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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 32ème édition du Festival du film italien de Villerupt – (...)

32ème édition du Festival du film italien de Villerupt – Inauguration

C’est dans un hôtel de ville noir de monde que s’est ouverte cette 32ème édition du désormais incontournable festival du film italien de Villerupt. Le thème de cette année, quand la classe ouvrière allait au paradis, le titre du film de Elio Petri, semble presque trop approprié à cette période de doute et de lutte qu’ est la nôtre

actuellement. Dans un contexte morose, fait de joie à chaque mince victoire face à la précarité, cette nouvelle édition du festival apparaît comme le rayon de soleil de toute une région.

 

C’est le message qu’ont voulu transmettre les élus vendredi soir, entre souvenirs du passé et métaphores avisées pour notre avenir. Alain Casoni, maire de Villerupt et conseiller général de Meurthe-et-Moselle, est d’abord revenu, comme les autres élus par la suite, sur cette notion de classe ouvrière, si indispensable à une région où le feu et l’acier n’ont cessé d’alimenter tout un pays trente années durant. Saluant le courage et la volonté de tous ces ouvriers, le maire a rappelé le brassage formidable qui a conduit à faire de la Lorraine ce qu’elle est aujourd’hui, terre d’accueil et de mixité. Alain Casoni compare alors les immigrés italiens, polonais, espagnols autrefois maltraités, à nos frères d’Afrique d’aujourd’hui victimes d’arguments nauséabonds quant à l’idée d’identité nationale.

Le petit miracle que constitue ce festival, salué par Jean-Pierre Minella, vice-président du conseil général de Meurthe-et-Moselle, rappelant lui aussi au passage ses origines italiennes et sa fierté d’être devenu élu français, est également défendu chèrement par Oreste Sacchelli, co-organisateur du festival avec Yves Cardellini et Antoine Compagnone. Ici, loin des jugements du festival de Cannes, dont les écrits de la presse sont capables d’une année à l’autre de faire renaître et mourir le cinéma italien, on s’applique à faire perdurer les honneurs des réalisateurs transalpins.

Cette année encore, cette tradition ne fera pas défaut, le festival proposant 60 films dans différents endroits de Villerupt, mais aussi de manière délocalisée. Ainsi, Metz, Nancy, Esche-sur-Alzette ou encore Epinal proposeront une sélection de films dans leurs cinémas, tandis que le Cinemobile, cinéma projeté dans un camion, sillonnera les environs de Villerupt, de Longwy à Aumetz.

Cette sélection, éclectique tout en restant au diapason de la classe ouvrière, sera composée de films inédits, à peine sortis en salle, ou encore d’anciennes réalisations marquantes des années 1970. C’est d’ailleurs dans ce contexte, après un discours vibrant de Jean-Pierre Masseret, le président de la région Lorraine, que fut présenté au millier de personnes réunies pour la soirée le documentaire Di madre in figlia (de mère en fille) retraçant le quotidien de repiqueuses de riz du nord de l’Italie, il y a un demi-siècle de cela. Le film voyage entre documents d’archives et commentaires construits et parfois amusants d’un groupe de repiqueuses de riz lors de leur jeunesse, le Coro delle Mondine di Novi, aujourd’hui pour la plupart octogénaires, devenu chorale itinérante. Une chorale qui, courbée les pieds dans l’eau et souffrant pendant quarante jours de juin à juillet afin de ramener un peu de sous à la maison, chantait déjà leurs malheurs et leur envie de liberté et qui ne cessa depuis de perpétrer ce besoin d’expression. L’expression inaltérable de femmes qui se construisirent autour de joies et de peines, de travail et de volonté, que rien ni personne, pendant l’époque fasciste ou encore aujourd’hui, n’empêchèrent d’aller de l’avant. Ces femmes, ces mères, ces épouses, chantant pour les partisans comme pour les travailleurs, parcourent aujourd’hui l’Italie afin que personne n’oublie. Que personne n’oublie que le travail est un choix, une souffrance, mais aussi une récompense. Que personne n’oublie les difficultés que toute une génération de femmes a connu pour vivre, s’émanciper et obtenir des conditions dignes de leur statut. Que personne n’oublie enfin de lutter pour ses envies, ses désirs, ses rêves.

Et c’est justement tel un rêve que le chœur apparaît dès les lumières rallumées au bout de la salle de l’hôtel de ville, chantant leur courage et leur bonheur d’être ici, devant une salle debout, les acclamant. La mise en bouche que constituait le documentaire parfaitement réalisé et maîtrisé, bien que vibrant et riche, était peu face à l’émotion que procurait la vision de ces grand-mères, chantant à pleins poumons siamo lavoratori, voliamo la liberta (nous sommes des travailleurs, nous voulons la liberté). Et lorsque cette vingtaine de femmes entonne Bella Ciao, hymne des Mondine dans les rizières, devenu ensuite chant des partisans italiens, la foule ne s’arrête plus de vibrer et de chanter, applaudissant à tout rompre tant leur courage que l’espoir apporté pour cette soirée, comme pour l’avenir.

Alors, une nouvelle fois, bon vent à cette 32ème édition, et qu’arrive le plus tard possible le moment de refermer cette quinzaine du bonheur, au rythme de la culture italienne, vivace et belle.

 

Ugo Schimizzi

 

crédits photos : Juliette Delvienne

 

Plus d’informations sur :

Le chœur des mondines de Novi :

http://www.mondinedinovi.it/

Le festival du film italien de Villerupt :

http://www.festival-villerupt.com/


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