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  • Par Danielle Porte (xxx.xxx.xxx.50) 1er mai 2010 17:51

    Danielle Porte : Réponses aux questions posées par le colonel Mourey.

     (Première partie)

    « Où sont les vallées encaissées que vos partisans ont imaginées en lisant ce texte ? Où sont les collines qui auraient mis en « gorges » les deux rivières ? »

    Premier point à établir avant toute discussion : la fiabilité du de Bello Gallico.

    César n’est pas seul à avoir décrit le site. L’historien consciencieux se doit de faire état des autres textes. Contemporains comme postérieurs, les autres écrivains se réfèrent à des témoignages que nous ne possédons plus mais qu’ils ont pu consulter (p. ex. Servius Honoratus, dit Servius le Grammairien, rapporte le combat préliminaire de cavalerie d’après les Éphémérides de César lui-même, disponible encore, par conséquent, aux IVe-Ve s. ap. J.-C.). Les récits ou les descriptions que nous lisons sous d’autres plumes que celle de César ont pu être empruntés à des contemporains ou quasi contemporains de César, dont on sait qu’ils ont écrit sur la guerre des Gaules : son secrétaire, interprète et garde des sceaux : Pompéius Trogus, l’architecte Vitruve, Asinius Pollion, source d’Appien, de Plutarque et de Dion Cassius, Titus Ampius, source de Suétone, Tanusius Géminus, source de Plutarque, voire les livres de Furius Bibaculus sur la guerre des Gaules, le Bellum Sequanicum de Varron d’Atax, et le livre 108 de Tite-Live… et la correspondance de Quintus Cicéron, son légat, de Décimus Brutus, de Trébonius, de Marc-Antoine qui furent tous à Alésia.

    Avant d’invoquer la formation rhétorique de César pour l’accuser de mensonge, il faut méditer sur le témoignage de son ennemi, Marcus Cicéron (Br., 262) parlant des Commentaires : « ils sont nus, exacts et beaux, dépourvus de tout ornement oratoire, comme d’un vêtement qu’on enlève… »

    Et l’on se demande bien en quoi avantageait sa gloire ou sa carrière politique d’écrire que les tours étaient distantes de 24 m si elles l’étaient de 58, ou que les fossés étaient larges de 4,35 m s’ils ne le sont que de 2,9 m. Ne parlons pas des 80 cm de profondeur des fossés alisiens, nettement insuffisants pour arrêter une charge ennemie ! La description de travaux techniques demande l’exactitude, surtout si une tricherie n’avance en rien les affaires du tricheur. D’autant que les Sénateurs avaient tous été consuls ou proconsuls et pouvaient parfaitement évaluer les chiffres donnés.

    Ensuite : les collines.

    La suite du texte de César que vous ne citez pas spécifie que « des collines de même hauteur ceignaient l’oppidum, à une distance réduite, mediocri interiecto spatio  », ce qui permet d’imaginer que le lit des deux rivières, serré entre ces collines et l’oppidum, formait ravin. Florus l’exprime en propres termes, en parlant de rivières abruptis ripis, « aux rives abruptes », ce qui conforte le terme subluebant, « lavaient par-dessous », que César emploie pour les deux rivières par rapport à l’oppidum, ce que confirme Strabon (Géogr., 4, 2, 3, periéchiménèn d’oresi kai potamois dusin « encastrée entre des collines et deux fleuves ») : si les rivières « lèchent » cet oppidum, c’est qu’il n’existe pas d’espace libre entre leur cours et les pentes de la colline.

    C’est Michel Reddé lui-même qui estime l’espace entre les rivières et le flanc du mont Auxois à 1,2 km (Alésia, l’archéologie face à l’imaginaire, p. 133) On ne peut donc parler de « distance réduite ».

    Pour les collines, elles sont distantes de l’oppidum de 2,5 km. Là aussi, parler de « distance réduite » est impossible. En revanche les vallées encaissées de la Lemme et de la Saine sont parfaitement conformes à ce qu’implique l’expression mediocri interiecto spatio  : seul (car la route n’existait pas), leur lit séparait l’oppidum de sa ceinture de hauteurs. 

