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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « A bout de souffle » marque un avant et un après dans le cinéma (...)

« A bout de souffle » marque un avant et un après dans le cinéma français

Jean-Luc Godard.
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Né à Paris le 3 décembre 1930, Godard - Franco-Suisse d’origine - est, tout à la fois, acteur, dialoguiste, chef monteur, scénariste et metteur en scène. Alors qu’il est élève en anthropologie à la Sorbonne dans les années 1949, il fréquente déjà assidûment les ciné-clubs de la capitale et noue des relations amicales avec André Bazin, Claude Chabrol, François Truffaut, Jacques Rivette et Eric Rohmer. Godard fut l’un des premiers signataires du magazine La Gazette du cinéma, fondée par Rohmer. Aussi, lorsque André Bazin crée Les Cahiers du cinéma, est-il l’un de ceux qui y rédigent des articles. Il fait ses premiers pas de réalisateur en 1954 avec un documentaire Opération béton et se considère davantage comme un raconteur que comme un théoricien. "Au lieu d’écrire mes critiques, je les filme", déclarait-il après avoir tourné en 1958 Charlotte et son Jules en hommage à Cocteau et Une femme coquette d’après une nouvelle de Guy de Maupassant. Il est vrai que la structure narrative n’a jamais été un élément important de ses films. "Je n’aime pas raconter une histoire. Je préfère une sorte de tapisserie, une trame sur laquelle je puisse tisser mes idées. Bien sûr, j’ai besoin d’une histoire comme point de départ, mais plus elle est conventionnelle, mieux c’est " - dira-t-il encore. La différence entre Godard et les autres réalisateurs de la Nouvelle Vague réside dans le fait qu’il ne cherche pas uniquement à transmettre un message social, mais se passionne pour la mise en scène et l’abolition de toutes les formes d’expérience artistique conventionnelles. Selon lui, la seule façon d’attaquer l’idéologie - de quelque nature qu’elle soit - consiste à neutraliser les formes artistiques qui en sont inconsciemment le véhicule. En quelque sorte ne pas faire un film politique, mais faire politiquement un film. En cela, il est un cinéaste militant et un personnage emblématique de l’histoire du cinéma français et international, dont l’exigence a produit une œuvre étrange, déroutante et inégale.

Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Ciné Classic

A bout de souffle, tourné en 1959, possède les travers et les qualités d’une première œuvre. L’impact du film tient en grande partie à la manière dont Godard expose son propos et met en scène le récit, tout en ironisant sur ses emprunts à ses propres souvenirs de cinéphile. En effet, il ne cache nullement d’avoir eu recours à l’allusion, l’hommage, l’emprunt, à l’adresse de metteurs en scène comme Preminger, Richard Quine, Melville, au point que cette accumulation de signes constitue un véritable document sur la cinéphilie. La part de documentaire l’emporte sur le réalisme qui est, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce qui fait le plus défaut à ce long métrage. Le cinéaste le reconnaissait lui-même quand en 1962 il déclarait : "Si je m’analyse aujourd’hui, je vois que j’ai toujours voulu, au fond, faire un film de recherche sous forme de spectacle. Le côté documentaire c’est : un homme dans telle situation. Le côté spectacle vient lorsqu’on fait de cet homme un gangster ou un agent secret."

Le film fut produit par Georges de Beauregard et inspiré d’un scénario de François Truffaut. Il est représentatif d’un cinéma d’improvisation empli d’irruptions novatrices dans un art que Godard considérait comme trop engourdi par l’académisme. Puisqu’il fallait filmer la vie là où elle était, il s’avérait plus rapide, et donc plus économique, de tourner les scènes avec une caméra à l’épaule, ce qui offrait en outre l’avantage de pouvoir modifier un plan sans perdre de temps à installer des éclairages compliqués. D’autant plus que cette méthode correspondait à une volonté délibérée de laisser au film la bride sur le cou et d’éviter les conventions habituelles du langage cinématographique. "Ce que je voulais, disait encore Godard - c’était partir d’une histoire conventionnelle et refaire, mais différemment, tout le cinéma qui avait déjà été fait."

