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Cilou

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  • Cilou 8 août 2007 15:46

    Bonjour Lambertine,

    Vous avez vécu un accouchement traumatisant pour vous et votre bébé. De cette expérience vous concluez que l’accouchement est dangereux car elle vous a profondément marquée. Les médecins et SF ont aussi ce type d’expérience. Un jour un bébé meurt, ils n’ont pas réussi à le sauver. C’est très traumatisant pour l’équipe. C’était un bébé sur 1000 naissances, mais de celle-là seulement ils se souviendront. Ils ne se souviendront pas que les 999 autres bébés sont nés en bonne santé. En conséquence ils prendront encore des mesures de sécurité supplémentaires, rapidement, sur la base d’une décision émotionnelle plus que rationnelle. Ils ne se demanderont pas si ces mesures entrainent des effets indésirables sur les 999 bébés en bonne santé, ils se diront juste que tout vaut mieux que la mort d’un seul. C’est aussi ce que vous pensez, avec je le devine l’idée que les mesures de sécurité ou substances utilisées n’ont pas d’effets secondaires. C’est cela qui est faux, l’excès de sécurité et d’intervention est pathogène. Je vais vous en donner quelques exemples :

    - L’usage du syntocinon qui accélère les contractions. Dans des situations pathologiques il peut être utile. C’est ce que vous disiez, c’est alors un médicament. Mais de fil en aiguille, les obstétriciens se sont mis en tête que la durée du travail ne doit pas excéder 10h et que le col doit progresser de 1cm par heure, comme si les femmes étaient des machines. Dès que le col n’a pas progressé dans ces normes mécaniques, une injection de synto est faite. Cela concerne au moins la moitié des accouchement. Le synto n’est donc plus utilisé comme un médicament pour soigner une pathologie, mais comme une drogue de dopage faisant accoucher toutes les femmes dans des normes strictes non fondées scientifiquement. Or le syntocinon n’est pas anodin, ce n’est pas de la tisane. A trop forte dose il peut provoquer une quasi-tétanie de l’utérus et une souffrance foetale grave qui nécessite alors une intervention en urgence. Sans aller aussi loin, les contractions après injection de synto sont en général plus douloureuses, et plus dures également pour le bébé. Ajoutons que au départ les femmes et les bébés ont servi de cobayes pour tester le produit et ajuster les dosages sans qu’on leur demande leur avis. Il y a eu des accidents, j’en connais un qui s’est soldé par une atteinte neurologique du bébé dans une situation où il n’y avait aucune raison d’avoir injecté du synto à la femme en couche. Vous voyez là que l’excès de sécurité qui a fait passer de - éviter les accouchements qui durent 3 jours - à - aucun accouchement ne doit durer plus de 10h - entraine ses propres pathologies, sans pour autant sauver la vie de plus de bébés.

    - Dans la même veine, il y a la rupture artificielle de la poche des eaux qui est devenue systématique dans beaucoup de maternités. Dès que le col atteint 3 cm, on perce, à nouveau pour faire aller plus vite, sans même savoir si cet accouchement là sera excessivement lent ou normal. Or percer la poche des eaux n’est pas anodin non plus. Les contractions deviennent plus douloureuses pour la mère, et aussi pour le bébé qui n’est plus protégé dans le liquide amniotique. Il semble aussi que cela augmente le risque d’une complication très rare mais très grave qu’on appelle procidence du cordon (le cordon sort avant le bébé qui fait pression dessus et risque de stopper l’irrigation sanguine).

    - Le monitoring. J’y revient très brièvement. Comme vous l’avez vu le monitoring en continue n’augmente pas la sécurité. Au contraire, il entraine un excès d’interventions en particulier de césariennes à partir de faux positifs, sans à nouveau sauver la vie de plus de bébés. Or la césarienne est un acte chirurgical qui comporte des risques, et surtout qui compromet le futur obstétrical de la mère (l’uterus est plus ou moins fragilisé au niveau de la cicatrice, les cas de placenta qui restent accrochés et ne descendent pas seuls après l’accouchement sont plus fréquents).

    - L’interdiction de manger et boire. Elle existe au cas où il faudrait une anesthésie générale. Mais l’accouchement est un effort physique intense qui demande beaucoup d’énergie. Interdire aux femmes de s’alimenter et même de boire c’est prendre le risque qu’elles s’affaiblissent, ce qui peut mettre l’accouchement en péril. Là encore, en prenant une mesure de sécurité en pensant au rare cas très grave, on induit des effets iatrogènes dans la grande majorité des accouchements normaux.

    Je reviens maintenant sur une autre de vos affirmations : l’accouchement est très douloureux. C’est toujours un sujet très difficile à aborder, mais justement c’est très important. Pour prévenir les raccourcis hatifs, j’ai moi-même vécu un accouchement excessivement douloureux, au point de perdre connaissance à chaque contraction pendant quelques heures. Je suis donc très sensible à la douleur des femmes en couche et c’est un sujet qui m’a demandé beaucoup de réflexion et beaucoup de lecture de témoignages. Dans des conditions d’accouchement spontané, à la maison ou en MdN, le travail est le plus souvent douloureux, de peu à beaucoup, mais, et c’est ce qui est vraiment important, les femmes « l’oublient » dès que l’enfant est né. Par oublier il faut comprendre que la douleur (même si ça douille franchement) n’a pas été mal vécue. Ces femmes n’ont pas atteint le stade de la souffrance qui laissent des marques traumatiques à vie. Sinon dans certains cas les femmes n’ont pas eu un accouchement douloureux, voire dans de rares cas ont vécu des sensations orgasmiques (si, il existe des femmes qui ont du plaisir en accouchant !). A l’autre extrémité, même dans des conditions optimales, environ 10% des femmes ont des douleurs trop dures qui risquent de les faire basculer dans la souffrance et qui sont transférées pour avoir une péridurale, surtout lors des premiers accouchements, beaucoup plus rarement pour les multipares.