     

    « Comment pouvez-vous dire que cette plaine s’étalait en largeur alors qu’il est écrit in longitudinem ? Comment pouvez-vous inventer qu’elle était à perte de vue alors qu’il est écrit qu’elle s’étalait en longueur sur 3000 pas ? »

    Vous me semblez, ici, aveuglé par votre engagement en faveur d’Alise, au point d’interpréter les critiques que je formule contre Alise comme une déformation du texte de César. Je persiste à dire, et il m’étonnerait qu’on puisse le contester, que la plaine d’Alise (les Laumes) s’étale en largeur et à perte de vue, tandis que César la présente en longueur, in longitudinem. Et la plaine des Laumes excède les 4,5 km, sauf à être mesurée, cela a été fait, en diagonale.

     Au § 7, 70, 1, les cavaliers se battent dans la plaine de 3000 pas in longitudinem, intermissam collibus « en longueur, enserrée entre des collines ». Je ne vois pas que j’aie pu écrire que la plaine « de César » était « en largeur » : je parlais, à l’évidence, de celle d’Alise.

    « Pourquoi refusez-vous de voir le contour ovale de l’ancienne muraille oppidumique avec sa citadelle… » « Pourquoi ne voulez-vous pas voir le fossé décrit par César dans le fossé mis au jour par les archéologues de Napoléon III en avant et au pied de l’oppidum, d’une rivière à l’autre ? »

    Si le rempart d’Alise avait réellement existé, il me semble que les défenseurs d’Alise s’en réjouiraient, tandis qu’ils déplorent encore de n’avoir à se mettre sous la dent que quelques mètres de murus gallicus (à supposer même qu’il soit « gallicus » : F. Creuzenet, Historia, 77, 2002, établit que les deux tronçons de murus « gallicus » sont en fait gallo-romains, et que le troisième remonte à l’Âge du Bronze).

    Ce murus gallicus est typique des villes du IIème av. J.-C., tandis que les remparts d’Alésia « métropole religieuse de toute la Celtique » selon Diodore de Sicile (4, 19, 1-2) doivent remonter à l’époque d’Hercule, i.e. aux siècles de la guerre de Troie, et ressembler aux murs des villes grecques archaïques, Tirynthe, Argos, Mycènes ; être, donc, constitués de dalles cyclopéennes.

    Pour ce qui est du « grand fossé d’arrêt » de Napoléon III, il est situé à une distance variable du reste des retranchements (partout à plus de 600 m) alors que selon César il doit être à 120 m (400 pieds), distance conforme à ce qu’implique la portée des machines de guerre romaines. Pour minimiser l’écart entre la réalité d’Alise et les chiffres de César, on a transformé les 400 pieds (400 fois 29,6 cm) en 400 pas (400 fois 148 cm). Mais c’est une correction moderne ad locum, faite en désespoir de cause.

     « Pourquoi pensez-vous que la montagne de Bussy ne puisse pas correspondre à la description pourtant précise de César, description que confirme la redécouverte du camp romain étudié par Michel Reddé ? Votre argumentation est de dire qu’elle ne se trouve pas exactement au nord. César dit « du côté des sept étoiles de la petite Ourse » septentrionibus. Ce n’est pas dans ses habitudes d’indiquer des orientations intermédiaires ».

    Là, vous me faites vraiment la partie trop facile !

    Le camp étudié par M. Reddé n’est pas celui de la montagne de Bussy, mais celui du mont Réa. C’est Labiénus, qu’on installe à Bussy (à cause de cette balle de fronde qui porte les lettres TLAR, lues TLAB, et sur laquelle il y aurait beaucoup à dire), alors que l’attaque du camp nord vise les légats Réginus et Rébillus. Si l’on installe ces deux légats à Bussy, où installe-t-on Labiénus ?

    Toutes les armes et les monnaies exhumées l’ont été des fossés du Réa, pas de Bussy. De toute façon, la montagne de Bussy n’est pas au nord, puisque le nord est occupé par la plaine du Rabutin. Mais César n’est pas gêné le moins du monde pour exprimer les orientations intermédiaires, à preuve le 1er paragraphe du 1er chapitre du B.G., où il parle de la Belgique « au nord-est », ou de l’Aquitaine « au sud-ouest » : spectant in septentrionem et orientem solem… et : spectat inter occasum solis et septentriones.

