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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > A chacun son Bowie

A chacun son Bowie

Deux articles de Télérama (1) ont récemment posé la question à divers interlocuteurs de savoir qui était « leur » David Bowie, le David Bowie qu'ils préfèrent. Les réponses formulées par chacun d’eux sont d’autant plus intéressantes que chaque fan pourrait écrire son article personnel pour exposer qui est « son » David Bowie : même s’il parle du même artiste et de la même musique, chaque article sur Bowie serait totalement différent. Et très souvent dans ces articles est évoquée les circonstances dans lesquelles Bowie a été découvert, qui semblent avoir marqué la personne tout autant que la musique de l’artiste elle-même. Pour ma part, cela se passa en 1976, alors que j’allais sur mes douze ans. Quelques images diffusées à la télévision m’ont fait l’effet d’une tornade. J’étais assise sur un tabouret, le nez collé à l’écran, et le choc en le voyant a été si fort que je suis tombée à la renverse et me suis retrouvée, comme on dit familièrement, les quatre fers en l’air. Cela m’a d’autant plus marquée que je me suis fait réellement mal en tombant. Heureusement, les seules séquelles que j’en garde ne sont pas médicales, mais musicales.

Bowie a exploré tous les domaines de la création musicale, ce qui fait que chacun peut se reconnaître dans au moins l’une des mille facettes de cet artiste, de ce « caméléon » comme les média aiment à le nommer. Il y a le David Bowie touchant de sincérité et d’hypersensibilité, le Bowie sombre et pessimiste, celui à la voix aérienne et sensuelle, le moderne, le provocateur, le rockeur, le commercial, l’explorateur de l’âme humaine et de ses chemins de travers, l’expérimentateur sonore et avant-gardiste, toujours en avance d’une année lumière au moins sur son temps…

De même, il y a plusieurs niveaux d’interprétation de Bowie, comme si son travail était composé de plusieurs couches superposées, chaque couche venant ajouter une dimension supplémentaires à l’œuvre. On peut donc ne s’intéresser que superficiellement à sa musique, mais comment est-ce possible avec des artistes de cette envergure, ou analyser (ou plutôt tenter d’analyser, vue la complexité du personnage) ces créations à la lumière de toutes les influences qui les ont façonnées. Bowie a pioché à loisir dans les domaines du théâtre (Brecht etc… mais aussi théâtre Kabuki japonais que l’on retrouve évoqué dans ses shows –très théâtralisés- de Ziggy Stardust), de la philosophie (Nietzsche etc… dont l’influence se retrouve notamment dans des titres comme « The Supermen »), de la littérature (Orwell entre autres…) et de bien d’autres domaines.

« David Bowie n’a jamais cessé de réinventer la création musicale, parvenant à faire mentalement la synthèse parfaite et sans cesse renouvelée de modes d’expression aussi divers et en apparence impossibles à fusionner que la peinture, le mime, le théâtre, le monde des idées et des mots, de la philosophie, des sciences, et bien sûr celui de la musique, pour en faire jaillir quelque chose de totalement personnel et nouveau. » (2).

Son éclectisme artistique est tel qu’on peut même affirmer qu’il est tout à fait possible de se cultiver, d’améliorer ses connaissances, uniquement en s’intéressant à ses créations artistiques et à sa personne. Il suffit de fonctionner en lien hypertexte, c’est-à-dire de « cliquer » virtuellement sur un élément composant un morceau, quelque chose ayant influencé l’une des créations musicales, ou d’écouter attentivement une de ses interviews, puis de revenir, comme sur une page html, vers le point de départ, pour continuer la « lecture » et continuer de s’enrichir. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai entendu parler, pour la première fois vers l’âge de quinze ans, du mouvement Dada, et que je me suis timidement ouverte à la philosophie. Ma réaction était alors de me jeter sur l’encyclopédie familiale pour essayer d’en apprendre plus long. Je lui dois également quelques-unes de mes lectures. Ma motivation à lire « 1984 » de George Orwell, par exemple, est provenue nettement plus de l’écoute de l’album « Diamond Dogs » que des recommandations, ou pire, des injonctions, de mes austères professeurs de collège.

Elargir sans cesse ses horizons et permettre aux autres d’élargir les leurs est ce qui fait les véritables Artistes. C’est aussi à cela qu’on les reconnait. Cette ouverture vers d’autres horizons est nécessaire pour le public, les « fans », pour qui le pire des pièges serait de tomber dans le culte de la personnalité, d’autant plus facile avec des personnages comme David Bowie, qui a toujours fasciné. Une grande exposition ouvrira d’ailleurs ses portes le 23 mars prochain à Londres, dans laquelle seront exposés des costumes de scène, des documents personnels divers… Il est bien sûr extrêmement tentant de s’y rendre… mais, pour évoquer les costumes, si ce genre d’étalage n’est pas gênant lorsqu’on a affaire à ceux portés par un acteur personnifiant un personnage de fiction (3), on se demande ce que l’on est supposé ressentir devant une tenue portée sur scène par David Bowie (même s’il est vrai que Ziggy Stardust était tout de même un personnage fictif), si l’on ne s’intéresse pas à la mode et donc à la façon dont ce costume de scène a été coupé, cousu… à part une fascination béate devant un objet appartenant, ou ayant appartenu à l’objet de sa vénération, à son idole. Ce genre de culte de la personnalité, bien sûr savamment entretenu, peut donc également être très dérangeant et mettre le fan mal à l’aise.

