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Accueil du site > Archives > Fête de l’Internet > Ethique de la presse

Ethique de la presse

Dans le cadre de la Fête de l’Internet dont le thème cette année est « Tous acteurs, tous médias ! », Edgar Morin a choisi d’aborder le thème de l’éthique de la presse.

Il y a un préliminaire à l’éthique de la presse. C’est celui de la nécessité d’une pluralité : pluralité des sources d’information et pluralité dans l’expression des opinions. Quand il y a une seule source monopolisant l’information, comme dans les sociétés totalitaires, il est impossible de connaître, non seulement des événements importants, mais la réalité même d’une société. Ainsi il fut impossible, en s’en tenant à la seule source soviétique ou nazie, de prendre connaissance d’un système concentrationnaire anéantissant des millions de personnes.

La pluralité des sources et la pluralité des opinions assurent ce bien qui conditionne l’éthique, et qui constitue de lui-même une vertu éthique : la liberté.

L’éthique de presse suppose une religion de l’information. La religion de l’information signifie reconnaître l’événement nouveau, le considérer, le contextualiser. Une information ne prend sens que dans son contexte, géographique, culturel, historique, politique, etc. Et l’éthique de la presse doit se vouer à contextualiser l’information pour lui donner sens. Même si elle contredit ses idées ou simplement le dérange, le journaliste doit non occulter mais fournir l’information.

La religion de l’information tend d’elle-même à se dégrader en religion du sensationnel, qui elle-même se dégrade en pseudo-sensationnel comme pour des événements mineurs ou secondaires gonflés et exagérés. La concurrence entre médias pour la priorité dans la fourniture de l’information tend à réduire, voire à supprimer les préalables nécessaires pour vérifier la fiabilité de l’information. Ainsi, dans l’affaire récente de la jeune femme qui s’est dite
agressée dans un train de banlieue par des loubards antisémites, il y a eu dans la presse, comme dans les autres médias, défaillance de la vérification.

L’information doit être intégrée, mais une trop grosse intégration désintègre l’information dans un système rationalisateur qui déforme son sens pour nourrir idéologie ou propagande.

Alors je dirais que l’éthique de la presse nécessite :
* de la part des citoyens :
o l’attention critique à la pluralité des sources et l’examen critique de la pluralité des opinions
o la conscience que l’information pure a faible valeur explicative et que l’information trop bien intégrée (d’une intégration qui détruit la surprise et la nouveauté qu’apporte toute vraie information) a également faible valeur explicative
* de la part des journalistes :
o une éducation à la problématique de l’information, une conscience de tous les paris que comportent chaque jour la sélection de certaines informations et le rejet d’autres (qui sont alors anéantisées)
o une attention soutenue à la vérification
o une éducation à la complexité qui permet de relier l’information dans les ensembles où elle se situe et de concevoir les ambiguïtés et contradictions du devenir humain
o un sens de l’ère planétaire où se situent de plus en plus tous les grands problèmes politiques, sociaux, humains
o une capacité à se décentrer du point de vue hexagonal, et européocentrique, pour essayer de comprendre, dans sa diversité et son unité, la réalité humaine.


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28 réactions à cet article    


  • Marc P (---.---.112.70) 3 mars 2006 21:03

    A bien intérioriser me dis je... Peut être aussi, de mémoire, s’agissant d’informations ou d’évènements, pour qu’on cesse de percevoir ou nous présenter comme inouï ce qui se répète sans arrêt à travers l’histoire (et/ou la géographie) sans bien sûr en nier la singularité et pour qu’on repère l’inédit sans le traiter comme si cela était banal... Je ne sais plus très bien quels était les termes de Bourdieu... . On ne vous remerciera jamais assez Monsieur Morin... Cordialement. Marc P


    • Christian Pradel Christian Pradel 3 mars 2006 23:06

      Bonjour Mr Morin,

      Je trouve intéressant la précision que vous apportez ici concernant le citoyen face à l’événement d’un fait qu’il peut transformer en information : « la conscience que l’information pure a faible valeur explicative » Il est donc important d’avoir une information. Mais je comprends par la distinction que vous en faites, que l’information est un élément constitutif d’un ensemble qui forme la représentation du réel, de la réalité. Par contre, l’information en elle-même ne la structure pas, ne la constitue pas. Cela nous contraint donc à comprendre que la pluralité des phénomènes est tenue ensemble et forme le paysage que nous voyons et que nous nommons « réalité ». Paysage dont les contours et les couleurs varient selon nos cultures, nos connaissances, et je dirai même nos croyances.

