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Véhicules électrique : halte aux inepties

Le véhicule électrique (VE pour les intimes) fait débat, et je lis fréquemment des arguments opposés à cette technologie qui ne me semblent pas exacts. Je tente dans cet article de donner quelques contre-arguments à 9 écueils que j’ai pu lire ici et là. Ce qui frappe d’ailleurs c’est que beaucoup de critiques ne proposent rien.

CATEGORIE « CA NE SE VENDRA PAS »

Opposition n°1 : le VE ne peut pas remplacer le véhicule thermique

Contre-arguments :

  1.  Qui de sérieux a dit ou écrit que l'électrique proposé aujourd'hui remplacera tout le thermique ? Le constructeur le plus optimiste, Renault, table sur 10% de ses ventes dans l’électrique en 2020. Ce qui signifie qu'il compte encore faire 90% de son business avec du thermique et donc qu'il continue à investir en R&D dans les motorisations thermiques. Il ne présente donc pas l'électrique comme une solution pour remplacer tous les véhicules thermiques ! Sont visées principalement les flottes comme La Poste, et les "deuxièmes voitures" des familles en zone péri-urbaine, qui servent aux petits trajets type domicile-travail
  2. Ce n'est qu'en fonction des progrès en terme de prix et d'autonomie, qu'un jour peut-être la 2ème, 3ème ou 4ème génération de véhicules électriques sera majoritaire sur le marché.
  3.  Il ne faut pas forger son jugement uniquement par rapport à sa propre situation, car il y a de fortes chances que nous fassions partie des 90% qui n’en n’achèteront pas… à court terme.

Opposition n°2 : les prévisions de marché du VE avancées par Renault-Nissan en 2020 (10%) sont utopiques

Contre-arguments

Les parts de marché annoncées par Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, sont ambigües, car on ne sait pas s’il parle de 10% de ses ventes, ou 10% du marché toutes marques (en Europe, dans le monde ?). Pour moi c’est clairement la 1ère option. Voici pourquoi :

  1. L’investissement productif de Renault-Nissan dans l’électrique, est annoncé pour une capacité de 500 000 véhicules par an pour le monde entier. Cela représente 0,8% du marché mondial (65 millions par an), et 1.6% des marchés principaux du VE, à savoir Europe + USA + Japon (*).
  2. Par ailleurs, Renault et Nissan sont les seuls à avoir investi pour une production de masse du VE, leurs parts de marché dans l’électrique seront donc plus importantes que dans le thermique
  3. Renault et Nissan espèrent donc probablement capter entre 30 et 50% d’un marché de l’électrique qui représenterait 3-4% du marché toutes marques, mais 10% de leurs ventes sur les marchés matures (USA/Europe occidentale/Japon)

 (*) Europe occidentale 15 millions/an, USA 10 millions/an, Japon 5 millions/an.

Opposition n°3 : le manque d'autonomie

Contre arguments

  1. Le VE a indéniablement un problème de ratio autonomie / poids et autonomie / prix. Les batteries sont trop lourdes et trop chères. Mais ce n’est un problème majeur que si on est tombé dans l'écueil n°1 consistant à vouloir tout remplacer par de l'électrique : pour 10% des usages (flottes type Poste, secondes voitures...), est-ce vraiment rédhibitoire ?
  2. On lit ainsi des inepties du genre « les clients ne voudraient pas acheter une voiture répondant à 80% de leurs besoins. ». Comme si dans le cas des familles qui ont deux voitures, les deux voitures répondaient chacune à 100% des besoins de la famille ? Vous partez en vacances avec votre chien et vos 3 enfants dans votre Smart ou votre Fiat Punto, vous ?

Opposition n°4 : c’est une voiture pour les riches ou les bobos urbains

Contre-arguments

  1. Renault proposera des véhicules électriques moins chers au kilomètre (achats + usage) que des véhicules thermiques équivalent, pour peu qu’on roule plus de 12 000 km / an avec, ce qui est en gros la moyenne actuelle en France.
  2. Beaucoup d’innovations ont commencé par être réservées aux plus riches avant de se démocratiser.

CATEGORIE « C’EST PAS ECOLO »

Opposition n°5 : ça ne résoudra pas le problème du CO2

Contre-arguments

  1. Personne de sensé ne dit cela. Tout au plus cela y contribuera un peu.
  2. On peut se demander s'il est sain de résumer la pollution au seul CO2, l'urgence des mesures pour faire face au réchauffement l'effet du CO2 étant contestée. Les effets directement néfastes de la pollution automobile, non contestés ceux-là, sont liés aux particules, à l'ozone, au bruit, et autres polluants de "proximité" (COV, NOx…) Et sur ce point, il est clair que le véhicule électrique apporte un plus.

