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Accueil du site > Actualités > Technologies > Twitter : chronique d’une mort annoncée

Twitter : chronique d’une mort annoncée

Il en va de Twitter comme des Rolex, si on ne vous y a pas déclaré mort avant vos 50 ans, votre vie est ratée !

Ils ont été nombreux à avoir appris leur trépas sur le réseau social : Elie Semoun, Morgan Freeman, Rihanna, Jean Dujardin, etc.

Si les rumeurs de mort des stars peuvent sembler anecdotiques, le sont-elles aussi quand elles concernent des politiciens ? 
De Bouteflika en passant par Hugo Chavez ou bien encore par Tony Blair, ils sont légion à être morts prématurément à l’insu de leur plein gré.
D’où la question : les politiciens devraient-ils scruter l’inconscient collectif de leurs électeurs ? Ne serait-ce que pour comprendre leurs peurs et leurs haines ? Pénétrer ces deux aspects ne serait-il pas un excellent levier d’influence ? À quelques semaines d’une élection, c’est bien possible.
 
On peut lire régulièrement la presse appeler au blâme des auteurs et autres lanceurs de rumeurs nécrologiques.
En vérité, ces rumeurs n’ont pas d’auteur et sont socialement spontanées. En supposant qu’elles en aient un, elles seraient lancées avec une maladresse et une naïveté presque attendrissantes. Infiniment plus coupable, par les fondements à forte réalité physique sur lesquelles elles reposent, elles sont inopérantes et consécutivement idiotes…
 
Il faut comprendre que les fondements rumoraux sont de deux natures :
 
1) Les rumeurs reposant sur une croyance à forte réalité physique
 
L’annonce d’une fausse mort de quelqu'un de connu est l’exemple type. D’ailleurs, il suffit que ladite vedette ou politicien apparaisse sur un plateau TV ou confirme sa propre mort sur Twitter pour que la rumeur prenne quelque peu du plomb dans l’aile.
 
Sur un ordre d’idée similaire, imaginons une rumeur selon laquelle votre téléphone portable serait extrêmement fragile. En caricaturant un peu, il sera facile d’apporter une réponse en fournissant un marteau afin de tester la résistance de la matière. En fonction du résultat, on saura immédiatement si la croyance initiale était correcte ou pas. Il y a donc un fort niveau de dépendance à la réalité physique pour la validité subjective de nos croyances.
Pour résumer, toutes les rumeurs qui sont opposables par un test empirique sont à proscrire impérativement.
 
Les rumeurs de maladie de stars sont déjà beaucoup plus fines que celles de leur mort. D’Isabelle Adjani sidéenne dans les années 80 à Justin Biber ayant une tumeur du cerveau, on pressent intuitivement qu’il va être beaucoup plus difficile de démontrer que cela n’est pas vrai. La star apparaissant au journal télévisé montrera qu’elle est bien vivante certes, mais pas qu’elle est en bonne santé !
Et puis, en réflexion devant Pujadas (pléonasme), Madame Bidochon commencera à trouver à cette star une petite mine, un teint un peu blafard, etc.
Bref ! Elle trouvera dans le monde qui l’entoure la confirmation de sa propre croyance. On ne le répètera jamais assez : le monde que nous voyons est celui que nous cherchons (et inversement.) Tout ceci favorisera la persistance et l’excellente santé de notre rumeur.
 
2) Les rumeurs reposant sur une croyance à forte réalité sociale
 
À l’autre bout du spectre se trouvent les croyances dont la dépendance aux réalités physiques est basse, voire nulle. Par exemple, une personne qui repense aux résultats des élections. Elle peut se dire que si le perdant avait gagné, les choses iraient bien mieux aujourd’hui. Exemple : "Ahhh, si Sarkozy (*) avait gagné les élections…"
 
Sur quelle validité subjective cette croyance repose-t-elle ? Elle repose essentiellement sur le fait que d’autres individus partagent ce jugement et ressentent la même chose ; le fait que d’autres personnes alentour partagent cette opinion donne pour elle, un fondement à cette croyance. En revanche, si cette personne est seule à avoir cet avis, il n’a aucune validité sociale. Nous sommes dans le cas de figure où la dépendance à la réalité physique est très faible et la dépendance à la réalité sociale très forte. Une croyance de cette nature est donc considérée comme "correcte" si elle trouve un point d’ancrage chez un groupe d’individus partageant les mêmes appréciations. Rumeur et croyance sont indissociables.
 