    S’il n’a pas précisé, alors qu’il était en mesure de le faire, c’est qu’il n’y avait pas lieu, la montagne étant plein nord.

    Pour le camp étudié par M. Reddé, il n’est pas en haut de cette montagne, comme il devrait l’être (7, 83, 1 : superiorum castrorum  ; 7, 85, 4 : ad superiores munitiones  ; et les Gaulois « escaladent la pente, ascensum dat Gallis, 7, 85, 6 ; ex ascensu temptant  » 7, 86, 4) mais en bas de la pente, derrière la gare des Laumes. Ni lui, d’ailleurs, ni celui de Bussy n’ont la taille requise pour abriter deux légions. Il faut 45 ha pour deux légions selon Polybe, le camp de Bussy taille 9,50 ha ; celui de Flavigny, réservé à César, taille 3 ha. On a même décoré du nom de « camp » des enclos de 36 ares ! (le camp n°15, selon J. Le Gall)

    Je précise que toutes les critiques que j’ai formulées contre Alise Sainte-Reine sont tirées des écrits mêmes de ses défenseurs, notamment Joël Le Gall, prédécesseur de Michel Reddé...

    Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre que ces « loca praerupta » sont les pentes abruptes du mont Rhéa et non les falaises de Chaux-des-Crotenay que César aurait bien évidemment mises en exergue dans son premier tour d’horizon si tel avait été le cas ?

    Je me demande où vous voyez des falaises (loca prærupta) au Réa, le « camp » est en pente juste derrière la gare des Laumes, sans obstacle quelconque, hormis qu’il est impossible de grimper (ex ascensu) pour atteindre un endroit situé plus bas que soi. Or, Vercassivellaun attaquerait, selon J. Le Gall, d’en haut, donc, descendrait, alors que César écrit ascensum dat Gallis, et les assiégés qui parviennent aux praerupta y grimpent aussi (ex ascensu temptant), donc, montent, alors que s’ils visaient le camp du Réa, ils seraient, une fois en bas de l’oppidum, quasiment à niveau avec lui. Ils n’auraient donc pas à « escalader » des « abrupts » qui n’existent pas.

    Noter que pour atteindre ces prærupta, il est nécessaire que les assiégés aient franchi les fortifications romaines, établies tout autour du mont Auxois. Or, César dit justement que les assiégés n’ont pu venir à bout des lignes de la plaine, et se rabattent sur l’escalade des abrupts. Situation inenvisageable à Alise, mais parfaitement applicable à Chaux, à cause du relief montagneux et de la position de la plaine en avant de la colline, pas tout autour comme à Alise.

    Pour ce qui est de parler d’emblée des abrupts, la méthode qu’a adoptée César de décrire au fur et à mesure les éléments du relief qui lui servent pour son récit, ne l’y obligeait nullement. De même mentionne-il la colline de Gergovie où il a concentré son attaque seulement quand la clarté de son exposé l’exige, non dans un panorama d’ensemble avant les événements. Il s’est attardé sur la plaine d’Alésia au début, puisque les premiers combats s’y sont déroulés et qu’il a décrit son système de retranchements. Quand l’armée de secours sera arrivée et qu’elle cherchera à débloquer l’oppidum par une stratégie de contournement en montagne, il décrira la montagne. C’est simple et logique. 

     (Fin Première partie)

  • Par Danielle Porte (xxx.xxx.xxx.144) 19 mars 2010 10:17

    Je suis Danielle Porte. J’ai eu connaissance de cette proposition de débat par hasard, suite à une recherche sur Wikipedia concernant un tout autre sujet. Notre site n’a jamais reçu de message émanant du colonel Mourey (il n’existe avec son Forum que depuis 2 ans) ; s’il m’a contactée à titre personnel, le message est probablement passé aux SPAM, sans quoi je me serais fait un plaisir de lui répondre. Peu familière avec le fonctionnement des Forums informatiques, je serais heureuse de me voir préciser par M. Mourey la forme qu’il souhaite donner à un éventuel débat. Il serait d’ailleurs entendu que j’aurais le droit de poser moi aussi des questions et qu’il s’engagerait à y répondre. En tout état de cause, pas avant la semaine prochaine (conférence au Vigan + cours en Sorbonne jusqu’à mercredi prochain). 

    Bien cordialement,
    D.P.
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