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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > 5/5 Renaissance et monde contemporain

5/5 Renaissance et monde contemporain

Dans ce dernier volet d’une série de cinq articles nous abordons une comparaison entre le monde de la Renaissance et le nôtre qui peut sembler étrange de prime abord tellement tout parait si différent cinq siècles plus tard. Il est pourtant clair qu’un grand nombre de pratiques qui sont apparues entre le 15ème et le 16ème siècle sont toujours actuelles de nos jours au point d’en faire des marqueurs de la culture occidentale. Et les conséquences furent immenses pour l’histoire de l’humanité puisque ces idées se sont répandues partout jusqu’à paraitre universelles à beaucoup. Car dès le 16ème siècle les mots employés furent les mêmes que ceux qui prévalent encore aujourd’hui sur presque toute la planète : « industrialisation, conquêtes, controverses, matérialisme, technologies, croyances, sciences, athéisme, esclavage, armement, conflits religieux, dettes, emprunts, commerce mondial, guerres, colonialisme, métissage, pouvoir de l’argent et des banquiers »… 

Or quel que soit le regard critique que l’on pose aujourd’hui sur ces pratiques qui accompagnaient à la Renaissance un élargissement du monde physique et mental, force est de reconnaitre qu’elles ont été à l’origine d’un certain progrès. Il y a cinq siècles la plupart des habitants de la planète menait une existence difficile alors qu’aujourd’hui un assez grand nombre bénéficie d’un relatif bien-être. Vers l’an 1500 de nombreux livres circulaient déjà en Europe mais peu de gens savaient lire et écrire tandis que de nos jours le développement de l’alphabétisation et la révolution numérique rendent plus facilement accessibles le savoir et l’information partout dans le monde. Les progrès en médecine et obstétrique ont permis avec une meilleure hygiène un allongement significatif de la durée moyenne et du confort de vie. Enfin d’innombrables découvertes scientifiques ou applications techniques ont révolutionné et souvent facilité notre existence d’une manière qui nous étonne chaque jour.

Au final le bilan parait si nettement favorable à la modernité que probablement plus personne ne souhaiterait à présent revivre dans les anciens temps. Il est donc paradoxal que l’on parle de Renaissance d’un côté et de déclin de l’autre, du moins en occident. L’idée de progrès n’a-t-elle aucun sens ? Pourquoi cette lassitude ou ce pessimisme aujourd’hui ? Si toutes les civilisations sont mortelles, quels sont les troubles qui affecteraient aujourd’hui la nôtre jusqu’à nous rendre aveugles à reconnaitre en nous-mêmes aussi bien le socle fondateur de sa spécificité que les causes réelles d’une fragilité qui pourrait précipiter notre perte ? Et s’il est vrai que l’histoire ne se répète pas quelles leçons pourrions-nous tirer du passé ? Avons-nous des raisons d’avoir moins confiance dans notre avenir ou bien faudrait-il que tout change pour que rien ne change comme le dit le prince Salina dans le Guépard ?

On peut seulement constater que mot « crise » revient en boucle partout, comme si son invocation était une solution magique pour pallier un destin funeste extérieur à la majorité de l’humanité qui s’abattrait sur elle contre sa volonté à cause des intentions nocives de quelques individus ou groupes humains qui en seraient les seuls responsables. Or non seulement les crises ont toujours existé dans l’Histoire, et chez l’individu, mais ce concept un peu flou peut facilement être remplacé par le mot « excès » qui semble plus près du réel. Et si notre société moderne est en crise, alors c’est assurément celle des valeurs de notre civilisation en raison de l’excès qu’elle engendre de façon interne et qui nous concerne tous. Les grecs parlaient d’hybris, c’est à dire de démesure consistant à désirer davantage que ce à quoi nous pouvons prétendre. Or notre monde mercantile et globalisé semble toujours croire dans son omnipotence arrogante pour rechercher toujours plus de plaisir en créant des besoins imaginaires au moment où tout indique que les hommes vont rencontrer de sérieuses limitations dans la réalité. Si Magellan pouvait encore penser que la terre était très vaste, d’autant que lui-même n’a pas réussi à en faire le tour, chacun sait bien aujourd’hui que celle-ci se rétrécit comme une peau de chagrin avec plus de 7 milliards de locataires qui se considèrent tous comme des propriétaires en invoquant leurs « droits » inaliénables face à une nature qu’ils pillent sans vergogne tout en déniant qu’elle soit une partie intime d’eux-mêmes. Et le retour à la croissance prôné par certains naïfs pour relancer une machine économique atone et résoudre « la crise » reste plus hypothétique que jamais parce que l’eau douce, les ressources halieutiques, où certaines matières essentielles, manquent déjà pour répondre aux attentes d’une aussi vaste population, et qu’un écocide menace.

