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claude piron

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  • claude piron 12 octobre 2007 15:56

    A Rapetout :

    Bien sûr, il y a quelques contradictions en espéranto ! Mais l’important n’est pas là. L’important, c’est que les incohérences de l’espéranto sont mille fois moins nombreuses que celles de l’anglais, et que — la pratique l’a prouvé — elles ne sont guère gênantes. Si vous savez l’anglais et que vous voulez vous délecter d’un texte assassinant l’espéranto, consultez le site http://www.xibalba.demon.co.uk/jbr/ranto/ (« Why not to learn Esperanto », par J. B. Rye). Mais si vous avez le sens de l’équité et aimez cette qualité anglo-saxonne qu’est le fair-play, lisez aussi le commentaire que je lui ai consacré, sur http://claudepiron.free.fr/articlesenanglais/why.htm .

    Rapetout commet la même erreur que Rye. Il compare l’espéranto, non à ses rivaux réels, mais à une langue internationale idéale qui n’existe pas, ou pas encore. Un choix n’a de sens qu’entre deux options réelles. Critiquer une option parce qu’elle n’est pas parfaite sur tel ou tel détail n’enlève rien à sa valeur si elle est de toute façon très supérieure aux autres.

    Comme Rapetout j’ai appris le chinois et mes connaissances ont été sanctionnées par un diplôme. J’ai beaucoup utilisé cette langue professionnellement, notamment lorsque je travaillais en Asie orientale. J’ai constaté qu’avec les Chinois, la langue qui était de très loin la plus pratique dans un groupe international était l’espéranto. Mon chinois, et celui des quelques Américains ou Européens qui, dans ces groupes, l’avaient appris, était très inférieur aux besoins, malgré les milliers d’heures que nous lui avions consacrées. L’anglais était une torture pour la plupart des Chinois, ainsi que des Coréens et des Japonais. L’espéranto, par contre, était fluide, facile à prononcer et à utiliser, et clair pour tous. (Pour une comparaison entre anglais et chinois pour les Asiatiques, voir mon texte « Asie : anglais ou espéranto ? - Quelques témoignages » : http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/easie.htm .)

    Je ne suis peut-être pas doué, mais mes oreilles ne sont adaptées ni à la phonétique du chinois, ni à celle de l’anglais. Ce matin même j’ai eu de la peine à distinguer à l’oreille *thirty-five*, ’35’, de *fourty-five*, ’45’, prononcé par un Indien. C’est le genre de question qu’on ne se pose jamais en espéranto, quelle que soit la langue maternelle.

    Pour moi, la conclusion à laquelle aboutit l’expérience pratique de la communication internationale est claire : l’espéranto n’est pas parfait, très loin de là, mais de tous les systèmes actuellement utilisés à l’échelle mondiale — bon anglais, broken English ou globish, interprétation simultanée, interprétation consécutive, baragouinage de telle ou telle langue, espéranto — ce dernier est celui qui assure les meilleurs résultats, ou, si vous voulez, qui a le meilleur rapport rendement / investissement, quelle que soit la manière dont on mesure l’investissement : en effort, en temps, en argent, ou les trois.

    L’espéranto est adapté aux oreilles de tous les peuples, et si les difficultés qu’il pose à certains peuples sont réelles, elles sont infiniment moindres que celles que soulève pour eux l’apprentissage de l’anglais. Bien sûr, il faut quelque chose comme trois fois plus de temps à un Chinois ou un Indonésien qu’à un Français pour maîtriser l’espéranto. Mais il lui faut 50 fois plus de temps pour atteindre, en anglais, un niveau qui n’est encore que partiellement opérationnel. Dans ces conditions, que gagne-t-on à imposer à ces peuples l’anglais plutôt que l’espéranto ? La sagesse voudrait qu’on adopte l’espéranto, fût-ce à titre provisoire, en attendant qu’une langue internationale plus parfaite voie le jour et devienne aussi vivante que l’espéranto, ce qui exige au moins un siècle d’usage. Pour les Européens, les Américains (aussi du centre et du sud). les Africains, les peuples d’Asie occidentale et centrale, les Indiens, il n’y a aucun doute : l’espéranto a un bien meilleur rendement que l’anglais, eu égard à l’effort qu’il demande. J’invite celui qui conteste ce fait à justifier sa position sur des expériences précises.

