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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 1944 : récit de la Bataille de Marseille

1944 : récit de la Bataille de Marseille

Sauf à en connaître l’histoire, qui pourrait s’imaginer en voyant la ville aujourd’hui, que Marseille fut jadis le théâtre d’une véritable bataille entre les forces de l’Axe et les Alliés ? Combien de jeunes Marseillais connaissent cette histoire qui est aussi la leur ? Nous allons faire de notre mieux pour combler ce vide regrettable, car cette page de la Seconde Guerre Mondiale est passionnante et nous touche de près.

CONTEXTE

Nous sommes au début de l’été 1944. Depuis l’année précédente, la guerre a pris un tournant décisif en faveur des Alliés, et on voit mal désormais ce qui pourrait faire gagner les Allemands. Côté teuton, ce n’est pas la joie, mais on reste droit dans ses bottes pour défendre jusqu’au bout le Reich éternel censé durer mille ans, et on se dit que s’il disparaît après dix ans d’existence les représentants de la « race supérieure » vont passer pour des buses. Hitler lui-même a donné des ordres clairs concernant Marseille : la ville doit être défendue « jusqu’à la dernière cartouche ». Il tient en effet à sauvegarder l’approvisionnement de l’Allemagne en pastis et en maillots de l’OM empêcher les Alliés d’utiliser la ville pour ravitailler leurs troupes dans le Sud de l’Europe en vue de la jonction avec les armées débarquées en Normandie en 1944.

 

Le commandement allié a longtemps hésité sur l’angle d’attaque au sud de l’Europe, Eisenhower voudrait débarquer en Provence et rejoindre les armées du débarquement de juin 44. Mais Churchill n’est pas de cet avis, il penche pour une invasion des Balkans afin d’atteindre l’Allemagne avant les Soviétiques. De Gaulle, quant à lui, rêve d’une libération rapide de la France, mais son influence est encore limitée, et si les Alliés ne peuvent l’ignorer, il n’est pas encore considéré comme un membre à part entière de la coalition. Les Britanniques finissent par accepter l’opération Anvil Dragoon de débarquement sur les côtes provençales. Le plan est le suivant : les Américains doivent débarquer dans le Var et faire reculer la ligne de front à l’intérieur des terres pendant que les Forces Françaises Libres, issues de la Résistance, s’occuperont de reprendre les ports stratégiques de Toulon et Marseille.

 

FORCES EN PRÉSENCE

On compte près de 400 000 soldats alliés engagés dans l’opération de débarquement. Les Américains de la VIIème armée US sont commandés par le Général Patch. Les Français, quant à eux sont commandés par le Général De Lattre De Tassigny qui a rejoint les Forces Françaises Libres après s’être évadé d’une prison de Riom, où il avait été jeté pour avoir refusé des directives du gouvernement de Vichy. La 3ème Division d’Infanterie Algérienne est commandée par le Général de Monsabert qui s’est illustré en Italie et qui va jouer un rôle clé dans la bataille qui s’annonce à Marseille. Nous ne détaillerons pas les différentes divisions engagées, mais au total ce sont près de 230 000 Français qui participent à la libération de leur pays par le sud.

Chez les Allemands, c’est le 244ème Division qui a la charge de défendre Marseille, appuyée par la Kriegsmarine et des artilleurs de la Luftwaffe, l’armée de l’air. Ces 20 000 soldats sont commandés par le Général Schaeffer. Depuis le début de l’occupation de la Zone Sud fin 1942, les Allemands se sont employés à fortifier la côte méditerranéenne, coulant des milliers de tonnes de béton armé pour construire bunkers, murs de protections, divers abris pour artillerie et PC fortifiés.