Opposition n°6 : reprocher au véhicule électrique le fait de déporter le problème du CO2 vers la production d'électricité

Contre-argument

Il est vrai que la voiture électrique repousse le problème énergétique vers celui de la production d'électricité. Mais regrouper deux problèmes (la pollution automobile et la pollution de la production d'énergie électrique) pour n'avoir à en traiter qu'un seul, qu'on doit de toutes façons traiter, est une approche stratégiquement pas idiote.

Opposition n°7 : la recharge des batteries contribuera à solliciter des centrales thermiques polluantes pour faire face aux pics de charges induits

Contre-arguments

  1. N'oublions pas qu'à horizon 2020, en tablant sur 5% du parc ce qui est un grand maximum (voir 2), le besoin supplémentaire s'élèverait à moins de 1% de production électrique en plus en France...
  2. L’effet invoqué est certes un risque, mais pour lequel des solutions existent. L'intelligence qui est imaginée dans les véhicules devrait plutôt contribuer à l'effet positif inverse, c'est à dire lisser la consommation. En effet le problème de l'électricité est qu'elle n'est actuellement quasiment pas stockée. Or les batteries des véhicules seront des stocks d'électricité qui pourront servir d’une part à fournir de l'électricité lors de pics de demande et a contrario absorber des surproductions lors des heures creuses. C'est en tout cas l'idée d'un projet lancé au Japon avec Nissan qui insère le véhicule électrique dans une "smart grid". Les batteries des voitures pourraient ainsi servir à régler en partie le problème de la gestion des pics de consommation, qui coûtent très cher car obligent à investir dans des capacités de production peu utilisées en moyenne.

Opposition n°8 : on remplace une dépendance au pétrole par une autre dépendance, au Lithium

Contre-arguments

C'est en partie vrai mais on peut pondérer : 

  1. Le lithium des batteries devrait pouvoir être recyclé à plus de 90%.
  2. La technologie des batteries évolue, si le VE se développe on peut espérer voir d'autres types de batterie émerger. Il en existe d’ailleurs déjà d’autres dans les labos.
  3. Le thermique ne disparaissant pas à court terme, la batterie devient un challenger du pétrole, donc la dépendance envers l'un et l'autre en est réduite, non ? La concurrence n’est elle pas plus saine ?

CATEGORIE « IL Y A MIEUX »

Opposition n°9 : la pile à combustible est plus prometteuse.

Contre-argument

La pile à combustible pour prometteuse qu'elle soit n'est pas encore prête pour l'industrialisation à coût compétitif. Sinon ça se saurait et on en trouverait massivement sur le marché. Donc les deux technologies ne sont pas encore concurrentes. Faut-il rester dans du 100% thermique pendant 10 ou 20 ans en attendant ?

par janus vendredi 15 juillet 2011 - 39 réactions
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  • Par leguminator (xxx.xxx.xxx.14) 15 juillet 2011 11:42

    L’ineptie ce n’est pas le caractère électrique du véhicule, mais son caractère individuel.
    En effet la réelle problématique des transports en général se situe au niveau de l’hyper-individualisation des moyens utilisés, notamment la voiture.

    Vu le désengagement de l’Etat au niveau des infrastructures (rétrocession des routes nationales aux départements sans accompagnement budgétaire), il est de toute façon illusoire de croire que la croissance perpétuelle du nombre de véhicule en circulation (électrique ou pas) ne posera aucun problème. Les réseaux routiers de la plupart des grandes agglomérations sont déjà congestionnés et il est avéré que ce genre de situation provoque une consommation accrue d’énergie à distance parcourue équivalente.

    Il est nécessaire de donner la priorité aux transports collectifs, notamment au réseau ferré.
    Ce qui n’a pas été fait en région parisienne dont le réseau ferré vieillissant est saturé avec les conséquences que l’on sait : impossibilité d’augmenter la fréquence des rames, retards répétés pour cause d’incidents techniques.
    Ce qui a même été abandonné en province : beaucoup de petites gares ont été fermées au nom de la sacro-sainte rentabilité. L’effet est dévastateur : pour un trajet de 50 km au lieu d’une durée de 20 minutes en train, on se retrouve avec 45 minutes pour la voiture et même 1h30 en bus !! Ceux qui ont les moyens de faire le trajet en voiture le feront systématiquement, la durée du trajet en bus étant rédhibitoire.

    Bref si on souhaite réduire la consommation énergétique et la pollution au niveau des transports, on connaît déjà des solutions mais aucun politique n’a le courage de réellement les mettre en place car elle ne correspondent pas aux objectifs du "marché".

    C’est un peu comme discuter des limitations de vitesse sur la route concernant la sécurité routière : pourquoi faire des voitures qui peuvent monter à 200 km/h, et même plus, sachant que de toutes façons ces vitesses sont interdites hors-circuit ? Pourquoi ne pas réduire toutes les limitations actuelles de 10km/h (ex : passer de 130 à 120, de 90 à 80, de 50 à 40 voire 30) ? Solutions si simples et pourtant...

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