Bowie est donc un personnage éclectique et très changeant. En conséquence, il ne fut pas toujours facile de le « suivre » : cet artiste a toujours eu une autre caractéristique majeure : celle de se réinventer en permanence. Beaucoup de gens reconnaissent que peu d’artistes ont été aussi difficiles à suivre et à appréhender. On sursaute lors de la sortie d’un nouvel album, on trouve cela génial (ou on rejette), mais le temps que l’on s’habitue à son nouveau style, à sa nouvelle présentation, que l’on digère toutes les nouveautés, le temps que l’on ne ressente plus ses créations comme « en avance sur leur temps », « précédant les modes », que déjà l’Homme qui Venait d’Ailleurs est reparti ailleurs, allant plus vite que sa propre musique, laissant les autres artistes copier ce qu’il venait de créer, ou du moins s’en inspirer fortement, pour aller explorer de son côté de nouveaux horizons artistiques, métamorphosant par la même occasion son physique. Cela est peut être moins vrai de nos jours avec ses albums récents, mais dans les années soixante-dix, il fallait pouvoir suivre le rythme sans courir derrière. Combien de fois la critique n’a-t-elle pas mentionné le côté insaisissable de David Bowie, qui vous glissait entre les doigts comme une savonnette mouillée.

Difficile parfois même de dater les albums car ils peuvent être sortis à des dates différentes selon les endroits. Ainsi, « The Man Who Sold The World » est sorti en novembre 1970 aux USA et avril 1971 au Royaume Uni. Mais cela a-t-il tellement d’importance ?

La playlist ci-dessous s’adresse avant tout aux personnes connaissant peu, ou mal, David Bowie, et qui souhaiteraient le découvrir sous un autre angle. Le mien, pour dire les choses telles qu’elles sont. J’ai volontairement laissé de côté certains albums. Non qu’ils soient de mauvaise qualité, mais ils ne me correspondent pas. Le Bowie des années 80 compte de nombreux fans, dont je ne fais pas vraiment partie. J’ai également laissé de côté « Pin ups » car il s’agit d’un album de reprises, alors même qu’il s’y trouve d’excellents morceaux. Difficile d’écouter la musique de David Bowie sur un ordinateur, où le son est forcément de piètre qualité…

Cet article est donc sans aucun doute un article de plus sur David Bowie, un énième article sur David Bowie, mais c’est mon article. Car, comme le dit le titre de cet article, à chacun son Bowie, et c’est « mon » David Bowie que je souhaite ici présenter, à travers les créations qui m’ont jusqu’ici le plus marquée : celles du David Bowie hypersensible, du pessimiste, de l’explorateur, de l’expérimentateur et avant gardiste.

Place à la musique. Et parce que David Bowie n’a jamais cessé de m’ouvrir, depuis l’âge de douze ans, à de nouveaux horizons, j’ai pris soin de ne pas omettre d’ouvrir les liens internet ci-dessous dans de nouvelles fenêtres…

 

1969. “Space Oddity”. Eclectisme.

« Cygnet Committee ». Le morceau que je préfère sur cet album.

 

1970. “The Man Who Sold The World”. Folie et schizophrénie. Une « musique très tortueuse » selon Wikipedia.

« The Width of a Circle  »

« Saviour Machine  »

« All the Madmen »

 

1971. “Hunky Dory”. Ca roule…

« The Bewlay Brothers  »

 

1972. “Ziggy Stardust and the Spiders from Mars”. Rise and fall… Inclus en 2006 par le magazine Times dans sa sélection des 100 plus grands albums de tous les temps, nous apprend Wikipedia.

« Five Years », bien sûr. Il ne reste que cinq années de vie à la Terre…

« It ain’t Easy » Une reprise de Ron Davies où David Bowie laisse pleinement s’exprimer l’originalité de sa voix.

 

1973. “Aladdin Sane”. A lad insane.

« The Jean Genie » n’est plus à présenter, il me semble.

 

1974. “Diamond Dogs”

« We Are the Dead  » Album, faut-il le rappeler, inspiré par “1984” de George Orwell. Le titre du morceau provient bien sûr du roman.

 

1976. “Station to Station”.

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/the-return-of-the-thin-white-duke-82145

 

L’extraordinaire Trilogie Berlinoise. Exil et introspection.