 

LA BATAILLE

Le jour J est le 15 août 1944, des dizaines de milliers de combattants Américains et Français répètent le scénario des plages Normandes et foulent le sol de Provence entre Cavalaire-sur-Mer et Saint-Raphaël. Ils avancent d’abord sur Toulon tandis que certains se dirigent déjà sur Marseille. « Gaby va se coucher sur l’herbe », ou « Le chasseur est affamé »… Ces messages codés, diffusés sur la BBC à Londres et captés par les équipements spéciaux des résistants provençaux annoncent la nouvelle de l’offensive alliée. Dès le 16 août, les Forces Françaises de l’Intérieur (l’organisation armée de la résistance française) appellent à la grève générale insurrectionnelle dans Marseille : c’est le début d’une résistance héroïque des combattants civils marseillais. Tirant depuis les fenêtres, jetant des grenades, tendant des embuscades, les résistants harcèlent les Allemands qui ne se peuvent plus se déplacer qu’en convois lourdement armés et décident de se regrouper dans leurs points d’appui, notamment au Cap Janet, sur la colline de Notre-Dame de la Garde et au Fort Saint-Nicolas.

Les combats vont durer quatre jours, jusqu’au 20 août, alors que De Lattre et Monsabert se décident à venir en aide aux résistants en difficulté. A 11 heures ce jour là, les Régiments de Tabors Marocains dépassent Cuges-les-Pins et le Col de l’Ange, près de Gémenos. De leur côté, les Juifs de Marseille sont appelés par leurs représentants à occuper l’immeuble situé au 49 du Cours Pierre Puget : le Haut Commissariat aux Questions Juives dont ils s’empressent de vider les dossiers par les fenêtres. Un parfum de liberté commence à flotter sur la ville, pourtant il va encore falloir huit longues journées de rudes combats pour venir à bout de l’ennemi. A la Capelette, les traminots érigent des barricades en renversant des wagons et combattent l’ennemi. La Préfecture est prise par les résistants qui parviennent à repousser les contre-attaques visant à reprendre ce point fort du centre-ville. Les divisions françaises encerclent la ville par le Nord mais aussi par le Sud en passant par Cassis, Carpiagne, et bientôt Luminy. Les Allemands se battent vaillamment et tuent de nombreux combattants dont les armes ne pèsent pas lourd face à leurs imposantes mitrailleuses. Des combattants français dont l’enthousiasme les pousse trop souvent à l’imprudence…

Le 22 août 1944, le Général Schaeffer reçoit l’ordre de détruire le port de Marseille, ce qui est entrepris immédiatement en dépit des pressions extérieures, notamment du Consul d’Espagne qui attire l’attention de Schaeffer sur le sort de la population civile. Il obtient toutefois la préservation de l’aqueduc de Roquefavour qui alimente la ville en eau. Les quais sont dynamités dans un vacarme terrible et le fameux Pont Transbordeur s’effondre dans les eaux du Vieux-Port, rejoignant les 200 navires coulés à cette occasion pour gêner au maximum la logistique des américains.

Le lendemain, les combats se poursuivent sur les hauteurs de la cité : de nombreux morts sont à déplorer au Merlan, mais les Tabors Marocains poursuivent leur avancée sur les collines de Septèmes et Saint-Antoine. Le même jour, les blindés alliés atteignent les Cinq-Avenues et la Canebière. Mais n’allez pas penser que cela est synonyme de victoire ! En effet, les Allemands sont repliés sur leurs points d’appui, et chaque batterie d’artillerie constitue une poche de résistance, on en retrouve dans toute la ville.

 

Le 24 août, les soldats français sont hébergés par les riverains des quartiers en contrebas de Notre-Dame de la Garde. Ces habitants sont fiers d’accueillir leurs libérateurs et ne manquent pas de leur servir leur meilleur vin. De quoi les requinquer pour l’objectif du lendemain : la Bonne Mère. Car depuis la basilique les unités allemandes voient absolument tout ce qui se passe dans la ville, donnant un minimum de visibilité au commandement. Le 25 août ce sont des combats acharnés qui ont lieu dans les rues menant à la basilique. Sur l’esplanade un char français est touché par un obus, ses occupants sont tués. A cet endroit un char datant de cette époque a été mis en place comme lieu de mémoire, toujours présent aujourd’hui (voir photo). Sur un des murs de la basilique des impacts de balles ont été conservés en souvenirs des combats. La colline est finalement reprise aux Allemands dont le commandant est assez clairvoyant pour ne pas tenter de détruire ce bijou de l’architecture marseillaise qu’est la Bonne Mère, un acte dont ils devraient certainement répondre. Le drapeau français flotte désormais sur la ville !

