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Enyo Aetios

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Derniers commentaires


  • Enyo Aetios 5 septembre 2007 12:42

    Bonjour Demian, j’apprécie beaucoup votre effort pour porter le débat sur un terrain parfois difficile. Vous êtes d’une patience angélique avec tous ces philistins... Pourriez-vous m’aider à comprendre une position à propos de l’impressionnisme abstrait qui me laisse dubitative. En effet je viens d’avoir une longue conversation avec le conseiller artistique de Rindy Sam (la jeune artiste qui posa un baiser rouge sur la toile de Twombly), qui ne m’a pas convaincu. Il prétend que c’est une erreur de toujours rapporter l’oeuvre de Tombly à l’expressionnisme abstrait. D’après lui,l’exposition d’Avignon, dans le sens ou le peintre s’appuie sur une représentation sensible, par exemple les paysages grecs, qu’il retraduit par un mouvement qui repart de son intériorité discrédite l’idée d’un mouvement vital intérieur pur. Il dit aussi que la meilleure preuve que Twombly veut échapper à l’influence de l’expresssionisme abstrait (essentiellement américain) est qu’il vit en Europe, en Italie. D’après lui on ne peut pas isoler l’oeuvre d’un peintre de sa manière de vivre et de ses choix d’existence. Je trouve personnellement cette approche un peu gonflée, car jamais personne n’a osé jusqu’à présent évoquer l’impressionnisme abstrait à propos de Twombly. En même temps, lorsqu’on regarde cette manière de peindre y compris des pivoines, le propos peut sembler se tenir. En tout cas il est clair qu’il ne s’agit pas d’expressionnisme abstrait. Qu’en pensez-vous ?


  • Enyo Aetios 24 août 2007 20:10

    Le philistin est celui qui ne fait jamais rien gratuitement. Il étudie pour avoir un métier, il travaille non pas parce qu’il aime ce qu’il fait, mais pour gagner des sous. La nature première du philistin l’amène à se détourner de l’art. Mais il existe aussi des philistins cultivés. Le philistin cultivé se cultive donc, non pas par amour de l’art, mais pour utiliser sa culture pour exister aux yeux des autres. La culture lui sert de monnaie d’échange. Aussi, le philistin n’a pas vraiment d’idées personnelles qu’il pourrait défendre jusqu’à la mort. Le philistin pense comme la moyenne de son univers social pense. Avec le philistin, nous sommes tranquilles, par besoin d’essayer de le convaincre de changer d’idée car il n’a pas d’idée, il suivra toujours le courant dominant. Donc la bataille des idées doit se dituer ailleurs, auprès de ceux pour qui l’art est une nécessité vitale d’un point de vue existentiel. Le philistin est prisonnier de son « amour propre », au détriment de son « amour de soi » pour reprendre uen distinction établie par Jean-Jacques Rousseau. « L’amour de soi » est cet instinct de conservation qui nous amène à nous battre pour éviter de périr, par exemple au milieu de la brousse mangé par un lion. « L’amour de soi » s’accompagne toujours selon Rousseau d’une sorte de compassion pour notre semblable en qui nous voyons qu’il partage les mêmes difficultés pour survivre que nous. « L’amour propre » c’est autre chose, c’est ce besoin de toujours se comparer à l’autre pour tenter de le dominer soit en achetant la plus grosse voiture, en réalisant la plus grande maison et ce genre de choses. « L’amour propre » nous force à nous comparer à l’autre et finalement nous amène à ne plus avoir de compassion à son égard, puisque l’autre finit toujours par représenter pour nous une menace. Telle est la vie du philistin. Il existe aussi des philistins qui s’exercent dans des professions dites artistiques. De ce point de vue le geste de Rindy ne peut apparaître à leur yeux comme un ultime défi à leur misérable existence toute tournée vers la « provocation cloutée », et en somme bien normative, puisque voulue et entretenue par l’institution. Mais rassurez-vous « le philitinisme » n’est pas une catégorie essentialiste. Il suffit, le soir venu, d’effectuer un retour sur soi-même et se demander ce qu’on veut faire de sa vie, le sens qu’on veut y donner pour finir peut être par trouver d’autres voies, « devenir ce qu’on est » disait déjà Pindare. Rien n’est plus difficile que de devenir ce que nous sommes, par delà les conformismes, les habitudes de pensées, notre propre paresse. Il faut se battre pour devenir ce qu’on est. Au risque de me répéter, Rindy est de ce point de vue une artiste très particulière. Il n’est pas une semaine où elle trouve un logement à un SDF, ou fait à manger pour des familles sans le sou. En tant qu’artiste Rindy est d’abord une mère nourrissière. Rindy représente l’art de la vie, comme en parlait très bien en son temps Nietzsche. Faire de sa vie une oeuvre d’art. Dans les jours à venir, lorsque je serais rentré chez moi, je vous livrerais des textes qui accrédite cette interprétation. Il faut dépasser maintenant la polémique pour entrer dans une nouvelle manière de poser la pratique artistique. Merci de votre écoute, et merci pour votre intelligence.


