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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 100 ans de musique russe : l’opéra

100 ans de musique russe : l’opéra

L'opéra russe se concentre sur une centaine d'années. Et pour cause, la musique était interdite en Russie jusqu'au règne de Pierre le Grand (1682 - 1725). Elle fut longtemps tributaire des oeuvres étrangères. Ensuite, il a fallu attendre que la littérature russe du XIXème siècle (Tolstoï, Pouchkine, Gogol...) donne à l'opéra national ses premiers livrets. Mais la liberté ne dura pas longtemps ; le régime soviétique imposa ses normes et sa censure. Chostakovtich lui fit un pied-de-nez avec "Le Nez", inspiré d'une nouvelle de Gogol : l'obscène "grenade d'un anarchiste" déclarèrent les critiques très officiels...

La perte pour le petit bureaucrate russe de son appendice nasal signifie pour lui la fin de sa reconnaissance et de son ascension sociale. Mais, pour l'opéra, "le Nez", c'est aussi une prise d'indépendance par rapport à l'opéra classique. Ce nez, qui s'affranchit de tout, est comme l'opéra de Chostakovitch qui s'exonère de la pensée soviétique et même des conventions classiques : musique s'éloignant du système tonal, morceaux de bravoure comme cet entracte fait uniquement de percussions.

Mais avant d'en arriver à ce Nez en forme de pied-de-nez, il aura fallu à l'opéra russe qu'il prenne naissance - tardivement - et trouve sa place en-dehors du modèle occidental. Tout commence avec Glinka...

1 - GLINKA (Mikhail 1804 - 1857)

Le véritable acte de naissance de l'opéra russe est dû à Glinka et à ses deux opéras.

- "Une vie pour le tsar" (1836)

Cet opéra a changé trois fois de nom. Initialement intitulé "Ivan Soussanine", le changement de titre aurait été suggéré par le Tsar Nicolas 1er, afin de souligner le message tsariste de l'ouvrage. Ivan Soussanine est le héros légendaire de cet opéra. En 1613, ce paysan sacrifie sa vie pour sauver celle du Tsar Mikhaïl Feodorovitch, premier de la dynastie des Romanov.

Le sujet est alors d'actualité. Catterino Cavos (1776-1840), un des fondateurs de l'opéra russe a en 1815 donné à Saint-Petersbourg un opéra intitulé "Ivan Soussasine". En 1834, une collecte est lancée afin de financer un monument à la gloire d'Ivan Sussasine et de Michel Romanov, premier tsar de la dynastie.

Devenu "Une vie pour le tsar", l'oeuvre devient donc une pierre angulaire de la propagande tsariste. L'opéra connaît un succès prodigieux et vaut à Glinka d'être nommé maître de la Chapelle impériale.

Pendant la période soviétique, l’opéra est à nouveau renommé "Ivan Soussanine". Il s'agit cette fosi de mettre l’accent sur l’échec des Polonais et de passer au second plan l'acte qui qui sauva la vie du tsar.

Cette oeuvre allait fonder l'opéra russe : un mélange de chants populaires et de vieille fugue occidentale sur des thèmes historiques.

Ecouter :

Aria de Vania // Aria de Soussanine // Ivan Soussanine // Maxim Mironov chante "Life for the star"

- "Rouslan et Ludmila" (1842)

Opéra d'après le poème éponyme de Pouchkine. Pouchkine meurt en 1837 et ne peut achever sa collaboration avec Glinka sur son second opéra Rousslan et Ludmilla.

L'action se passe au temps de la Rus' de Kiev à Kiev et dans différents endroits imaginaires. La Rus' de Kiev était une principauté médiévale slave orientale qui exista entre environ 860 et le milieu du XIIIe siècle.

L'ouverture exubérante est le morceau le plus connu à l'ouest. Le rondo de Farlaf est une imitation russe de l'air Largo al factotum de Figaro du Barbier de Séville de Rossini.

