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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > À contre-courant

À contre-courant

Une nouvelle corde à mon bateau de mots ...

Loin de la nouvelle vague …

GIF Une chanson peut parfois changer la vie. C'est la magie de cette petite chose simple et sans prétention qu'on nomme ritournelle. Un petit air qui vous trotte dans la tête, un texte qui s'insinue et devient un compagnon pour quelques heures ou toute une vie. C'est ce mystère qui fait de cet art mineur, un élément essentiel de nos vies.

Chacun va trouver sa chapelle, son genre, ses combats ou ses rêves. La chanson se moque de l'actualité, des modes ou des âges. Elle touche, elle émeut, elle bouleverse, elle enthousiasme, elle agace, elle fédère, elle combat, elle apaise. Elle peut tout faire pourvu que le miracle ait lieu, qu'un mariage étrange se fasse entre le texte et la musique, entre l'auteur et le chanteur, entre le public et l'air du temps …

Vous avez tous quelques chansons dans votre panthéon personnel. Il y a des petits bijoux qui passent le temps, qui restent gravés à jamais, de génération en génération, pourvu qu'on leur laisse l'occasion d'être connus. Pour moi, la Ballade Irlandaise de Renaud est l'une de ces perles qui touchent, qui éblouissent, qui rendent heureux ou bien nostalgique, joyeux ou bien admiratif, amoureux ou bien ému !

La chanson va droit au cœur en se privant souvent de passer par la case raison. Souvent, un texte sans ampleur, aux paroles simplistes et parfois stupides, laisse une trace indélébile. C'est alors qu'on s'interroge sur notre capacité à juger, à réfléchir, à apprécier ce qui est sérieux. Puis on se moque de ces prétentions immenses et la rengaine fait son chemin, creuse son sillon si profondément, qu'au bout de la vie, elle reviendra encore vous seriner sa petite musique.

Il est une maladie terrible qui efface la mémoire. Cependant, allez donc chanter un vieux succès auprès d'un malade, vous allez voir ses yeux briller, il reprendra avec vous le refrain, retrouvant, l'espace d'un instant, une mémoire qui défaille. La chanson est plus forte que ce mal sournois, elle surnage dans un océan d'oubli, elle reste quelque part dans une petite boîte toujours prête à s'ouvrir.

J'aime les chansons, j'admire ceux qui sont ainsi capables, au fil du temps, de ciseler ces petits joyaux. C'est le plus grand des talents, celui de la simplicité et de l'évidence. Une épure entre la langue et les notes, un travail d'orfèvre qui ne se remarque pas. Brassens, Trenet, Barbara, Brel hier, furent de ces artisans magnifiques et éternels.

Souvent, vous pouvez m'entendre dire : « Quand on a écrit une telle merveille, on peut tirer sa révérence ... » Le petit bijou vivra sa vie, bien loin des soucis de l'époque. Il se lovera dans quelques têtes ; il fleurira parfois, à l'occasion d'un souvenir, d'une sensation, d'une rencontre. Il sera vôtre jusqu'au bout de votre parcours dans cette vallée de larmes et de notes.

La segmentation des générations, des clans, des groupes sociaux, des tribus et des médias nous empêche désormais d'avoir un répertoire commun. Seuls les tubes les plus insipides sont matraqués pour être vendus et bien vite jetés. C'est ainsi que chacun se constitue sa petite collection personnelle d'émotions enchanteresses, loin des autres, sans partage possible.

Pour la première fois, jeudi soir, Casimir a chanté en public une histoire de venelle et de dames, de marins chagrins et de pauvres putains. Un sujet difficile qui recèle bien des pièges. Un traitement tendre et émouvant, respectueux et poétique, un accord entre le sujet et la mélodie. Le silence se fit ; le public écouta, retint son souffle et quelques larmes perlèrent ici ou là !

Le miracle avait eu lieu. Bien sûr, il est fort probable que jamais vous n'entendrez cette chanson. Il faut un nom pour franchir le barrage des médias ; il est nécessaire d'appartenir à la caste de toutes les frivolités, pour se faire entendre. Mais qu'importe, je sais désormais que j'ai offert une petite pierre à l'absence, un petit caillou brillant qui se logera dans quelques têtes, qui s'est déjà fiché dans certaines ce soir-là. Je peux m'en aller ; ma venelle à quatre sous ira très longtemps à contre-courant, tant que survivront les amoureux des mots et des notes !

Émerveillement mien.


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8 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 16 novembre 2013 12:11

    A contre-courant ? En ce qui me concerne, j’ai fait plusieurs playlistes des plus belles chansons française de tous les courants et de toutes les époques. Playliste no1 ici.

    Bon, malheureusement de temps en temps des vidéos sont supprimées par Youtube et ça fait des trous...Vous m’excuserez.

    Chaque playliste commence par une chanson de Moustaki.


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 novembre 2013 13:41

      Taverne


      Chacun a ses préférences mais il est facile d’entrer dans la danse quand la chanson est bonne

      • Suldhrun Suldhrun 16 novembre 2013 17:58

        Le bonjour Nabum !

         Tres beau texte pour l emergence des ritournelles , dans le souvenirs de nos coeurs et de nos manies cerebrales .

         Merci


        • C'est Nabum C’est Nabum 16 novembre 2013 18:23

          Suldhrun


          Un peu de repos dans ce monde de brutes

          C’est si facile à dire en chansons

        • gaijin gaijin 17 novembre 2013 05:47

          «  Bien sûr, il est fort probable que jamais vous n’entendrez cette chanson. Il faut un nom pour franchir le barrage des médias ;  »
          ben la technologie aidant vous pourriez les faire parvenir jusqu’ à nous ?
          ( même si bien sur rien ne peut retransmettre l’ambiance d’un estaminet )


          • C'est Nabum C’est Nabum 17 novembre 2013 09:01

            gaijin


            Il semble qu’hier soir, le projet du CD est cessé d’être rêve pour devenir idée à consolider

            Par contre, sa diffusion restera confidentielle

          • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 20 novembre 2013 04:56

            Belle inspiration Nabum, la même je suppose, que celle qui a insufflé les rimes des venelles d’un port de Loire. Vos remarques sont très justes : un répertoire renouvelé de chansons en commun, reconnues, peut-être jusque dans les années 80, donne une impression de liant sociétal qui s’est délité depuis.
            La Ballade Irlandaise m’a aussitôt rappelé Bourvil et son oranger. Cela me donne envie de reprendre les titres, diffusés à la radio puis la télé et aussi par l’appariteur du village, qui ont accompagné les années 50-60. 
            A plus.  


            • C'est Nabum C’est Nabum 20 novembre 2013 06:25

              Jean-François Dedieu


              Il y a de la magie dans la chanson même si les modes et les tribus la range désormais dans des cases imperméables. Les générations ne peuvent plus se reconnnaître dans un répertoire commun. Cette fragmentation est sans doute ce qu’il y a de pire pour le lien social

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