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Suppaiku

Suppaiku

Gay, vivant à Tôkyô, je goûte (parfois à l’excès) le débat politique et le débat politique comme d’autres le football ou la pétanque.
J’aime la musique, sans laquelle je ne pourrais vivre. La musique des XVIIème et XVIIIème siècle, principalement.
Pour débattre, échanger, vivre quoi !, le Japon n’est pas un lieu idéal. Heureusement, il y a internet... 

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  • Suppaiku Suppaiku 22 mai 2007 13:10

    J’habite au Japon depuis plus d’un an et je suis assez surpris par la méconnaissance générale des Japonais à l’égard de leur propre histoire, de leurs différentes expressions culturelles. Leur fierté d’être Japonais et leur Japonitude en est donc exaspérante, parfois, car on se demande ce qu’ils aiment au Japon... Yasukuni est un parfait symbole de cette amnésie (organisée par le pouvoir en place : le parti de droite au pouvoir a été installé par les États-Unis en 1947 et garanti par une constitution taillée sur mesure qui donne plus de poids aux campagnes qu’aux villes alors supposées « rouges » : le Japon devait être le fer de lance de la guerre froide qui s’annonçait alors). J’ai pour ma part trop de respect pour ce pays, son histoire et son peuple pour regarder les Japonais différemment des autres peuples. Oui, il y a eu crime de guerre, et l’Unité 731 en est le symbole. Oui, le gouvernement qui s’est progressivement mis en place à partir de 1931 (assassinat du premier ministre par les militaires) est un gouvernement fasciste qui a supprimé progressivement toutes les libertés que les ères Meiji modestement, puis Taishô plus généreusement avait laissées s’installer. Le Japon avait dans les années 10/20 une vie politique, culturelle, politique et artistique riche qui n’avait rien à envier à l’Europe de la même époque. Toute cette richesse a été litterralement broyée par la dictature militaire à coup de censure, emprisonnement. La guerre d’invasion de Manchourie puis la guerre du Pacifique ont fini le travail d’encasernement et de contrôle de la population par des milices de quartier. Environ 200,000 femmes Coréennes ont été déportées vers le Japon pour servir de « vidoir » aux soldats. Des expérimentations médicales ont été conduites sur des paysans Chinois. 20 millions de Chinois sont mort du seul fait de leurs conditions de travail (donc hors guerre) dont de très nombreux enfants. Le Japon s’est doté progressivement d’un pouvoir dictatorial qui a glissé vers le fascisme et l’Eugénisme. De nombreux historiens qui cherchaient à travailler sur cette question ont été assassinés par les mafieux, et l’an dernier, un député de l’opposition de centre-droit/centre gauche (minshuto, parti démocrate) a été menacé et sa maison a été incendiée suite à un très léger rappel de ce que représente Yasukuni...

    Je ne place pas sur un même plan le colonialisme japonais et cette période particulière. Tout le monde a colonisé, et la Chine aujourd’hui rêve de coloniser Taiwan (qui n’a jamais été chinoise qu’environ 250 ans suite à une invasion au 17ème siècle). Elle colonise le Tibet où elle est responsable d’une politique Eugéniste de stérilisation des femmes et de repeuplement « chinois ». Je critique le régime nationaliste car je critique aussi ses effets sur le Japon et les Japonais eux-même qui ont été les premiers à en souffrir. Nombreux sont les Japonais qu’on a envoyé de force en Manchourie. Les syndicalistes enfermés, les écrivains interdits. La culture du Japon des années 30 est une véritable horreur tant au niveau intellectuel qu’artistique : Ozu, Mizoguchi ont préféré arrêter progressivement de faire du cinéma plutôt que faire ces films qui vantaient des surhommes. Les Japonais sont rieurs, une culture de l’obeissance servile, résignée et terne s’est imposée, comme en Italie, en Allemagne et en Espagne à cette Epoque (je ne parle pas de la Russie qui est passée d’une dictature à une autre sans jamais être libre).

    Je reproche à la gauche Japonaise son incapacité à parler de la vie des Japonais à partir des années 30 et à placer ainsi le Japon uniquement comme une victime « de la guerre », et d’aller dans le sens de la droite avec « Hiroshima ». Hiroshima est une abomination, mais ce ne fut pas, hélas, un hazard. La bande dessinée Gen de Hiroshima raconte bien ce que je pense de ce que vécurent les Japonais de cette époque : il y avait aussi des pacifistes au Japon, et ils ont pris, aussi, le napalm (150,000 morts à Tôkyô en février 1945) ou les bombes atomiques...