Ecouter : Rouslan et Ludmila - Ouverture

2 - DARGOMYJSKI (Alexandre 1813 - 1869)

- "Le Convive de pierre"

Cet opéra, écrit sur la fin de la vie du compositeur, est inspiré de Pouchkine sur le thème de Dom Juan. Il serait, selon Paul Dukas, la "pierre angulaire" de l'opéra russe. Les travaux de Dargomyjski sur le folklore de son pays furent importants et seraient, grâce aux rencontres musicales qu'il organisait, l'origine de la création du Groupe des cinq.

3 - BORODINE (Alexandre 1833 - 1887)

Autre Alexandre, ce Borodine dont les Danses polovtsiennes, restées célèbres, sont tirées de son opéra "Prince Igor". Ecouter ici.

En 1869, il fait le choix d’un opéra, le Prince Igor, à partir de la chanson de geste médiévale « le Dit de l’Ost d’Igor », chanson qui relate la campagne d’un prince russe du XIIème siècle contre les Polovtsiens, peuplade d’origine turque qui écumait les steppes de l’actuelle Ukraine. Dans cet opéra, le prince Igor est prisonnier des Polovtsiens, des guerriers d'ascendance turque. Pour le distraire, un banquet et des danses sont organisés.

En 1886, Borodine entreprend d’achever « le Prince Igor » mais s’écroule, mort, lors d’un bal costumé. Glazounov compléta l’œuvre avec les parties qu’il avait entendu jouer par Borodine au piano. Rimski-Korsakov se chargea de l’orchestration. Le mécène Belaiev procéda à des coupures dans la partition qu’il fit publier.

4 -CUI (César 1835 - 1918)

Rendons à César ce qui revient à César. Sa musique n'a pas laissé de trace dans l'histoire mais ses opéras sont remarquables.

Quelques opéras :

- "Le Prisonnier du caucase (1857-58, révisé en 1881-82) d'après le poème "Le prisonnier du Caucase" de Pouchkine.

- "Le Fils du mandarin" (1859) : écouter l'Ouverture

- "William Ratcliff" (1861-1868) adapté de la tragédie d'Heinrich Heine : écouter ici

- "Angelo" (1871-1875) d'après Victor Hugo.

Extrait 1 // extrait II (duo en live)

5 - MOUSSORGSKI (Modest 1839 - 1881)

Le compositeur laisse des opéras inachevés : « Salammbô » écrit à partir de 1863 et tiré du roman éponyme de Flaubert, et deux opéras qui seront achevés par d’autres : "La Khovantchina" et "La Foire de Sorotchinsky ", terminé par Nicolas Tcherepnine.

- Boris Godounov, son seul opéré achevé (1869, révisé en 1872)

Dans la cour d'un monastère, près de Moscou, une foule rassemblée prie, sans savoir pour quelle raison elle a été réunie en ce lieu. Un haut dignitaire arrive et leur apprend que Boris Godounov hésite encore à ceindre la couronne. Boris, devant les supplications du peuple, finit par accepter. Cinq ans plus tard, la plus grande anarchie règne en Russie. Famine, peste et pillages accablent le peuple. Dans la cellule d'un humble monastère, Gregori, un jeune novice, rêve qu'il est en réalité le tsar défunt, Dmitri, dont on dit qu'il aurait été assassiné par Boris Godounov, avide de pouvoir. Gregori décide de jouer sa chance et se fait passer pour Dmitri, miraculeusement rescapé...

La plus grande œuvre de Moussorgski est adaptée de Pouchkine. Moussorgski s'est aussi inspiré de Macbeth de Shakespeare. Enfin, le thème est également lié en partie à l'histoire des ancêtres familiaux de Moussorgski. Il existe deux versions de cet opéra, celle de 1869 et celle de 1872. Moussorgski remanie son opéra à multiples reprises et ajoute notamment le rôle de Marina et l’acte polonais. La version fortement révisée de 1872 comprend un prologue et quatre actes. Elle inclut des éléments nouveaux qui ne trouvent pas leur origine chez Pouchkine.

Ecouter Boris Godounov Prologue Scene I

- La Khovantchina (inachevé) :

Opéra inspiré des événements de la Révolte de Moscou de 1682. En 1682 le régiment moscovite des streltsy, sous la conduite d' Ivan Khovansky, se révolte en assaillant les gardes du palais des Tsars. Finalement la révolte est réprimée dans le sang. Dans l'opéra les partisans de Khovansky se suicident collectivement.