    Rapetout a fait de l’indonésien, très bien. Moi aussi. C’est une langue facile, jusqu’à un certain point. Il n’y a pas que le préfixe *me * qui fait difficulté, il y a aussi la façon de s’adresser à l’interlocuteur : traduire notre « vous » sans faire de gaffe n’est pas une mince affaire. Mais l’indonésien n’est guère connu dans le monde, alors qu’il y a partout des gens qui parlent l’espéranto, et l’augmentation de leur nombre serait plus facile à organiser, grâce à cette base, que la multiplication des personnes sachant l’indonésien.

    Les discussions théoriques ne sont pas sans intérêt, mais il s’agit d’un intérêt théorique. Vu que l’ordre linguistique mondial actuel produit surtout des aphasiques qui n’arrivent que mal à communiquer en un mauvais anglais, il vaut la peine de chercher une solution plus performante. La moins mauvaise, actuellement, est l’espéranto.



  • claude piron 28 mai 2007 15:21

    Funram,

    Il me semble que vous attribuez à la langue des facteurs qui sont des facteurs humains. La plupart des problèmes ne viennent pas des caractéristiques de telle ou telle langue (encore que certaines langues conviennent nettement mieux que d’autres) mais du fait que la plupart des gens ne sont pas conscients de ce que c’est qu’une langue. On croit spontanément que les mots désignent des choses délimitées de la même manière partout. C’est une erreur. Par exemple, en français, une chaise n’est pas un fauteuil. En anglais, les chairs qu’on apprend aux élèves à traduire par « chaise » incluent les fauteuils. De même, en français un dromadaire n’est pas un chameau, en anglais le mot camel, qu’on traduit généralement par « chameau », inclut les dromadaires. Tant qu’on évitera d’expliquer aux élèves ces différences, il y aura des malentendus. Pour moi, une des qualités de l’espéranto est qu’il fait mieux prendre conscience de ces problèmes que les autres langues, que les gens pratiquent moins avec des personnes « exotiques ».

    Quand on est conscient des différences fondamentales qu’il y a entre les langues, dès qu’on collabore sur le plan international, on veille à vérifier que chacun comprend les choses de la même manière. Dans les contrats bien faits, au début, il y a toute une série de définitions : « Dans le présent contrat, le terme XXX désigne ..., à l’exclusion de ..., mais y compris... » Si on ne le fait pas, on risque de se retrouver comme le gouvernement français qui, peu de temps après la fin de la dernière guerre, croyant avoir acheté du blé aux États-Unis, s’est retrouvé avec des tonnes de maïs sur les bras dont il n’a su que faire mais qu’il a fallu payer. Est-ce que l’ISO ne fait pas un travail très important de normalisation des termes ?

    Je suis bien d’accord avec vous qu’il y a d’énormes problèmes de communication à l’échelle mondiale, mais ils tiennent moins à la langue qu’à l’inconscience. On peut résoudre ces problèmes si on s’y attaque, mais pour s’y attaquer il faut se rendre compte de leur importance, dans chaque cas. Les Étatsuniens, en particulier - à l’exception des juristes, toujours heureux de profiter des malentendus - sont très peu conscients que la façon de s’exprimer risque d’avoir des conséquences inattendues. Ils ont tendance à croire que le monde entier pense comme eux.

    L’espéranto, s’il est adopté par convention internationale, ne va pas résoudre les choses d’un coup de baguette magique, mais, à mon humble avis, il offre un meilleur cadre que les autres langues pour faciliter les solutions, en partie à cause de sa très grande précision, en partie à cause de la tradition qui fait que, depuis le début, les problèmes terminologiques sont réglés par consentement mutuel. Et peut-être aussi parce que ceux qui le pratiquent, du moins à l’échelle mondiale, sont plus conscients des problèmes de langue que le commun des mortels.