Le 26 août, c’est le Parc Borély qui est repris, 1 200 soldats ennemis se rendent après de sanglants corps-à-corps. Au Nord de la ville, les combats se poursuivent, et le Colonel allemand Von Hanstein demande au commandant français d’envoyer une ambulance pour secourir ses soldats blessés. Le Français accepte généreusement. Dans le camp allemand, certains soldats et officiers discutent entre eux de l’utilité ou non de résister jusqu’à la mort, et parfois se rendent en dépit des ordres de leur hiérarchie. Les Américains prêtent main forte aux Français en noyant les bunkers du Frioul sous un déluge de feu. L’aviation, la marine et même l’infanterie ont raison de cette position stratégique d’où les Allemands bombardaient la ville. Aux Goudes les Français n’ont même pas besoin de lancer leur attaque sur le Fort Napoléon, un émissaire allemand les informant de leur reddition pour le lendemain. Mais le Fort Saint Nicolas ne se rendra pas aussi facilement. Son commandant accepte tout juste de laisser évacuer les civils réfugiés dans le tunnel du Carénage en contrebas de l’Abbaye Saint-Victor. Pourtant les occupants du fort se rendront peu après aux Tirailleurs du 11ème Goum, originaires de l’Atlas.

Le 28 août, Schaeffer est dans une situation désespérée, et avec l’accord de tous ses officiers, il passe outre l’ordre de son führer en négociant sa capitulation avec le Général de Monsabert. C’est l’explosion de joie dans la ville. Le lendemain les troupes victorieuses défilent fièrement sur le Quai des Belges devant une foule en délire qui goûte enfin à la liberté retrouvée.

 

BILAN

La libération de Marseille a fait 933 morts et plus de 2 000 blessés. Mais grâce à ce sacrifice c’est toute la logistique alliée qui est considérablement renforcée grâce au port qui est bientôt remis en état. La libération du reste de l’Europe et la marche sur Berlin n’en seront que plus rapides. Le rôle de la Résistance et des FFI est difficile à évaluer objectivement. Précisons tout d’abord que l’armée française n’aurait strictement rien pu faire sans la logistique américaine, elle est d’ailleurs en permanence sous le haut commandement américain. Les résistants, quant à eux, ont été courageux et déterminés, ils ont certainement joué un rôle d’accélérateur dans la progression des armées alliées, c’est encore plus vrai en dehors des villes où leur connaissance du terrain fut déterminante. Méfions-nous toutefois de la tendance bien française à magnifier le rôle de la Résistance. Enfin, il convient de souligner le rôle tout à fait essentiel des combattants africains et notamment maghrébins dans la libération de notre ville. A eux seuls, ils représentent la moitié des Forces Françaises Libres et ont fait preuve d’une détermination sans faille, ce qui était loin d’être une évidence compte-tenu de leur statut de colonisés.

 

Pierre SCHWEITZER

Retrouvez notre article sur News of Marseille


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10 réactions à cet article    


  • Massaliote 4 juin 2012 17:48

    MAGNIFIQUE. Vous avez tout simplement oublié de rendre hommage à un jeune prêtre , le capitaine CROSIA qui commandait un régiment de tirailleurs algériens.

    Celui-ci a rencontré à plusieurs reprises le général allemand, a réussi à convaincre SCHAEFFER que nos forces étaient écrasantes. Il a de plus, bien que ses yeux eussent été bandés, repéré approximativement la position du QG allemand.

    Les arguments du capitaine CROSIA appuyés par un pilonnage massif de notre artillerie sur ce QG conduisirent à la reddition allemande. Sans ce négociateur inspiré la prise de Marseille eut été un calvaire pour nos troupes et pour les habitants.

    Un carnage était préparé. L’ennemi avait déjà enterré de puissantes bombes pour tout faire sauter. L’une d’entre elle, « Monika », a été découverte il y a peu lors de travaux de terrassement. Par miracle, lorsque l’engin a heurté la bombe, seule une infime partie de poudre a explosé faisant un ou deux blessés légers parmi les ouvriers.

