• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Christian Wolff

Christian Wolff est enseignant en philosophie en région parisienne.

Tableau de bord

  • Premier article le 07/11/2008
  • Modérateur depuis le 18/05/2010
Rédaction Depuis Articles publiés Commentaires postés Commentaires reçus
L'inscription 4 3 129
1 mois 0 0 0
5 jours 0 0 0
Modération Depuis Articles modérés Positivement Négativement
L'inscription 0 0 0
1 mois 0 0 0
5 jours 0 0 0

Ses articles classés par : ordre chronologique







Derniers commentaires


  • Christian Wolff 19 mai 2010 23:46

    Une « machine à vendre »… des petits livres sur l’éthique publiés par L’Harmattan…

    Diable ! Si c’était là une manière de faire fortune, j’en aurai déjà écrit quelques uns. 

    Non, sérieusement, si le sujet vous intéresse (et il doit bien vous intéresser, si vous pratiquez le bon père Kant), je peux vous recommander quelques uns des titres qui figurent dans les collections de cette fondation. Il y est question, par exemple, d’une éthique des petits actes (notion intéressante : qu’est-ce qu’un « petit acte » ?) ou encore d’un défaut qui fait un peu honte à ceux qui y sont sujets - la jalousie (comment la vaincre ? mais d’abord, comment la détecter ?).

    Votre message en tout cas me suggère une chimère amusante : le Bobo mystique, le Soufi des Batignolles. Personnage très louche, en effet ! Il se trouve pourtant que nous vivons dans un monde où coexistent des gens comme Guy Bedos, Bernard Stiegler et Bahram Elahi. Il y en a même qui lisent Kant ! Et tous parlent d’éthique, parce qu’ils la vivent. Qu’est-ce qu’on peut faire de cette diversité de fait ? L’ignorer simplement ? Livrer le mot « éthique » à une pluralité irréductible d’interprétations particulières ? Car j’imagine que vous ne songez pas à refuser d’emblée au comique et au philosophe toute compétence à parler d’éthique, sous prétexte qu’ils plairaient aux « bobos »… Pour ma part je cherche plutôt les effets de cohérence et de convergence ; et comme je crois que l’éthique n’est pas une espèce naturelle, j’ai tendance à penser qu’elle doit faire l’objet d’une construction commune. Or je ne vois aucune raison de me méfier a priori d’une entreprise qui cherche à construire, justement, un espace où différentes voix (et pourquoi pas celle des bobos eux-mêmes ?) puissent être entendues et discutées du point de vue d’un problème commun.

    Quel est ce problème ? J’ai tenté de le dire : la question est de savoir comment l’éthique individuelle peut se traduire en pratique. Chez Kant, une fois dégagés les principes de la moralité, c’est plutôt du côté des textes sur l’éducation ou dans la Doctrine de la vertu qu’on trouve de quoi se nourrir. Mais on y trouve finalement développées les intuitions morales les plus convenues, et on reste sur sa faim. Je n’ai rien contre la morale convenue, d’ailleurs : c’est un début. Mais il me semble que l’enjeu est de savoir s’il y a de l’invention en morale, si on peut développer de nouveaux outils pour la réflexion et pour l’action dans une perspective de transformation de soi. 
    Or qu’il faille de toute manière inventer en la matière, parce que personne ne peut décider à notre place, ça n’a rien de particulièrement « subjectiviste » : je crois même que c’est le fond de la pensée de Kant. A moins que vous pensiez que la raison pure (pratique) ait la capacité de fournir, prêts à l’emploi, des contenus moraux universellement applicables ? Si vous arrivez au bout de votre lecture (le livre n’est pas trop épais), vous verrez que ce n’est pas possible.