      Personnellement, je pense que non seulement le citoyen doit en prendre conscience mais aussi le journaliste qui devrait aussi manipuler et divulguer l’information selon un format qui lui correspond et qui n’a pas de valeur sine qua non d’objectivité.

      Je vous suit totalement pour ce qui est de comprendre la réalité humaine dans sa diversité et son unité, mais une question me vient régulièrement à laquelle je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante : Avons-nous cette capacité, actuellement, de se décrocher des influences multiples qui nous forment et nous façonnent pour vivre cette réalité. Je dis vivre, car je pense que nous pouvons comprendre, au mieux, la réalité humaine dans son expression et sa mondialité. Mais vivre, intégrer ? Chaque culture dans sa diversité est-elle capable d’arriver à intégrer dans son expression celle des autres et arriver à marié la diversité et l’unité qui fondent ce couple « réalité humaine » ? En regardant et considérant les événements du monde, qu’ils soient internationnaux et/ou locaux, je n’arrive pas à les identifier comme manifestant la fondation de ce couple. C’est mon questionnement qui se retrouve au fond dans ces deux réflexions que j’ai écrite L’échelle du monde« et  »Après Caracas... Mondialisation / démondialisation ?".

      Chaleureusement,

      Christian


      • Michel Monette 3 mars 2006 23:46

        Deux grands oubliés de cette réflexion sont les propriétaires des médias et leurs Directions. Les journalistes ont certes une éthique et une déontologie à respecter « religieusement », il n’en demeure pas moins que le choix de ce qui va être couvert et le traitement médiatique qui en sera fait sont aussi à prendre en considération. Je serais curieux de savoir ce que l’éthique de la presse nécessite de la part des propriétaires des médias et de leurs Directeurs de l’information.


        • BB (---.---.0.21) 4 mars 2006 11:19

          J’entendais M. Dassault hier nous expliquer que la problématique d’une entreprise était « les commandes » et que la seule voie pour éviter les délocalisations c’est l’abaissement des charges à un niveau qui permette la concurrence avec la Chine par exemple. Chine à qui pour vendre un produit il faut transférer notre technologie ,cela dit en passant. M. Dassault répondait à la question d’une auditrice qui disait :« les deux derniers gouvernement ont largement aidé les entreprise et parallèlement la pauvreté et l’inégalité n’a cessé de croître. » En faite l’idéologie et la suivante : le marché n’a pas d’étique, si vous n’acceptez pas l’abaissement de vos avantages et la soumission de l’économie du pays à l’économie de marché vous aurez la désertification économique et la misère.

          Que peut être l’étique d’un journaliste inclus dans la logique idéologique de l’économie de marché ?

          Le fait que les deux vendeurs d’armes français (cinquième rang mondial) possédant la presse pose toute une série de questions dont celle de la pluralité des sources dont parle Edgar Morin.

          Il semble difficile de faire l’impasse du triptyque, médiats, politique, économie, pour analyser la situation d’un journaliste « coincé » entre son employeur, l’idéologie dominante, la casse sociale et la misère et l’étique indispensable à l’exercice de sa profession.

          Profession qui semble difficile d’exercer aujourd’hui dans le cadre « générique » de l’étique journalistique que nous donne M. Morin.

          L’étique journalistique (la religion de l’information) n’impose t-elle pas d’entrer en dissidence face à ce totalitarisme idéologique du libéralisme égoïste qui culpabilise la misère ?


        • Antoine (---.---.31.20) 4 mars 2006 02:00

          Je crains tout simplement que la société d’information n’ait plus le temps de la déontologie, il est donc bon de faire une rappel du « devoir » du journaliste.

          Je pense mme qu’il est plus important aujourd’hui de faire du journalisme « pédagogique » qu’uniquement de l’information.

