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Accomplir simplement... sainement s’accomplir

Accomplir, par la même occasion s'accomplir, au sens hébraïque du terme, c'est bien ce qui nous hante tous, chacun selon son caractère et sa culture.

Tout le reste c'est du remplissage baroque qui tend à faire oublier l'essentiel, la structure, la colonne vertébrale, l'essence, le sens et pour finir la vie.

« L'accompli » au masculin, c'est une personne qui s'est réalisé dans une activité.

Jadis, c'était un rêve, aujourd'hui, cela semble une chimère.

Au temps ou notre monde occidental était en gestation, quand la sandale romaine arpentait les sentiers poussiéreux de Galilée et que l'empire de la ville éternelle faisait trembler le monde à grand renfort de sesterces, les pharisiens philosophaient.

Ils s'interrogeaient interminablement et obsessionnellement sur l'accompli et l'inaccompli. A cette époque costumée d'un drapé qui revient à la mode en des formes sinistres, on palabrait sur ce thème récurent, au fond rien n'a vraiment changé sous le soleil...de Satan pour plagier un peu Georges Bernanos.

L'accompli : les verbes hébreux ne se conjuguaient pas au présent, au passé ou au futur (comme c’est le cas dans les langues indo-européennes), mais à l’accompli ou à l’inaccompli. […] Inaptes à rendre ces nuances dans le grec […], les traducteurs antiques de l’Ancien Testament et du texte primitif-hébreu du Nouveau ont, le plus souvent, rendu l’inaccompli par un futur et l’accompli par un passé ou un présent — manœuvre certes inévitable, mais qui a le désavantage, lorsque les exégètes ne recourent pas à la considération du sémite originel, de leur faire produire de fausses théories sur la temporalité biblique et néotestamentaire. — (Bernard Dubourg, L’invention de Jésus, tome I, « L’hébreu du Nouveau Testament », Paris, Éditions Gallimard, 1987, p. 245)

A la lumière de ces précisions voici le texte extrait des 4 Annonces de André Chouraqui.

Un texte savoureux pour illustrer une chronologie parmi d'autres pour répondre à la question soulevée dans l'introduction. Le texte remanié dans l'esprit et dans la forme pour respecter l'époque, mieux toucher le sens et chatouiller le cœur.

 

Loukas : 10 29-37

 

Mais il veut se justifier, il dit à Yéshoua :

« Et qui est mon compagnon ? »

 

Yéshoua reprend et dit :

« Un homme descend de yeroushalaïm à Yericho.

Il tombe au milieu de bandits.

Ils le dépouillent, le chargent de coups

et s'en vont, le laissant à moitié mort.

Par coïncidence, un prêtre descend par cette route-là.

Il le voit et passe à l'opposé.

Ainsi d'un Léwi : survenant en ce lieu,

il voit et passe à l'opposé.

Un Shomroni faisant route,

vient près de lui, voit : Il est pris aux entrailles.*

Il s'approche, panse ses blessures,

y verse de l'huile et du vin.

Puis il le fait monter sur sa propre monture

et l'emmène au gîte où il prend soin de lui.

Le lendemain, il sort deux deniers,

il les donne à l'hôtelier et dit :

« Prends soin de lui. Ce que tu dépenseras en plus,

moi, je te le rendrai à mon retour. »

 

Quel est ton avis ?

Lequel de ces trois a-t-il été le compagnon

de l'homme tombé aux mains des bandits ? »

 

Il dit :

« Celui qui l'a matricié. »

 

Yéshoua lui dit :

« Va ! Toi aussi, fais de même. »

 

Le héros de l'histoire n'est pas bon, comme l'ont galvaudé les exégètes, les prêtres et les rêtres et les générations qui suivent, suivent encore et suivent toujours, trahissant ce qui est à la fois un acte simple et l'expression du souffle divin, et avec le temps, devient une morale mièvre un savoir faire hypocrite de surface.

 

Cette parabole répondait à la question majeure « que dois-je faire pour vivre éternellement

 

Si Jésus à placé le samaritain ( shomroni) au centre de la parabole, qui d'ailleurs est beaucoup plus qu'une histoire, compte-tenue de l'enjeu, c'est qu'un samaritain dans le contexte de l'époque est un paria, un être méprisable, un barbare de la loi et de la foi.

Pas de synagogue, pas d'église...pas de quoi se vanter, peu de vertu. Ce n'est évidemment pas un intellectuel et contestataire politique, c'est un homme simple.

Certes près de la nature, dans la survivance de pratiques archaïques, païennes...il est étranger à la religion de son temps, il est donc « méprisable ! »

Mais...

* Il est pris aux entrailles, c'est l'empathie, il est entré dans l'autre, il est l'autre et ressent sa détresse, ses douleurs, sa misère, il est simplement vivant dans son humanité

c'est tellement banal que tout le monde passe à côté.

Il est bien sur plus facile de se mettre à la place d'un malheureux quand on est un paria, mais là n'est pas la pointe de la métaphore.

 

L'empathie a récemment fait l’objet de nombreuses investigations neurophysiologiques chez l’adulte et l’enfant, principalement en utilisant les techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle. En particulier, ces recherches indiquent que lorsque nous percevons autrui dans des situations douloureuses dont la cause est accidentelle par exemple, les circuits neuronaux de la carte somato-sensorielle qui sont impliqués dans la douleur physique sont actifs chez l’observateur.

 

L'empathie métaphorique de la fable nous parle d'un acte animal tout à fait naturel, un acte de sublimation génitale.

Les mamans connaissent bien cela par l'expérience de l'accouchement. C'est un acte d'amour, c'est donné dans un courant de vie ininterrompu.

L'occasion d'observer nos compagnes de plus près ce qui est doublement agréable.

Cet art ancestral, maternel et pédagogique, harmonieusement répété, qui nous restitue dans notre verticalité motrice allant-devenant. Libre de préjugés intellectuels, moraux ou sociaux, tout le monde s'y retrouve.

Un jour la maman a regardé son enfant, il était fragile, si petit, comme dépourvu de tout, elle s'est aimé en lui, elle l'a aimé comme elle même, il était son prolongement naturel.

Il fut paré de tous les charmes et de tous les dons, la métaphore du miroir.

Accomplir simplement... sainement s'accomplir. Encore une affaire de femme dans un prétexte évangélique.

 

http://www.youtube.com/watch?v=Ut4lacPpZw4

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=Ut4lacPpZw4#t=12s




par jack mandon (son site) mardi 19 juin 2012 - 95 réactions
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  • Par Gollum (---.---.---.85) 19 juin 2012 14:51
    Gollum

    Beau et simple texte mais l’essentiel est dit.


    L’empathie se trouve aussi abondamment dans le monde animal comme le montre une vidéo d’un hippo attaquant un crocodile qui avait jeté son dévolu sur une gazelle et qui sauva celle-ci et bien d’autres exemples..

    Mais les « religieux » ne veulent souvent pas voir ces exemples parce qu’ils impliquent une trop grande proximité entre l’homme et l’animal. Seul l’homme doit être capable de caritas selon eux. Parce que seul l’homme serait capable de surnaturel. Vision biaisée parce qu’il est probable que le surnaturel se cache dans le naturel et qu’il y a union intime entre les deux.

    On peut aussi se poser la question de quelle empathie se targuait l’inquisiteur quand il envoyait au bûcher l’hérétique.. en toute charité chrétienne.

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