La création de l'opéra eut lieu en 1886 à Saint-Pétersbourg, grâce à l'orchestration de Rimski-Korsakov. À cause des nombreuses coupures et recompositions pratiquées par celui-ci, Dmitri Chostakovitch révisa l'opéra d'après la partition vocale de Moussorgski, et c'est de nos jours la version la plus souvent jouée. Bien que moins connue que Boris Godounov, la Khovanchtchina est musicalement plus riche encore du fait d'une meilleure intégration de la rythmique du langage parlé et de la synthèse opérée entre différentes styles lyriques (russe, mais aussi germanique et italien). L'opéra souffre toutefois de l'absence de personnage central.

Ecouter La Khovantchina // autre extrait // Différents extraits.

6 - TCHAIKOVSKI (Piotr Ilitch 1840 - 1893)

Voir aussi mon article sur Tchaïkovski, (NDLR : dans cet article, "Roméo et Juliette" ainsi que "Francesca da Rimini" figurent par erreur dans la rubrique des opéras. Il s'agit en fait de poèmes symphoniques mais le sous-titre fait défaut. Merci de votre compréhension.)

De toutes ses oeuvres, seuls ses opéras, proches de ceux de Glinka, s'imposent difficilement en Occident.

a - La Dame de pique (1890)

Sur un livret de son frère, Modest Ilitch Tchaïkovski. Il est basé sur la nouvelle "La Dame de pique" d'Alexandre Pouchkine.

- Duo Lisa et Pauline, romance de Pauline. Acte I Scène II : Le soir, chez elle, Lisa joue de l'épinette et chante avec son amie Pauline un duo sur les soirées à la campagne. Leurs amies en demandent encore, et Pauline entame une romance sombre et douloureuse. Mais elle s'empresse de changer de sujet, et les jeunes filles chantent un joyeux air populaire. Au milieu des réjouissances, Lisa reste à l'écart, pensive.

- Aria de Lisa Acte III  : Au bord du Canal d'Hiver (le Canal Zimni), Lisa attend Hermann. Il est presque minuit, et si elle espère toujours désespérément qu'il l'aime encore, elle sent sa jeunesse et sa joie disparaître. Il arrive enfin, mais après quelques mots de réconfort, il recommence à babiller à propos de la Comtesse et de ses cartes. Dans un accès de folie, il ne reconnaît même plus Lisa et la quitte sauvagement. Elle se rend compte que tout est perdu et se jette dans les eaux glacées de la Néva.

Ecouter : IKA. D interprète Lisa // Choeur russe // Duo Lisa et Pauline // Lisa : aria

b - Eugène Onéguine

Tchaïkovski veut quand même crééer un opéra (plus durable pour sa, notoriété, que ses symphonies, pense-t-il) mais il rejette les opéras de Wagner qui ne peuvent pas plaire à un Russe. Et il y a la pression nationale ; prouver que les Russes peuvent composer leur opéra. Il ne suit pas non plus la voie Mousorgski qui a publié Boris Godonov cinq ans plus tôt, avec une manière de chanter proche de la langue parlée. Il invente une autre voie et un opéra original. Ce sera Eugène Onéguine, tiré d'une nouvelle de Pouchkine.

Une intrigue basique, peu d'action et d'effets scéniques (pas de coup de théâtre) ; l'accent est mis sur Tatiana, une héroïne idéaliste qui voit la vie comme un roman. Tatiana, jeune fille de la petite noblesse russe de province, aime Onéguine, jeune dandy blasé de Saint-Pétersbourg. Il dédaigne son amour. Plus tard, Tatiana épouse un homme riche. Onéguine la retrouve et comprend alors qu'il l'aime. Mais il est trop tard. L'opéra se double d'une intrigue secondaire : Onéguine fait la cour à Olga, soeur de Tatiana, mais celle-ci est promise à Lensky. Ce dernier provoque Onéguine en duel et il est tué.