          Outre le fait qu’il y a manipulation de l’information ( cela a été vu, il y a peu avec l’affaire des caricatures), il y a aussi qu’aujourd’hui que le foisonnement ne permet plus le recul nécessaire à l’homme avisé.

          Il y a un véritable danger de désinformation, de confusion de genre tant toutes les communications s’interpénètrents et se téléscopent.

          L’analyse, le recul s’oppose au tout venant que proposent les nouvelles technologies.

          Il y a danger de big bang mental.


          • l1dit (---.---.54.30) 4 mars 2006 15:18

            L’éthique de la presse se résume à l’ethique du langage : si je déforme une réalité pour n’en donner qu’une version qui m’avantage (parce que je suis soumis à un pouvoir, ou parce que je veux me faire un nom ou parce que je veux jouir du « spectacle »...)je ne fais que mentir, tromper, manipuler, séduire... Aussi les conditions d’une bonne information telles que définies par Mr Morin ne suffisent pas, même si elles sont nécessaires. Et d’autre part,les différences culturelles produiront toujours des points de vue différents ; mais par contre, ces différences culturelles sont réductibles par le désir de comprendre l’autre, l’assimilation de ses formes d’être et de penser, la fraternité peut-être plus simplement : il n’est qu’à voir le modèle brésilien sur la question des métissages culturels.


            • Antoine (---.---.216.72) 6 mars 2006 02:02

              « L’éthique de la presse se résume à l’ethique du langage »

              Je reprend votre propos.

              L’éthique de la presse ne peut pas se résumer à l’éthique du langage sauf de ne pas employer un vocabulaire particulier ou de faire de la diffamation ....

              L’éthique de la presse tient à l’éthique des acteurs de la presse.

              Le journalisme n’est pas fraternité mais recherche de l’information juste a communiquer à ceux qui en recherchent.

              La dernière proposition de Monsieur Morin est presque celle d’un anthropologue, sans doute qu’il pense que le journaliste doit aujourd’hui se mouvoir dans un espace très élargi et multiforme...ce n’est simple.


            • Xin (---.---.62.234) 5 mars 2006 00:56

              L’éthique de la presse devrait être un ensemble de règles qui ne tiennent compte que des contraintes propres au champ médiatique (pour utiliser le terme de Pierre Bourdieu). Exemple : vérifier et citer ses sources.

              De nos jours, des contraintes extérieures au champ médiatique, comme les contraintes économiques (audimat, rentabilité, concurrence, etc.) ou politiques (censure de la chefferie et des propriétaires, précarisation des journalistes, etc.), s’exercent de plus en plus sur ce champ.

              L’incursion de ces contraintes, destructrices pour le champ médiatique, génèrent une information et des comportements dangeureux (pour la démocratie et pour les autres champs de la production culturelle). Ceux cités par M. Morin, mais aussi, la dépolitisation des usagers de l’information (qui est une politique en soi), la promotion d’une idéologie unique, etc.

              Tant que ces contraintes extérieures continuent à s’exercer, il est illusoire de penser que l’éthique « pure » puisse retrouver sa place et sa fonction.

              Solliciter les usagers et les journalistes pour renforcer l’éthique ne suffit pas. Il faut aussi inclure les organes de presse, les patrons de presse, les politiques, les producteurs culturels (artistes, scientifiques, juristes, philosophes, sociologues, psychologues, etc.).

              Je fais allusion à la solution qu’a proposée Pierre Bourdieu dans son livre « Sur la télévision ».


              • Antoine (---.---.216.72) 6 mars 2006 01:13

                Ethique....

                Le journaliste doit se donner les règles de sa conduite qui sont d’ailleurs enseignées ds les écoles de journalisme.

                Je crois qu’il est bien qu’il se propose des régles supplémentaires en fonction de sa propre éthique, une sorte de fidélité à lui mme en somme, ce qu’il pourra nommer être sa propre intégrité professionnelle.

