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thierry

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  • thierry 18 mars 2008 01:14

    « historiquement, la notion de Tibet indépendant n’a aucun sens. Le Tibet fait partie du monde chinois, depuis le XIIIème siècle, voire plus. Au début du XX ème siècle, les empires russes et britannique lorgnent sur ce territoire. Les Britanniques tentent une occupation du pays à partir de 1904. »

    Et dire que ce monsieur exhorte son contradicteur à faire preuve de rigueur historique, et cela alors que lui même, grand benêt qu’il est visiblement, ne connait pas grand chose à l’histoire de la région !! Alors donc au XIIIème siècle (on appréciera au passage le « voire plus », marque d’une grande assurance historique...) le Tibet était une partie de la Chine ??? N’auriez vous jamais entendu parler de l’Empire Mongol !! Les Gengis Khan, Ogodan, Mongé Khan, KubilaÏ et autres, ça ne vous dit vraiment rien ? allez un petit effort, sortez votre Larousse illustré, celui avec les grosses images, vous trouverez bien quelque chose. Ils ont tant et tant raflé de pays dans toute l’Eurasie, avant d’être à l’origine de la dynastie Yuan sur le sol chinois, qui elle même fut dépossédée de son pouvoir par la dynastie Ming (eh oui, il faut encore lire dans le dictionnaire, vous y verrez que Ming n’est pas qu’un style de vase ) qui rendit à la Chine son pouvoir et ses territoires d’antan. Je vous épargne les dates, je sens que cela ferait un peu trop.

    Mais s’il fallait maintenant dire que tous les territoires conquis par les mongols du XIIIème siècle sont une partie de la Chine actuelle, au simple motif que la dynastie qui lui a permis de retrouver son autonomie au XIVème siècle était elle même en partie descendante de ces mêmes mongols, alors allons y franchement : incluons à la Chine les actuels Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran, l’Arabie, la Syrie, Turquie, Hongrie, Bulgarie, etc etc, la liste serait longue ! Un conseil : allez faire un tour du coté des ouvrages de Georges Duby, vous verrez ce n’est pas fatiguant, il y a plein de cartes en couleurs. D’ailleurs pour le Tibet, pas de chance pour votre misérable allégation, les mongols ne s’y sont guère intéressés. Quelques incartades par ci par là, mais visiblement en termes de conquêtes guerrières, les immenses plateaux tibétains ne les emballaient pas vraiment. Des paysans, des monastères, des moines : rien de bien enthousiasmant pour un fier guerrier mongol. Allez, un peu de lecture : René Grousset. Mais attention, accrochez-vous car il va vous falloir mettre la barre un peu plus haut, il n’y a pas beaucoup d’images !

    Imaginons ces pauvres tibétains de l’époque, si je peux dire ce ne sont pas des enfants de choeur. Au fil des siècles de très nombreuses écoles religieuses se sont créées, chacune essayant d’associer son pouvoir spirituel à un pouvoir politique beaucoup plus terre à terre. Que voulez vous, la nature humaine est ainsi faite mon bon monsieur. Alors que font quelques uns des tibétains les plus malins ? Puisque eux-mêmes ne disposent pas vraiment de puissance militaire leur permettant d’établir un pouvoir sur tout le pays, et alors qu’ils ont aux frontières de leur pays ces mongols qui sont les maîtres incontestés de territoires s’étendant à perte de vue, et bien ils vont les voir. Et les mongols appréciant particulièrement les artisans, les hommes de culture, les religieux (un zeste de Paul Pelliot et grâce à cette lecture vous serez assuré de faire bonne figure en société ou sur les forums) les reçoivent volontiers. D’autres fois ce sont ces mêmes mongols qui convoquent certains chefs religieux tibétains. Mais le discours est bien souvent le même : « Soyez ma conscience spirituelle, et je vous nomme roi dans votre pays », sous-entendu « moi de toutes façons je n’y mettrai jamais les pieds !! ». A-t-on entendu qu’un des grands conquérants mongols aurait mis les pieds à Lhassa ? Un Genjis, Ogodan, Kubilaï ? Ou au moins leurs guerriers ? Et bien non, jamais. Ils font ça par procuration. Il faut dire qu’ils sont si peu nombreux pour tant de pays conquis ! Ils nomment donc à plusieurs reprises un tibétain en tant qu’administrateur général de son propre pays, et l’assurent de leur soutien militaire au cas ou de retour chez lui il s’avérait que cette nouvelle investiture ne plaise pas aux autres. (à ce stade, je ne peux que vous conseiller la lecture ne serait-ce que de quelques chapitres de R.A Stein, vous verrez, ça vous fera grand bien). Alors elle où la Chine dans tout ça ? nulle part.

    Et lorsque le siècle suivant le pouvoir global mongol s’écroule en se diluant en partie dans la nouvelle dynastie chinoise, ce schéma disparaît avec lui. Les chinois sont en Chine, et les tibétains au Tibet. Le pouvoir temporel est maintenant en formation au Tibet, bien que connaissant au fil des siècles des soubresauts, mais quoi de plus normal pour une nation qui se construit politiquement. Bien sûr certains grands dignitaires religieux tibétains continuent d’aller de temps en temps à la cour des empereurs chinois successifs, jamais comme vassaux, mais bien comme précepteurs spirituels. Et celui qui a déjà vu les immenses monastères et temples tibétains en Chine, dont de très beaux à Pékin, comprend rapidement qu’ils ne furent pas des précepteurs qui attendaient dans l’anti-chambre le bon vouloir du prince. Bien sûr des accords continueront d’être tissés, pendant encore plusieurs siècles avec les quelques chefs mongols qui persistent à tenir des régions frontalières, mais ceux-ci, bien qu’encore forts militairement, ont amorcé depuis fort longtemps leur déclin. C’est un fait, les tibétains ne sont nullement différents des autres, ce ne sont pas des saints. Et ceux d’entre eux qui ont aspiré au pouvoir ont toujours été dans l’obligation de se tourner vers l’extérieur afin d’y trouver l’assistance militaire quasi inexistante chez eux.

    Enfin de grâce, vous qui vous moquez de votre contradicteur, évitez de lui (nous) suggérer Alexandra David Neel comme référent historique. Laissez là dans son rôle de grande aventurière du siècle dernier, un personnage assurément riche et complexe, mais n’ayant à l’évidence pas le moindre soupçon de connaissance historique, et pas beaucoup plus d’ailleurs concernant le bouddhisme tel qu’il se diffusa au Tibet. Mais même elle vous n’avez pas du la lire, car sinon comment écrire qu’elle n’a jamais sombré dans la tibétomanie, elle en est l’exemple vivant ! Vous devriez citer Lobsang Rampa dans votre bibliographie personnelle, nous comprendrions mieux d’où vous vient tant d’inculture.

    Je m’abstiens par contre d’argumenter au sujet de cette somme de propos plus stupides les uns que les autres dont vous nous abreuvez (j’avoue une lecture transversale) dans cette piteuse tentative de rapprochement entre la spiritualité tibétaine et les délires du IIIème Reich. Aucun intérêt. A part peut-être d’en savoir plus sur la détresse humaine, la votre.

    Thierry H. Historien EPHE







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