Tchaïkovski oppose les chants populaires aux romances de salon, les valses rustiques aux polonaises aristocratiques, pour caractériser musicalement les deux milieux et les personnages. A l'époque de Berlioz et de Moussorgski, un procédé consistait à faire revenir une mélodie dans des contextes différents pour en changer le sens. Tchaïkovski utilise ce procédé en faisant chanter par Onéguine le motif que Tatiana entonnait des années auparavant lorsqu'elle lui adressait sa lettre d'amour. De même, lorsqu'il exprime son amour, on retrouve le motif par lequel il avait autrefois refusé la déclaration de Tatiana.

Ecouter : Acte I // Polonaise (acte III) // Représentation de l'opéra à Amsterdam //
La scène de la lettre // La scène finale // la « complainte » de Lensky par Placindo Domingo et ici en version studio.

7 - RIMSKI- KORSAKOV (1844 - 1908)

Des compositeurs du Groupe des Cinq, il est celui qui patique la musique la plus savante, ayant beaucoup étudié la musique.

- La Demoiselle des neiges (Sniegourotchka), d'après Ostrovsky) ; créé le 10 février 1882.

Ecouter l'aria

- Sadko :

Livret de Rimski-Korsakov, d'après les bylines (légendes) populaires ; créé le 7 janvier 1898. Sadko est un héros de légende russe. Tableau II : Au bord du lac Ilmen (Novgorod), Sadko chante une complainte. Apparaissent des cygnes blancs qui se transforment en jeunes femmes, dont la princesse des mers Volkhova et ses sœurs. Sadko tombe sous le charme de la princesse, avec laquelle il entame un duo d'amour. Au petit jour, surgit des eaux le roi des mers, Océan, lequel rappelle à lui ses filles. Tableau III : Dans la maison de Sadko, son épouse Lioubava chante sa solitude. Sadko revient du lac et, perdu dans ses pensées, repousse sa femme puis repart. Tableau IV : Sur le port de Novgorod, la foule afflue autour de marchands venus d'outre-mer. On retrouve également les protagonistes du premier tableau, ainsi que deux mages et des pèlerins. Sadko prétend pouvoir pêcher dans le lac des poissons aux écailles d'or. L'entremise de Volkhova lui permet de réussir cette pêche miraculeuse et, mieux encore, de transformer les poissons en lingots d'or. Sadko, jusqu'alors pauvre, est désormais un marchand riche et admiré. Après avoir généreusement distribué une partie de son or, il invite trois des marchands étrangers à louer leurs pays respectifs par des chants. Puis, ayant soif d'aventures, Sadko prend la mer avec les vaisseaux qu'il a fait affréter.

Ecouter : Sadko Ouverture // Chant de l'Inde //

- Mozart et Salieri :

Livret de Rimski-Korsakov, d'après Pouchkine ; créé le 7 décembre 1898.

Ecouter et voir : Mozart et Saliéri (monologue de Saliéri)

- La Fiancée du tsar :

Livret de Rimski-Korsakov, d'après Lev Mey ; créé le 3 novembre 1899.

- Le Conte du tsar Saltan :

(Livret de V.I. Bielsky, d'après Pouchkine. Créé le 3 novembre 1900.

Ecouter : Tsar Saltan Ouverture

- Le Coq d'or d'après Pouchkine

Créé le 7 octobre 1909. Il s'agit d'une satire mettant en scène un Tsar nommé Dodon. La censure en interdit la représentation du vivant du compositeur. L'Astrologue présente à Dodon un coq d'or qui perché sur un clocher préviendra des invasions ennemies. Dodon, enchanté, promet à l'Astrologue la récompense que ce dernier précisera plus tard. Mais l'armée du tsar est vaincu et ses fils tués. L'Astrologue arrive et vient réclamer son dû pour le coq d'or ; il déclare vouloir épouser la reine. Dodon essaie de l'en dissuader mais en vain et finit par le tuer avec son sceptre. Alors d'un violent coup de bec, le coq tue le roi. Survient alors un violent orage pendant lequel la reine, l'Astrologue et le coq disparaissent. Epilogue : L'Astrologue renait et déclare que dans cette histoire, seuls la reine et lui sont réels.