    La population japonaise n’a pas à s’excuser vis à vis du reste de l’Asie car elle a payé très cher l’aventure nationaliste qui lui a été imposée par ses militaires. En revanche, les responsables de ces crimes doivent connaitre le même sort que ceux qui, comme Hitler ou Mussolini, ont commis de tels crimes. 14 reposent à Yasukuni. Imagine t’on Pétain ou Laval à côté du soldat inconnu ? C’est de cela qu’il s’agit. C’est une insulte pour la Chine, la Corée. Mais c’est une insulte d’abord pour le Japon lui-même et pour tous ces homme enrolés dans une armée qui ne pouvaient que perdre, dans des conditions aberrantes, souvent.

    La droite Japonaise n’est pas une droite normale. Dès les années 50, d’anciens responsables nationalistes y ont occupé d’importantes fonctions, comme le père de l’actuel premier ministre. Et un ancien criminel de guerre a même été premier ministre. Ces hommes ont fait du Japon une démocratie de façade où la pègre a vu son influence monter pour limiter l’influence des syndicats et de la gauche. En 1960, un très charismatique leader socialiste a été assassiné par un mafieux... Les américains ont laissé faire car ce pays leur rapportait beaucoup tant stratégiquement qu’économiquement. C’est ainsi ils ont toléré sans rien dire que le budget des « forces d’auto-défence » devienne un des budgets militaires les plus lourds au monde, que le « non drapeau » ou le non hymne soient utilisés comme un vrai drapeau ou un vrai hymne... Nous avons eu la chance d’avoir De Gaulle en France, les Américains planifiaient pour nous un régime équivalant avec les général Giraud (un pétainisme non pro-allemand...). Les Japonais, non... Ou plutôt si, mais les américains n’ont pas de culture politique très raffinée. Car peut-être Hiro-Hito, l’empereur aurait pu être cet homme. Malgré ses responsabilités dans la montée en puissance des militaires, il n’a jamais contrôlé le processus, pour la bonne raison que les Empereurs du Japon n’ont jamais eu vraiment de pouvoir, n’étant en fait que les arbitres d’oligarchies rivales. En fait, une constitution de type Anglaise aurait pu permettre au Japon de concilier ce qui désormais semble inconciliable : la démocratie, le pluralisme politique, une société civile vivante, une réelle politique extérieure et une armée. Il est inadmissible que le Japon ait été privé du droit à avoir sa propre armée. Il est inadmissible qu’il ait été privé d’hymne et de drapeau. Il est inadmissible que l’empereur se voit relégué au rang de haut fonctionnaire sans aucun pouvoir. Mais il est aussi inadmissible que ce pays soit traité comme une exception au regard de sa propre histoire et de la confiscation, grace à une constitution taillée sur mesure, du pouvoir aux main d’un groupe ouvertement hostile à la démocratie, qui ont fait mettre les restes de criminels de guerre progressivement, de 1955 à 1975 environ, dans un sanctuaire qui aurait du, normalement, être l’équivalent au Japon, de ces lieu de mémoire comme l’est le soldat inconnu.

    De cette captation du pouvoir par un groupe acquis au « nationalisme » résulte une falsification de l’histoire qui touche, en retour, toute l’histoire, toute la culture. Le nationalisme de l’élite actuelle fait du Japon et des Japonais un peuple sans histoire, obeïssant aveuglément aux ordres, sans conscience de « vivre ensemble », sans destination, et j’y vois la source du taux de natalité le plus faible du monde, dans un pays qui verra sa population totale diminuer de moitié dans les cent prochaines années. Ce qui est triste car ce peuple révèle un humour, une écoute, une curiosité et une ouverture qi’on ne lui soupsonne pas.


  • Suppaiku Suppaiku 8 mai 2007 05:11

    Je ne suis guère étonné par ce choix des rédactions. Je n’ai pas voté pour monsieur Bayrou. Je suis un électeur socialiste (malgré une « défection » en 2002 pour madame Christiane Taubira, que je ne regrette nullement tant la campagne de Jospin frôlait l’autisme et la goulayante course à la répartission de maroquains ministériels). Je n’ai pas voté pour monsieur Bayrou car il a été durant longtemps un homme de droite, que l’UdF a été le parti de madame Boutin, de Valéry Giscard D’Estaing. Ce n’est pas un reproche, il n’y a aucune honte à être de droite.

