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  • Par bluebeer (---.---.---.165) 31 mars 14:03
    bluebeer

    Bonjour HH,

    La mondialisation telle que nous la connaissons est une stratégie reprise par quelques think tanks avec une simple visée économique : conquérir des marchés de plus en plus vastes, permettre aux entités industrielles et financière de se développer encore plus pour obtenir au bout du compte quelque chose qui ressemblerait à des monopoles, un contrôle du début à la fin de la chaîne de production et l’exclusivité du commerce de diverses ressources, aussi essentielles soient-elles. C’est véritablement une partie de monopoly, où au bout du compte il n’y aura qu’un vainqueur, la « World Company » de monsieur Sylvestre.

    Dans leur stratégie de conquête, ils utilisent bien évidemment l’opposition entre peuples et nationalités, qu’il s’agisse de délocaliser massivement des emplois (et pratiquer par la même occasion la stratégie du choc) ou de fomenter des guerres à visée économique (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie et toutes celles qu’on ne connaît pas ou moins). Mais si les peuples et les frontières venaient à disparaître d’un coup de baguette magique, ça ne leur donnerait à mon sens qu’un champs libre pour faire ce qu’ils font le mieux, s’acoquiner avec les pouvoirs en place et imposer leur loi de la jungle au détriment de l’intérêt de tous. Il n’y aurait même plus les îlots de résistance que sont les BRICS aujourd’hui.

    Il est clair que le progrès technologique, qui révolutionne la facilité de déplacement et de communication, va progressivement effacer les frontières géographiques et culturelles entre les hommes. Mais pour l’instant, nous restons fondamentalement des primates avec des réflexes sociaux à petite échelle, conçus pour évoluer dans des communautés restreintes avec des liens hiérarchiques structurés. Et dans ces sociétés (qui sont, notez le, à l’inverse de ce que propose l’American way of life), on continue de s’agglutiner autour d’un groupe auquel on s’identifie, et d’y suivre des leaders. C’est notre malheur, en quelque sorte, que d’être des animaux émotionnels plutôt que rationnels. C’est la raison pour laquelle je pense que les groupes, les ethnies, les nations ne disparaîtront jamais tout à fait : parce que nous restons fondamentalement tribaux (comment expliquer le succès des sports de masse, sinon). Mais pour l’instant, cet « archaïsme » implanté dans nos gènes pourrait nous aider à résister à l’invasion des barbares en col blanc et costume armani.

  • Par bluebeer (---.---.---.165) 30 mars 22:54
    bluebeer

    Il est clair que les BRICS ne se dressent pas au nom d’un idéal démocratique. Non pas que nous ayons de si grande leçon de démocratie à leur donner, mais leur histoire montre la nécessité de s’appuyer sur des pouvoirs forts pour insuffler une synergie à des populations dispersées sur des territoires de la taille de continents et divisés en une mosaïque d’ethnies, de langues et de religions. Quoi qu’il en soit, il ne s’unissent pas par idéal mais par nécessité, celle de s’opposer à l’hégémonie occidentale et états-unienne.

    Eux-même disposent évidemment de leurs propres oligarchies, mais celles-ci ne sont pas (ou sont moins) libres de s’allier à celle du camp occidental. Plus vraisemblablement, ces oligarques ont compris que subir la pax americana reviendra à en faire des oligarques de seconde zone, et que pour eux, la partie de monopoly sera alors définitivement perdue.

    Les occidentaux ont humilié les BRICS par le passé, sans exception. Ceci explique sans doute en partie le nationalisme actuel, fait de revanche et de fierté,ainsi que la facilité avec laquelle ces nations s’accordent aujourd’hui pour défaire un ennemi commun.

    Je ne sais pas si nationalisme et ploutocratie sont antagonistes ou complémentaires, je suppose que cela dépend de l’exacte teneur que l’on veut donner à ces mots. En l’occurrence, cependant, les états-nation ne font pas l’affaire des société multinationales, puisqu’ils prétendent ne pas céder leurs prérogatives et se soumettre tout de go aux intérêts privés des banques et des entreprises. Il est un fait que les divisions nationales sont une arme potentiellement très puissante pour les multinationales, qui peuvent d’une part se soustraire aux lois locales et jouer sur les rivalités d’autre part. Dans les faits, les nations ne les gênent que lorsqu’elles les empêchent de conquérir des monopoles économiques, c’est à dire, le pouvoir absolu. Et tant qu’à présent, les gouvernements occidentaux se sont montré remarquablement conciliants, pour ne pas dire dociles, lorsqu’il s’agissait de défendre ces intérêts privés. Le seul problème des puissances financières et industrielles, c’est d’obtenir carte blanche pour effectuer leurs manoeuvres et manipulations. Tant qu’ils ont le champs libre, ce que sont, font, prétendent être ou faire les nations ne les intéresse en rien.