                Il me semble aussi vrai qu’un journaliste est tellement sollicité aujourd’hui qu’il risque le dérapage à tout instant. Et peut-être qu’à trop de rigueur il risque de ne pas trouver de travail et qu’à trop peu de rigueur il en trouverai du travail mais pas pour longtemps smiley


              • (---.---.115.51) 5 mars 2006 02:37

                En langue Arabe les Maghrebins et Berbers ont lu toutes les livres de Bourdieu et apres il est devenu celui-ci qui fait la regie du personnel chez le College de France les memes Arabes et Berbers ont soudain fait l’experience d’une grande deception. Les Arabes et Berbers ont compris que Bourdieu est un socialiste ex katechogen. En Bosnie Bourdieu a fait sa grande geule et a rien fait pour Saraievo. Exemples sur Bourdieu a suivre.


                • Xin (---.---.62.234) 5 mars 2006 10:21

                  Vous avez une vision assez étrange du travail de Bourdieu. Je vous invite à bien lire ses écrits et à les situer dans leur contexte.


                • (---.---.115.51) 5 mars 2006 11:47

                  Xin:Le concept « temps d’hiver » & « temps d’ete » chez les gens du sable & du desert.


                  • Xin (---.---.62.234) 6 mars 2006 00:04

                    Je n’ai pas bien saisi le sens de votre citation. Si vous faites allusion à des propos de M. Bourdieu, merci de m’indiquer les références. Je suis fortement intéressé.


                  • (---.---.115.51) 6 mars 2006 16:58

                    Xin : C’est un livre de Bourdieu a ecrit tot. Nous avons edite ca dans la serie « thorie » a l’edition peter suhrkamp Wiesenau Frankfurt.


                  • Xin (---.---.62.234) 6 mars 2006 23:55

                    Aurier-vous une référence ou un site web en français ou en anglais ? Malheureusement, je ne lis pas l’allemand.

                    A défaut, quelques éléments de ce qui est reprochable dans la position de Bourdieu vis à vis des gens du sable et du désert (si j’ai bien compris vos propos). Le sujet m’intéresse.


                  • (---.---.115.51) 7 mars 2006 04:52

                    En langue Arabe : Attendez s.v.p. . On verra.


                  • Scipion (---.---.209.117) 5 mars 2006 16:36

                    J’avoue ne pas comprendre grand-chose à ces considérations. Elles volent certainement beaucoup trop haut pour moi...

                    Il est question de « pluralité des sources » et de « pluralité des opinions » mais, concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’avant de publier quelque chose, le journaliste est censé s’« abreuver » à différentes sources et à recueillir l’avis de gens professant des opinions différentes ?

                    Pour peu que l’on connaisse les conditions de travail dans les rédactions et les contraintes de délais à respecter, on se rend compte qu’une telle revendication est totalement irréaliste...

                    Maintenant, reprenons l’exemple cité par Edgar Morin, « l’affaire récente de la jeune femme qui s’est dite agressée dans un train de banlieue par des loubards antisémites. »

                    Que peut donc faire le rédacteur en chef qui reçoit cette information ? Il doit d’abord décider d’en parler ou pas. S’il choisit de ne pas en parler, en cas de confirmation ultérieure, on l’accusera d’avoir tenté d’étouffer l’affaire...

                    S’il décide d’en parler, auprès de qui doit-il vérifier la véracité des faits ? Auprès de gens qui diront n’avoir rien vu, ou très approximativement, ne pas avoir bien entendu ou de gens qui seront totalement catégoriques..., en se trompant de bonne foi ?

                    Auprès de sources « officielles » qui, très vraisemblablement, se couvriront en disant ne vouloir livrer aucun commentaire, ni confirmation, ni infirmation, jusqu’à plus ample informé ?

                    Or, le journaliste est quelqu’un qui doit parler tout de suite de choses qui intéressent les gens tout de suite... Peut-on imaginer un média dans lequel 80 % des informations se rapporteraient à des faits survenus entre 48 heures et une semaine plus tôt ?

                    Pourquoi pas ? demanderont peut-être les intégristes des grandes théories, mais le consommateur moyen d’informations, n’en a rien à faire des grandes théories. Et dès qu’on prétend différer la publication d’une nouvelle, il a le sentiment qu’on a voulu lui cacher quelque chose !