    A l’hôpital la situation est très différente, le taux de péridurale demandé est très élévé, au-delà de 50%. Pourquoi ? Il est fondamental de prendre conscience que la majorité des pratiques systématiques de l’hôpital aggravent considérablement la douleur des femmes en couche. En premier, il y a l’état d’esprit passif : une femme à l’hôpital n’est pas en action, elle est prise en charge et elle obéit aux injonctions. Elle est persuadée qu’elle serait bien incapable d’accoucher sans toute l’équipe autour. Elle est d’ailleurs effectivement immobilisée, allongée pendant toute la durée du travail très souvent. Les médecins et SF ont beau savoir que la position allongée augmente la douleur, et la décuple lors de douleurs dans les reins, la pratique n’en continue pas moins. C’est une maltraitance institutionnelle. L’état d’esprit passif suffit à lui seul à abaisser le seuil de la souffrance considérablement, puis encore l’immobilité. Ensuite il y a la gestion active de l’accouchement, poche des eaux percee et accélération avec le syntocinon, qui augmente encore la douleur. Et donc les femmes demandent la péridurale, forcément. La péridurale n’est donc pas comme on le croit une bénédiction qui libère les femmes d’un accouchement très douloureux dans tous les cas, la péridurale est en grande partie une réponse induite par des pratiques qui rendent la majorité des accouchements trop douloureux. Ajoutons aussi que la « malédiction » biblique continue à peser très lourd dans la balance : tu accoucheras dans la douleur pour expier le péché originel. Ca parait bien loin, mais ca reste encore présent, dans la peur de l’accouchement qui reste très forte malgré la médicalisation. La péridurale généralisée entérine en quelque sorte cette malédiction biblique. La méthode coué ça marche très bien ... Si on va à un examen persuadé d’échouer on se plante ; si on va à l’accouchement persuadée de souffrir on souffre.

    Pour revenir à nos moutons, les MdN. Vous les pensez dangereuses car pas de bloc chirurgical à proximité. Combien de temps faut-il à l’équipe chirurgicale pour être prête ? Ca dépend bien sur mais une bonne estimation est 30 mn. Combien de temps faut-il pour transférer une femme en couche de la MdN à la maternité partenaire ? Typiquement pareil. Que l’équipe se prépare avec la femme sur une civière à côté ou la femme dans une ambulance ca ne change pas grand chose. Combien de temps faut-il à une SF d’hôpital pour s’apercevoir d’un problème ? Ca dépend, mais quand elles en sont à surveiller 4 accouchements à la fois depuis une salle de contrôle où elles ne voient que les tracés des monitorings tout en remplissant des paperasses, ca peut être long, ca peut être trop tard aussi (et ca arrive). Combien de temps faut-il à une SF de MdN pour s’apercevoir d’un problème ? Beaucoup moins, car non seulement elle reste en permanence avec la femme en couche, mais de plus elle l’a suivie pendant toute sa grossesse et donc elle la connait. Les MdN et l’AAD existent dans d’autres pays, par décision politique. Je ne pense pas que les décideurs allemands, suédois, anglais, ou canadiens, soient des fous irresponsables. D’ailleurs leurs résultats périnataux sont un peu meilleurs que les notres. Alors ? Ceci est un argument étayé qui suffit à montrer que les MdN bien organisées ne sont pas dangereuses.

    Ce qui m’a le plus surprise dans vos commentaires c’est votre attitude par rapport à vos filles. Quand elles auront des enfants, elles seront adultes depuis un moment, et indépendantes. Et si ce qu’elles souhaitent elles c’est d’accoucher en MdN ou chez elles, que ferez vous ? Vous iriez contre leur décision d’adulte, à cause de votre propre expérience ? C’est l’aspect le plus important de tout ca peut-être, le libre choix. En France tout le monde est obligé d’accoucher à l’hôpital et de se conformer aux protocoles de la maternité, en violation de la loi Kouchner le plus souvent d’ailleurs. Les femmes qui essayent de refuser certains gestes systématiques peuvent en témoigner hélas. Il n’y a aucune raison rationelle d’interdire à des femmes enceintes en bonne santé d’accoucher chez elles ou en MdN avec une SF, sachant que les SF d’aujourd’hui sont des pros parfaitement compétentes qui n’ont rien à voir avec les matrones d’autrefois. L’idée actuelle d’accouchement « naturel », que je préfère décrire comme spontané, n’est pas un retour en arrière. De tout temps on n’a jamais laissé accoucher les femmes en paix. Les croyances et rituels nocifs lors des naissances existent depuis des millénaires. Les supprimer en respectant les besoins et les compétences de la mère et du bébé est une idée tout à fait neuve.







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