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Accueil du site > Actualités > Technologies > Si le singe est moins intelligent et moins dément que l’homme, (...)

Si le singe est moins intelligent et moins dément que l’homme, c’est à cause des méthylations

L’étude des mécanismes épigénétiques ne cesse de livrer des résultats importants montrant le rôle essentiel de ces processus dans le développement des organismes mais aussi les transformations évolutives laissant des « traces épigénétiques » dans les différentes espèces (comme on a pu l’exposer précédemment). Ces mécanismes sont de plusieurs types. Modifications des histones, de l’ADN, expression des gènes, régulation par les nombreux types d’ARN, de petites tailles ou plus longs. Une équipe de chercheurs conduite par Soojin Yi à Atlanta vient de publier des résultats portant essentiellement sur le degré de méthylation de l’ADN consigné en établissant des cartes épigénétiques ciblant les régions du génome. Les méthylations assurent nombre de fonctions dont certaines ont été identifiées. Elles sont présentes chez les vertébrés mais absentes de deux invertébrés parmi les plus étudiés, la mouche drosophile et le ver nématode. Les méthylations interviennent de manière déterminante dans l’expression ou la répression des gènes et leur rôle évolutif est largement établi, ainsi que leur rôle dans le passage du génotype au phénotype. L’étude récemment publiée a consisté à comparer les cartes épigénétiques de cellules du cortex préfrontal, les unes provenant de l’homme et les autres du chimpanzé (J. Zeng et al. American J. Human Genetics, 91, 1-11, 2012).

Les généticiens se demandent comment les schémas de méthylation diffèrent sensiblement entre espèces très proches et si ces différences sont déterminantes pour le phénotype et l’évolution. En utilisant une technique spécifique, Yi et ses collaborateurs ont trouvé des divergences appréciables en comparant les cortex de l’homme et du chimpanzé. Ils ont pu aussi relier ces divergences aux différences d’expression des gènes dans les cerveaux respectifs de ces espèces proches. Mieux encore, des profils de méthylation spécifiques ont pu être associés à des pathologies propres à l’homme. Ces processus de modifications de l’ADN sont donc d’une grande importance car ils déterminent le phénotype des cellules tout en modulant l’expression des gènes. Dans les détails, les méthylations sont directement impliquées dans la répression des gènes lorsqu’elles se produisent au niveau de ces séquences particulières que sont les promoteurs et qui peuvent permettre l’expression des gènes ou bien les rendre silencieux lorsqu’ils sont précisément méthylés. Autre champ d’intervention pour les méthylation, celui des épissages alternatifs ainsi que la régulation des micro-ARN, petits fragments d’une à deux dizaines de nucléotides dont le rôle régulateur est très important.

Le premier résultat à retenir de ces études, c’est le haut degré de méthylation dans les cellules de cortex cérébral, comparativement à d’autres cellules du même organisme. Phénomène qui contredit l’hypothèse d’une méthylation croissante en fonction du degré de différenciation cellulaire. De plus, ce haut degré de méthylation serait compatible avec le constat que l’expression des gènes cérébraux est particulièrement soumise aux contraintes évolutives. Ainsi, ces méthylations exerceraient un contrôle sur un éventuel bruit présent dans toute expression génétique. Ces hypothèses sont fort intéressante dans le cadre du paradigme récent de la dynamique génomique génératrice d’instabilité et de bruit qui, s’il est maîtrisé, permet la différenciation phénotypique et surtout, la plasticité cellulaire. Et justement, cette plasticité qu’on associe aux facultés mentales développées de l’homme semble associée à un degré de méthylation cérébrale moins élevée que chez le singe. L’homme est plus intelligent que le singe mais le revers de la médaille, c’est que la plus faible méthylation du cerveau serait aussi corrélée à la genèse de diverses pathologies parmi lesquelles l’autisme, l’addiction, quelques formes de démence et enfin certains cancers. Enfin, on peut observer une augmentation de méthylation avec l’âge, ce qui laisse penser que l’expression génique se stabilise. Ce fait a été constaté chez des sujets de 47 et 48 ans comparés à un autre de 31 ans. Ces résultats sont en effet compatibles avec les données récentes montrant une instabilité expressive du cerveau chez l’enfant et l’adolescent. Mais passé les 55 ans, il semble que l’expression génique se déploie à nouveau. Et comme le soulignent Yi et ses confrères, d’autres résultats vont dans un sens contraire, ce qui montre le chemin à parcourir pour avoir des données fiables pouvant être insérées dans un schéma global de la dynamique informationnelle liée au génome et à l’épigénome.