1977.  Low. Mur de Berlin et terrains vagues...

« Always Crashing in the Same Car » Si je devais n'en choisir qu'un seul...

« Art Decade » :  « décadences de l'art berlinois selon Bowie ou errements de ses propres expériences artistiques », dit Wikipedia.

« Weeping Wall »

Fin 1977. Heroes.

(Pas la peine de présenter « Heroes » que l’on peut écouter dans sa version non amputée ICI ou sur cet article.)

J’ai toujours beaucoup aimé « V-2 Schneider ».

1978. Lodger.

« Yassassin »

«  African Night Flight » Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que j'écoute ce morceau, je pense au film Métropolis de Fritz Lang. Bowie fut (il l'est peut-être toujours) très influencé par l'expressionnisme allemand.

 

1980. "Scary Monsters..."

« It's No Game (No 1) » Surprenant, n'est-ce pas ?

 

1993. "White Tie Black Noise".

« Pallas Athéna », qui tranche avec l'atmosphère générale de l'album. Les critiques, qui se plaisent à parler du "retour" de la star, situent souvent ce retour avec cet album.

 

1995. "Outside". (Eternel retour...)

Pour moi, si "retour" de Bowie il y a, il s'amorce en 1995 avec l'album Outside. Un bon album, agréable à écouter, dont je retiens surtout « I'm Deranged », pour le décalage entre le rythme et la voix, pour le piano et l'ambiance générale du morceau.

 

1997. "Earthling".

Oh, stupeur ! "Earthling" fait sur moi l'effet d'un véritable électrochoc. Un peu comme celui qu'ont reçu les fans des Beatles en 67 avec "Sgt Pepper" sans doute... Je retrouve le Bowie qui me correspond vraiment. Le genre d'album que l'on fait tourner en boucle des heures et des heures...

« Looking for Satellites »

« The Last Thing You Should Do »

 

1999. "Hours".

« Survive  » Un bon morceau, agréable à écouter.

 

2002. Heathen“.

Très bon album. A noter, deux excellents remixes sur l’édition limitée, dont « A Better Future » (Remix par le groupe Air).

J’arrête volontairement cet article après l’album de 2002 et laisse découvrir les deux plus récents albums de Bowie : “Reality“ (2003) et “The Next Day“, sorti le 11 mars 2013 en France. Un nouveau « retour » de David Bowie, après dix ans d’absence.

 

Notes.

  1. Cet article et celui là
  2. http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/the-return-of-the-thin-white-duke-82145 disais-je dans un précédent article sur Bowie, publié sur Agoravox. (Se citer soi-même, c’est vraiment le comble du narcissisme ! ;-) ) A noter : certains titres de la playlist ont déjà été cités dans ce précédent article.
  3. C’était notamment le cas lors de l’exposition Science et Fiction de la Cité des Sciences à Paris, où l’on pouvait découvrir de nombreux costumes utilisés dans les films de science fiction.

 

Source de la photo.

Une interview de David Bowie (2002) que j’aime beaucoup. Elle a la particularité de disparaître régulièrement d’Internet et de réapparaître quelques temps plus tard ailleurs sur la toile (d’araignée de verre…)


Moyenne des avis sur cet article :  4.6/5   (10 votes)




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4 réactions à cet article    


  • Le Yeti Le Yeti 11 mars 2013 08:56

    Jim (ou Frank pour les puristes) ...


    • Yvance77 11 mars 2013 19:45

      A moins que je sois passé à coté mais il manque l’immense « Life on Mars »


      • Surya Surya 11 mars 2013 20:17

        Non Yvance, vous n’êtes pas passé à côté, c’est juste que j’ai été obligée de faire des choix. smiley
        J’adore « Life on Mars » moi aussi, mais j’ai choisi « Bewlay Brothers » parce qu’outre le fait que j’adore également ce titre, il est moins souvent cité dans les articles sur Bowie (mais je les lis pas tous évidemment), et donc je me suis dis, à tord peut être, moins connu, et méritant de l’être plus. J’ai évité « Changes » pour les mêmes raisons. Trop souvent cité dans les articles, donc trop évident selon moi. De même, j’ai pas voulu mettre le lien vers « Ashes to Ashes », d’autant que je préfère nettement « It’s no Game N°1 » au risque de paraître un peu étrange smiley
        Ca a été dur, sur certains albums, de faire des choix ! smiley Notamment sur Earthling où j’en aurais bien mis deux ou trois de plus si je m’étais écoutée !
        Bonne soirée à vous smiley


      • Surya Surya 11 janvier 2016 12:49

        11 janvier 2016. Je reviens ici lire mon propre article, très attristée par le décès de celui qui fut, et restera sans l’ombre d’un doute mon artiste musical préféré (les Beatles étaient un groupe), et je constate que certains liens vers des vidéos YouTube sont brisés. Je remettrai ici des liens valides vers ces vidéos si j’ai le temps. 

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