En réalité l’excès entraine partout ses effets délétères en affectant tous les domaines de la vie humaine. Excès d’objets inutiles qui se démodent ou se cassent aussitôt. Excès de richesses. Excès de pauvretés. Excès de polémiques stériles qui empêchent de vrais débats. Excès d’extrémismes et de fanatismes. Excès de pollutions. Excès de bêtise. Excès de laideur universellement répandue. Excès de mépris du vivant. Excès de cupidité. Excès de compétitions. Excès de maitrise et de rationalisations vides. Excès de machistes arrogants cramponnés à leur pouvoir. Excès de superstitions archaïques et de peurs. Excès de concentration des moyens de production. Excès de financiarisation spéculative déconnectée de l’économie réelle. Excès de technologies aliénantes. Excès de disparité dans le partage des ressources. Excès de lois et de règlements. Excès de faux divertissements. Excès de gaspillages. Excès de famines. Excès d’incompétences. Excès d’armes et de tueries. Excès d’individualisme. Excès de hâte et de réactivité brutale. Excès d’émotions données en pâture. Excès de besoins artificiels. Excès de mécanisation et d’embrigadement de l’humain. Excès de scientisme sans conscience ni éthique …

Une sorte de pulsion prométhéenne semble s’être emparée de notre monde d’où la politique s’est absentée pour donner l’illusion d’un espace sans limites et sans frontières où le narcissisme et l’envie règnent en maître pour exiger toujours plus de jouissance. Demain chacun pourra garder une éternelle jeunesse ou être vénéré comme un dieu à la télé même si la liberté et la conscience ne cessent de régresser. L’avoir a délogé l’être, et les biens se substituent aux liens, pour entrainer un découplage symbolique du sujet avec le corps social. Dans ce monde régressif fondé sur le principe de plaisir, où l’individualisme et la confusion dominent, le bonheur semble s’être absenté. Aussi n’est-il pas étonnant que la dépression guette, et que les pipoles soient devenus les idoles du divertissement moderne d’une « société de spectacle ». Ils sont désormais avec quelques économistes ou technocrates relayés en boucle par des médias serviles les seuls représentants officiels de la parole sacrée. Sans eux point de salut. Vous irez tous en enfer si vous n’adorez pas leur excès d’ignorance. Vous êtes libres de dire amen mais c’est un ordre. Amen. Le démiurge de la technocratie oligarchique qui a supplanté les divinités transcendantales vous surveille et saura reconnaitre les vrais gagnants.