La conclusion la plus tangible reste donc le lien entre une méthylation plus faible de l’ADN chez l’humain et la fragilité de l’homme face à cette panoplie de pathologies qui lui collent à la peau, certaines liées à la prolifération cellulaire, d’autres à des dégénérescence et enfin certaines liées à des désordres cérébraux manifestes. Pour le reste, le rôle des processus épigénétiques apparaît de plus en plus complexe, laissant penser comme je l’avais déjà suggéré que les secrets du vivant échappent à notre compréhension et par voie de conséquence, à la maîtrise totale de la vie, pour le meilleur et pour le pire. Pour finir, cette question des méthylations ouvre un questionnement sur le sens de l’évolution. Mais je resterai silencieux sur ce sujet.


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9 réactions à cet article    


  • clostra 25 septembre 2012 12:21

    Votre silence final est évidemment inquiétant.

    Une petite remarque sur l’intelligence qui me vient après avoir vu un test fait simultanément sur des singes (l’espèce m’échappe) et des enfants. Il s’agissait d’une boite un peu complexe d’où il fallait extraire un élément. Les singes - qui ne se posaient pas de question - étaient beaucoup plus rapides.

    Par ailleurs - et ce n’est pas très scientifique comme réflexion - on dit qu’on passe mettons quarante ans à vivre et le reste du temps à un retour en arrière. Avec ce que vous nous faites découvrir, on peut être plus précis sur ce qu’il advient de nos souvenirs...

    quelques citations :

    « La vie ne se comprend que par un retour en arrière, mais on ne la vit qu’en avant. »
    de Sören Kierkegaard

    « Après quarante ans, c’est sur la nuque que nous portons notre véritable visage, regardant désespérément en arrière. »
    de Julio Cortazar

    « La vie commence à cinquante ans, c’est vrai ; à ceci près qu’elle se termine à quarante. »
    de Michel Houellebecq

    Il y a donc « un truc » entre la matière et l’esprit.


    • luluberlu luluberlu 25 septembre 2012 12:24

      Merci Bernard ; pas tout compris mais éclairant quand même. Deux remarques :
      Quel sens donnes tu à « sens » de l’évolution....y a t’il un sens dans le continuum espace temps qui nous véhicule... ? comme dirait Marjorie de Total : Sans sens mes sens sont une essence.
      La deuxième sur l’intelligence, si c’est efficience dans "l’intérêt de l’espèce, et des espèces ., le Bonobo, par sa résolution des conflits sociaux....me parait plus efficace que sapiens.
      si intelligence =technologie, là Sapiens est un sommet inégalé dans notre galaxie, pour quelques seconde encore, à l’échelle de l’évolution du Vivant.
      Encore merci de ton taf que je lis souvent.


      • foufouille foufouille 25 septembre 2012 12:47

        sauf que le singe vit a la cool, donc bof l’article
        un chimpanze en colere est tres violent


        • Alpha&Omega 1er octobre 2012 10:27

          Sauf peut-être le bonobo qui résous les conflits bien différemment... ;o)


        • easy easy 25 septembre 2012 13:42

          L’épigénétique, le mécanisme au-dessus du seul chromosome, est lié au contexte -à travers les générations- donc au cursus personnel. Il fait notre existence et notre essence mais il est très méconnu.

          Ce qu’on appelle la psychologie d’une personne, peut très bien être cause et conséquence de son épigénétique.
          Je vais poursuivre en partant de l’hypothèse c’est le cas.

          La définition d’une personne est pour une part posée dès le stade foetal mais elle évolue aussi constamment. On met donc en prison des gens qui ne sont pas les mêmes qu’au moment de leurs transgressions. 

          Problématique de l’ipséité. Le coq est-il l’oeuf qu’il était, est-il le poussin qu’il a été ? Le coq de 4 ans est-il le coq de 3 ans. Le coq de ce matin est-il celui d’hier ?

          Doit-on décapiter le papillon parce qu’en son temps de chenille, il avait fait une connerie ou parce que papillon c’est plus laid, plus malséant que chenille ?


          Leur séjour en prison a une influence sur l’épigénétique des taulards mais elle ne peut faire d’eux que des êtres davantage marqués par une identité de taulards. 

          Je dis prison mais c’est à entendre aussi en termes de prison virtuelle, je parle là de la prison avant la prison en dur. Je parle du fait qu’un transgresseur, bien avant d’être jugé et incarcéré, se voit déjà incarcéré et que ça influe sur son épigénome en le transformant déjà en taulard. 

          Tous, bien avant d’être officiellement condamnés en raison de nos mille péchés, nous devenons des taudards, nous nous enfonçons dans une mentalité de coupables et de proscrits. La culpabilité nous colle à la peau. Les Pussy riots s’enfoncent et ne peuvent plus en sortir.

