Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Technologies > Sida, annonce d’une fausse « découverte majeure »

Sida, annonce d’une fausse « découverte majeure »

Plusieurs journaux ont annoncé, en reprenant les dépêches fournies par les agences, la découverte d’un « gène qui pourrait neutraliser le VIH ». Sans aller jusqu’au sensationnel, cette nouvelle est de nature à susciter de réels espoirs s’il s’agit d’une piste sérieuse pour vaincre le virus. Or, la science, notamment avec les thérapies géniques, nous a appris à rester prudent et ne pas tirer des plans sur la comète, surtout dans le cas des pathologies où la génétique est impliquée, avec sa complexité et ses réseaux de gènes en interaction.

L’annonce émane de deux scientifiques appartenant à des grands instituts de recherche américains et dont les équipes ont été à l’origine de ce qui vient d’être désigné comme une superbe avancée génératrice d’espoir. La science pose en fait en réel problème aux médias qui sont obligés de se contenter des informations émanant des scientifiques et donc de leur faire confiance. Certes, pratiquement tous les résultats sont publiés dans les revues spécialisées mais à moins d’être du sérail, un journaliste scientifique aura bien du mal à s’y retrouver pour sélectionner les découvertes importantes. Par ailleurs, les médias n’ont sans doute plus sous la main des journalistes assez pointus pour enquêter et se faire préciser la nature des travaux dans un laboratoire. D’où cette impression d’approximation et d’imprécision que l’on ressent en lisant la dépêche évoquant par anticipation la publication des résultats le 5 septembre dans la revue Science. En fait, il est naturel que les scientifiques fassent état de l’avancement de leurs travaux, pour informer les citoyens et surtout, justifier les milliards de dollars que les nations mettent sur la table pour avoir des percées dans le traitement des grands fléaux de santé publique. Soigner le Sida est une cause juste alors présenter comme majeure une découverte qui est mineure ne lèse pas la société. Seul le résultat final compte, autrement dit la guérison définitive de l’infection HIV, un horizon dont la ligne ne s’est pas rapprochée depuis 20 ans. On ne guérit pas du Sida mais on peut se soigner et vivre durablement avec le traitement actuel.

Et cette fameuse découverte du gène capable de neutraliser le VIH grâce à des anticorps ? Eh bien ce gène est connu depuis des années. Il s’agit d’Apobec-3, un gène faisant partie d’un amas sur le chromosome 22, ensemble codant pour des cytidine-désaminases, protéines impliquée dans l’édition des ARN. L’édition est l’un des mécanismes post-transcriptionnels les plus utilisés avec l’épissage. Imaginons un ARN comme une pièce de Racine. L’épissage consisterait à faire sauter quelques scènes alors que l’édition remplacerait un mot précis par un autre. C’est ce que fait le produit d’Apobec-3, désaminant la cytosine qui est alors lue comme uracile. Entre la transcription en ARN et la traduction en protéine, l’information a subit une légère modification. On imagine aisément que si une séquence d’ARN rétroviral traîne dans les parages et rencontre ce type d’enzyme, son devenir risque d’être perturbé avec une information pour le moins perturbée. Ce qu’on sait du gène Apobec-3, c’est qu’il intervient dans certains mécanismes antiviraux. On le soupçonne de perturber le « traffic » intracellulaire du HIV, tout comme le gène TRIM5 déjà connu des virologues.

Examinons la deuxième vedette de ce scénario antiviral, le gène Rfv3. Ce gène, connu depuis 30 ans, intervient dans l’infection des souris par un rétrovirus nommé Friend, non pas à cause de la série télévisée mais parce celle qui l’a découvert s’appelait Friend. Si on inocule ce virus à des souris, elles meurent au bout de deux mois, sauf celles qui possèdent un exemplaire de ce gène situé dans l’amas impliqué dans le système H2, autrement dit, celui qui détermine la configuration des anticorps. Ce qui permet de penser que Rfv3 permet la délivrance d’anticorps impliqués dans la réponse antivirale chez les souris résistantes.

Et maintenant le scénario final, la découverte annoncée dans la revue Science. Ce gène Rfv3 est encodé par Apobec-3 dont l’inactivation perturbe la réponse immunitaire de souris qui étaient résistantes grâce à Rfv3. De plus, les souris possédant ce gène mais sensibles à l’injection virale ont la propriété de « flinguer » l’intégrité d’Apobec-3 en perturbant son épissage. Il existe donc des interactions entre les produits de ces deux gènes. Les auteurs de l’article ont conclu à un effet protecteur du gène Apobec-3 via l’autre gène Rfv3 et une production ad hoc d’anticorps. Et extrapolent à une possible réponse face à HIV, virus différent de Friend infectant non pas la souris mais l’homme. Autant dire que cette extrapolation est bien hasardeuse si on imagine un mécanisme en cascade car Apobec-3 fonctionne au niveau de l’édition des ARN. Mais elle tient à peu près la route si on admet (avec optimisme) que le mécanisme de perturbation par édition de HIV puisse être complété par une réponse avec des anticorps. Ce qui est possible puisque le HIV « muté » ne passerait pas forcément au travers du système de surveillance immunitaire, un peu comme un terroriste ayant muté par une ajout d’un gun dans son veston. Une hypothèse passionnante qui si elle se confirme, constituera alors une authentique avancée.


