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Un avenir radieux, ou irradié ?

Bill Gates veut s’offrir un nouveau jouet.

« Windows » ne l’amuse plus assez, il rêve d’une centrale nucléaire d’un genre (en principe) nouveau, qui ne produirait pas de déchets, et fonctionnerait 150 ans sans le moindre problème.

Ce « miracle » nucléaire s’appelle « Terra Power  ».

La centrale utiliserait de l’uranium 238 au lieu de l’uranium enrichi 235, ce qui serait en principe une très bonne nouvelle, puisque cet uranium 238 est, parait-il, abondant sur la planète. lien

De plus, elle pourrait aussi consommer du plutonium 239 et pourrait fonctionner sans problème jusqu’à 150 ans, sans être rechargée.

Ce n’est pas la première fois qu’on nous annonce des miracles.

Mais il arrive que le miracle tourne au cauchemar.

Il y avait du coté de Malville en Isère, une installation « révolutionnaire » qui devait produire de l’énergie en consommant ses propres déchets.

Elle avait donc été nommée « Superphénix  » puisque censée renaître de ses cendres tout comme le mythique oiseau. lien

Hélas, les 9 milliards d’euros engloutis dans cette installation sont partis en fumée, et cette centrale nucléaire « magique », suite à des pannes à répétition, est depuis le 2 février 1998 heureusement définitivement fermée. lien

Depuis 12 ans, chacun continue de payer pour son démantèlement, toujours plus cher, car la centrale continue de consommer de l’énergie, afin de maintenir liquide les tonnes de sodium du réseau secondaire, jusqu’au jour ou il pourra enfin être purgé.

Il faut rappeler ici que le sodium liquide a le fâcheux inconvénient de s’enflammer spontanément au contact de l’air, et d’exploser au contact de l’eau, qu’il y en a 5500 tonnes, et qu’à ce jour, personne n’est capable d’éteindre un feu de sodium de plus d’une tonne. lien.

Ce démantèlement qui devrait s’achever en 2027 est estimé à 2,5 milliards d’euros par le lobby nucléaire, (lien) et 6,2 milliards d’euros par les opposants. lien Pourtant lors d’une conférence tenue en septembre 2008, on apprend que le gouvernement Sarkozy a donné mission au CEA de réfléchir sur un prototype de 4ème génération s’inspirant de l’échec de Superphénix. lien

La leçon n’a donc servi à rien.

Dans la série des « miracles nucléaires », il y a eu aussi le « Rubbiatron », centrale couplée à un accélérateur de particules qui devait produire de l’électricité sans produire pratiquement le moindre déchet radioactif.

Du nom de son inventeur, Carlo Rubbia, cette centrale atomique est, d’après son inventeur, l’idéal : propre, sure et quasi éternelle. lien

Rubbia (prix Nobel de physique 1984 quand même) considérait que sa centrale avait tous les avantages :

Elle pourrait utiliser l’uranium naturel, (surtout du Thorium), or le thorium n’est pas si innocent qu’on veut bien nous le faire croire.

Il peut augmenter le risque de développer des cancers du poumon ou du pancréas. Lien

Le projet nucléaire de Rubbia ne mettrait jamais en œuvre (d’après lui) une réaction en chaîne qui pourrait devenir incontrôlable, s’arrêtant instantanément à n’importe quel moment décidé, et capable de bruler ses propres déchets. lien

L’Espagne, enthousiaste à l’époque pour ce projet, avait même proposé un terrain gratuit.

Un journaliste, Fabien Gruhier, a rédigé un article sur ce projet et le conclut ainsi :

« Et voila comment une glorieuse machine technocratique et aussi couteuse et efficace peut-être que Superphénix ou les abattoirs de la Villette, risque encore d’être construite ».

C’était il y a 17 ans, et étrangement, plus personne n’en parle.

Quoi de plus normal ?

Dans le nucléaire, le silence est de rigueur et le mot d’ordre est toujours « tout va bien ». vidéo

Mais revenons à Terra Power.

Avec le temps qui passe, alors que le réacteur dit futuriste n’est qu’à l’état d’étude, on découvre qu’en fait sa durée de vie serait plutôt entre 50 ans et un siècle. lien

Depuis, le groupe japonais Toshiba a décidé de soutenir Bill Gates afin d’étudier la faisabilité de ce réacteur atomique soi-disant révolutionnaire.

Ce concept, baptisé TWR, ne date pas d’hier.

Il y a déjà 60 ans qu’il avait été envisagé, puis abandonné.

Dans les années 2000, le Forum «  Génération IV  », constitué d’experts internationaux, ne l’avait pas jugé assez prometteur, comme l’explique Bernard Bonin, directeur scientifique adjoint du CEA (commissariat à l’énergie atomique). lien

Celui-ci en voit surtout les inconvénients.

Il pense qu’il aurait besoin de grosses quantités de combustible et qu’il devrait être une installation très chère.

Les matériaux sauront-ils résister à une irradiation de longue durée ?

Personne ne le sait. Faut-il pour autant prendre le risque ?

Quant à sa durée de vie, elle est passée de 150 ans à 60 ans. lien

Bill Gates est pourtant convaincu que son réacteur pourrait aider les pays pauvres. lien

Çà part donc d’une bonne intention, mais on sait que l’enfer en est pavé.

Au moment ou les pays modernes continuent de privilégier les énergies propres et renouvelable, alors que la France augmente son retard dans ce domaine, on peut légitimement s’interroger sur la politique énergétique de ce gouvernement. lien

D’autant que cette électricité nucléaire coûte de plus en plus cher : elle devrait passer sous peu de 34 € à 42 /MWh, (voire même 45 €).

Selon le magazine « les échos » l’explosion du cout de l’EPR pourrait faire monter ce prix jusqu’à 55 €. lien

De plus, non seulement EDF doit assurer les coûts d’exploitation, de maintenance, et de démantèlement, mais elle doit trouver 35 milliards d’euros d’ici 2030 afin de pouvoir prolonger la durée d’exploitation de son parc nucléaire.  lien

Par ces temps de crise, ou la France cherche 100 milliards en trois ans pour échapper à la faillite, on peut émettre quelques doutes sur le choix nucléaire.

Le ratage financier de « super »phénix se montera en fin de compte à 15 milliards d’euros.

L’EPR estimé au départ à 3,3 milliards va doubler son prix de construction, et des doutes sur la sécurité de la centrale sont persistants. lien

Si l’on additionne les 2 EPR prévus, le gâchis financiers de « Super » phénix, et le prolongement de la durée d’exploitation du parc nucléaire, la facture française s’élèvera à 63,2 milliards d’euros, et lorsqu’une hypothétique solution sera trouvée pour la gestion des déchets, la note s’allongera un peu plus.

Est-il raisonnable de persister sur cette voie nucléaire et si chère ?

Il faudrait donc que l’état se décide enfin à changer son fusil d’épaule, et choisisse enfin la voie propre et sans danger des énergies renouvelables.

Car comme disait mon vieil ami africain :

« Puisque tu n’as qu’une bouche et deux oreilles, tu dois écouter deux fois plus avant de parler ».

par olivier cabanel (son site) vendredi 21 mai 2010 - 243 réactions
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