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A mol iz guevenn Richard Avedon

A mol iz guévenn... Il était une fois. C’est avec cette formule que débute les contes juifs.
Richard Avedon naît dans une famille juive new-yorkaise d’origine russe. Prosélyte au Rolleiflex que son père lui offre, il photographie en premier son voisin.
Plus tard, dans la marine, il immortalise les cadavres autopsiés, lui qui aimait tant les mises en scène.
Tout comme pour Henry Cartier Bresson, dans son sillage, Munkaczi a inspiré l’air d’Avedon. Transcendant les effervescences qui peuplent les photographies de son maître, Avedon les distille d’humeur, de force ou de faiblesse en insufflant une âme à ses portraits. 
Le jeu de paume a réussi une belle rétrospective, la première depuis le décès de cet artiste, l’un des seuls qui ait réussi à enjamber le statut de photographe de mode à celui d’artiste de renommée internationale.
Dès la première photographie, un couple me suit et je profite des commentaires avertis de l’homme qui demande où se trouve l’objectif. C’est intéressant de regarder les photos sous cet angle-là.
Les photos de mode sont surprenantes de mouvement, de glamour et toujours un avatar d’actualité en oxymoron aux poses hiératiques affichées au lendemain de la Seconde Guerre. Un photographe de mode éphémère, mais dont les clichés eux demeurent furieusement indémodables.
 
Il fixe un instant de vie, signe un portrait sur un éternel et fidèle fond blanc défiant la séduction en captant le moment où le possible entre en communion, le flash entre le modèle et l’artiste en phase.
Et puis, un peu en retrait, la série émouvante de photographies de la déchéance de son père Jacob Israël Avedon atteint d’une maladie incurable. Le regard du père sur le fils… Et celui douloureux, du fils sur le père… au terme de leur trajet.
Anne Leibovitz a également photographié les derniers instants de son amie Susan Sadong, mais aussi son père souffrant, allant jusqu’à photographier l’endroit où il est enterré. 
L’éolienne ventile mes souvenirs.
Mon sous-marin lacrymal resurgit à la surface, emporté par un flot de réminiscences. Et me voilà avec Papi Joseph, si beau avec ses yeux bleus, les plus beaux que j’ai pu croiser. Le James Dean de Mogador, la ville pas le théâtre.
Ma petite main se resserre entre ses doigts. Mes bottines blanches encore immaculées, on avance, vite. On dépasse le marché aux fleurs, mes deux tresses coiffées à la Yulia Tymoshenko, je regarde en arrière. J’ai perdu cette habitude de rétroviseur, récemment. Seul l’horizon me captive désormais. 
Du président Eisenhower à William Casby né esclave au regard franc et fuyant en passant par l’inoubliable portrait de Marilyn auréolé de Coco Chanel également, Avedon a photographié toutes les strates de la pellicule sociale :
 
Isaac Dinesen (Karen Blixen) si jolie dans sa jeunesse, mais en vraie mastodonte, est immortalisée dans un maelström de rides sinueuses aussi constellé que l’écorce de l’arbre qui habite les pages de La Ferme africaine (adapté et oscarisé dans Out of Africa). "In" le botox, et la crème de la mer mixée au caviar ! Demander la vie éternelle certes, mais vêtue uniquement de la jeunesse sempiternelle !
 
Samuel Beckett songeur sur ses deux portraits me laisse perplexe... Il m’a surtout posé un lapin, conviant à sa place Voltaire et ses moutons de Panurge à mon oral du bac en première. Candide Lolita, en attendant Godot et la mansuétude du jeune examinateur souriant...
Avedon ne se cantonne pas aux plus belles filles, et aux sommités fondatrices enfermées dans du papier glacé, on ne peut passer sous silence son travail anthropologique intitulé In the American West, illustré d’anonymes hétéroclites :
James Kiberlain si touchant, avec son physique d’acteur. Comme dit Sartres "à partir de 40 ans on a la gueule qu’on mérite". Et pourtant le soir venu, ce sans-domicile-fixe dormira chez lui, dehors. Cet ouvrier sur un gisement pétrolifère me fait penser au garçon "aux cheveux sales" de la pub Gucci des années 90.
Les portraits des mineurs isolés dans une pièce au mur charbonneux, et ce jeune dépeceur de serpent, prennent une grandeur théâtrale un peu comme dans un film de Woody Allen les personnages se mêlent au spectateur. 
Clarence Lippard cheveux au vent, la peau tannée d’éphélides, mal à l’aise dans son costume tout autant tacheté me fait sourire. Et, songeuse, dans mes pensées... au grand dam du quidam hâbleur qui croise mon regard et persévérant, me tend sa carte en décrétant que je dois sûrement être photogénique. Un subterfuge ! me murmure mon instinct en sortant. Numéro que je m’empresse d’égrener en cotillon semant le trouble dans le jardin des tuileries. 
La prochaine fois je viendrai accompagnée promis ! Première résolution pour cette nouvelle année 5769.

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