    Pour ce qui est de vos trois expressions plus ou moins synonymes, la pratique de l’espéranto amène en général à savoir sans trop de risque de se tromper quelles métaphores sont universellement compréhensibles. Elles sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croit, ce qui explique qu’elles passent facilement d’un peuple à l’autre. Par exemple, hong en chinois, qui veut dire « rouge », s’est mis à signifier « communiste » par emprunt de l’image à l’Occident, et réciproquement en français des expressions comme « perdre la face » et « lavage de cerveau » ont été empruntées au chinois et sont passées dans l’usage sans que cela cause de problèmes.

    « S’aventurer sur un terrain glissant » pourra se traduire en espéranto par quelque chose comme suriri glitigan grundon. La métaphore est assez universelle pour que, avec le contexte, ce soit compris. « Ne rien entendre à » se dit en général ne orientiĝi en. Pas de problème donc pour ces deux expressions. Par contre, « marcher sur des œufs » risque de ne pas être clair d’un bout du monde à l’autre. Personnellement, si je devais le traduire, je dirais quelque chose comme tio, kion france oni nomas : paŝi sur ovoj, t.e. antaŭeniri zorgeme, tre atentante la riskon ion difekti, donc « ce qu’on appelle en français ’marcher sur des œufs’, c’est-à-dire avancer très prudemment, en faisant très attention au risque d’abîmer quelque chose ». Autrement dit je traduirais littéralement l’expression, puis je l’expliquerais. Il est très probable qu’au bout de quelque temps des personnes d’autres pays me diraient si l’expression existe ou non chez eux, ou, si elle n’existe pas, si elle est immédiatement compréhensible. J’ai eu le cas récemment avec l’expression « avoir sur le bout de la langue ». Je l’ai utilisée, en expliquant ce qu’elle signifiait, dans une conférence que je donnais en espéranto à Bonn début avril, et plusieurs personnes de pays divers m’ont dit après qu’elle existait aussi chez elles. Les peuples sont très différents, mais très semblables aussi dans leur fonctionnement mental. Seule la pratique permet de discerner ce qu’il en est dans tel ou tel cas concret.



  • claude piron 25 mai 2007 10:40

    Limb,

    Les termes utilisés par Funram sont : « L’esperanto (ou autre(s)) peuvent parfaitement bien convenir à la vie de tous les jours, mais ils sont bien trop inadaptés à certaines rigueures des métiers techniques... » Jugez-vous même si ma citation est inexacte.

    Quant à l’argument des Prix Nobel, vous avez raison et j’ai eu tort de l’introduire.



  • claude piron 24 mai 2007 16:44

    Funram, Vous dites que la mondialisation aurait besoin d’une langue adaptable mais rigoureuse et précise. En effet. Mais justement, l’espéranto répond mieux que la plupart des langues à ces critères. Quand vous dites qu’il est « inadapté à certaines rigueurs des métiers techniques », vous m’intriguez. Sur quelle étude, quelle recherche, quelle expérience vous fondez-vous ?

    J’ai été traducteur pendant un certain nombre d’années, j’ai fait de la traduction technique à longueur de journée, je sais bien l’espéranto, je sais bien l’anglais, je sais pas mal l’allemand, et pour moi il n’y a aucun doute, l’espéranto est plus précis que l’anglais et que le français, et plus souple, sans perdre de sa précision, que l’allemand. En français, la phrase « il l’aime plus que moi » peut avoir douze significations (« Il l’aime, elle, plus qu’il ne m’aime moi », « il l’aime, lui, plus qu’il ne m’aime moi », « il l’aime, elle, plus que moi je ne l’aime », etc.). L’espéranto exprime l’idée de façon précise évitant chaque fois toute ambiguïté ; or ce résultat est atteint sans aucune complication grammaticale. Une des caractéristiques les plus étonnantes de l’espéranto est que c’est une langue à la fois libre, précise et rigoureuse. Il n’y aurait d’ailleurs pas une douzaine de Prix Nobel pratiquant l’espéranto si ce n’était pas une langue d’une grande rigueur intellectuelle. J’ai sous la main un texte scientifique rédigé en espéranto par le mathématicien Reinhard Selten, Prix Nobel d’il y a quelques années, son langage n’a rien à envier à celui des scientifiques les plus rigoureux s’exprimant dans d’autres langues.