    Si vous habitez Marseille vous savez que la neutralisation de « Monika » a entraîné l’évacuation du quartier qui risquait d’être pulvérisé.

    Devant cet exemple, on ne peut que penser au mot de Montsabert à Notre Dame de La Garde « c’est Elle qui a tout fait ». Merci à notre Bonne Mère.


    • Massaliote 4 juin 2012 17:52

      Par ailleurs, votre conclusion est absolument ecoeurante de bienpensance bobo. Sachez que proportionnellement il y a eu beaucoup plus de pieds-noirs que de « colonisés » dans l’armée d’Afrique.


      • easy easy 4 juin 2012 19:10

        Le général Juin ayant transféré ses troupes à Delattre de Tassigny pour le débarquement de Provence et cela après avoir remonté l’Italie, vous voulez dire que les trop fameuses maroquinades étaient surtout le fait de Pieds-noirs ?



      • Massaliote 5 juin 2012 16:59

        Les Marocains étaient nos alliés dans ce conflit. Je parle des troupes NATIONALES ;


      • easy easy 4 juin 2012 20:22

        Si le pont transbordeur fermait bien le Vieux port, fabriquer un tel bazar pour s’éviter un détour de seulement deux kilomètres (pour ceux qui circulaient au plus près de ce pont) me semble avoir été grandiloquent ou affaire juteuse pour les décideurs.

        A Rochefort ; il y avait un pont transbordeur qui offrait d’éviter un détour de 20 km


        Concernant votre article, vous avez cherché à la jouer très marseillaise.

        Pour ma part, j’aurais entrepris un tel sujet, j’aurais tout de même dit un mot sur la situation de Marseille avant 42, puis après 42 où elle est devenue un piège pour des tas de gens fuyant les Nazis et j’aurais dit deux mots sur Toulon et la flotte française invitée à se saborder.
        Coulée -avec l’accord de De Gaulle- sans jamais avoir combattu.

        (Ce qui fait que l’unique victoire de la Royale au XXème siècle s’était produite dans le golfe de Thaïlande où notre marine d’Indochine, coincée-tolérée par l’occupant japonais, avait coulé la marine Thaï qui escomptait profiter du grand brassage des cartes pour croquer un bout de notre colonie)



        Vous dites qu’il ne faut pas magnifier le rôle de la résistance.
        Ce rôle est effectivement petit d’un point de vue très militaire et déjà plus important sur le plan du renseignement.

        Mais surtout, dans tous les pays occupés, la Résistance joue un rôle énorme d’un point de vue psychologique.
         
        Tellement énorme qu’elle peut être surévaluée.
        Exemple : Pendant la guerre du Vietnam, le Viet Cong était partout (en tous cas pendant les nuits). Cette résistance viet était si présente, qu’elle-même s’est ennivrée de sa puissance. Elle avait lancé l’offensive du Têt en étant persuadée que toute la population la rejoindrait devant son ample déploiement. Il n’en a rien été et elle a été marrie.
        Les Chouans aussi avaient été ennivrés par leur impression de force.

        D’une manière générale et c’est le propre des organisations clandestines, il est difficile pour toutes les parties dont elles-mêmes, d’en évaluer exactement la puissance.
        (Ca vaut aussi en politique pour les partis émergents)


        • jacques jacques 5 juin 2012 08:37

          Concernant la résistance son importance avant et pendant les combats est énorme car elle oblige l’ennemi à consacrer une quantité importante de ses troupes en auto -protection .Plus la résistance est importante plus il faut de force pour contrôler un territoire d’où l’importance de la collaboration qui a l’effet inverse.
          Avoir des renseignements justes et pertinents avant et pendant les combats,militairement ça vaut quoi ?
          Les guerres actuelles font voir l’importance de l’information.


          • HerveM HerveM 5 juin 2012 09:10

            J’ai voté « non » à votre article pour la simple raison que vous avez oublié de nous servir le hors d’oeuvre du 27 mai 1944 qui, en nombre de victimes, fait passer la prise terrestre de la ville


            • HerveM HerveM 5 juin 2012 09:11

              ...pour une escarmouche sans importance.


            • Massaliote 5 juin 2012 17:01

              Il est vrai que l’importance str

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