  • Par bluebeer (---.---.---.165) 30 mars 14:42
    bluebeer

    Bonjour,

    merci pour l’article.

    Le BRICS se structure, et ce n’est certainement pas un hasard dans le contexte actuel, comme une force capable de s’opposer au bloc occidental et à ses alliés résiduels (comme la Turquie ou les pays du Golfe, par exemple). Derrière la respectabilité des accords économiques, diplomatiques et de collaboration mutuelle, il y a évidemment une énorme menace pour les USA et l’Europe de se voir dégradés au statut d’économies déclinantes voire même moribondes. Or le problème est que l’occident, et en particulier le tandem USA-UK, est complètement infiltré, mérulé par le pouvoir des multinationales et des places financières qui nous ont imposé le libéralisme économique comme modèle de société, et en réalité, comme outil de mainmise d’une oligarchie sur les biens de ce monde, sur le futur de la planète.

    Clairement, les pays des BRICS sont au fait de cette situation, et leur accord économique n’est pas tant une petite déclaration de guerre à un ensemble de nations qu’à un ensemble de corporations qui dictent leur loi à l’ensemble du monde. Le paradoxe est que les BRICS sont eux-même en partenariat étroit avec ces multinationales qui ont investi massivement chez eux. En fait, sans l’apport des BRICS et de la Chine, l’économie occidentale peut s’écrouler massivement et rapidement, que ce soit en raison de défauts d’importation, d’exportation, ou tout simplement, de mouvements concertés de fond et de devises susceptible de couler définitivement notre système bancaire. Malgré les apparences, l’avantage est clairement le leur, car la mondialisation a terriblement affaibli les économies occidentales. Et la puissance armée américaine ne peut plus être évoquée pour retourner la situation. Les USA sont exsangues, des aventures militaires d’envergure ne sauraient plus être entreprises avec l’assentiment du peuple américain, sauf nouvelle provocation extérieure. Et trois des cinq BRICS possèdent l’arme atomique. Bref, l’empire se délite. Et ce d’autant plus que les BRICS séduisent d’autres puissants partenaires potentiels, comme l’Iran et l’Indonésie, les pays d’Amérique Latine, au potentiel fabuleux. Bref, la partie est mal engagée pour l’occident, et sans doute le coup du 11 septembre doit-il se comprendre comme un rouage dans une mécanique stratégique à long-terme, à savoir, comment empêcher le reste du monde d’entrer en compétition avec la nation dominante, c’est-à-dire l’oligarchie financière et industrielle qui la parasite ?

    L’apparition d’un puissant bloc concurrent est certainement une bonne chose pour notre démocratie dans la mesure où la réapparition d’un camp « adverse » va bouleverser les dogmes de nos démocraties libérales et freiner cette insensée mondialisation économique qui détruit nos sociétés. Mais il faut s’inquiéter du pouvoir occulte des géants de la finance et de l’économie privée. Face à un ennemi puissant, ils vont devoir choisir entre la guerre ouverte et la collaboration. Et dans chaque cas, leur intérêt est opposé au nôtre, à nous, la population.

    Les théoriciens et tacticiens des BRICS connaissent leurs adversaires réels. Eux-même sont probablement prêts à négocier plutôt qu’à guerroyer, donc nous ne pouvons probablement pas compter sur eux pour nous « libérer » du libéralisme sauvage de ces dernières décennies. Mais leur apparition va peut-être freiner les ambitions démesurées de nos maîtres occultes et les obliger à nous rendre une partie du contrôle sur nos sociétés, à nous rendre les moyens de la solidarité.

    Enfin, les BRICS sont une association improbable de partenaires gigantesques répartis sur quatre continents. Leurs intérêts les pousse à s’allier et à s’entendre aujourd’hui, mais jusqu’à quand cela durera-t-il ? Les occidentaux travaillent probablement déjà à les disjoindre. Nous entrons dans une nouvelle guerre froide, peut-être tiède. Espérons qu’elle ne se mette pas à flamber.

  • Par bluebeer (---.---.---.165) 23 mars 19:08
    bluebeer

    Bonsoir,

    juste pour l’anecdote, j’ai lu récemment un article dans guerre et histoire (l’avant dernier numéro ?) qui remettait en cause la réalité des charges de cavalerie polonaise contre les panzers. Il semble qu’il n’y ait aucun fait objectif pour en attester la réalité historique, même s’il existait bien sûr un large corps de cavalerie dans l’armée polonaise (on oublie souvent qu’il en existait également des unités du côté allemand, et que la guerre du front de l’est a largement été hippomobile, fût-ce au niveau des convois de ravitaillement, et ce dans les deux camps).