Une croyance qui n’existe pas par elle-même, mais par rapport aux autres a naturellement un fort potentiel pour nos rumeurs.
Bien sûr, il n’est pas indispensable que la planète entière partage l’opinion de cette personne. Mais il est nécessaire que des membres du groupe auquel elle appartient partagent son opinion. Il n’est pas obligatoire qu’un membre du Front national soit d’accord avec un membre du Parti socialiste, mais il devient nécessaire qu’il y ait d’autres individus appartenant au Front national qui soient d’accord avec lui.
Cette question est circulaire puisque les groupes de référence ont tendance à faire venir à eux des personnes qui partagent les mêmes opinions. De manière similaire, les groupes ont tendance à rejeter les individus qui ne sont pas en accord avec eux.
 
Lorsque nous choisirons nos rumeurs, nous aurons intérêt à veiller à leur faible dépendance aux réalités physiques. Les rumeurs qui peuvent être contredites par une quelconque réalité ont moins de chances de durer. Si un test physique démontre l’impossibilité de la rumeur, cette contradiction peut lui être fatale. Particulièrement si cette objection apparaît en début de vie, moment fragile et émouvant où l'on approche la rumeur des fonds baptismaux. 
Dans le cas des rumeurs à base sociale reposant sur une croyance partagée, le travail d’uniformisation inhérent aux rumeurs est déjà présent et la vie du rumorocrate simplifiée d’autant. On n’en demande pas plus.
 
Souvenons-nous du bug de l’an 2000, qui força les entreprises de la planète à mettre à jour leurs logiciels sous peine que le ciel leur tomba sur la tête à cette date fatidique. Ce pétard mouillé et néanmoins onéreux, fut manipulé de main de maître par les éditeurs de logiciels en exploitant une peur "millénariste" qui force le respect. Il était vital de facturer avant le 1er janvier 2000…
 
Au pinacle des rumeurs reposant sur une assise sociale : l’annonce de la fin du monde prévue le 21 décembre 2012 par les mayas. Je mets au défi le monde entier de prouver que cette prophétie est fausse… avant le 21 décembre !
Rumeur irréfutable en béton armé donc. Il est aussi exact que le 22 décembre au petit matin, le prophète risque fort de passer pour un âne. À ce propos, quelqu’un a-t-il des nouvelles de Paco Rabanne ?
 
 
Laurent Gaildraud
"Orchestrer la rumeur" - Editions Eyrolles
 
(*) Le nom est générique. Il est parfaitement interchangeable par Fillon, Copé, Romney, Royal, le Pen ou n’importe quel joueur de bonneteau que vous trouverez idéologiquement recevable.

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4 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 21 décembre 2012 10:25

    J’ai survécu à Twitter... smiley


    • Laurent GAILDRAUD Laurent GAILDRAUD 21 décembre 2012 19:04

      Bravo, mais la fin du monde c’est demain ;)


    • Cocasse Cocasse 21 décembre 2012 10:34

      J’ai bossé sur le bug de l’an 2000.
      A l’époque, un certain nombre de bases de données avaient un problème de format de date.
      Sans intervention, la totalité de la gestion de l’entreprise dans laquelle j’ai bossé était foutue.


      • Laurent GAILDRAUD Laurent GAILDRAUD 21 décembre 2012 18:59

        Foutue, vraiment ? Qui dit ça ? En fait, personne ne le saura jamais et c’est ça qui est pratique.

        Je comprends que l’on cherche à se persuader que ce nous avons fait était vital et que nous avons sauvé le monde avec nos petits poings. C’est humain à défaut d’être réaliste...
        En psycho, cela s’appelle la dissonance cognitive. 

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