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NONO

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  • NONO 10 mars 2008 00:17

     

    A L’OCCASION DE L’ORDRE INFIRMIER : VIEILLE SOUPE DANS UN CHAUDON NEUF
     
    Il faut sans doute que les infirmiers s’organisent pour en finir avec une insupportable soumission de leur activité professionnelle aux pouvoirs médicaux et politiques. Seulement, ils ne peuvent le faire que si l’Identité déniée et passée sous silence, dont témoigne leur soin, est (re)connue par les infirmiers eux-mêmes.
    Ce qu’il faut ici (re)connaître et affirmer avec force, c’est que sans cette Identité il n’y aurait ni monde, ni politique, ni pouvoirs institutionnels, et que ceux-ci ne tiennent que de dénier régulièrement le service inestimable qu’elle leur rend, en laissant museler le soin qu’elle leur apporte et en admettant qu’ils réduisent ce dernier en esclavage.
    Le projet techno-idéo-déonto-logique de l’ordre infirmier présenté par le groupe Ste Anne montre de façon éloquente qu’il ne connaît pas cette Identité, mais qu’il l’exploite et s’en soutient en fondant à ses dépends un « pouvoir infirmier » qui la défigure entièrement. Il ne le sait pas, bien entendu, et croit tout le contraire, mais il le fait.
    De cette Identité il fournit un simulacre de caractère unitaire/totalitaire (ou politico-religieux), aussi pervers que mensonger et fantasmatique, mais qui n’apparaît pas immédiatement, car le réduit d’Identité vérace et authentique qu’il écrase de sa prétendue rigueur en éthique ou en déontologie, en sauve régulièrement (en silence) l’apparence de vertu. « En silence », c’est à dire en la simple humanité des gestes quotidiennement accomplis par des infirmiers et aides-soignants dits « de base ou de terrain », lesquels ne s’éprouvent nullement concernés par un « ordre » qui ne sait pas ce qu’ils font et ne sait pas le faire, un ordre qui, à défaut et en guise de compensation, se donne le pouvoir « panoptique » de les encadrer, de les « surveiller et de les punir » en leur faisant payer son propre manque à jouir d’un « don » de l’Identité, dont la cotisation de ceux qui la possèderaient, pourrait hallucinatoirement lui faire donation.
    Ce groupe manipulé par une nébuleuse idéologique protéiforme d’origine libéral-puritaine et entretenue par des groupes politico-religieux-affairistes de « droite » autrement moins naïfs que lui, ne voit donc pas du tout de quels pouvoirs liberticides il se fait l’instrument dans et contre la profession infirmière et soi-disant « pour elle ».
    Est-ce à dire pour autant, que ce genre d’ordre est de type « pétainiste » ? Pas tout à fait, car sa pensée unique ne fait pas exactement retour à la conjoncture national-corporatiste fasciste/nazie/stalinienne de l’époque pétainiste. Cette forme de pensée dualiste/primaire prend plutôt place dans une conjoncture mondial-communautariste très contemporaine, inspirée par le néo-libéralisme, la scientologie et le New age. Cette idéologie totalitaire est certes identique au pétainisme en son noyau dur ou sa structure profonde, mais d’apparence pluraliste et beaucoup moins rigide en surface. Le « malin génie » de ce mouvement de pensée mortifère (auprès duquel le pétainisme fait figure d’amateur) est d’avancer masqué sous de multiples aspects culturels très démagogiques, parfois très avenants et rassurants, en fondant des organisations identitaires apparemment protectrices de chacun et sans rapport les unes avec les autres, que seule fédère une rumeur idéologique tenace, de fond très archaïque ou d’essence religieuse/sacrificielle, mais sans Dieu, sans nom et sans visage.
    Il est donc très difficile de ne pas tomber dans les pièges accueillants dont est émaillée cette vaste toile d’araignée du monde contemporain. Les partisans de l’ordre infirmier y sont tombés en croyant bien faire, c’est à dire en croyant faire valoir une identité infirmière dont cet « ordre » fournit seulement un simulacre affectif et très dur à la sensibilité, lequel rend la profession méconnaissable en son ordre (axiomatique) propre, car elle s’en trouve entièrement déniée et considérablement affaiblie en sa force de pensée.
    Voici donc l’exercice professionnel de chaque infirmier légalement pris en otage par un « ordre » construit sur la négation du droit universel de l’Identité du Soin, floué par un « ordre » incapable de fonder sa légitimité, trahi par un « ordre » manifestement inconscient de ses présupposés idéologiques, volé par un « ordre » qui soumet les (maigres) salaires de cette profession à un véritable racket.
    Voici donc les infirmières et les infirmiers mobilisés de force dans un « ordre » néo-religieux qui vient de jeter un nouveau « voile » (ou suaire) sur la tête de la pensée infirmière, une pensée très rigoureuse et très forte en identité, mais de droit rationnel encore une fois réduite au silence de « l’inconscient » dont elle serait « le sujet ».
    Il s’agit bien sûr d’une pensée ensevelie vivante depuis la nuit des temps par toutes sortes d’institutions, une pensée dont le nouvel « ordre » infirmier vient creuser un peu plus la tombe en repeignant son catafalque aux couleurs virtuelles de la rationalité techno-logique.
    « Vivante », car elle présente un côté de stricte nécessité impossible à tuer ou à éradiquer, lequel est par ailleurs indispensable à la constitution et à la conservation des pouvoirs institutionnels ; « ensevelie », car en cette nécessité elle présente un irréductible contenu d’hérésie, une hérésie radicalement démocratique que toutes les politiques laïques, médicales et ecclésiastiques se sont donné pour mission de traquer sans relâche, notamment en ayant « soin » d’en chasser les porteurs (les sorcières, les prolétaires) hors de la citoyenneté, hors des instances de décision et des « domaines » fondamentaux du savoir, hors de « domaines » impériaux que n’a jamais herméneutiquement compris ou délimités la science authentique des humains.
    …Mais peut-être que rien n’est perdu, car l’« ordre » authentique de cette science annoncée par le silence du soin infirmier, peut être trouvé. Mais lequel, qui ne sera pas, dans son âme, hérissé de barbelés ? Lequel, qui refusera de laisser dans l’histoire le souvenir de la honte en participant à la fondation d’un « new dark age » de la profession infirmière ?
    En attendant, que chacun se rassure : ce qu’on appelle le « cœur du soin » montre cette hérésie. Ce cœur est « scientifique » parce qu’il est dépourvu d’affectivité et de compassion et donc jamais indifférent à la sensibilité humaine. Il ne peut donc jamais, également, se trouver brisé ou affecté, et encore moins entrer dans un ordre techno-logico-identitaire qui n’est strictement pas le sien.
     
    NONO
    Infirmière hospitalière depuis 35 ans, doctorante, titulaire de deux maîtrises et un DEA... Mais pas du tout dans les disciplines (elles-mêmes inconscientes de leurs présupposés idéologiques et métaphysiques) recensées et conseillées par le groupe Ste Anne (cf . son site) : serai-ce un hasard ?






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