Pourtant on voit mal aujourd’hui comment plus de 7 milliards d’individus pourraient encore vivre longtemps dans une paix relative, chacun voulant dominer son voisin, s’ils ne réalisent pas que la principale difficulté actuelle n’est ni extérieure, ni matérielle ou économique, mais anthropologique et civilisationnelle. Le seul problème de l’homme c’est lui-même. Mais paradoxalement celui-ci ne s’est jamais senti autant isolé depuis qu’il est relié à beaucoup de ses semblables, parce que les connexions ne remplacent pas les communications directes, et qu’il y a « loin du connectif au collectif », surtout quand les réseaux sociaux du paraître obéissent principalement à des logiques financières. Alors beaucoup réalisent déjà que les inconvénients générés par ce qu’on appelle communément le progrès commencent à l’emporter sur les avantages et que l’aliénation menace. Car le capitalisme technocratique néolibéral qui s’appuie sur une recherche de la fonctionnalité et de la rationalité parfaites pour un profit maximal a probablement atteint sa limite. Il est même vraisemblable que ce totalitarisme s’effondrera comme les précédents du siècle passé pour la simple raison que l’être humain n’est pas une machine à cash fonctionnelle comme un ordinateur, contrairement à ce que certains voudraient faire croire pour pérenniser leurs avantages et nous imaginer en robots dociles. La doxa contemporaine laisse penser qu’il suffit d’instaurer partout l’efficacité et la maitrise scientifique pour régler tous les problèmes. Or cette idéologie d’un homme sans spiritualité transformé en mécanique moutonnière parfaitement efficace qui est à la base du système actuel, si bien illustré par Charlot dans « Les Temps Modernes », finira nécessairement par se gripper.

Mais par-delà des interrogations écologiques préoccupantes, et une créativité en berne, nous en voyons aussi les conséquences politiques avec le développement d’un banditisme fondamentaliste qui est en quelque sorte le négatif de la société occidentale. Au réel cru de la matérialité écrasante et du rationalisme déraisonnable d’individus cupides et bornés se heurte frontalement un imaginaire archaïque et violent de voyous incultes encombrés de croyances délirantes, qui est son opposé envieux. Or l’affrontement entre ces idéologies mortifères, chacune générant et/ou entretenant l’autre, les rend interactives au point qu’elles semblent indissociables. Aussi le risque existe-t-il que cela devienne une éternelle vendetta ou même une guerre généralisée opposant une bestialité à une autre par incapacité à interposer entre ces extrémismes une influente médiation symbolique comme celle de l’Aréopage dans l’Orestie d’Eschyle. Dans ce texte en effet le poète montre pour la première fois comment les mots permettent de se libérer de la violence du talion, celle des Atrides ou de leurs innombrables successeurs.

Alors pour changer de paradigme, on peut imaginer de nouvelles façons de penser ou adapter à notre époque ces concepts oubliés. Face à la déshumanisation croissante qui a vu la nature s’effacer progressivement sous le primat d’une culture qui ne véhicule plus que l’artificiel, il nous faut peut-être poser des limites à celle-ci pour pallier le chaos actuel afin de retrouver les racines de notre véritable nature et interroger les sens cachés de cette prétendue culture. Dans son livre « Éloge des frontières  » Régis Debray montre que c’est l’idée de séparation qui ordonne symboliquement l’univers et lui donne sa signification. Entre l’humain et l’inhumain, le barbare et le civilisé, le profane et le sacré, le permis et l’interdit, le proche et le lointain, l’imaginaire et le réel, le vrai et le faux, le familier et l’étranger, le spirituel et le matériel, les frontières doivent être constamment parlées et réévaluées car ce sont elles qui définissent vraiment l’humanité et la civilisation.

Sans enveloppe, c’est à dire sans limites, la personne ou l’État n’existent tout simplement pas. « Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau » disait Paul Valéry, car cela permet d’être soi pour parler à autrui tout en acceptant ce manque à jouir qui augmente la créativité, nous protège de la démesure, et préserve le désir d’altérité. De plus ces limites réintroduisent l’idée du sacré par la finitude inexorable de l’existence qu’elles supposent. Or si notre époque s’égare parfois en absurdes croyances, elle est au contraire en panne de divin, et même de divine beauté comme à la Renaissance, pour contenir le mal-être d’un monde contemporain perdu dans ses excès qui persévère à asservir la nature et l’humain tout en se protégeant de la spiritualité, comme s’il n’aspirait plus qu’à signifier sa propre perte, tout en la déniant. 