          Un rinçage de cette auto-dévolution négative pourrait être entrepris par une procédure purificatrice. 
          C’est un peu ce qu’essayait de faire le confessionnal. On posait son péché et on en repartait purifié. On pouvait ainsi éviter l’enfoncement. 

          Mais cette confession ne pouvait fonctionner que dans la mesure où les croyant ne croyaient qu’en leur culpabilité face à dieu. Peu leur importait la condamnation séculaire, être purifié par dieu leur suffisait pour échapper à l’enfoncement.

          Dès le moment où l’on croit moins en dieu, où l’on croit davantage en sa condamnation par le corps social, le confessionnal ne peut plus purifier. 
          Il faudrait un confessionnal public. 

          Il faudrait pouvoir se confesser publiquement et bénéficier d’un pardon social sans se retrouver proscrit.
           
          C’est peut-être ce que chacun essaye de trouver dans le fait des confessions sur la Toile.
          Mais comme ce n’est pas encore compris officiellement de cette manière, ceux qui se confessent d’un péché sur le web se retrouvent insultés et proscrits par ceux qui ont le réflexe de s’auto-purifier en renvoyant vers les autres les épées qu’ils voient au-dessus de leur tête.

          En l’état, le web ne sert à rien d’un point de vue purificateur, il ne nous rend pas innocents, il ne nous permet pas de sortir de l’enfoncement.

          Comme il n’y a ni confessionnal à l’ancienne, ni web confessionnal, nous nous enfonçons tous. 


          Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faudrait plus de prisons, je dis qu’avant et pendant la prison, nous devrions disposer d’un Web Confessionnal pour alléger notre épigénome.

          Un WC de serait pas sorcier à mettre au point. Ceux qui vivent d’être des procureurs protesteraient tant ils tiennent à condamner mais techniquement et légalement ils ne pourraient s’y opposer. Il permettrait à chacun de recouvrer un cerveau plus virginal, de se reconstruire sur une base purifiée.

          Je vous prie de m’excuser de faire peut-être trop lien entre l’épigénome et la psychologie mais j’ai fortement l’impression qu’on met en prison des gens prisonniers d’un destin. 
           
          Si seulement on ne condamnait les gens que pour leur mauvais geste selon les termes de la loi (non pour leur opinion) ce ne serait pas grave d’incidence sur l’épigénome.
          Or, vous le savez tous, on traite de chauffard celui qui a grillé un feu. Ce n’est pas son geste qu’on hait, c’est lui en son entièreté. Un type qui commet un vol est qualifié de voleur.
          Il se retrouve donc avec un contexte qui diabolise sa définition, son essence. Son épigénome en tient compte et fait de lui un diable. Il s’enfonce.

          La relation que nous faisons entre geste et mentalité, nous l’apprenons dès notre enfance, dès l’école.

          Quand nous disons 2 + 2 = 5 , nous avons zéro pour le geste, ça va encore. Mais quand le prof nous met le bonnet d’âne sur la tête, il fait relation entre le mauvais geste et la mentalité. C’est très conséquent et l’enfant ne peut plus sortir de cet enfermement. Son épigénome en tient compte et le transforme en âne. 
          Un bonnet de clown, de trubion, de subversif, d’iconoclaste est moins catastrophique car le malheureux peut tout de même passer le reste de sa vie à dire le contraire des autres. C’est pénible à vivre mais ça peut être heureux, y compris pour la société.
          Le bonnet d’âne, de traître, de menteur, de tricheur, de voleur, de violeur, de tueur, est par contre beaucoup plus toxique.


          Il suffit à Soeur Emmanuelle de faire un bon geste pour que la masse la considère sainte (Il faut alors lire ce qu’elle dit sur elle pour voir une autre réalité)
          Il suffit à Maurice Herzog d’offrir aux Français une victoire sur l’Everest pour que la masse le considère saint (Il faut alors lire ce qu’en dit sa fille pour voir une autre réalité)



          • crazycaze 25 septembre 2012 17:33

            Le sens de la causalité que vous proposez dans votre titre, « si le singe est moins intelligent et moins dément que l’homme, c’est à cause des méthylations » me semble contraire à une vision relativement contemporaine de ce qu’est le développement.