    Les députés de l’UdF ont agi en conséquence en rejoignant l’UMP.

    Mais c’est vrai que monsieur Bayrou est un homme qui a changé. L’ambition personnelle (avoir un grand destin) engendre parfois de véritables mutations. Ainsi Mitterrand qui d’homme de l’extrème-droite évolua vers la gauche et l’humanisme. Ainsi De Gaulle qui d’extrème droite dans les années 30 devint le Républicain de génie que l’on sait un jour de juin 1940. J’ai souvenir des yeux de François Bayrou durant la campagne référendaire de 2005, quand Daniel Cohen Bendit parlait. Je pense qu’au fond de lui, monsieur Bayrou a senti au fond de lui monter l’ambition d’être un homme qui rassemble non sur un programme, mais sur des intelligences. C’est en quelque sorte cela, son « rêve centriste ».

    Je le respecte comme tel, car c’est une réelle ambition. Mais, et c’est là où on revient à ces émissions de dimanche soir, la politique n’a, hélas, rien à faire avec l’intelligence des hommes. Sans quoi Mendès France aurait succédé à De Gaulle, et Rocard aurait triomphé de Mitterrand, Delors aurait eu un grand destin, Barre aurait éliminé Chirac... J’en oubli mais vous voyez ce que je veux dire.

    Je suis intimement persuadé que François Bayrou a été le dindon de la farce de 2007, comme Laguiller le dindon de 1995 et Le Pen celui de 2002. Pour gagner contre Ségolène, il fallait quelqu’un qui la borde sur un flan (droite ou gauche). Elle aurait eu une ligne trop recentrée, les médias auraient favorisé (comme en 1995) l’extrème gauche. Le discours de Ségolène était un discours d’équilibre dans la gauche, on lui a flanqué médiatiquement François Bayrou dans les pattes.

    La « partie » est terminée. Le « prince » a été couronné. On range le décors. Les députés UdF rentrent à la maison (la droite), et François Bayrou reste seul avec son rêve : il n’y a plus qu’à le censurer...

    Ségolène Royal a été victime de la même campagne de censure durant 3 mois. Propos tronqués pour lui faire dire ce qu’elle n’a jamais dit (la justice chinoise, par exemple), surmédiatisation des divisions du PS voir, toujours des commentaires sur ses tenues vestimentaires (« Madame Royal, qui est arrivée en costume rouge et chemisier blanc, ... ») la renvoyant continuellement à une « identité » de femme. La censure de François Bayrou m’a choqué. J’ai regardé l’emission en direct, sur le net, depuis Tôkyô. J’étais surpris de ne pas l’entendre. Et quand j’ai vu ce bout de 30s j’ai été révolté. Cela m’a confirmé dans ma « théorie du dindon ».

    Reste maintenant à voir la suite, car je ne crois pas à la censure contre la liberté d’un peuple libre comme l’est le peuple français. J’ai ragé contre les proches de ma candidate, contre ma candidate, mais aussi contre monsieur Bayrou quand ils critiquaient en permanence sondages et médias.

    Mitterrand disait qu’il s’en amusait, qu’il faut laisser le temps au temps. Et rappelait que si la censure marchait il n’aurait jamais été élu en 1981.

    Mitterrand n’a jamais usé de ces « prérogatives » de censures, ou très peu (Mazarine). Pour preuve, la valse des scandales et enquètes de la fin de septennat 88/95, où journalistes et juges y allaient à coeur-joie. Le climat s’est resséré avec Jacques Chirac. Cette censure de François Bayrou vient nous rappeler que les libertés sont fragiles et non acquises, qu’elles résultent de nos combats et de notre vigilence. Et que nous sommes revenus, graduellement, à la situation des années 60, de l’oreillette et de la menace de licenciement qui planes sur les juges et les journalistes.

    Je ne voterai jamais pour monsieur Bayrou, mais dimanche soir, j’étais vraiment écoeuré. Car nous avons besoin, aussi, de son intelligence et du respect du à ses 6 millions d’électeurs.







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