 

Liens vers les précédents articles :

1/5 Les nouveaux mondes

2/5 L’humanisme

3/5 Les conflits

4/5 L’art

 


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15 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 19 mars 2013 13:51

    Bonjour astus

    A propos de Debray, injustement taxé de néo-nationaliste, je me souviens de quelques bonnes pages, à l’heure où les multinationales s’efforcent d’effacer les frontières incommodes et de diffuser un globish unique, enrobé d’humanisme internationaliste, d’ anarchisme marchand :

    "...De ce vaste monde que les branchés ont tendance à considérer comme un terrain de jeu, il rappelle utilement « levons les sceaux, cassons les codes, brisons les serrures, connectons-nous, cliquons, twittons, mailons tout notre saoul, mais n’allons pas croire qu’une connexion vaut connivence…Il y a loin du connectif au collectif. »

    La communauté internationale est qualifiée de « flasque zombie », de « formule creuse », « un alibi rhétorique aux mains du Directoire occidental. » Tandis que l’Europe n’existe pas car elle ne se définit pas. Elle échoue faute de limites claires dans tous les domaines.

    S’inquiétant de la prospérité des marchands de clôtures et de portails, dans un univers asservi par les caméras de la ségrégation, il rappelle qu’une communauté se constitue lorsqu’une population se transforme en peuple. « L’économiste, le sociologue, le démographe traitent de la première, scientifiquement et c’est heureux. Un peuple en revanche c’est une affaire à la fois plus sulfureuse et plus fantasque : une question de mythes et de formes. Sont demandées une légende et une carte. Des ancêtres et des ennemis. Un peuple c’est une population plus des contours et des conteurs. »

    A retenir de la dernière partie : « Le prédateur déteste le rempart. La proie aime bien. »

    « Quand l’espace sans limite s’unifie au point de devenir tout entier zone frontière, alors le monde entier devient zone irritable. » « Moins d’état masque son corollaire : plus de mafia ».

     

    Pas décidé à camper sur la ligne Maginot quand on envoie les Panzers, il rappelle utilement que si les frontières d’Israël avaient été fixées, la « sûreté » réclamée le serait dans un cadre précis permettant la cohabitation. Il y a d’autres exemples. De l’Afrique centrale au Caucase en passant par le Proche-Orient : partout où en des zones grises bordées de pointillés se chevauchant, « la parole est donnée à la grenade, au plastic et aux machettes. »

    (extrait d’une recension parue dans Mediapart)


    • astus astus 19 mars 2013 14:13

      Bonjour ZEN,


      Et merci pour ce commentaire argumenté comme toujours.
       
      Et pour y faire écho je retiens ceci dans le même ouvrage de Debray :
       
      « L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès, mais d’un déficit de frontières. Il n’y a plus de limites à parce qu’il n’y a plus de limites entre. Les affaires publiques et les intérêts privés. Entre le citoyen et l’individu, le nous et le moi-je. Entre l’être et son paraître. Entre la banque et le casino. Entre l’info et la pub. Entre l’école, d’un côté les croyances et les intérêts de l’autre. Entre l’Etat et les lobbies (...) »

      C’est encore et toujours une affaire d’Hybris...

      Bien à toi.