                    C’est à partir de là qu’on doit commencer à parler de pluralité des sources, de pluralité des opinions et de vérifications, pour constater que c’est loin d’être aussi simple à mettre en oeuvre qu’il y paraît. Pour ne pas dire impossible...

                    Et il faudrait encore prendre en compte le facteur humain. Le journaliste est un individu qui a des convictions politiques, c’est-à-dire qui donne, a priori, tort ou raison, aux gens dont il parle. Cette propension le conduit fréquemment à chercher, sur le terrain, non à s’informer, comme on le penserait, mais à confirmer ses a priori.

                    Je ne connais pas d’exemple d’un journaliste qui soit revenu de quelque part sur la planète, en avouant : « Je me suis trompé et j’ai trompémes lecteurs. J’en suis désolé. »

                    Jean Lacouture et Olivier Todd ont, a posteriori, reconnu qu’ils avaient été intoxiqués par les Nord-Vietnamiens, mais il est évident qu’aujourd’hui encore, on rencontre des tas de gens qui se sont faits une opinion définitive sur la guerre du Vietnam, ses réalités et ses enjeux, à partir des papiers de Todd et de Lacouture.

                    Dont la crédulité reposait pour une large part sur des a priori idéologiques, acquis aux soi-disants résistants vietcongs, qui étaient les marionnettes de l’expansionnisme communiste nord-vietnamien, visant à accaparer les riches agricoles de la Cochinchine.


                    • Xin (---.---.62.234) 6 mars 2006 00:01

                      >>Or, le journaliste est quelqu’un qui doit parler tout de suite de choses qui intéressent les gens tout de suite...

                      Je ne partage pas cet axiome. La rapidité de la diffusion de l’information est une contrainte externe au champ journalistique. Ces méfaits sont graves et nuisent au rôle des médias comme acteur de la démocratie.

                      >> ... mais le consommateur moyen d’informations, n’en a rien à faire des grandes théories. Et dès qu’on prétend différer la publication d’une nouvelle, il a le sentiment qu’on a voulu lui cacher quelque chose !

                      C’est gentil de parler au nom du « consommateur ». Professer des « vérités » de ce type est assez dangereux. Il n’est pas judicieux de mettre sur le même plan « cacher » une information et différer la diffusion d’une information pour la vérifier, l’évaluer, la mettre dans son contexte et juger de l’opportunité de sa diffusion ou pas.

                      Dernier point (issue de la sociologie des médias) : si l’usager se contente d’une information de mauvaise qualité, ce n’est parce qu’il en est demandeur, mais parce qu’il n’a pas les moyens d’accéder à une information de bonne qualité.


                    • Antoine (---.---.216.72) 6 mars 2006 01:26

                      Je suis d’accord avec vous...un journaliste est plutot une « interface » libre entre le monde et son lectorat.

                      Il n’est pas partie prenante des faits qu’il rapporte et il n’est pas non plus être celui qui demanderait des comptes au nom de son lectorat.

                      Son indépendance et liberté sont souhaitées (voeux pieux)

                      En fait face a l’actualité il prend le risque de sa conviction étayée ou non (de préférence étayées de faits exacts), enfin en principe.

                      Car toute communication est soutendue par une intention (ou une idéologie), elle n’est jamais neutre (une info est une différence qui apporte une différence), elle présente une vision du monde, elle est émise pour un destinataire, elle contient une affirmation ou une négation et son contraire....

                      dés lors ya du boulot


                    • Antoine (---.---.216.72) 6 mars 2006 02:37

                      « Ces méfaits sont graves et nuisent au rôle des médias comme acteur de la démocratie. »

                      Je reprends sur votre partie de texte.

                      Je pense que c’est une erreur de définir la presse en démocratie comme étant un pouvoir en plus, cela voudrait dire qu’elle a valeur de prendre le pouvoir, ce qui n’est pas possible

                      Son rôle est de rétablir en démocratie et d’animer (ce qui fait le coeur mme de cette démocratie) l’équilibrage entre le pouvoir et la liberté. C’est à ce titre qu’elle doit garder son indépendance sa pluralité et à ce titre aussi que la démocratie doit les lui garantir mme à ses risques et périls.