Ecouter : Le Coq d'or //

8 - STRAVINSKY (Igor 1882 - 1971)

Parmi les six opéras de Stravinsky, Le Rossignol, Mavra (1922) et The Rake's Progress (ou "La Carrière d'un libertin") abordent chacun, sous des angles très différents, l'opéra traditionnel. Cependant, seul le dernier occupe une soirée entière. Œdipus Rex propose une conception statique de la scène ; Perséphone mêle la parole, le chant et le pantomime ; The Flood (1962), quant à lui, est un jeu à la manière des Mystères médiévaux, destiné à la télévision.

- Le Rossignol (1908 - 1914)

Conte lyrique en trois actes d'après Andersen. L'action se déroule à la Cour impériale de Chine en des temps fabuleux. Une forêt en bord de mer, la nuit. Un pêcheur dans son bateau écoute le magnifique chant du rossignol. Des courtisans arrivent et invitent le rossignol à chanter devant l'empereur de Chine. L'oiseau accepte. Stravinsky tenta d'abord de faire accepter le premier acte seul comme une œuvre complète. Cependant, le refus du Théâtre libre force le compositeur à revoir l'acte I comme prologue, justifiant ainsi les différences de style avec le reste de l'opéra. En 1917, Stravinsky prit des extraits des actes II et III pour faire un poème symphonique intitulé Le Chant du rossignol. Les Ballets russes de Diaghilev en firent un ballet présenté à l'Opéra de Paris en 1920, dans une chorégraphie de Léonide Massine.

Prelude
Le pêcheur
Aria

- Œdipus Rex (1927)

Opéra-oratorio en deux actes d'après Sophocle. Dans cet opéra, les personnages atteignent une dimension tragique par une sorte d'immobilité devant le destin. Les groupes d'instruments jouent sans se fondre entièrement, produisant ainsi une sonorité raffinée de musique de chambre. C'est la légende d'Oedipe racontée par le livret de Jean Cocteau.

- The Rake's Progress ou La Carrière d'un libertin (1951)

C'est une imitation délibérée de Don Giovanni de Mozart. Inspiré en partie de la série de huit peintures A Rake's Progress de William Hogarth. Blasé, déçu, Tom cherche désespérément le bonheur. Shadow lui propose d'épouser Baba la Turque, la nouvelle sensation de la foire de St-Gilles. Tom épouse donc la femme à barbe. Ecouter Prelude.

Pour se rapprocher de l'opéra de chambre, Stravinski compose des arias dans lesquels la voix est accompagnée d'un petit orchestre et d'un instrument soliste.

9 - PROKOFIEV (1891 - 1953)

- Dans l'Amour des trois oranges (1921)

Prokofiev met en scène différents groupes : les Tragiques, les Comiques, les Lyriques, les Ecervelés, les Ridicules, qui interveiennent pour donner à l'action son sens psychologique. "L'Amour des trois oranges" est devenue une des pièces les plus populaires de Prokofiev. Opéra amusant, parsemé de pastiches d'autres compositeurs. Il donne comme prénom "Linette" à la princesse contenue dans la première orange, en référence à Lina, la jeune cantatrice qu'il va épouser.

Ecouter : "suite" //

- L'Ange de feu (1922 -25)

A peine achevé, cet opéra sombre dans l'oubli. Il faut attendre 1955 pour que l'opéra soit enfin créé, à Vienne. L'oeuvre est dominée par deux thèmes, associés à l'héroïne Renata, qui interviennent tout au long de l'opéra avec des variantes. "L'Ange de feu" est atypique chez Prokofiev : présence du surnaturel, fin tragique. L'oeuvre est tirée du roman de Brioussov. Les glissandi et trémolos des cordes seront repris par Prokofiev dans sa 3ème symphonie en 1928. Le 1er mouvement reprend le thème de la possession de Renata et celui de son amour pour l'Ange. Le dernier mouvement évoque la fin de l'opéra avec son fracas de cloches. Le célèbre scherzo reprend l'intermède de l'Acte II aux sonorités sifflantes. Avec "L'Ange de feu", Prokofiev a trouvé des ressources sonores qu'il réutilisera dans ses oeuvres soviétiques. Il était encore en Bavière. Ce n'est donc pas son retour en URSS qui a infléchi sa musique. Le virage s'est fait au coeur de années 20, années d'errance, de la mort de sa mère, de la naissance de ses deux fils.

