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À la clarté d’une étincelle. Mélodies de Hahn, Duparc et Chausson par Véronique Gens et Susan Manoff

Comme Baudelaire, me permettez-vous de vous inviter à un voyage ? En effet, Véronique Gens et Susan Manoff nous emmènent vers la fin du XIXème siècle, à l’âge d’or de la mélodie française. Cette dernière a tout pour plaire : d’un côté, des poètes de premiers choix à la manière de « librettistes » parmi lesquels Leconte de Lisle, Gautier, Verlaine etc., et de l’autre des compositeurs attentionnés comme, dans le cas présent, Reynaldo Hahn, Henri Duparc ou Ernest Chausson. La richesse de ce pan du répertoire vocal français est aussi grande que sa complexité d’interprétation. Car aux subtilités d’un texte que l’on a remis sûrement plus de vingt fois sur l’ouvrage doit impérativement s’ajouter pour le chanteur la possession d’une diction parfaitement intelligible et une véritable capacité de narrateur.

Ainsi, pour ce premier récital paru chez Alpha Classics/Outhere Music et dont le titre est emprunté à la première piste du disque extrait des Etudes Latines de Reynaldo Hahn (en écoute ici), nous retrouvons une Véronique Gens qui semble aussi à l’aise dans son rôle de tragédienne avec Christophe Rousset que dans celui de mélodiste. Tout en gardant une interprétation ressentie et investie, elle arrive à insuffler la simplicité salutaire que requiert le genre. En effet, n’oublions pas que le lieu d’exécution originel de ces œuvres était le salon bourgeois, lieu intimiste où il arrive que l’on s’accompagne soi-même comme le faisait Hahn.

Exceptées quelques déformations de voyelles dans le haut de la tessiture, la soprano réussit un magnifique travail de funambule en donnant un caractère réel à toutes les pièces proposées sans jamais verser dans un style trop opératique. Les textes prennent vie sous nos oreilles comme dans les Trois jours de vendange de Hahn : en l’espace de trois minutes, l’interprète démontre tout son savoir-faire en passant magistralement de l’insouciance et de la candeur de la campagne à la douleur terrible du deuil.

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Pour l’aider à garder l’équilibre dans cet exercice réussi, le piano est confié à Susan Manoff, habituée du répertoire. Après avoir accompagné Sandrine Piau et plus récemment Patricia Petibon, elle continue d’enchanter par son intelligence, sa subtilité et son écoute attentive. La cohésion et la réussite de cet enregistrement passent plus que certainement par les doigts de cette accompagnatrice hors pair. Ce soutien indispensable va même au-delà dans l’exécution du très (voire trop) connu À Chloris. En apportant dès les premières mesures une petite touche personnelle à la dynamique de la main droite, la pianiste donne une dimension plus légère et aérienne à une mélodie qui souffre souvent d’une interprétation lourde tenant du mauvais goût.

C’est donc un premier enregistrement à posséder absolument. Veronique Gens continue sur une excellente lancée après la parution cette rentrée de l’opéra Herculanum de Félicien David grâce aux efforts indéfectibles du Palazzetto Bru Zane. De son côté, Susan Manoff s’affirme comme une référence dans l’accompagnement de mélodies. Espérons que cette collaboration amènera d’autres projets aussi aboutis !

Maxime Melnik


Néère
Hahn, Duparc, Chausson

Véronique Gens, soprano
Susan Manoff, piano


2015 Alpha Classics/Outhere Music Alpha 215

Ce disque peut être acheté ICI



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