                      Le journalisme permet le débat, de fondre l’opposition théorique de la coercition et de la liberté.

                      Le pouvoir cherche très souvent a instrumentaliser la presse ds l’optique de ses propre finalités, les lobbies et les intérêts particuliers aussi.


                    • Xin (---.---.41.103) 6 mars 2006 11:15

                      J’ai évoqué le rôle des médias et non son pouvoir.

                      Concernant le pouvoir, puisque vous en parlez, celui des médias est de construire et de consacrer des représentations légitimes de la réalité. Dans un système démocratique où les médias sont libres, ces derniers véhiculent plusieurs représentations diverses de la réalité qui reflètent des points de vue et des intérêts divers.

                      De nos jours, les médias ont tendance à se borner à une représentation unique de la réalité (je ne la qualifierai pas ici) et à donner l’illusion qu’elle n’est pas unique en multipliant les points de vue de son exposé.


                    • Markoff 6 mars 2006 11:30

                      Il y a plusieurs sortes de journalistes :

                      Le rédactionnel sédentaire qui se contente de relayer les informations qu’il reçoit de diverses sources et qu’il se doit de vérifier ( ce qui n’est pas toujours possible, auquel cas il doit prendre les précautions d’usage dans l’écriture par l’emploi de formules laissant place au doute ).

                      Le reporter qui va sur place et qui doit relater des FAITS, une ambiance ressentie, les émotions des acteurs et, pourquoi pas, ses propres émotions.

                      Le journaliste d’investigation qui mène une véritable enquête pour dévoiler des faits cachés, inconnus ou mal connus.

                      La déontologie commune à ces catégories, c’est évidemment l’honnêteté intellectuelle et l’objectivité qui fait abstraction de ses propres sentiments ( ce qui est un exercice des plus difficiles...).

                      Une autre catégorie échappe à cette déontologie, c’est le journaliste d’opinion, politiquement engagé. Ce qui ne veut pas dire que ce qu’il nous dit n’est pas valable, mais le lecteur qui veut faire la part des choses se doit de lire aussi les opinions inverses. C’est l’ABC de sa propre objectivité.

                      Je reprends l’exemple donné ci-dessus par Scipion à propos des journalistes Jean Lacouture et Olivier Tood. Je ne suis pas d’accord avec l’interprétation qui en est donnée... Je n’ai pas lu les papiers dont il est question à l’époque, mais je pense que ces journalistes pensaient sincèrement ce qu’ils ont dit au moment où ils l’ont dit. Ils se seraient excusés, plus tard, auprés de leurs lecteurs ? C’est un tort, car ils ne se sont pas « trompés », ils ont changé d’avis, ce qui est trés différent. Car s’il s’agit du premier conflit d’Indochine, la guerre franco-vietnamienne (à laquelle j’ai participé), on peut en discuter, mais il s’agissait d’une guerre coloniale ( comme celle d’Algérie par la suite ), guerre qui aurait pu être évitée sans la bêtise ( et je suis poli ) des diplomates français. Elle n’est devenue « idéologique » que par la suite, le Viet Cong, dans le contexte, ne pouvait refuser l’aide chinoise et ses « conseillers politiques ». Mais les résistants vietnamiens ont droit à autant de respect que les résistants français de la dernière guerre.

                      En conclusion, c’est peut-être en revenant sur leur première opinion que nos braves journalistes se sont trompés... Allez savoir !


                    • Scipion (---.---.239.58) 6 mars 2006 11:42

                      « c’est peut-être en revenant sur leur première opinion que nos braves journalistes se sont trompés... Allez savoir ! »

                      Hélas non... smiley)

                      Parce que, et depuis 1975, ce ne sont pas, markoff, les « résistants » du Sud qui sont au pouvoir à Saïgon, mais les « impérialistes » du Nord !

                      En réfléchissant un tout petit peu, vous auriez pu parvenir à cette conclusion tout seul smiley)

                      Mais, peut-être que cette conclusion ne cadre pas avec vos a priori idéologique à vous... Allons savoir...


