourd...)


                    • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 22:12

                      Perisib & sleeping zombie.

                      Je n’ai jamais dit que la science pouvait tout résoudre, en fait c’est exactement le contraire, j’affirme que le progrés scientifique et technique a des limite indépassable, et qu’il peut s’inverser.

                      Votre problèmatique est différente et méritera un article spécifique, mais en gros, si une chose est faisable techniquement mais pas économiquement, cela veut dire que la société n’a pas assez de ressources pour le faire, ou préfère les utiliser à autre chose. Si cela devient systèmatique, c’est que la société butte sur les limites de ressources de son environnement et que la chute n’est pas loin.

                      Quant à se donner pour priorité de donner le minimum vital à tous les habitants de la planète, c’est un projet généreux, mais vous vous rendez compte, j’espère, que cela implique de diminuer d’une manière significative le niveau de vie des pays dévelopés... d’environ 80%.


                      • lulupipistrelle 23 janvier 2012 22:29

                        Si limite il y a , elle est sociétale, un point c’est tout.
                        Dans une société régit par le profit, et l’intérêt d’un petit nombre, tout s’encrasse : le progrès scientifique et technique comme le progrès humain et la démocratie.


                      • perlseb 24 janvier 2012 18:05

                        si une chose est faisable techniquement mais pas économiquement, cela veut dire que la société n’a pas assez de ressources pour le faire

                        Mais que dire de ces jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail, ou alors complètement sous-qualifié ? La société en tant que groupe d’humains a des ressources incroyables, mais la société en tant que système économique (à jeter) est complètement bridée.

                        Il n’y a absolument aucune efficacité globale dans un monde privatisé où la concurrence est partout et la connaissance (brevets) également privatisée. Même si certaines entreprises paraissent efficaces individuellement, elles sont dupliquées et l’efficacité globale de ces systèmes fermés juxtaposés sera effectivement de plus en plus faible. Il nous faut passer à un autre système économique : un système ouvert basé sur la coopération et la gratuité intégrale de toutes les nouvelles connaissances aquises. En particulier, un système économique qui laisse des gens aptes sur le carreau est un système forcément inefficace qui nous appauvrit tous.

                        Je crois que si le système était basé sur la coopération et non la compétition, le profit et l’individualisme, on s’apercevrait que nos ressources renouvelables sont gigantesques : on pourrait se passer d’énergie fossible (fort rentable pour certains).

                        Mais je crois quand même que vous avez raison : si nous ne changeons pas notre système économique, notre décadence (en cours) va s’accélérer et finir par se voir de plus en plus. Peut-être même que les rares qui auront l’argent de faire des études dans le monde de demain (riches exclusivement) apparaîtront comme des magiciens au peuple laissé ignorant (plus d’écudation publique pour cause de faillite organisée). Cette néo-féodalité sera sûrement plus stable dans le temps que notre Moyen-Âge en ce sens qu’il y aura un réel fossé entre les nouveaux seigneurs (gardiens auto-proclamés des connaissances acquises) et le peuple (qui aura tout perdu).


                      • Damien Perrotin Damien Perrotin 23 janvier 2012 23:08

                        Lulupipistrelle,

                        Êtes-vous en train de me dire que si on supprime les méchants « profiteurs » les puits de pétrole épuisés se rempliront magiquement ? Ce type de raisonnement a été assez fréquemment mis en œuvre au cours du dernier siècle. Les résultats ont été peu concluants.

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