      • Richard Schneider Richard Schneider 19 mars 2013 17:44

        Bonjour astus,

        J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les différents épisodes consacrés à la Renaissance. 
        Dans votre dernier article - une sorte de conclusion au cycle ? -, vous avez essayé de trouver des // entre le XV°-XVI°s. et le nôtre. C’est un exercice difficile. 
        D’une part, l’Histoire ne se reproduit pas - selon M. Bloch on peut trouver à la rigueur entre différentes époques des parallélismes. D’autre part le XX° et XXI° naissant ne semblent avoir que de lointains parallélismes avec la Renaissance... Et pourtant, il y en a :
        - la mondialisation qui prend son véritable essor au XVI° (les « Grandes Découvertes ») ;
        - le côté« barbare » et cruel des guerres de religion au XVI et même XVII° (Les guerres de Trente Ans en sont la suite logique) rappellent le côté « tragique » du « Court XX°siècle » (Éric Hobsbawm) ... 
        Évidemment, il y a bien des différences entre la Renaissance et notre époque. Je n’en citerai qu’une : l’appétit de vivre et du savoir du XVI° et la morne désespérance d’aujourd’hui.
        Je pense qu’il aurait été plus simple de mettre en exergue la corrélation qui existe avec la l’apparition d’un « homme nouveau », cher à Rabelais, et l’optimisme des Encyclopédistes du XVIII°. 
        Notre civilisation européenne est mourante - cf. Valéry et la mort programmée des civilisations. La Renaissance naît par 3.2 La virtù définie par la Fortuna (voir Machiavel) et triomphe avec l’optimisme de Rabelais pour sombrer dans le tragique.(Apologie de R. de Sebond de Montaigne, Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné).
        Mais cet esprit « renaissance » revivra avec les Lumières et la foi scientiste du XIX°, alors que le XXI° s. voit se confirmer ce qui s’esquissait tout au long du XX° : la fin de notre civilisation, laminée par deux guerres mondiales mortelles et des guerres coloniales sans issue ...
        Pour conclure, encore une fois je répète que j’ai passé de bons moments à vous lire. Merci.
        RS.


        • astus astus 19 mars 2013 19:51

          Bonsoir Richard Schneider et merci pour ces pertinentes remarques.

          En enjambant aussi impudemment les siècles mon objet était de pointer que certaines idées qui paraissent modernes à beaucoup : colonialisme, capitalisme, pouvoir de la finance, métissage des cultures, violences religieuses etc. ont de profondes racines dans la culture occidentale. Celle-ci arrive en effet en bout de course en raison de la désespérance (que vous soulignez justement) qui renvoie à la dé-liaison sociale, la faillite du politique, les questions écologiques, l’écrasement de l’individu par le matérialisme ambiant etc. qui confirment le désenchantement de ce monde actuel en panne de pensée. 
          Je vais regarder attentivement les liens intéressants que vous proposez, et je pense que P. Valéry a été bien inspiré de percevoir à la fois la perte que suppose l’absence des limites naturelles de l’individu et la mort des civilisations. On peut faire là, il me semble, un parallèle troublant.
          Bien cordialement, et j’espère au plaisir de vous lire bientôt.
           
           

          • Richard Schneider Richard Schneider 19 mars 2013 20:37

            Juste une petite réflexion :

            Il semble bien que les grands mouvements de l’Histoire de France surtout, jusqu’au XX°s, ait connu de grands mouvements cycliques : la renaissance carolingienne (certes, c’est un peu « gonflé » d’accaparer Carolus Magnus comme faisant partie intégrante de notre Histoire ...), l’effondrement du Haut-Moyen, la renaissance des XII°-XIII°s.,les guerres de Cent ans et la Grande Peste, la Renaissance etc ...
            Comme vous l’écrivez très justement, Valery a eu le mérite dans les années trente de pronostiquer la fin de notre civilisation. Certains prétendent même que nous vivons depuis soixante ans environ une époque similaire (et non comparable) au Bas-Empire romain occidental.
            Quoiqu’il en soit, nous nous acheminons (hélas) vers un monde divisé en grands blocs et la France ne retrouvera probablement jamais son rang qu’elle s’est illusionnée de tenir sous de Gaulle.
            Amicalement,
            RS
            Comme vous intéressez à l’Histoire - d’une bien belle manière - je vous mets un lien :

          • astus astus 19 mars 2013 20:55

            Merci pour ce lien que explorerai dès demain, avec tous les autres que vous proposez.

            Et je pense que vous ne serez pas en désaccord avec ce mot de Tocqueville :
            « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres » 
            Mais hélas les ténèbres semblent avoir pris un peu d’avance ces derniers temps...
            Bien à vous.

            • Hervé Hum Hervé Hum 20 mars 2013 00:27

              Bonsoir Astus,

              C’est bien écrit et bien juste. Toutefois, si la paix vient des frontières, ce sont celles unanimement reconnus. A l’appel « aimez vous les uns les autres » suit celui de « reconnaissez vous les uns les autres ! ».

              Seulement voilà, quand vient le temps de la pénurie, vient le temps du « combattez vous les uns les autres ».

