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laurent51

36 ans, père de trois enfants. Soignant en CHU depuis 10 ans

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  • laurent51 7 août 2007 22:32

    Pour travailler dans un hôpital qui gère beaucoup d’enfants souffrant de troubles de l’attention, il faut remettre les choses au point :
    - la plupart des « déficits d’attention », ou étiquettés comme tel, sont soit des enfants un peu plus remuants, soit des enfants dont les parents ont des difficultés éducationnelles. Les vrais cas de THADA sont rares.

    Le médicament n’est pas la panacée, ni le remède miracle. Les règles d’attribution de la Ritaline (le médicament prescrit dans ce cas) sont chez nous très strictes. Le médicament n’est le plus souvent d’ailleurs pas prescrit au cours de la consultation initiale.

    Dans notre service par exemple, plus des 3/4 des patients venant consulter pour « troubles de l’attention » ressortiront sans traitement. Il seront soit rassurés sur la banalité du comportement un peu actif de leur enfant, mais qui reste dans les normes, soit en cas de difficultés parentales importantes, ils seront orientés vers des services d’aides psychologiques ou éducatifs. Il ne faut pas confondre donc THADA et opposition, ou enfant un peu remuant par exemple.

    Pour les autres, le neurologue qui fait la consultation aura pu trouver quelques petits signes dans l’examen (au niveau neuro, de l’attention, de l’impulsivité) qui l’amèneront à se poser alors la question de troubles de l’attention. Pour ces enfants là, sera prescrit un bilan neuropsychologique. L’enfant passera toute une batterie de tests intellectuels et tests d’attention spécifiques à l’enfant. Ce n’est que si ce bilan montre des troubles cognitifs bien spécifiques que l’on pourra alors conclure à des troubles de l’attention. Seul le bilan neuropsychologique permet de poser strictement le diagnostic en montrant objectivement que l’attention est problématique. (et pas seulement sur l’avis ou l’impression des adultes qui s’occupent de l’enfant)

    A ce moment là, le médecin sera d’abord amener à proposer des prises en charges de réeducation : psychomotricité pour controler l’impulsivité motrice par ex., rééducations cognitives pour l’attention. Tout un travail est fait avec l’école également pour pouvoir adapter les exigences : par ex., découper les devoirs en petits modules nécessitant moins de vigilance soutenue, mettre l’enfant devant l’enseignant pour repérer les moments où « il est ailleurs »... On propose aussi facilement un soutien psychologique à l’enfant car le THADA le singularise de ses camarades, l’expose à des critiques de la part des adultes, ce qui n’est pas facile à vivre. L’enfant peut se sentir « nul », « différent », « incapable », alors même que ses capacités intellectuelles globales sont bonnes.

    Associé à cela, et seulement en dernière attention, le médicament est proposé mais SEULEMENT en cas de difficultés scolaires non résorbables, liées au déficit attentionnel. Le médicament ne sera prescrit alors que les jours d’école. Le but étant de permettre de poursuivre une scolarité satisfaisante pour l’enfant malgré des troubles d’attention sévères. Le traitement n’est pas donné le WE, ni les vacances : il comporte des effets secondaires non négligeables, et il n’y a donc pas lieu de le proposer hors période scolaire, où le déficit attentionnel et l’hyperactivité devront être géré par la famille. C’est que les rééducations et aides permettront à la famille et l’enfant de gérer les difficultés.

    Le traitement est ensuite régulièrement réévalué par le médecin. Si on ne note pas de bénéfices nets au niveau attentionnel, il est arrêté. Il faudra alors se reposer la question du diagnostic. On attend des rééducations mise en place à coté une amélioration qui permettra ensuite de se passer de traitement. De même, plus l’enfant grandit, et notamment à l’adolescence, plus les troubles ont tendance à s’atténuer.

    Voici donc une petite mise au point pour dire que le traitement ne doit jamais se substituer au rôle éducationnel que doivent tenir les parents. Qu’il ne doit pas être mis en place pour n’importe quel enfant un peu remuant qui pose problème aux adultes. Et que le traitement ne résout rien à lui seul mais doit toujours être accompagné de mesures d’aides. Le traitement n’est qu’une béquille en attendant la résorption des troubles, pour permettre de mener à bien la scolarité.







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