  • Enyo Aetios 23 août 2007 22:07

    Bonjour, j’ai une très grosse surprise à vous promettre pour les semaines à venir. Le débat doit maintenant se situer sur le plan du terrain artistique. Dans cette histoire, il ne doit avoir ni vainqueur ni vaincu, mais un digestion, une incorporation des thèses opposées. Laissons, à ce qu’il me semble aux philistins le terrain juridique, et investissons le terrain artistique. Un philistin selon Arendt (La crise de la culture) est celui pour qui la culture n’est qu’une monnaie d’échange pour donner de la consistance à son existence. Lorsque nous vivons l’art comme une éritable nécessité existentielle par rapport à notre propre vie, nous devons toujours rester sur le plan de l’art. Ce n’est pas aux juges dire ce qu’est l’art. Et l’art ne se résume certainement pas à une question de propriété intellectuelle, surtout pour une histoire de toile brute non peinte. Nous devons maintenant transcender cette histoire, de l’art, toujours de l’art voilà ce que doit être notre réponse. Merci Demian West pour la profondeur de votre esprit, ne vous laissez pas polluer par les philistins, donnez leur la pièce, un abonnement à Libération, un ticket pour visiter l’exposition Pierre et Gille ou une oeuvre de Bertrand Lavier et ils seront heureux d’en être...


  • Enyo Aetios 17 août 2007 17:47

    Bonjour, je suis une personne très proche de Rindy. votre article est vraiment très intéressant. Pour des raisons de commodités pratiques ( je ne suis pas chez moi) je ne peux malheureusement pas y répondre dans le détail tout de suite, ce que je ne manquerais pas de faire dans les semaines à venir. Pour l’heure, je voudrais simplement rectifier une petite erreur. Vous ne pouvez pas dire que les oeuvres de Rindy soient mauvaises, tout simplement parce qu’il y très peu de personnes à qui elle a montré son travail. Son oeuvre est en cours de réalisation. Son atelier reste fermé et secret, personne n’y a accès, même moi sauf en montrant patte blanche.

    Rindy est un personnage déroutant. Par exemple elle accepte de recevoir chez elle une équipe de France 2. Elle laisse entendre qu’elle exerce la peinture comme une amatrice... Regardez le reportage que France 2 a diffusé dans le 13 heures le 16 août 2007. Le commentaire dit en substance qu’elle pourra toujours embrasser ses propres toiles, et que montre l’image : Rindy travaillant sur le motif du Phèdre de Twombly. La télévision venait de montrer Rindy peignant sur sa propre toile la toile de Twombly. Si à ce moment-là vous lui dîtes, mais Rindy que fais-tu c’est une toile de Twombly, elle rira en s’exclamant : -« ha je me suis trompée d’inspiration ».

    Rindy tente de construire une oeuvre qui ne soit pas spectaculaire. Le baiser sur la toile de Twombly n’était pas destiné a être médiatisé. D’ailleurs ce sont les policiers qui ont prévenu la presse. Pour Rindy, c’est notre propre vie qui doit être une oeuvre d’art. Pour Rindy c’est la même chose de peindre que d’accueillir comme elle le fait actuellement une mère de famille expulsée avec ses enfants. Vous savez, cette histoire a eu des répercussions assez extraordinaires. Par exemple Rindy fréquente beaucoup de gens très pauvres, qui appartiennent au sous prolétariat. Suite au geste de Rindy j’ai pu assister dans ces milieux à des discussions enflammées, sur le statut de l’oeuvre d’art, la notion d’oeuvre à parachever, la question du geste artistique... et le plus étonnant c’est qu’on retrouvait les mêmes clivages que dans les milieux intellectuels, les arguments étant un peu moins travaillés. Il y a chez Rindy une démarche qui vise à interroger les fondements même de ce qui constitue notre propre existence, elle questionne ainsi notre popre universalité. Pour finir provisoirement, je voudrais ajouter que j’étais présent à la collection Lambert, le jour où Rindy a embrassé la toile, je peux vous assurer que ce n’était pas prématuré. Sur le coup j’étais d’ailleurs très en colère, j’étais dépassé par l’évènement. Puis il a fallu réfléchir et amener le débat sur le plan conceptuel, d’où l’article publié dans le Monde du 29 juillet. Le plus étange aujourd’hui, c’est que Rindy ne veut pas se mêler de ce débat, elle s’en fiche. Elle a éprouvé dans la collection Lambert une expérience quasi-mystique, elle a aimé cette toile non peinte, bercée par l’interpértation que nous avions construit à propos de l’oeuvre de Twombly, elle l’a embrassée et une empreinte est restée.

    Dans le Monde daté du Vendredi 17 août, en page 13 un lecteur de Phnom Penh donne à son tour une interprétation troublante de geste. Merci pour votre écoute.







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