    Néanmoins l’image des charges désespérées a plu et s’est répandue dans les milieux de la résistance comme une parfaite iconographie de la bravoure et du panache des soldats polonais qui payaient du prix du sang la faiblesse de leurs moyens.

    De l’importance de la propagande dans la guerre...

  • Par bluebeer (---.---.---.165) 22 mars 07:27
    bluebeer

    Bonjour.

    Bon article, comme d’habitude.

    Et vaste sujet. L’idéologie libérale actuelle est une fraude. Elle tire sa « légitimité » de postulats divers, comme l’autorégulation des marchés, le darwinisme économique, la supériorité inéluctable de l’intérêt personnel sur l’altruisme, etc. La déconfiture des économies planifiées et la dérive autocratique des sociétés socialistes ou communistes a apporté de l’eau à ces moulins, et contribué à enfoncer profondément l’idée dans nos crâne que there is no alternative.

    Pourtant, ce système dans lequel nous vivons et auquel nos dirigeants ont prêté allégeance est une faillite à tous les niveaux. Il a engendré une nouvelle oligarchie apatride, une nébuleuse de multinationales et de consortiums banquiers qui se partagent le monde tout en luttant férocement entre eux pour la suprématie. Une nouvelle caste de seigneurs, de grands féodaux, qui tiennent pour rien les vilains que nous sommes, et qui poursuivent leur guerre aveuglément, indifférents aux maux dont ils nous accablent. Wall Street et la City, et tous leurs petits clones, nos nouveaux seigneurs.

    En démultipliant les stratégies pour s’enrichir et obtenir l’avantage sur leurs concurrents, ils ont transformé la finance et l’économie mondiales en un vaste casino boursier, une arène de la spéculation et de la manœuvre occulte. Leur avidité les a poussé à remplacer les salaires par du crédit, car la dette enrichit bien plus que tout autre investissement dans l’économie réelle. La finance a décollé et perdu contact avec la réalité. Aujourd’hui, elle s’écroule. La valeur de l’argent s’évapore, les échafaudages financiers et les économies s’effondrent, la mondialisation n’a profité qu’aux profiteurs.

    La délocalisation a sonné le glas du consensus social qui avait fini par émerger dans les pays industrialisés. Le spectre du chômage a réduit les aspirations sociales, a lentement détricoté le principe de solidarité. Insidieusement, nous avons glissé dans la mentalité libérale : individualisme, matérialisme, opportunisme. Nous sommes précarisés, déstabilisés, désolidarisés. Nous avons accès à davantage de gadgets, mais le prix des denrées alimentaires, de l’éducation et du logement ont explosé. Il n’y a plus de distinction entre ce qui est futile et ce qui est indispensable. Bienvenue dans l’univers de la surproduction, de la surconsommation, du surgaspillage.

    Cerise sur le gâteau, si la délocalisation autorisée par la mondialisation chère à nos oligarques a été un premier coup de tronçonneuse dans notre contrat social, le tsunami de l’automatisation et de l’informatisation galopantes n’a encore été évoqué sérieusement par aucun gouvernement. Le travail disparaît, point barre. Et personne n’aborde ce problème fondamental qui lamine définitivement notre conception de l’organisation sociale. L’économie de marché devient obsolète parce que la plupart des gens n’auront tout simplement plus accès à du travail. Mais comme il nous est interdit de rêver d’économie planifiée et de juste répartition des avoirs, nous sommes désormais arrivés au bord du vide. Le capitalisme et le libéralisme ne sont pas des projets de société, ce sont des modèles de gestion du capital, incidemment destinés à entériner l’émergence d’une classe dominante sur une base économique. Rien n’est prévu pour les bouches inutiles, si ce n’est le néant.

    La thèse de Jorion est que la perte progressive du pouvoir d’achat, et la substitution des salaires par l’accès au crédit, scie la branche sur laquelle le capitalisme est assis. Ses contradictions internes vont finir par le faire chuter, et après la chute du mur de Berlin, finira par arriver la chute de la rue du mur. « Marx avait raison », constat amer qui nous laisse devant les ruines d’un monde à reconstruire. Quand la bataille sera terminée, car pour l’instant, ceux qui possèdent tout se battent avec rage pour ne rien perdre. Et j’ai le sentiment que ça va être une longue bataille, dont ma génération ne verra pas l’issue.

    Je ne suis plus chrétien, mais je suis allé au catéchisme. Petit, je ne comprenais pas pourquoi Jésus s’était tellement emporté contre les marchands du temple. Maintenant, je sais : ils avaient transformé la maison de son père en un repaire de voleurs.

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