Lors du premier montage, on s’aperçut que les longueurs privaient le film du dynamisme que l’auteur entendait lui imprimer, de manière à composer une œuvre libre et imprévisible qui prenne le public à contre-pied et impose un regard révélateur sur une conception nouvelle du cinéma. Pour parvenir à cela, Godard, se refusant à enlever des séquences entières, choisit de couper dans les scènes elles-mêmes, afin de les rendre plus concises et de donner au film un rythme saccadé, voire heurté. De même qu’il multipliera les regards à la caméra, ce qui n’était pas habituel, et supprimera les fondus enchaînés trop romanesques à son goût.

Alors que cette œuvre reste un grand moment de cinéma, son auteur, avec le recul qu’imposent les années, l’a jugée comme la plus réactionnaire et la moins réussie de son impressionnante filmographie et, ce, malgré le fait qu’elle fut son seul vrai succès commercial, ayant enregistré, durant les sept premières semaines de sa projection, 259 000 entrées. Si le public fut déconcerté, il apprécia le style neuf, l’originalité, le saisi sur le vif, l’insolence, et se laissa charmer par l’histoire qui réunissait un couple aussi fascinant que ceux que connurent les années les plus fastes d’Hollywood.

Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

Jean-Paul Belmondo, sa clope aux lèvres, son chapeau de guingois à la Bogart, sa désinvolture, son je-m’en-foutisme, sa lippe, son pouce qu’il passe sur sa bouche comme Humphrey, sa muflerie - est inoubliable dans le rôle de ce Michel Poiccard, petit escroc qui se fait arrêter par un policier, alors qu’il regagne la capitale dans une voiture volée, et le tue sans vergogne, pour continuer sa route et retrouver à Paris une jeune étudiante américaine et le magot d’un précédent hold-up.

Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Ciné Classic

Jean Seberg, en jeune étudiante vendant sur les Champs-Elysées le New York Herald Tribune, est merveilleuse de naturel et de fraîcheur, avec sa coupe de cheveux ultracourte qui fut si souvent imitée, son jean serré, son tee-shirt qui l’était tout autant, sa grâce émouvante, sa finesse, son délicieux accent, dans ce rôle de Patricia qui aime un mauvais garçon et tente de le sauver en le dénonçant, afin qu’il puisse fuir à Rome, où elle le rejoindra. Tous deux sont éblouissants de charme et semblent improviser leur dialogue au fur et à mesure des scènes, avec des temps morts, des silences, des questionnements. La mort surviendra au bout d’une rue étroite pour cette fripouille que Belmondo, par son implication passionnée, parvient à rendre attachante. "Entre le chagrin et le néant, je choisis le néant. Le chagrin est un compromis" a écrit Godard. A la fin du film, le public, qui a fait de cette réalisation un film-culte, a sans nul doute choisi le chagrin avec Jean Seberg. Après A bout de souffle, il y eut au cinéma un avant et un après.


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3 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 29 août 2008 17:01

    Why ?


    • Vincent Delaury Vincent Delaury 30 août 2008 10:13

      " En quelque sorte ne pas faire un film politique, mais faire politiquement un film. " (Armelle B.H.), oui, si je peux me permettre, juste après cette phrase, vous auriez pu citer un mot connu de Jean-Luc Godard : " Les travellings sont affaire de morale. " A l’époque, années 50-60, un film de Gillo Pontecorvo, Kapo (1959), avait été sérieusement critiqué pour sa volonté esthétisante autour de la Shoah : un fameux recadrage sur une jeune femme enfermée dans un camp de concentration avait été dénoncé par certains - dont Rivette - pour sa joliesse putassière face à l’indicible, " l’infilmable "... 


      • walpole walpole 8 octobre 2008 00:46

        Godard, jamais à bout de souffle....
        Walpole (http://www.pensezbibi.com)

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