              En fait, l’intérêt de reconnaitre les frontières entres sois, c’est précisément pour ne plus avoir à s’en défendre contre l’autre puisqu’il vous reconnais tel que vous êtes. Autrement dit, continuer à les défendre les armes à la main ne peut que préparer à revenir sur la reconnaissance mutuelle si durement acquise.

              En fait, ce qui fait une frontière ne tient plus à sa capacité à la défendre par les armes, mais à la faire vivre par sa spécificité culturelle, son altérité. Une fois cela compris, l’humanité en elle même devient garante de sa propre diversité acquise dans le sang et la douleur de ses ancêtres.

              Ainsi à la question qui je suis ? Je reponds un etre humain
              d ou je viens, je reponds par mon pays


              • astus astus 20 mars 2013 09:34

                Bonjour Hervé Hum : je suis bien d’accord avec vous quand vous écrivez que ce sont la spécificité culturelle et l’altérité qui font frontière mais il se trouve que la mondialisation que nous vivons se présente à nous comme une sorte d’abstraction sans lien avec le vivant parce qu’elle ne réfère pas directement à une histoire culturelle précise. En d’autres termes ce type d’échange laisse accroire que tout ce qui touche à l’identité n’a aucune importance, du moment qu’on peut continuer à gagner de l’argent, ce qui est à mon sens un processus déshumanisant et même une forme de barbarie qui ne dit pas son nom.

                Cordialement. 

                • Hervé Hum Hervé Hum 20 mars 2013 11:10

                  Bonjour Astus,

                  je comprends très bien ce que vous écrivez, cependant, la mondialisation est ce que nous en faisons. Elle est un fait et il ne s’agit pas tant de la combattre que de l’intégrer. Non pas qu’elle doit se substituer aux cultures mais bien au contraire servir de ciment pour les défendre.

                  Seulement cela appelle à une élévation de sa conscience quant au monde dans lequel nous vivons. Quand j’écris que je suis d’abord un humain c’est dans le sens où je suis un terrien partageant ce même espace qu’est la Terre avec les autres humains, mais aussi avec toutes les autres formes de vies. Mais ensuite, je préfère vivre ici ou ailleurs suivant mes affinités envers la culture de l’endroit, de son environnement spécifique et certainement pas pour y trouver la même chose qu’ailleurs. En fait, ce ne sont pas les marchandises spécifique à un environnement, à une culture qui doit voyager, mais seulement l’humain. Seule devrait être planétarisé les marchandises non spécifique à un environnement et une culture. Comme les céréales, les machines ou... Coca cola !

                  Le passé à servi précisément à fonder cette altérité nécessaire à la vie, accepter la planétarisation et non la mondialisation, consiste à accepter de vivre dans un espace « confiné » et à partir de là, de le préserver dans sa diversité seule véritable richesse et sens de la vie.

                  En définitive, pour paraphraser Malraux, la « mondialisation » ou plutôt la planétarisation sera multiculturelle ou ne sera pas....


                • astus astus 20 mars 2013 12:10

                  A Hervé Hum,

                  Je vous rejoins sur le fait qu’il est illusoire de prétendre combattre la mondialisation parce qu’elle est à présent un fait établi et qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Mais cette nouvelle peau du monde doit trouver sa spécificité pour véritablement pouvoir servir de « ciment » inter-humain. Malheureusement le multiculturalisme actuel va plutôt dans le sens du plus petit dénominateur commun des différentes cultures que d’une élévation de la conscience que vous appelez de vos vœux. Les médias nous donnent une image assez édifiante de cette « pipolisation » galopante en cherchant à nous faire croire que certaines (et très soudaines) célébrités sont le nec plus ultra de cultures que nous aurions jusque-là eu l’incroyable malchance, ou négligence, d’ignorer totalement.

