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  • qr0lhnsa9hm8tzc 28 novembre 2008 16:19

    Aux origines intellectuelles de la “guerre” anti-Bush,

     
    par Lucien Samir Oulahbib

    S’opposant à ce qu’aurait avancé l’Administration Bush, plusieurs publications officielles américaines [1], opportunément répercutées en Europe, persistent à nier l’existence d’un lien formel entre Saddam Hussein et Al Qaïda avant 2003. Dans le même temps, d’autres analystes cherchent à établir un lien, depuis cette dernière date, entre l’intervention de la Coalition et la prolifération des attentats islamistes, à commencer par l’actuelle alliance en Irak entre anciens baathistes et djihadistes…

    J’aimerais démontrer ici, dans un premier temps, que, quoique en situation concurrente, le nationalisme arabe et l’islamisme sont des réalités non pas antinomiques mais idéologiquement liées.

    La persistance à nier un lien au moins transcendant, (comme, par exemple, - on le verra - la volonté de renouer avec la gloire ancienne), relève, semble-t-il, d’une sous-estimation du fond commun existant entre nationalisme arabe et islamisme, au-delà de leur divergence formelle.

    Mais cette lacune n’est pas seulement fortuite : elle provient aussi et peut-être surtout d’un parti pris non fondé. Lequel ? Celui-ci : l’actuelle virulence de l’islam radical serait la conséquence, majeure, de causes socio-économiques non résolues, d’un côté, et, de l’autre côté, l’avatar d’une domination culturelle, celle du système capitaliste en général et de la colonisation en particulier.

    Je voudrais précisément démontrer, dans un second temps, que cet axiome dévoile bien plus qu’un sociologisme, voire un progressisme linéaire artificiel de type scientiste visant à en finir définitivement avec le mal, l’injustice, l’inégalité, etc., dont les terroristes islamistes seraient plus les victimes que les fautifs.

    Plus encore, j’aimerais souligner que la fascination nihiliste paradoxale envers un ordre total - comme on l’a vu en direction du communisme léniniste et du national-socialisme - et qui peut expliquer en partie certaines accointances des courants foucaldiens postmodernistes et déconstructionnistes envers l’islamisme radical, cette fascination-là n’épuise cependant pas cet apriorisme en fin de compte impensé excusant par avance tout porteur de maléfice. En effet, en vertu de cette conception, on met systématiquement en avant des causes de type économique, politique, psychologique, (par exemple libidinale), pour justifier tel ou tel écart (discrepancy). On n’invoque jamais, ou rarement, une cause spirituelle, un but théo-ontologique, celui, par exemple, qui considèrerait l’universel de la liberté, de la démocratie, comme inexistants en dehors du cadre révélé religieusement, ou, comme naguère, du cadre défini nationalement, révolutionnairement, etc.

    Ce refus de donner à l’imaginaire anthropologique d’un poseur de bombes ces lettres de noblesse, ce refus d’entrer dans le sytème des valeurs dans lequel ce dernier s’inscrit, a pour conséquence une incapacité à comprendre, en général, que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, et, en particulier, que le refus émis par l’islamisme d’admettre au moins un modus vivendi, une tolérance entre plusieurs conceptions du monde ou civilisations, s’explique par d’autres motivations que celles habituellement avancées par l’économisme et son allié le sociologisme.

    Mais commençons par la première sous-estimation, tout autant impensée, dont je propose ici une synthèse [2].

    1. Nationalisme arabe et islamisme

    Contrairement à ce que l’on prétend couramment, le nationalisme arabe n’a pas cherché à se séparer du religieux à la façon de la Révolution française. Ainsi l’égyptien Gamal Abdel Nasser, le leader incontesté du nationalisme arabe des années 50-60, pouvait-il avancer concernant l’islam : “Nous n’avons jamais dit (…) que nous avions renié notre religion. Nous avons déclaré que notre religion était une religion socialiste et que l’islam, au Moyen Age, a réussi la première expérience socialiste dans le monde” [3], tout en ajoutant que “Muhammad fut l’imam du socialisme” [4].

    Une telle continuité “socialiste” doit alors être pensée non pas, bien entendu, dans les termes du socialisme européen, mais plutôt comme une institutionnalisation coranique modernisée ; c’est-à-dire telle qu’elle englobe toujours le politique, l’économique, la culture, les mœurs, c’est-à-dire, en bref, plus ou moins, la Charia. L’islam est par exemple religion d’Etat dans la plupart des pays dits arabes à l’exception de la Tunisie. Tout en admettant la concession de quelques retouches formelles, d’ailleurs critiquées par l’islamisme, le Président de la République n’est pas officiellement Calife, c’est-à-dire Commandeur des Croyants. Mais l’on attribue de toute façon à l’ensemble de cette construction l’idée d’une supériorité théologique et politique définitive. Michel Aflak, fondateur (chrétien) du parti dit “laïc” Baath [5], ne disait-il pas que “le souffle du Prophète animera toujours le nationalisme arabe” ? [6]

    Contrairement aux apparences, donc, surtout aujourd’hui, malgré les affrontements passés et présents entre nassériens et Frères musulmans, entre wahabisme saoudien et djihadistes sunnites, entre baathistes et djihadistes chiites, il s’agit d’un affrontement concurrentiel et non pas antinomique entre le nationalisme arabe et l’islamisme ; l’alliance tactique actuelle n’est donc pas “contre nature” comme certains le clament. Pour la raison essentielle qu’ils ne se sont jamais opposés sur l’objectif de fond, à savoir la résurgence de la grandeur d’autrefois, mais seulement sur les moyens d’y parvenir : la renaissance (Nahda) pour le premier en s’inspirant des efforts de modernisation prônée au début du XIXe siècle par certains intellectuels installés en Europe [7] ; et pour le second, le retour à l’imitation des pieux ancêtres (al-salaf al-salih) qui donna le salafisme, dont les Frères musulmans égyptiens, le wahabisme saoudien, le Hamas palestinien sont les variantes - de même que le Hezbollah libanais malgré ses racines chiites plutôt que sunnites : celles-ci cachent mal en effet les velléités panislamistes de certains courants religieux dont le khomeynisme de l’actuel président iranien est la diatribe ultime. Surtout lorsqu’il clame que l’affrontement en préparation en Terre dite sainte, doit conclure une bataille commencée il y a plusieurs centaines d’années…

    Mais cette fixation de l’islamisme au passé et la différence d’approche font-elles pour autant de l’islamisme un adversaire déclaré de la Nahda du nationalisme arabe, c’est-à-dire de ce souci d’actualisation qu’avaient nombre d’intellectuels arabisants au début du XIXe siècle et du siècle suivant comme le pense Paul Balta ? [8] Rien n’est moins sûr.

    En effet, l’un des liens fondamentaux qui relient le nationalisme arabe à l’islam, est, pour l’islam lui-même, l’idée d’une supériorité des Arabes parmi les musulmans. D’abord, l’islamisme insiste lui-même “sur le rôle essentiel des Arabes dans la mise en œuvre d’une réforme islamique” comme l’observe Menahem Milson [9]. Ensuite, de son côté, le nationalisme arabe, dans sa lecture syrienne ou égyptienne, n’a nullement émergé à la faveur d’une rupture idéologique avec le religieux - à la différence des révolutions jacobine, mais aussi léniniste ou nazie qui, toutes trois, se sont voulues, en Europe, totalement contraires au judéo-christianisme, selon des modalités bien entendu spécifiques.

    En Algérie par exemple, arabisme et islamisme se sont constamment articulés [10] l’un à l’autre jusqu’à donner récemment la preuve historique d’une compatibilité de bon aloi. Certes, on peut objecter que le Coran fut brûlé en pleine rue lors de la révolution irakienne de 1958, comme le souligne Gilbert Meynier [11], mais il s’agissait bien moins de signifier une véritable rupture que d’affirmer une supériorité doctrinale, celle de l’arabisme, contre les tentatives - perçues comme poussiéreuses - de reproduire à la lettre l’islam des origines. D’ailleurs les Frères musulmans se sont alliés avec le mouvement des Officiers Libres égyptiens qui renversa le roi Farouk en 1952, en particulier lorsque l’un d’entre eux, Gamal Abdel Nasser, démit à son tour son représentant attitré, le général Néguib, et entama une vigoureuse campagne anti-juive puis anti-copte [12], tout en protégeant les Frères musulmans ; même s’il a pu à l’occasion pendre quelques-uns de ses membres lorsque ceux-ci voulurent le concurrencer. Sadate lui-même prolongea l’islamisation et l’antichristianisme, et quand il signa la paix il le paya de sa vie.

    http://www.debriefing.org/21067.html








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