    Pour finir, et au risque d’avoir l’air de faire la morale, je dirais que la prudence est une vertu mais que la méfiance est un vilain défaut. Et pour le coup je serais volontiers pragmatiste : ne critiquons pas par principe ; jugeons sur pièces !

    respectueusement,
    CW


  • Christian Wolff 19 mai 2010 10:05

    Le problème moral le plus important aujourd’hui ? C’est à la fois simple et forcément général (chacun doit faire le travail de mise au point pour lui-même). Je dirais que le problème majeur, c’est l’intempérance.
    Le mot sent peut-être un peu la moraline (qui rime aussi avec naphtaline) : c’est le vocabulaire du catéchisme. Mais on peut le comprendre en termes plus modernes, moins directement normatifs : nous n’avons plus aucune idée de ce que peut impliquer une véritable culture de nos désirs.
    Je m’explique. Nous sommes très cultivés à certains égards (pas forcément au sens de la culture générale, mais au sens de la civilisation : culture technique, matérielle), mais tout à fait incultes dans la gestion de notre capital le plus propre : nos pensées, nos affects, nos désirs. Nous les laissons se développer n’importe comment, comme des herbes folles, dans le plus complet dérèglement, en alternant des phases d’hyperexcitation et de dépression (la dépression au sens clinique n’en est qu’un symptôme particulièrement vif).
    Vous trouvez ça un peu abstrait ? Est-ce que je passe pour un triste sire si je dis (par exemple) que notre civilisation est massivement obsédée par le sexe ? C’est un fait. Vous me direz qu’elle l’a toujours été, et c’est probablement vrai. Mais les prothèses techniques avec lesquelles nous fonctionnons (télévisions, nouvelles technologies de communication et d’information, etc.), relayées par des industries du divertissement collectif omniprésentent, intensifient le problème. Ce n’est qu’un exemple (et un peu bateau, je le concède). Je ne dis pas que c’est le problème principal, mais seulement le plus massif. Et ce ne serait d’ailleurs pas un problème si cette focalisation de nos désirs ne rétrécissait pas aussi notre champ de conscience, en nous empêchant de développer d’autres compétences et dispositions qui restent en jachère.
    Le problème est général : on a développé une hypertrophie des sens et de l’intellect, tout en négligeant la régulation affective. il faut donc apprendre à mettre nos désirs en culture, à les organiser. Ce qui ne veut pas simplement dire : maîtriser ses passions, même si ça implique en effet l’invention de nouvelles disciplines, dans le cadre de ce que Foucault appelait le « souci de soi ». Que le retour aux Anciens, à la morale stoïcienne ou épicurienne, soit à la mode chez les philosophes et dans le grand public amateur de philosophie, c’est le signe que quelque chose bouge : on voit bien qu’on ne peut pas continuer comme ça.
    Voilà ce que je propose. Quant aux animaux, bien sûr, mais la cruauté massive de notre traitement des animaux revient à ce que je pointais  : à la fin, c’est un problème de sensibilité. Nous avons collectivement émoussé nos affects, nous avons développé une forme de dureté de coeur envers le règne vivant en général. C’est probablement une condition du progrès matériel, mais le problème est qu’en réalité nous ne nous en rendons même plus compte. Il y aurait, de ce côté, tout un apprentissage à faire de notre relations aux animaux, et plus généralement aux non-humains.
    La « médecine de l’âme » nous renvoie nécessairement à une écologie générale (écologie de l’esprit et des corps).


  • Christian Wolff 19 mai 2010 09:40

    Eh bien si, l’auteur répond quand on l’interpelle directement ! Donc @Grasyop, voici ce que j’ai envie de dire. « Moraline » est un terme que je reprends à Nietzsche, et qui me paraît bien convenir à l’usage social qui est généralement fait du discours éthique (commissions, chartes, labels éthiques, etc.) : comme la morphine, la moraline est destinée à nous soulager un peu, à nous donner bonne conscience en enrobant de mots généreux des initiatives sympathiques et nécessaires (action humanitaire, commerce équitable, développement durable), mais qui ne nous engagent pas vraiment à titre individuel. C’est du soin palliatif, si on veut. Ca n’a donc rien à voir avec une action réellement thérapeutique, qui attaque les problèmes à leur racine. La « médecine de l’âme », c’est autre chose : ça suppose d’abord une compréhension réelle des mécanismes qui sous-tendent nos dispositions éthique (ou non-éthiques !). Aucune moraline ne peut y suppléer. Ensuite, c’est une démarche individuelle, personnelle (bien qu’elle puisse faire l’objet d’une prise de conscience collective et d’une recherche collaborative - c’est le sens de mon article…). On décide de soi-même ; on n’a pas à attendre qu’une commission de sages émette des recommandations ou nous fournisse un cadre normatif, même si on peut prendre conseil ou inspiration chez ceux qui ont travaillé sur la question…







Palmarès