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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Affabulazione » Pasolini & Nordey en symbiose à La Colline

« Affabulazione » Pasolini & Nordey en symbiose à La Colline

Stanislas Nordey est un artiste charismatique stupéfiant ; son évolution actuelle l’incite à monter des œuvres chorales où il a l’opportunité de s’exprimer à la fois en tant que chef de chœur en même temps que soliste déclamant comme aucun autre comédien de son époque, à haute et forte voix se coulant dans une psalmodie infiniment persuasive !

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AFFABULAZIONE
photo © Elisabeth Carecchio

Du grand art théâtral d’autant plus fascinant qu’anesthésiant toute velléité d’échapper à cet abattage rhétorique digne d’une plaidoirie défendant, dans un procès fleuve, la survie métaphysique de l’être humain !

Oui, Stanislas Nordey est devenu, avec le temps et sous nos yeux, le « sujet parlant par excellence » en perspective d’un plébiscite universel dont pourtant les thématiques ne sauraient, pour le moins, relever du consensus général.

Il faut dire qu’en s’associant désormais à Pier Paolo Pasolini pour plusieurs créations originales exhumant l’œuvre théâtrale du grand maître italien, le fils de Jean-Pierre Mocky s’octroie, en ce projet ambitieux mais empli de soufre, du grain à moudre… à satiété.

Présentement, il s’agit, excusez du peu, d’inverser tout simplement le mythe d’Œdipe, en mettant en exergue la figure paternelle craignant que son autorité légendaire soit menacée d’être dissoute dans l’embarras d’une admiration sans borne pour le rejeton plein de sève hormonale à ne savoir qu’en faire ! Mais comme ce fantasme impossible à résoudre est sorti ex nihilo d’un cogito en plein rêve cauchemardesque, Pasolini s’inquiète auprès de Sophocle sur la marche à suivre du personnage central, à la fois père viscéral mais aussi grand industriel italien devant préserver sa stature sociale !

Et ainsi, Stanislas d’épouser en direct ces tracas de descendance masculine tout en arpentant à grands pas la scène du Théâtre de la Colline dans une mise en scène magistrale et grandiose s’articulant autour d’immenses panneaux mobiles au profit de visions picturales, à la fois mythologiques et fondatrices.

Au sujet de ces interrogations filiales non étudiées par Freud ni même jusqu’à nos jours par la psychanalyse traditionnelle, un constat semblerait néanmoins se dégager à travers l’histoire du mâle,

ce sont bel et bien les pères qui, de tout temps, envoient les fils à la guerre, ce qui pourrait être interprété comme une volonté universelle inconsciente de se débarrasser, pas si symboliquement que cela, de la compétition envahissante et arrogante des jeunes rivaux superbes à qui seuls, en définitive, l’avenir appartient !

Mais puisque toute cette problématique n’a été initiée que sous effet onirique, les interrogations vont demeurer mais nul doute que les héros, qu’ils relèvent de l’Œdipe ou de l’anti-Œdipe, mériteront bien le repos du guerrier !

photos © Elisabeth Carecchio

AFFABULAZIONE - ***. Theothea.com - de Pier Paolo Pasolini - mise en scène Stanislas Nordey - avec Marie Cariès, Raoul Fernandez, Thomas Gonzalez, Olivier Mellano, Anaïs Muller, Stanislas Nordey, Véronique Nordey & Thierry Paret - Théâtre de La Colline

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AFFABULAZIONE
photo © Elisabeth Carecchio

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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 25 juin 2015 10:20

    C’est un spectacle magnifique.

    Vous écrivez : « ce sont bel et bien les pères qui, de tout temps, envoient les fils à la guerre, »
    Je ne saurais dire si cette assertion est conforme au texte de Pasolini que je n’ai entendu qu’une fois il y a un mois environ, cependant, cela me parait faux d’un point de vue anthropologique.
    Si les jeunes hommes font la guerre, c’est pour obéir à leur mère, qui n’ont pas envie d’avoir engendré des poltrons (il y a des substituts genre tournois, corridas, et récemment motos, parachutisme...) et c’est aussi pour trouver une femme qui n’a pas non plus envie de se mettre avec une poule mouillée et avoir des enfants d’un homme sans courage. Que les pères organisent les occasions de faire la guerre, les disputes de territoire, les conquêtes, l’honneur... c’est fort possible mais les pères ne sauraient envoyer les fils à la guerre sans l’enthousiasme tacite, discret et indispensable des compagnes et des mères.
    Voyez le Cid : « qu’il est joli garçon, l’assassin de Papa » comme disait Georges Fourest.

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