Ecouter un extrait en version française // Version cocnert actes 1 et 2

- Guerre et Paix (1946)

En version définitive, ne fut joué qu'en 1955, après la mort du compositeur. Cette oeuvre colossale, au souffle épique exceptionnel, respecte le projet de Léon Tolstoï de montrer la lutte du peuple russe contre l'envahisseur tout en faisant le récit de la vie privée des personnages. Son meilleur opéra est « Guerre et paix ». Cette oeuvre, entreprise avec sa compagne Myra dès 1940, l'occupera jusqu'à sa mort.

10 - CHOSTAKOVITCH (Dmitri 1906 - 1975)

Il se voit reprocher ses excès de recherche, et son opéra Le Nez est traité de produit de la décadence bourgeoise et élitiste par le pouvoir soviétique.

- Lady Macbeth de Mtsensk (1934)

L'oeuvre est tirée d'une nouvelle de Leskov. Communiste convaincu, Chostakovitch se livre ici à un réquisitoire antibourgeois. Mais l'opéra, guère apprécié, ne sera réhabilité qu'après la mort de Staline. Dmitri Chostakovitch échappera de peu à l’enfer des purges suite à son deuxième opéra Lady Macbeth de Mzensk, vertement décrié par un article de la Pravda (quelquefois attribué à Staline lui-même). 

- L'histoire : Katerina Izmaïlova aspire à vivre une passion amoureuse que son mari, le riche marchand Zinovy, est incapable de lui donner, ni même de concevoir. Elle tue d'abord son beau-père, le dominateur Boris, puis son mari, pour épouser Sergueï, un ouvrier. Lorsque le cadavre de Zinovy est découvert, Katerina, assaillie par les remords, se rend aux policiers accourus à son mariage dans l'espoir d'y récolter des pots-de-vin. Sergueï et Katerina sont condamnés au bagne. En route pour la Sibérie, Katerina surprend Sergueï en train de faire les yeux doux à une jeune prisonnière, Sonietka. Elle comprend alors qu'elle a tout perdu...

- La musique : « Du chaos en guise de musique », clamait la Pravda en 1936. Du naturalisme « pornophonique », renchérissait la critique. C'est ainsi que Lady Macbeth fut relégué dans un oubli sibérien. La tessiture nerveuse à l'extrême de l'héroïne électrise une ambiance délétère, fruste et moite, épaisse sous les cuivres railleurs, câlinée par le violoncelle, aux langueurs exacerbées par des bouffées d'aigus. « C'est la musique la plus franchement sensuelle et la plus franchement descriptive que j'aie jamais entendue. L'orchestre était presque honteux de la jouer devant les femmes », se régalait un Rostropovitch goguenard, qui exhuma la partition des geôles des bibliothèques soviétiques. « Toute la musique est un long plaidoyer en faveur de celle que je considère comme un rayon de lumière au royaume des ténèbres  », déclara le compositeur.

- Le Nez (1930)

Qu'y a-t-il de plus incongru qu'un nez dans un opéra ? La bouche chante les airs d'opéra, les yeux regardent la scène, les oreilles écoutent les voix et la musique. Seul le nez, en fait, n'y a pas sa place. Est-ce pour cette raison que Chostakovtich a décidé de l'imposer ?

Oeuvre drôle et satirique, est un opéra de jeunesse écrit d'un élan, presque à la manière d'une plaisanterie musicale, et avec une certaine volonté de recherche de la caricature. Cette oeuvre est inspirée de la nouvelle éponyme de Nicolas Gogol avec des emprunts aux Âmes mortes, La Nuit de mai, Tarass Boulba du même auteur.

..... L'histoire : les mésaventures d'un fonctionnaire de Saint-Pétersbourg auquel son nez fausse compagnie pour mener sa propre existence.