Moyenne des avis sur cet article :  3.95/5   (38 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 septembre 2008 10:56

    Sorry pour deux cocquilles dans le paragraphe 1

    c’est soigner et non pas signer le sida
    plus loin, on ne guérit pas (au lieu de par) du Sida

    bonne lecture


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 septembre 2008 13:43

      Merci pour la rectification


    • foufouille foufouille 6 septembre 2008 11:57

      si ils guerissent le sida, ils inventeront une nouvelle maladie
      peut etre la mega grippe aviaire


      • Sav 6 septembre 2008 22:22

        Comme s’il était besoin d’inventer (sic) des maladies... Comme s’il n’en existait pas assez.... Des commentaires comme celà, le grand intellectuel, comme disait Coluche, tu peux les garder pour toi...


      • foufouille foufouille 6 septembre 2008 22:40

        les vraies maladies ne tuent pas 2 milliards de gens. les fausses faussent peuvent tuer l’afrique ou l’asie


      • décurion 6 septembre 2008 12:57

        Il y a quelques temps, en regardant un documentaire sur des alligators, j’ai été étonné d’apprendre que le virus du sida n’avait aucun effet sur eux, mieux, le virus est apparemment détruit au contact du sang.
        Je n’en sais pas plus.


        • Gnetum Gnetum 6 septembre 2008 14:16

          J’ai un peu de mal avec la critique du sensationnalisme qui est faite dans ce billet, billet dont le titre lui-même confine au sensationnalisme. 

          D’autant plus qu’a la lecture du papier original paru dans Science, à AUCUN moment les chercheurs responsables de l’étude ne tirent de plans sur la comête ... bien au contraire ils restent très prudent dans leurs conclusions. 

          "Genome-wide studies of the entire human Apobec3 locus, with particular emphasis on functional differences induced by alternative splicing, are clearly merited to fully explore the potential contribution of this gene family to HIV resistance, neutralizing antibody production, and disease progression."

          Ca transparait également dans l’abstract (résumé) de leur papier qui reste très sobre. 

          Apobec3 Encodes Rfv3, a Gene Influencing Neutralizing Antibody Control of Retrovirus Infection

          Recovery from Friend virus 3 (Rfv3) is a single autosomal gene encoding a resistance trait that influences retroviral neutralizing antibody responses and viremia. Despite extensive research for 30 years, the molecular identity of Rfv3 has remained elusive. Here, we demonstrate that Rfv3 is encoded by Apobec3. Apobec3 maps to the same chromosome region as Rfv3 and has broad inhibitory activity against retroviruses, including HIV. Not only did genetic inactivation of Apobec3 convert Rfv3-resistant mice to a susceptible phenotype, but Apobec3 was also found to be naturally disabled by aberrant messenger RNA splicing in Rfv3-susceptible strains. The link between Apobec3 and neutralizing antibody responses highlights an Apobec3-dependent mechanism of host protection that might extend to HIV and other human retroviral infections.

          Bref, ça serait bien - pour changer - de ne pas tirer sur l’ambulance (les chercheurs en l’occurence) mais plutôt de fusiller les médias (et les pseudo-journalistes scientifiques) qui en font des tonnes.



          • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 septembre 2008 14:22

            Je n’ai pas tiré sur les chercheurs, ayant même excusé leur empressement à donner des nouvelles dans la presse et d’ailleurs, le communiqué émane de Fauci, le directeur du NIAID (voir Le Monde)
            J’ai plutôt mis en cause les médias qui ne peuvent plus sa payer apparemment les services d’un journaliste scientifique et qui servent de plus en plus de récipent pour recopier les dépeches reçues et les diffuser sans travail critique


          • Tyner 6 septembre 2008 21:35

            C’est un peu embêtant de faire cet article critique alors que, visiblement, vous n’avez pas compris que Apobec-3 et Rfv3 ne font qu’un. C’est là que c’est intéressant puisqu’il n’y a pas "cascade improbable à généraliser" mais bien identité entre gène modèle de résistance à un rétrovirus chez la souris (Rfv3, donc) et gène connu pour interagir avec le cycle du VIH en cellules humaines (couple Apobec-3/Vif).

            Pas "sensationnel" certes, mais plus intéressant que vous le dites, je pense.


            • frédéric lyon 6 septembre 2008 21:41

              Oui, et le plus intéressant dans le couple c’est le Vif (qui est un gène du virus) et qu’il serait peut-être intéressant de neutraliser.


            • Sébastien Sébastien 6 septembre 2008 22:24

              Je n’ai lu aucun sensationalisme sur cette decouverte et j’ai trouve au contraire que les journaux en parlaient tous au conditionnel.


              • xray 7 septembre 2008 12:13


                L’imposture du virus imaginaire du Sida 

                Le virus machin (Un bien-portant est un malade qui s’ignore.) 
                http://levirusmachin.hautetfort.com/ 

                Le dossier 
                http://echomonde2.blogspace.fr/1094923/Le-dossier/ 


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès