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Commentaire de Catherine Coste

sur La définition légale de la mort doit-elle être conditionnée par les transplantations d'organes ?


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Catherine Coste Catherine Coste 11 novembre 2007 12:56

Pour la question des lobbies, dans le cas des greffes à partir de donneurs « décédés » : Le Docteur Marc Andronikof (MA), médecin urgentiste, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine-Béclère, Clamart, répondait en juin 2007 aux questions suivantes :

« La nécessité d’’opérer’ d’urgence le ’donneur’ pour préserver l’intérêt du receveur, ne nuit-elle pas à l’efficacité des soins dont il aurait pu bénéficier ? »

MA : « Il est évident, et ce n’est nié par personne, que les soins au ’donneur’ sont profondément modifiés lors de l’optique d’un prélèvement. C’est tout à fait incompatible, à mon avis, (et ce devrait être l’avis de tout philosophe et de tout médecin honnête) avec une prise en charge médicale ’éthique’ ».

« N’arrive-t-il pas qu’un accidenté soit maintenu en survie artificielle, le temps de trouver un receveur ? Autrement dit, l’intérêt des ’donneurs’ n’interfère-t-il pas avec celui des receveurs ? »

MA : « Le ’donneur’ perd sa qualité d’être humain, de malade, il est réduit à l’état de ’moyen’, de pourvoyeur d’organes. La qualité de relation médecin/malade est par là totalement pervertie puisque le médecin ne poursuit plus le bien de celui qu’il a en charge. Au mieux, on est au pire de l’acharnement thérapeutique. Je ne comprends toujours pas que nos philosophes et chantres de l’éthique à tout crin n’aient jamais exposé ’ex cathedra’ ces considérations simples. Ce silence est lui aussi scandaleux. »

« Ne peut-on voir dans toutes ces dispositions la main des lobbies des professions concernées ? L’intérêt des receveurs et celui des lobbies étant a priori convergents ? »

MA : « Pour les lobbies : oui, oui et oui. Si vous supprimez la greffe, c’est tout un pan de l’économie suisse et mondiale qui s’effondre et des services hospitaliers, et des nominations etc. etc. »

« Le ’donneur’ est-il toujours anesthésié ? »

MA : « Le ’donneur’ est anesthésié, c’est aussi ouvertement écrit dans les manuels : pour empêcher les sautes de tension, les contractions musculaires etc. tout cela sur quelqu’un de soi-disant mort ! »

Quelques précisions sur la distinction entre donneur mort et donneur vivant : 1) Donneur « décédé » : Les donneurs morts sont des patients en état de mort encéphalique, le plus souvent suite à un AVC (accident vasculaire cérébral), moins souvent suite à un accident de la route. L’âge moyen des donneurs « décédés » ne cesse d’augmenter. La combinaison de la baisse des accidents de la route et des progrès des recherches scientifiques sur le cerveau risque de rendre la mort encéphalique de plus en plus rare, voire caduque. Il est évident que dès que les progrès de la médecine permettront de suppléer à l’incompétence du cerveau sur laquelle se fonde la définition de la mort encéphalique, il faudra revoir cette définition de la mort, qui depuis 1996 (loi de bioéthique) fait équivaloir la mort avec une incompétence du cerveau. Or on est déjà sur la voie de ces progrès scientifiques, et la loi de bioéthique doit être révisée en 2009 (le Sénat est déjà au travail).

Il existe depuis 2006 une autre situation qui permet le prélèvement d’organes : celle d’un patient « en arrêt cardio-respiratoire persistant ». Le diagnostic de mort est établi sur le seul fait de l’arrêt cardiaque irréversible. Une telle situation permet les prélèvements « à coeur arrêté ».

2) Donneur vivant : Un donneur vivant est un parent ou proche d’un patient en attente de greffe, qui, lorsqu’il est compatible, peut donner un lobe de foie ou un rein afin d’aider son proche ou parent à guérir. Malgré la fait que la qualité des greffons provenant de donneurs vivants est souvent supérieure à celle des greffons provenant de donneurs « décédés », et donc permet, du moins statistiquement parlant, une plus grande durée de vie pour le patient greffé, le don d’organes à partir de donneurs vivants est encore très peu développé en France. Je souhaite donc remercier le donneur d’organe pour son précieux témoignage ! Pourrait-on en savoir plus sur ce don ? De quel organe s’agissait-il ? D’un rein ? D’un lobe de foie ? Comment l’opération s’est-elle passée ? Comment allez-vous aujourd’hui (avec le recul, ou l’opération est-elle récente ?), et comment va la personne qui a reçu ce don ? Il arrive que des chirurgiens ne souhaitent pas opérer des donneurs vivants, car c’est une très lourde responsabilité (le patient est opéré alors qu’il n’a aucun problème de santé) : certes le risque de complications graves pour le donneur est minime, mais il existe, et lorsqu’il survient, l’impact est immense. Ces mêmes chirurgiens préfèrent opérer un donneur « décédé ». En Espagne, comme en France, le don d’organe à partir de donneur vivant est très peu développé. Certains pensent que l’augmentation de la population de donneurs vivants pourrait ouvrir la porte au trafic d’organes, et que de ce fait il vaut mieux favoriser le don d’organes à partir de donneurs décédés. La position au niveau de l’Europe est clairement de favoriser le don d’organes à partir de donneurs « décédés ». Mais certains médecins pensent que la forme de don la plus viable, éthiquement parlant, est celle du don à partir de donneurs vivants. On a donc affaire à un « conflit des valeurs » (Max Weber) : qui a raison, qui a tort, difficile de trancher dans l’absolu ... Néanmoins, la pénurie d’organes ne sera pas résolue par les seuls prélèvements à partir de donneurs « décédés » : d’après les chiffres indiqués sur le site de France ADOT, 6.978 patients étaient en attente de greffe en 2005 et 5.433 patients ont été nouvellement inscrits après le 31/12/2005. Il y aurait donc une augmentation de 77% du nombre de patients en attente de greffe, entre 2005 et 2006 !! Dans le même temps, « l’activité des greffes a augmenté de 4% en 2006 » (toujours d’après les chiffres de France ADOT). Il y a donc eu une explosion du nombre de patients en attente de greffe. On voit bien que pour résoudre la question des greffes (la pénurie étant au centre de cette question), il y aura besoin de développer le don d’organes à partir de donneurs vivants, ainsi que les recherches sur les cellules souches. Ces recherches ont déjà parmis de régénérer le foie de certains patients.

Quelques chiffres sur le don d’organes à partir de donneurs vivants en France : « Depuis 2005, l’Agence de la biomédecine a mis en place les comités d’experts ’donneurs vivants’ prévus par la loi de bioéthique d’août 2004 chargés d’autoriser ces greffes lorsque les donneurs ne sont pas le père ou la mère du receveur. Le nombre de greffes de rein (donneur vivant) en 2006 s’élève à 246, soit 9 pour cent de la totalité des greffes rénales et 87 pour cent des greffes à partir de donneur vivant. »

Source : Agence de la biomédecine (Conférence de Presse, 1er février 2006)

Dans les pays Nordiques, la greffe à partir de donneur vivant est beaucoup plus développée qu’en France, tandis que le nombre de greffes réalisées à partir de donneurs « décédés » est moins important, en comparaison de celles réalisées à partir de donneurs vivants. Les Etats-Unis pratiquent autant les greffes à partir de donneurs vivants que celles à partir de donneurs « décédés ». L’Espagne est le pays d’Europe où il y a le plus grand nombre de donneurs « décédés », tandis que sont réalisées très peu de greffes à partir de donneurs vivants.


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