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Un nouveau rongeur découvert au Laos

Moins lucratif que celui de la Caisse d’Épargne, mais infiniment plus instructif : un faux écureuil, vrai « fossile vivant », découvert au Laos. Parmi les découvertes de mammifères extraordinaires, il en est une que je réservais pour la bonne bouche, si j’ose dire : celle d’un rongeur. Mais pas n’importe quel rongeur.

Les rongeurs sont l’ordre de mammifères, qui comporte le plus grand nombre d’espèces, et la description de nouvelles d’entre elles est, même de nos jours, relativement banale. La plupart des découvertes se rapportent à des familles comportant un très grand nombre de genres et d’espèces, telles que celles des rats ou des campagnols (muridés et cricétidés). Les nouvelles descriptions concernent donc le plus souvent des variantes de formes déjà bien connues, souvent par élévation d’une population au rang d’espèce.

Il en va tout autrement de ce nouveau rongeur, dont la découverte, confirmée cette fois-ci par l’examen de spécimens morts, est d’une importance au moins comparable à celle d’une deuxième espèce de cœlacanthes en Indonésie (Latimeria menadoensis). Comme lui, ce nouveau rongeur, Laonastes aenigmamus, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un véritable « fossile vivant » (une expression très en vogue au XIXe siècle mais de nos jours décriée, et qu’il faut prendre pour ce qu’elle est : une figure en forme d’oxymore). Plus encore, contrairement au cœlacanthe indonésien, si proche de celui des Comores que certains contestent même qu’il s’agisse d’une espèce distincte, le nouveau rongeur appartient à un nouveau genre, et même à une famille totalement inédite.

Pour bien faire comprendre l’importance de cette découverte à ceux qui ne verraient en ce rongeur qu’un rat replet et un peu bizarre, il faut en situer le contexte évolutif : les rongeurs sont divisés grosso modo en deux grands groupes (plus un troisième, les lièvres et lapins, que les classifications récentes placent dans un ordre distinct), caractérisés essentiellement par la structure de leurs muscles masticateurs. Les uns, hystricognathes (« à mâchoires de porc-épic ») comportent des formes telles que cabiai, cobayes, chinchillas, agoutis, porcs-épics, rats-taupes... D’aspect très varié ou fortement spécialisés (rats-taupes, en particulier), les hystricognathes sont largement surpassés en nombre d’espèces par leurs concurrents plus diversifiés, les sciurognathes (« à mâchoires d’écureuil »), dont font partie notamment les rats, souris, campagnols, et toutes sortes de rongeurs d’une telle vitalité et adaptabilité que l’homme est contraint et forcé de partager son habitat avec beaucoup d’entre eux.

Bien que n’étant, en fait, pas plus anciens que les « mâchoires-d’écureuil », les « mâchoires-de-porc-épic » sont donc en quelque sorte des « animaux préhistoriques », qui doivent leur survie, pour la plupart, à leur évolution en Amérique du Sud, longtemps isolée des autres continents au cours des temps géologiques (mais qui subissent leur « mondialisation » depuis la jonction avec l’Amérique centrale, il y a quelque trois millions d’années), ou encore à un système protecteur efficace, ou à un mode de vie très spécialisé, minimisant les effets de la concurrence entre espèces (porc-épics et rats-taupes africains). C’est dans ce contexte que la survivance d’un hystricognathe primitif hors d’Amérique du Sud, en Asie qui plus est (où ils sont le moins diversifiés), est une véritable petite révolution, mésestimée à mon goût.

Gageons que l’étude de Laonastes aenigmamus, qui n’a pas encore été observé vivant, permettra d’en savoir plus sur l’évolution des rongeurs et sur la divergence des deux grands groupes masticatoires, en espérant que Laonastes, qui est déjà menacé, ne serait-ce que par la faible étendue de son habitat, ne soit pas déjà victime d’une autre mastication, humaine celle-ci : le grassouillet et appétissant raton a en effet été découvert sur un étal de marché laotien. Rien d’étonnant à cela, quand on sait notamment que les Amérindiens élevaient les cobayes pour leur chair, ce qui ne diffère guère de ce que font les Européens depuis la domestication du lapin de garenne.

A propos de Laonastes aenigmamus
http://www.nhm.ac.uk/about-us/news/2005/may/news_4213.html
http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn7370

Latimeria menadoensis, le coelacanthe indonésien
http://www.elsevier.fr/html/news/cras3mars99/pouyaud.html


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