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« 7 h 58 ce samedi-là » de Sidney Lumet

38543448fd3825ed35989a9cba92237b.jpg 7 h 58 ce samedi-là (Before the Devil Knows you’re Dead) de Sidney Lumet. (Avec Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Marisa Tomei, Albert Finney... Durée : 1 h 55)

7 h 58 ce samedi-là a été projeté en avant-première, hors compétition au 33e Festival du cinéma américain de Deauville, à l’occasion de l’hommage que le festival a rendu à Sidney Lumet. Olivier Marchal a d’abord rendu hommage à Sidney Lumet particulièrement ému de récompenser celui qui a suscité sa vocation de policier et de cinéaste, de même que celle du maire de Deauville (vocation non pas de policier ou de cinéaste, hein, mais d’homme d’Etat).

Il y a des jours comme ça où, en une fraction de seconde, tout peut basculer dans la tragédie, comme à 7 h 58 ce samedi-là, dans la vie des Hanson. Ce samedi matin-là, tout semble pourtant normal dans la banlieue de New York où ils vivent (le père passe un test de conduite, sa femme ouvre la bijouterie familiale) si ce n’est que leur fils aîné, Andy, s’inquiète pour son contrôle fiscal du lundi suivant et si ce n’est que Hank, le cadet, est enfermé dans des problèmes d’argent apparemment inextricables. Et après 7 h 58, quand les deux frères ont la judicieuse idée de braquer la bijouterie de leurs parents, plus rien ne sera jamais pareil.

Ce film est à l’image du personnage d’Andy : d’abord profondément antipathique, nous prenons peu à peu fait et cause pour lui. Il est aussi à l’image des vies des deux frères par qui le drame arrive : des vies fragmentées, désorientées. Voilà d’ailleurs les deux qualités du film : sa structure narrative brillante (ou sa démonstration stylistique appuyée, c’est selon) et la force de ses personnages. En résulte une véritable leçon de cinéma...

Ce film vous prend à la gorge au fur et à mesure que l’étau se resserre autour des deux frères, il vous captive, vous capture même, et vous enserre dans son cycle infernal : impossible de s’échapper, nous sommes pourtant aussi libres de sortir de la salle que les deux frères l’étaient face à leur destin, avant 7 h 58 donc. Au lieu d’adopter une construction linéaire, Sidney Lumet met en scène une pluralité de points de vue, un montage habilement déstructuré et une succession de flash-backs qui accentuent la tension dramatique, et le sentiment d’urgence et de drame insoluble. La caméra de Sidney Lumet va ainsi ausculter les causes (finalement plus profondes et surtout beaucoup moins matérielles qu’il n’y paraît de prime abord) et les conséquences du drame, va nous plonger dans les âmes et vies sombres des protagonistes, va nous conduire à voir en un homme cupide et impitoyable un ancien enfant blessé. Par une habile construction scénaristique, notre antipathie initiale pour le personnage d’Andy évolue peu à peu, la « réalité » apparaît moins manichéenne : Hank (Ethan Hawk, méconnaissable) apparaît de moins en moins victime (du destin ?) au fur et à mesure que son frère Andy (Philip Seymour Hoffman, bluffant, à nouveau) l’est de plus en plus à nos yeux devenus plus indulgents à son égard. Un film qui a la couleur d’une blessure à vif, celle de la trahison et celle de l’enfance, les plus douloureuses et profondes, et le rythme d’une course contre la mort, contre le diable. Le titre anglais Before the Devil Knows you’re Dead est tiré du proverbe irlandais : May you be in heaven half an hour before the devil knows you’re dead qui signifie « Puisses-tu atteindre le paradis une demi-heure avant que le diable n’apprenne ta mort ». Une course que nous savons perdue d’avance, non moins prenante. Entre thriller et tragédie familiale, après le très moyen Jugez-moi coupable Sidney Lumet, malgré ses 84 ans, d’après le premier scénario de Kelly Masterson, signe un thriller dramatique qui prouve la jeunesse et la vitalité de son regard. Nommé 4 fois à l’Oscar du meilleur réalisateur pour Douze hommes en colère, Un après-midi de chien, Network main basse sur la télévision et Verdict, il ne serait pas étonnant qu’il figure de nouveau parmi les nominés avec ce film particulièrement maîtrisé.

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Sidney Lumet lors de l’hommage du Festival du cinéma américain de Deauville-Photo : Sandra.M

Cet article provient du blog "In the mood for cinema" : http://monfestivalducinema.hautetfort.com

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