    Je ne suis pas d’accord avec vous en ce qui concerne l’anglais. C’est une langue très ambiguë, parce que les mots ont des champs sémantiques trop vastes. Par exemple, là où nous distinguons pétrole, essence et gaz , les Britanniques disent petrol pour « essence » et « pétrole », et les Américains gas pour « essence » et « gaz ». J’ai lu récemment un texte où pour expliquer qu’il s’agissait d’un moteur à gaz, l’auteur avait dû faire des contorsions compliquées pour qu’on ne risque pas de confondre avec un moteur ordinaire à essence. En espéranto, comme en français, on distingue sans problème les trois notions. Et je me souviens d’un texte écrit par un Coréen où on n’arrivait pas à comprendre si by reducing gases voulait dire « en réduisant les gaz » ou « au moyen de gaz réducteurs ». Ou pensez à un verbe comme develop, qui peut signifier aussi bien « créer », « mettre au point » que « développer », « donner de l’ampleur ».

    En outre, en anglais, on ne sait jamais à quel mot se rapporte quel mot. Dans une annonce parue dans New Scientist qui concernait le recrutement d’ un freeze dried pharmaceutical manager , la langue ne permet pas de savoir s’il s’agit d’un « directeur desséché sous congélation pour la section des produits pharmaceutiques » ou d’une « personne appelée à diriger la section des produits lyophilisés ». Vous me direz que dans ce cas, le bon sens supplée au manque de rigueur linguistique, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour reprendre un exemple que j’ai cité dans plusieurs de mes écrits, dans Japanese encephalitis vaccine, on ne sait pas s’il s’agit d’un vaccin produit au Japon contre toutes les formes d’encéphalite ou d’un vaccin protégeant de la forme spécifique appelée « encéphalite japonaise ». L’espéranto, avec des moyens d’une simplicité enfantine, évite l’ambiguïté : japana encefalit-vakcino désigne le vaccin produit au Japon contre toutes les encéphalites, et japan-encefalita vakcino le vaccin spécifique de l’encéphalite japonaise, quel que soit le laboratoire où il est préparé.

    Si l’espéranto était adopté comme langue technique mondiale, cela ne soulèverait guère de difficultés. Il y a des spécialistes de presque toutes les disciplines qui savent la langue et qui se sont entendus pour résoudre les problèmes de terminologie. Ceux-ci, en général, ne sont pas terribles parce que l’espéranto emprunte sans difficulté aux autres langues. Avec Internet, la mise au point des termes techniques peut être très rapide. L’expérience du chinois et de l’arabe à l’ONU montre que dès qu’on empoigne les problèmes de terminologie technique il n’est pas difficile de trouver des solutions. Or, trouver des équivalents aux termes occidentaux dans ces langues-là est infiniment plus difficile qu’en espéranto.

    Quant à la beauté ou laideur de l’espéranto, c’est vraiment une affaire de goûts, donc de subjectivité. Il y a deux semaines, à l’hôpital, alors que je venais de parler espéranto avec un patient polonais, une dame qui m’avait entendu m’a demandé : « Qu’elle est jolie, cette langue que vous venez de parler avec ce monsieur ! C’est quoi ? » Sa voisine a renchéri dans le même sens. C’est une remarque que j’ai souvent entendue. Évidemment, il y a des gens qui prononcent atrocement mal l’espéranto, comme n’importe quelle autre langue. Il est possible que ce soient des gens comme cela que vous ayez entendus. Mais il est possible que même l’espéranto parlé magnifiquement (à mon point de vue subjectif à moi) vous paraisse affreux, parce que vos principes esthétiques sont différents des miens, et je vous reconnais tout à fait le droit de les défendre. Ce détail secondaire ne devrait tout de même pas nous porter à écarter l’espéranto si par ailleurs il présente plus d’avantages que les autres solutions. Personnellement, les lettres w et y ne me plaisent pas du tout, esthétiquement, donc un mot comme why en anglais me paraît particulièrement laid, mais cela ne m’empêche pas d’utiliser l’anglais quand j’en ai besoin.

    Quand je dis que l’espéranto est plus avantageux que les autres solutions, ce n’est pas une affirmation en l’air. J’ai étudié la question. Voir mon article « Communication linguistique - Étude comparative faite sur le terrain » paru en 2002 dans Language Problems & Language Planning, et reproduit sur http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/etudesurterrain.htm .







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