Kovaliov, assesseur de collège qui se dit major, se réveille, un beau jour, dépourvu de son nez. Pour Kovaliov, qui tire une grande vanité de son titre (obtenu par corruption) cette perte prend la dimension d'une catastrophe particulière : en effet, il est très attaché à son rang social, aspire à gravir les échelons, et il est sensible au qu'en-dira-t-on. Il veut dès que possible replacer son nez au milieu de sa figure. Il part donc en quête de son appendice nasal. Mais que ne voit-il pas ? Son nez se pavane dans Saint-Pétersbourg en costume de conseiller d’Ėtat ! Après quelques péripéties, tout rentrera dans l’ordre.

Il s'agit d'une satire corrosive de la bureaucratie russe qui était bien d'actualité dans la période post révolutionnaire où elle fut écrite.

..... La musique :

L'opéra fut composé rapidement à l'âge de 22 ans par Chostakovitch qui partageait nombre de valeurs esthétiques avec Gogol et qui avait habité comme lui à Saint-Pétersbourg.

- Mise en scène : Chostakovitch crée un ensemble de scènes relativement très nombreuses, enchaînées selon une logique presque cinématographique et nous transportant dans différents lieux de Saint-Pétersbourg. Près de 70 personnages se croisent. La question des classes sociales joue un rôle central dans la nouvelle de Gogol comme dans le livret qu’en a tiré Chostakovitch. L'oeuvre dépeint une société hystérique et individualiste où les relations interpersonnelles prennent toujours la forme de rapports de force, et où la foule elle-même se réjouit des rumeurs et du malheur d’autrui. Dans ce tableau grinçant, la dimension surréaliste de la nouvelle de Gogol, avec son nez-personnage, n’en est que plus comique et poétique à la fois.

- Une musique d'avant-garde : L'opéra contient un entracte entre le deuxième et le troisième tableau du premier acte qui est une pièce pour percussions seules, une des toutes premières de la musique occidentale. L'œuvre de Chostakovitch dénote une ouverture indéniable à la modernité, notamment par le traitement très original de la voix, dans une période qui restait encore ouverte aux influences occidentales. La musique elle-même, dans Le Nez, semble refuser toute forme de synchronisation ou d’ordonnance du discours, et rarement Chostakovitch s’éloignera autant de l’appareil tonal tout en générant des effets rythmiques et dramatiques d’une ivresse percutante. Les instruments jouent de façon indépendante tout comme le nez a pris sa propre autonomie.

- La censure de l'oeuvre : le couperet de la censure stalinienne ne s’est pas encore abattu sur les milieux créatifs lorsque l’opéra est créé en 1930 au Théâtre Maly, dans la Leningrad de l’époque. Mais il fait tout de même l’objet de vives critiques de la part des milieux propagandistes. L'oeuvre est déclarée "formaliste" : est "formaliste" alors toute oeuvre non simple et accessible au peuple et donc classé "élitiste". Tout ce qui n’était pas assez tonal ou qui ne promulguait pas une foi en l’avenir était condamné. Les critiques bien pensants déclarèrent l'oeuvre "obscène", et virent en elle "la grenade d'un anarchiste" , une "frasque de jeunesse" ! L'oeuvre fut rapidement retirée de l'affiche et disparut des programmations jusqu'au début des années 1970.

"Le nez " en intégral musical et visuel

Par actes et scènes : (extraits en écoute gratuite)

En conclusion, nous pouvons dire que, à l'image du nez de l'histoire, l'opéra russe a su, comme la musique russe dans son ensemble, gagner son autonomie, sa marque de fabrique, son âme. L’opéra russe se différencie de l’opéra allemand en ce qu’il fait appel à des faits et personnages authentiques (souvent de la période entre mi XVIème siècle et début du XVIIIème siècle). Il se différencie de l’opéra italien qui puise dans diverses civilisations. L’opéra russe recourt fréquemment à la riche littérature russe.

 


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1 réactions à cet article    


  • Antoine 26 mai 2013 01:31

     Mon cher Taverne, je viens de parcourir votre article ou plutôt votre table des matières. Il va falloir maintenant creuser pour en faire comprendre l’intérêt et plus particulièrement de Boris qui, avec Don Juan, Tristan et Pelléas, constitue la tête de gondole des opéras.

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