            Lerner (1978, 1991, 1998) suggère dans son modèle de l’épgenèse probabiliste que le développement d’un organisme résulte des interactions dynamiques entre la maturation, l’expérience physique, autrui, le contexte socioculturel et en fin de compte avec lui même. Ainsi, les différentes interactions entre niveaux d’organisation - des gènes dans leur milieu intracellulaire à l’organisme dans l’environnement - peuvent aussi bien résulter en facteurs de continuité et/ou de discontinuité selon le processus ou la fonction envisagé à un moment donné de l’ontogenèse et/ou de l’histoire. Aucun niveau d’organisation particulier n’est considéré comme étant à l’origine d’un comportement ou comme source du développement. Le système biologique peut limiter ou élargir l’éventail des comportements possibles mais l’acte qui se produit dépend des circonstances environnementales dns lesquelles se trouve l’individu.

            Gottlieb (1991) introduit les concepts de sélection et de canalisation expérientielle dans e modèle proposé par Lerner. Il suggère ainsi que durant le développement d’un individu, ce sont les influences bidirectionnelles entre des systèmes de différents niveaux (des interactions géniques dans leur milieu cellulaire aux interactions de l’individu dans son milieu physique et social) qui canalisent l’ontogenèse des modes d’adaptation et restreint l’éventail des potentialités adaptatives initiales.

            Ces approches sont compatibles avec la théorie générale des systèmes dynamiques de Bertalanffy. A savoir que les modifications introduites à n’importe quel niveau d’organisation de systèmes enchâssés (voir à ce sujet le modèle écosystémique de Bronfenbrenner) peuvent résulter en modifications à plus ou moins longs termes aux niveaux inférieurs comme supérieurs. On retrouve ici au sens phylogénétique la conception de la co-évolution en lieu et place de l’évolution, d’où la difficulté d’attribuer un sens causal à une différence biologique et à son corollaire comportemental.


            • clostra 25 septembre 2012 19:17

              J’aurais envie, si vous me le permettez, de vous renvoyer dos-à-dos, pour cause de causalité.

              Car on peut retourner vos propositions dans tous les sens : elles « marchent » encore. C’est dire la plasticité du modèle.

              Par exemple : l’intelligence de l’homme - mais plutôt sa « malignité » - provoque des méthylations, car le singe moins malin, reste plus « pragmatique ».

              Une différence biologique a-t-elle un corollaire comportemental ou l’inverse ou pas ? ceci me fait penser à un document sur la réactivation de gènes archétypiques chez le poulet et sa conclusion selon laquelle les scientifiques sont en mesure de créer un pouletosaure mais ils ne savent pas quel sera son comportement.

              L’intelligence irait-elle de paire avec la démence qui serait une pathologie (une exacerbation) du « délire habituel » des hommes qui s’ils ne s’amarrent pas fermement à la réalité se mettent à délirer sans pour autant avoir de lésions cérébrales ?

              Ce qui vaudrait un titre euphémique :

              « Si le singe est moins intelligent et moins délirant que l’homme, c’est à cause des méthylations »

              et pour aller plus loin :

              « Si le singe est moins intelligent et moins délirant que l’homme, c’est à cause qu’il est un singe »

              et son corollaire :

              « Si l’homme est plus intelligent et plus délirant que le singe, c’est à cause qu’il est un homme »

              ainsi pourrait-on définir l’homme comme un mammifère ayant la capacité de méthyler.


            • crazycaze 25 septembre 2012 22:48

              Absolument d’accord sur la plasticité fonctionnelle... Pour avoir étudié et observé de nombreuses heures singes et humains dans des groupes sociaux, je peux vous affirmer que les capacités sociales de nos cousins, en l’occurrence des macaques à longue queue (macaca fascicularis), sont stupéfiantes. Et lorsqu’on a affaire à de grands groupes, vivant en semi liberté sur plusieurs hectares, les différences individuelles sont évidentes. Comme disait Wallon reprenant il semblerait Darwin, entre l’homme et l’animal, il n’y a pas une différence de nature mais de degrés. Et comme l’a si bien dit James J. Gibson, on aurait pu croire que le langage aurait permis d’accroître la connaissance du milieu, au lieu de cela, il n’a fait que la distordre et la stéréotyper (citation approximative...).


            • diverna diverna 14 octobre 2012 11:14

              @ l’auteur. Les méthylations sont connues depuis longtemps. Ce qui est difficile c’est d’apprécier leur impact.
              Le développement du cortex prolongé dans la lignée humaine a été vue comme une forme de néoténie : l’enfant humain reste plus longtemps dans le stade d’accroissement du cerveau et ce développement post-natal prolongé permet une meilleure relation à l’environnement, dont font partie les autres humains, les parents. Cette description cadrerait avec une moindre méthylation ou tout au moins une méthylation retardée, en relation avec une phase « adulte » retardée.
              Je suis donc prêt à vous suivre sur une certaine implication des modifications de l’ADN dans la mise en place d’un hominidé à fonctions cognitives plus étendues.

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