                  Je crois qu’il ne sera pas facile de trouver cette peau du monde en dehors d’une prise de conscience concernant l’écologie, et c’est à mon avis la plus vraisemblable parce qu’elle s’imposera nécessairement tôt ou tard aux hommes, avec ou sans leur gré. La deuxième piste concerne l’économie numérique et la nouvelle capacité, inouïe dans l’histoire de l’humanité, de créer des réseaux de connaissance, ce que Michel Serres appelle « les arbres de la connaissance ». Pour autant, par-delà les idéalismes mobilisateurs, et nécessaires, il convient de ne pas oublier que l’Histoire nous montre que depuis l’avènement d’homo sapiens (qu’il eut été plus juste d’appeler sapiens-démens) « l’homme est un loup pour l’homme » et que c’est l’envie qui mène le monde.


                • Hervé Hum Hervé Hum 20 mars 2013 14:15

                  Cher Astus, je ne peux qu’être d’accord avec vous.

                  Toutefois, je retiendrai encore un instant votre attention sur un point en lien direct avec le contenu de vos articles.

                  La renaissance à marqué l’ apogée de l’expansion terrestre de l’humanité, tandis que le XXème siècle marquait sa fin et finalité. Or, le modèle capitaliste basé sur l’esprit de conquête (ce pourquoi il a dominé jusqu’à présent) à besoin d’un monde sans cesse en expansion pour vivre et répondre à sa propre morale, celle d’offrir à chacun les moyens de réaliser sa propre prospérité. Mais dans un monde où l’expansion fait partie du passé et doit céder le pas à un monde en gestion, le capitalisme devient mortifère et auto destructeur car devant soit se nourrir de sa propre chair, soit détruire le voisin pour continuer à exister. En d’autres termes, le capitalisme est en train de phagocyter la Terre et ses habitants. Rendant ses excès destructeur, quand avant ils étaient vus comme constructifs. 

                  Cordialement


                • Richard Schneider Richard Schneider 20 mars 2013 10:13

                  Une réflexion de Hobsbawm (Le Monde Diplomatique de nov.2012) - qui rejoint d’ailleurs celle de Tocqueville (« Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres » ) :


                  « La destruction du passé, ou plutôt des mécanismes sociaux qui rattachent les contemporains aux générations passées, est l’un des phénomènes les plus caractéristiques et les plus mystérieux de la fin du court XXe siècle. »


                  • astus astus 20 mars 2013 10:53

                    J’ai lu votre article « La fin de l’Histoire...de France ? » et j’y souscris absolument. J’ai eu autrefois un très bon professeur d’ histoire (Gaston Duthuron), spécialiste de la Révolution Française, qui avait d’ailleurs écrit un livre lequel avait obtenu en son temps le Grand prix de la Ville de Bordeaux. Cet homme n’a pas fait de moi un historien, ce que je ne suis pas, mais m’a fait comprendre que l’histoire, par delà le conte capable d’émerveiller des enfants, est un condensé des principales sciences humaines : politique, sociologie, psychologie, avènement des idées etc. A ce titre je considère qu’elle est une science majeure pour la formation des citoyens et ce n’est pas en effet un hasard si certains voudraient la faire taire.




                  • l'Ane Artiste l’Ane Artiste 21 mars 2013 00:54

                    Bonsoir Astus,
                    Plutôt que déclin, ne pourrions-nous pas plutôt parler de décadence ? Une décadence générée par un excès d’informations et osons ce pléonasme, un excès de sur-information ? La vérité ou du moins « la bonne information » risque bien de se perdre dans ce Monde www. Et je crains que les réseaux sociaux, malgré et à cause d’eux, y participent avec les meilleurs intentions du monde.

                    Tu constates que le mot crise revient en boucle partout et tu suggères de le remplacer par le mot excès. Je me souviens, il y a un an déjà, j’écoutais une émission sur France Culture où une philosophe, Christiane Volaire, commentait l’utilisation abusive et pernicieuse de ce mot. Pour elle il fallait plutôt parler de conflit. Écoutes ce qu’elle dit ça dure dix minutes.Et puis un livre aussi de E.Bernays, Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie. J’espère que cela apportera de l’eau à ton J.Moulin !

                    Merci pour ton texte.
                    http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=4367573




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