                    • Antoine (---.---.160.50) 6 mars 2006 12:32

                      Je sais, je vous ai bien lu, et j’ai voulu ajouter cet élément à votre propos car je crois que la notion de pouvoir rentre de plus en plus dans toutes les sphères des activités humaines.


                    • Markoff 7 mars 2006 08:45

                      Merci pour le conseil de réfléchir (un petit peu)...

                      Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je parlais du conflit franco-vietnamien qui s’est terminé par le partage du Vietnam en deux parties, en 1954. Jusqu’à cette date, les résistants à l’impérialisme français se trouvaient au Nord ET au Sud. C’est nous qui avons poussé les anti-colonialistes vietnamiens dans les bras protecteurs du communisme. Il serait temps de le reconnaître !

                      Ce qui s’est passé ensuite, l’intervention brutale des américains qui se situait dans l’affrontement idéologique Est-Ouest a été une catastrophe humaine pour ce peuple martyrisé. Les « impérialistes du Nord » sont aussi des vietnamiens, faut pas l’oublier, et le régime en place, c’est le choix imposé par la guerre mais qui peut changer si le peuple le souhaite. Ce n’est plus notre affaire.

                      Quant à mes a priori, ils sont avant tout humanistes et pacifistes. J’ai vécu 4 ans au Vietnam, j’adore ce peuple et j’ai honte de ce que nous leur avons fait subir.

                      A bon entendeur...


                    • Antoine (---.---.216.72) 6 mars 2006 01:51

                      "Ainsi, dans l’affaire récente de la jeune femme qui s’est dite agressée dans un train de banlieue par des loubards antisémites, il y a eu dans la presse, comme dans les autres médias, défaillance de la vérification"

                      Dans cette affaire, il est n’est pas commode de faire un travail journalistique. D’abord et cela va vous paraitre surprenant parce que c’est un fait divers trivial et désolant. Deuxièmement parce que face à des affabulateurs (trices) le journaliste est aussi démuni que le commun des mortels et sans doute aussi démuni que des policiers enregistrant une déposition. Ensuite, parce je ne pense pas qu’un journaliste doit se substituer à la police pour établir une vérité parallèle en tout cas pas ds un premier temps, ce n’est pas son rôle.

                      Par contre il doit à la vérité de rectifier ce que le suivi de cet affaire impose.

                      Il y a encore 20 ans, seules les journalistes avec telescripteurs d’agence auraient eu l’info en primeur. Aujourd’hui, l’info se trouve en continu en mme temps sur plusieurs sites internet et le public s’en empare avant que la presser ai eu le temps de diffuser une information commentée et analysée.

                      D’ailleurs ds les salles de rédaction des télévisions, les documents filmés et achetés à des agences ne sont pas passées aux cribles parfaitement cela prend un temps énorme et les rédacteur n’ont pas de temps, ils font donc confiance à leurs fournisseurs industriels.

                      Ceci n’est qu’un exemple, le journalisme est devenu une industrie avec ses travers et qualités...


                      • Senatus populusque (Courouve) Courouve 6 mars 2006 14:11

                        « Une information ne prend sens que dans son contexte, géographique, culturel, historique, politique, etc »

                        Une information ne prend son sens que dans le cadre d’une culture générale suffisante.


                        • Xin (---.---.41.103) 6 mars 2006 14:56

                          >> La déontologie commune à ces catégories, c’est évidemment l’honnêteté intellectuelle et l’objectivité qui fait abstraction de ses propres sentiments ( ce qui est un exercice des plus difficiles...).

                          L’objectivité est un concept théorique. Tout être humain, journaliste ou pas, interprète un évènement selon ses dispositions de perception et d’interprétation . Selon son éducation, son milieu social, ses moyens intellectuels et financiers, ses tendances idéologiques, il peut juger différemment l’intérêt d’un évènement (exemple : vaut-il la peine de lui accorder de l’importance, de le diffuser ?) et peut l’interpréter de diverses façons (exemple : le rôle des diplômes dans la hiérarchie professionnelle peut paraître « naturel » comme « injuste »).

                          Pour être objectif, il faut être au courant de toutes les possibilités de perception et d’interprétation et être conscient de sa propre perception et interprétation d’un évènement. Chose impossible (pour le moment ?).

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